Les enseignements d’Edward Deming

Newsletter #25

Ce reportage raconte la mise en oeuvre des enseignements d’Edward Deming chez Pontiac au coeur des années 60.

Il y a dans ces enseignements absolument tous les ingrédients pour opérer aujourd’hui encore les transformations efficaces au sein des entreprises : le travail commence par les dirigeants (l’escalier se balaie par le haut)… les chiffres ne sont pas la vision… le principe de subsidiarité… des collaborateurs satisfaits font des clients heureux… l’information doit circuler… le développement personnel est vital… améliorer les processus plutôt que les tâches… faire de ses fournisseurs des partenaires durables… privilégier le leadership sur le management… etc

Merci à Vincent D pour ce cadeau et la traduction !

Meilleurs Voeux pour cette année 2020 !

Newsletter #25

Extrait du documentaire primé “Playing For Change : Peace Through Music”, “Stand By Me” est la première de nombreuses Songs Around The World produites par Playing For Change. Ce classique de Ben E. King présente des musiciens à travers le monde, enregistrés par l’équipe de “Playing For Change” au cours de leurs voyages. Cette chanson continue de nous rappeler que la musique a le pouvoir de briser les frontières et surmonter les distances entre les personnes.

Pour changer le monde, visez petit

Newsletter #25

Il existe une propriété des systèmes complexes, la « quasi-décomposabilité », qui explique comment une action locale peut se propager et avoir un impact global.

Une des croyances les plus tenaces du monde de l’entrepreneuriat est que pour faire de grandes choses, il faudrait viser « grand » d’entrée de jeu. C’est la raison pour laquelle on insiste autant sur la nécessité, avant d’engager un projet, d’avoir la représentation ambitieuse d’un état futur. Or, lorsqu’on regarde comment sont nées certaines des plus grandes entreprises, ce n’est pas ce qu’on constate. Au contraire, celles-ci débutent souvent avec des actions banales, d’ambition très limitée, mais dont les effets s’accumulent au cours du temps. Autrement dit, pour faire de grandes choses, il semble que l’on puisse viser petit, c’est à dire agir localement, sans nécessairement avoir une  ambition ultime globale. Ainsi, lorsque Mohamed Yunus décide d’aider des paysans pauvres à emprunter de petites sommes d’argent, il n’a pas du tout en tête l’idée de créer une banque (il est professeur d’économie, pas entrepreneur), encore moins de révolutionner la finance mondiale. C’est pourtant ce qu’il finira par faire.

 

Mais une question se pose alors : comment une série de petites actions locales, sans ambition autre que leur objectif à très court terme, peut-elle entraîner un changement global ? Cela n’est possible que s’il existe « quelque chose » qui permet à la fois d’agir localement sans se préoccuper du reste et de relier cette action locale à quelque chose de global. Ce quelque chose porte un nom un peu barbare : la « quasi-décomposabilité ». La quasi-décomposabilité est une propriété des systèmes complexes. Elle est fondamentale, car elle explique comment une action locale peut se propager et avoir un impact global. Elle est donc la clé de l’innovation et de l’entrepreneuriat, mais n’a étonnamment jamais vraiment été étudiée. Pourtant, connaître ce concept facilitera le travail des entrepreneurs, mais aussi de ceux qui les aident et plus généralement de tout acteur qui essaie de transformer son environnement.

Considérer les possibles

Au travers d’une approche appelée effectuation, on observe qu’au lieu de partir d’un objectif et de rechercher les moyens pour l’atteindre, certains entrepreneurs partent au contraire des ressources dont ils disposent pour imaginer ce qui est possible. Pour comprendre les mécanismes utilisés, prenons le cas fictif d’un entrepreneur prestataire de la SNCF. Son travail consiste à poser des clôtures le long des voies ferrées. Les affaires sont difficiles car les prix sont tirés vers le bas, c’est le moins-disant qui remporte toujours le marché. L’entrepreneur propose à la SNCF une contractualisation basée sur le résultat de son travail, c’est-à-dire la réduction des accidents sur les voies. Il faut savoir que les accidents coûtent très cher à la SNCF. Le nouveau modèle économique ne prévoit plus le paiement à la prestation mais le partage des bénéfices dus aux accidents évités. Notre entrepreneur a ainsi mobilisé un raisonnement typique de l’effectuation et une représentation mentale quasi-décomposable de ce qu’il sait et de ce qu’il pourrait faire, reliant ainsi les informations dont il dispose.

 

Voici en quoi ce raisonnement consiste. Poser et maintenir des clôtures (A) évite les accidents sur les voies (B), ce qui permet de réduire les coûts liés aux accidents (C) et donc de partager les bénéfices dus aux accidents évités (D). Nous avons donc A qui permet B qui permet C puis D.

