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Dans la Bibliothèque : la méthode « Tools » de Phil Stutz

1. Origine et principe de la méthode

Phil Stutz est un psychiatre américain qui exerce depuis plus de quarante ans à Los Angeles. Avec le psychothérapeute Barry Michels, il a formalisé dans l'ouvrage The Tools (2012) une série de techniques mentales très courtes, destinées à débloquer une personne en quelques secondes face à une situation difficile. La méthode a été popularisée par le documentaire Netflix Stutz (2022), dans lequel l'acteur Jonah Hill l'utilise avec son propre thérapeute.

L'idée centrale : plutôt que d'analyser longuement un blocage, on active immédiatement une posture mentale et corporelle précise (image mentale + phrase déclencheur) qui permet de se reconnecter à une « force supérieure », c’est-à-dire une ressource intérieure que la peur, la colère, l'évitement ou l'auto-critique tiennent habituellement à distance.

Chaque outil répond à un déclencheur émotionnel précis (peur, colère, manque de confiance, rumination négative, perte de motivation) et se pratique en quelques secondes, ce qui le rend utilisable en situation réelle : avant un entretien difficile, pendant une réunion tendue, juste avant de prendre la parole…

2. Vue d’ensemble des cinq outils

OutilForce mobiliséeLe problèmeQuand l’utiliser
Inversion du désir(Reversal of Desire)Le Mouvement en avantLa zone de confortFace à une douleur ou une tâche que l’on évite
Amour actif(Active Love)Le DéferlementLe labyrintheFace à la colère ou à l’agacement envers autrui
Autorité intérieure(Inner Authority)L’expression de soiL’ombrePour s’affirmer, prendre la parole, se faire entendre, trouver sa place, se positionner
Flux de gratitude(Grateful Flow)La « source »Le nuage noirFace aux ruminations, à l’inquiétude, à l’auto-critique
Mise en danger(Jeopardy)La volontéLa pensée magiqueQuand la motivation ou la discipline retombent

3. Les cinq outils en détail

3.1 L’inversion du désir

Déclencheur : une douleur, un effort ou une tâche que l’on évite par peur de l’inconfort (appel difficile, sujet à trancher, prise de risque).

Principe : au lieu de fuir la douleur, on choisit délibérément de la désirer, ce qui inverse le rapport de force et permet de la traverser.

Déroulé en trois temps

  • Visualiser la douleur évitée comme un nuage face à soi et dire intérieurement « Vas-y, j’en veux plus ».
  • Avancer physiquement et mentalement à travers ce nuage en se répétant « J’aime la douleur ».
  • Ressentir le nuage qui « recrache » la personne de l’autre côté, libérée : « La douleur me libère ».
Croquis : piégé dans la zone de confort, l’évitement mène à un petit monde, de l’autre côté de la douleur et de la peur se trouvent des possibilités infinies
Croquis : le désir traverse la douleur et la peur pour atteindre les possibilités infinies
Schéma de l’inversion du désir : regarder la douleur en face, avancer à travers elle, ressentir la libération. Force mobilisée : le Mouvement en avant

Autres usages évoqués par les auteurs

  • Élargir son cercle professionnel et relationnel, en osant approcher des personnes que l’on admire mais qu’on évite par insécurité.
  • Exercer de l’autorité en supportant le déplaisir des autres.
  • Trouver le courage de dépasser des phobies ou autres peurs irrationnelles.

3.2 L’amour actif

Déclencheur : la colère, l’agacement, le ressentiment, la rage ou le jugement envers une personne.

Principe : on ne cherche pas à réprimer la colère mais à la transformer en envoyant délibérément une intention positive vers l’autre, ce qui permet de sortir du ressassement mental (« le labyrinthe »).