Nous n’explorons ici qu’une branche parmi les possibles, mais il en existe d’autres puisque l’entrepreneur et la SNCF auraient pu se mettre d’accord sur l’idée que A permet B qui permet de sécuriser le trafic (C’), ce qui permet de le fluidifier (D’) et de faire en sorte que les trains puissent arriver à l’heure (E’). Dans ce cas, l’entrepreneur aurait pu négocier sa rémunération sur la base de la baisse des remboursements des voyageurs en cas de retards de trains dus à des accidents liés à des intrusions de personnes ou d’animaux sur les voies (F’ et G’).

A est suffisant pour que B puisse advenir. Puisque les moyens sont là, rien n’est nécessaire mais tout est suffisant pour avancer dans l’incertain. Un effet atteint devient un nouveau moyen pour atteindre un nouvel effet, et ainsi de suite. Et la SNCF s’engagera dans l’une ou l’autre des possibilités quand la représentation, au départ subjective, deviendra intersubjective, c’est-à-dire partagée par les parties prenantes. Il sera alors envisageable de contractualiser l’accord.

Représenter la complexité

C’est ici que la quasi-décomposabilité joue un rôle important, car elle va servir de base à cette représentation. Proposée et développée par Herbert Simon, Prix Nobel d’économie, au cours de ses travaux sur les sciences de l’artificiel, la quasi-décomposabilité est une propriété particulière des systèmes complexes, comme un marché, un nouveau produit ou une organisation. Un système complexe est caractérisé par le fait qu’il n’est pas possible de connaître tous ses composants, ni toutes leurs interactions. Dans notre exemple, nous n’avons pas eu besoin d’envisager toutes les interactions possibles pour avancer. L’adjectif quasi décomposable signifie que le système peut être décomposé en sous-ensembles (ou composants) dans une structure arborescente, mais pas complètement, parce que les composants interagissent plus ou moins fortement entre eux. Par exemple, A interagit plus avec B que D’avec E’ puisque l’arrivée à l’heure d’un train peut dépendre des grèves alors que le trafic peut être très fluide ces jours-là. A et B interagissent très fortement, car les accidents sont très souvent provoqués par des intrusions.

Si tout interagit avec tout au sein du système, il est cependant possible d’isoler certaines parties du système qui interagissent faiblement avec le reste. C’est ce qui caractérise un système quasi décomposable. Le système possède donc une réalité globale (il n’est pas juste la somme de ses parties), mais des sous-systèmes peuvent évoluer de manière largement indépendante sans que la stabilité de l’ensemble, voire son existence même, soit remise en question. D peut exister sans que G’ soit mis en œuvre.

Créer sans se disperser

La quasi-décomposabilité représente donc la capacité d’un système complexe à être décrit par un certain nombre de sous-ensembles. Par exemple, éviter les accidents liés aux intrusions est une composante de la sécurité du trafic, mais il y en a d’autres. C’est en identifiant ces sous-ensembles que l’entrepreneur est en mesure de se concentrer tour à tour sur chacun d’entre eux pour mener le processus de création. Identifier ces sous-ensembles lui permet notamment d’éviter de se disperser en portant son attention sur des informations non pertinentes, c’est-à-dire qui n’interagissent que faiblement avec le sous-ensemble considéré. Au lieu de penser « grand », ce qui est impossible pour des problèmes complexes comme la réforme du système de sécurité de la SNCF, l’entrepreneur peut penser petit et local, à la mesure des capacités rationnelles humaines limitées. Le système étant quasi décomposable, ce qui est fait localement reste toujours relié à l’ensemble : agir localement ne condamne donc pas le travail à rester local. Au contraire, c’est une condition pour avoir un impact ultérieur au niveau global, c’est-à-dire au niveau du système, car cela permet de ne pas rester paralysé face l’immensité de la tâche. Par exemple, B peut totalement changer l’image de la SNCF quant à son implication sur des sujets sensibles comme la sécurité. C’est ce qui explique que beaucoup de révolutions, industrielles, sociales ou politiques, ont commencé petit avant de devenir grandes.

Voir et concevoir une action entrepreneuriale comme quasi décomposable, et non comme monolithique ou modulaire, c’est donc lui permettre d’évoluer de manière robuste dans un monde incertain, tout en préservant son identité. Le changement opéré au niveau local (par une initiative ou par une création de produit) a plus de chance de réussir, car elle reste relativement autonome et isolée de l’ensemble, mais la connexion fait que le résultat obtenu a plus de chances de remonter à l’ensemble car un effet atteint devient lui-même potentiellement un nouveau moyen pour atteindre un nouvel effet. Si, au contraire, l’action locale échoue, elle ne compromet pas l’ensemble qui a, en quelque sorte, sa vie propre. L’entrepreneur peut alors identifier un autre composant local et recommencer.