Déroulé en trois temps

  • Se concentrer sur une image de chaleur ou d’amour dans sa poitrine.
  • Transmettre un déferlement de cette chaleur vers la personne visée (si on est trop dans la répulsion ou la haine, on peut commencer par effacer le visage de la personne au préalable).
  • Ressentir cette énergie « pénétrer » l’autre, jusqu’à apaisement du jugement.
Croquis : face au choix, l’amour actif ouvre un flux vers l’extérieur et la liberté de continuer sa vie, alors que ne rien faire enferme dans le labyrinthe du passé
Schéma de l’amour actif : concentration, transmission et pénétration de la chaleur vers l’autre personne. Force mobilisée : le Flux vers l’extérieur

Autres usages évoqués par les auteurs

  • Développer sa maîtrise de soi et désamorcer un accès de colère avant qu’il n’éclate.
  • Faire désenfler la colère pour mieux dire les choses et s’affirmer.
  • S’entraîner à accepter les autres tels qu’ils sont, avec leurs défauts, plutôt que de rester bloqué dessus.

3.3 L’autorité intérieure

Déclencheur : la difficulté à s’exprimer, à s’affirmer ou à occuper sa place devant un groupe.

Principe : plutôt que de cacher sa part « honteuse », son insécurité ou sa crainte (« l’Ombre »), on s’allie à elles pour parler avec une autorité pleine et authentique.

Déroulé en deux temps

  • Extérioriser de soi et visualiser son « Ombre » (la part de soi que l’on cache habituellement) se tenant à ses côtés, dans un lien indéfectible.
  • Ensemble, se tourner vers l’auditoire et commander silencieusement : « Écoutez ! ».
Croquis : état de blocage, l’ombre cachée à l’intérieur de soi face au public
Croquis : expression de soi, l’ombre à côté de soi projette une autorité intérieure vers le public
Schéma de l’autorité intérieure : moi et mon ombre, unis par un lien indestructible, disent « Écoutez ! » au public. Force mobilisée : l’expression de soi

Autres usages évoqués par les auteurs

  • Surmonter la timidité initiale dans une rencontre, notamment à caractère sentimental.
  • Exprimer un besoin ou une vulnérabilité plutôt que de maintenir une façade de contrôle.
  • Se connecter à ses proches avec plus d’émotion dans la communication.

3.4 Le flux de gratitude

Déclencheur : l’inquiétude, l’auto-critique ou toute pensée négative envahissante (le « nuage noir »).

Principe : la gratitude et la pensée négative ne peuvent pas coexister ; en activant volontairement un flux de reconnaissance, on dissout la charge négative.

Déroulé en trois temps

  • Passer rapidement en revue cinq éléments concrets de sa vie pour lesquels on est reconnaissant.
  • Ressentir la gratitude comme une énergie qui part du cœur.
  • Laisser la poitrine « s’adoucir et s’ouvrir » à mesure que le nuage noir se dissipe.
Croquis : le nuage noir au-dessus d’une personne, sous le soleil
Croquis : le flux de gratitude relie la personne à la source et fait reculer le nuage noir
Schéma du flux de gratitude : cinq sujets de reconnaissance (ma santé, un souvenir heureux, ma famille, mon travail, un ami fidèle) ouvrent le cœur. Force mobilisée : la gratitude

Autres usages évoqués par les auteurs

  • Se libérer des regrets liés à des décisions passées.
  • Se libérer de l’auto-dévalorisation, de la haine de soi et faire taire la critique intérieure.
  • Cesser de juger les autres, dont les jugements répétés finissent par éloigner l’entourage.

3.5 La mise en péril / en danger

Déclencheur : une perte de motivation, une tentation d’abandonner un effort ou une discipline (y compris face à une addiction), la procrastination.

Principe : on convoque la perspective de sa fin de vie, soi-même sur son lit de mort, pour réactiver l’urgence d’agir maintenant.

Déroulé en un temps

  • S’imaginer sur son lit de mort, dans ses derniers instants.
  • Et entendre cette version de soi crier à son moi d’aujourd’hui : « Ne gâche pas le présent ! ».
Croquis : la perspective du lit de mort crie « Ne gâche pas le présent ! » au moment présent, ce qui donne la volonté d’utiliser les outils
Schéma de la mise en péril : moi, en fin de vie, dit à moi, maintenant : « Ne gâche pas le présent ! ». Force mobilisée : la volonté

Autres usages évoqués par les auteurs

  • Renforcer la volonté face à des comportements addictifs ou impulsifs.
  • Soutenir la concentration dans des environnements propices à la distraction.
  • Se donner l’élan nécessaire pour se lancer dans une entreprise nouvelle (déménagement, nouvelle relation, nouveau projet).

4. La foi dans les forces supérieures

L’ouvrage se termine par un chapitre intitulé « La foi dans les forces supérieures ». Les auteurs y assument que les outils ne déploient leur plein effet que si l’utilisateur en vient à croire que ces forces (Mouvement en avant, Flux vers l’extérieur, Expression de soi, la Source, Volonté) sont réellement à l’œuvre, et non de simples images mentales facilitant la concentration.

Ce qu’en disent les auteurs

  • Cinq forces supérieures distinctes sont associées aux cinq outils : Mouvement en avant, Flux vers l’extérieur, Expression de soi, Connexion à la Source, Volonté.
  • Le scepticisme initial de Barry Michels ne l’a pas empêché d’utiliser les outils efficacement, mais il estime avoir longtemps manqué cette dimension spirituelle que certains de ses patients éprouvaient.
  • Phil Stutz choisit volontairement un vocabulaire neutre plutôt que religieux, pour ne pas imposer une croyance particulière.
  • La foi y est présentée comme une confiance qui se construit par l’expérience, plus que comme une croyance de départ.

Barry Michels raconte y avoir longtemps résisté : élevé par des parents athées, il dit avoir grandi avec l’idée que la foi était « le gros mot de sa famille », et affirme ne pas avoir cru aux forces supérieures pendant des années, même après avoir constaté que les outils fonctionnaient chez ses patients. Sa conviction s’est construite progressivement, par l’expérience répétée et par les témoignages de patients qui, eux, disaient ressentir concrètement la présence de quelque chose de plus grand qu’eux.

Stutz, de son côté, évite délibérément de préciser la nature de ces forces (spirituelle, religieuse, psychologique, naturelle,…) afin de laisser à chacun sa propre liberté d’interprétation. Il indique à Michels ne pas chercher à le convaincre par l’argument, mais l’invite à observer les effets des outils dans sa pratique et à en tirer ses propres conclusions.

Les auteurs définissent finalement la foi non comme une croyance préalable au départ, mais comme le fruit de l’expérience qui fait naître la confiance que ces forces supérieures sont disponibles chaque fois qu’on en a besoin. Ils donnent aussi à leur approche une dimension collective : selon eux, chaque personne qui accède à une force supérieure en fait indirectement bénéficier son entourage, et les utilisateurs des outils sont présentés comme les pionniers d’une société qui renouerait avec ces ressources ; les auteurs anticipent même une évolution de la psychothérapie vers ce qu’ils appellent une démarche spirituelle.

5. Points de vigilance pour un usage en management

  • Ces outils viennent d’un contexte thérapeutique individuel : en entreprise, ils sont surtout utiles comme techniques personnelles de régulation (avant un entretien difficile, une prise de parole, un feedback tendu), pas comme méthode à imposer collectivement.
  • Leur formulation (« forces supérieures », dimension quasi spirituelle) peut dérouter certains publics ; il est possible de les reformuler en termes plus neutres pour laisser au client le soin de se faire son idée.
  • Leur intérêt pédagogique tient à leur simplicité : chaque outil se résume à une image et une phrase, ce qui facilite la mémorisation et l’appropriation en formation.
  • Ils peuvent utilement compléter les outils déjà mobilisés par Go Management par ailleurs (dessins au paperboard, métaphores, recadrages, hypnose conversationnelle).
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