Si la quasi-décomposabilité est un concept important, il n’a pas encore été très étudié, et encore moins mobilisé par les entrepreneurs. Pourtant, ce concept a le potentiel d’expliquer beaucoup de phénomènes de l’entrepreneuriat et de l’innovation, mais aussi, plus généralement, du fonctionnement ou du dysfonctionnement de l’organisation. Surtout, il permet d’identifier des possibilités et d’en discerner la viabilité. Il peut donc s’avérer très utile pour concevoir des approches plus systématiques de l’innovation.

Un article de Philippe Silberzahn et Dominique Vian publié le 04/11/2019 sur le site de HBR France

L’âme, cette mystérieuse part de nous-mêmes

Newsletter #25

À quelle part de nous ce terme laïcisé renvoie-t-il ? Comment les scientifiques, psychanalystes et tout un chacun, la perçoivent-ils ?

Pour celui-ci, elle se met à «vibrer» quand il écoute une cantate de Bach. Pour cette autre, c’est une lumière qui scintille dans les yeux de son amoureux. Pour l’autre encore, «quelque chose» qui se dégage de cette vieille commode qu’il aime tant… Dites le mot «âme» et vous en obtiendrez autant de perceptions qu’il y a d’individus.

 
Pinel

Si le terme, d’origine religieuse, a été évacué du vocabulaire français commun après la Révolution, il n’en a pourtant pas disparu dans sa forme laïcisée. Il connaît même une certaine vitalité. Dans les écrits de Freud, par exemple, il avait lentement été effacé des traductions françaises successives, et même été interdit d’emploi par le psychanalyste Jean Laplanche dans son glossaire de la traduction des Œuvres complètes du Viennois aux Presses universitaires de France (1989).

«Alors que Freud emploie fréquemment le terme de Seele («âme») dans ses acceptions religieuses ou littéraires, ce qui est extrêmement courant dans l’allemand de son époque, le terme s’est trouvé remplacé pendant des décennies par “appareil psychique”, explique Olivier Mannoni, qui a travaillé à la nouvelle traduction de Freud aux Éditions Payot. C’était alors méconnaître le talent stylistique, quasi littéraire du psychanalyste, estime le traducteur. Désormais, nous avons peu à peu réintroduit le mot “âme” lorsqu’il s’imposait.»

C’est souvent après coup qu’on peut mesurer l’effet de notre “âme” dans notre vie

À côté des processus cognitifs de «l’esprit», du flux continu de la conscience, de l’organe cerveau, d’un inconscient théorique, l’âme reprend donc un peu sa place. Au point que même un académicien, François Cheng en 2016, dans son opus De l’âme(Albin Michel), osa se confronter à ce mot tabou pour une délicieuse exploration qui toucha le grand public. Reste que celle-ci demeure indéfinissable. «On ne peut la réduire à une équation, précise la psychanalyste Viviane Thibaudier, auteur d’un 100 % Jung (Eyrolles). Pour ce dernier, elle est ce quelque chose qui nous habite, inconnu de nous, mais qui pourtant nous inspire, nous guide, et donne du sens.»

C’est donc souvent après coup qu’on peut mesurer l’effet de notre «âme» dans notre vie. Ainsi, pour Caroline Coldefy, journaliste et productrice télé ayant enduré des addictions ravageuses par le passé, l’âme est cette force, ce désir irréversible qui l’a aidée à se relever quand elle en a eu besoin. «Je n’emploie jamais ce mot-valise un peu compliqué, explique-t-elle. Mais si je regarde comment j’ai réussi à décrocher, ou comment j’ai pu partir seule au Kazakhstan pour adopter ma petite fille, je ne peux que constater qu’il y a cette essence profonde en moi, mon âme, qui m’a aidée à me rapprocher de qui je suis vraiment, et de ce que je voulais vraiment à un niveau dont je n’étais même pas toujours consciente.» Ce parcours de libération et de retrouvailles avec son «cœur profond», la journaliste le raconte dans un témoignage édifiant, Et enfin la vie prend tout son sens (Leduc.s, à paraître en février). «L’âme s’exprime par un côté irrationnel, d’un autre ordre, qu’on n’arrive pas à expliquer, et elle se présente dans nos vies de manière souvent surprenante, ajoute Viviane Thibaudier. C’est cette force de vie qui nous fait aller dans des directions qu’on n’aurait pas imaginées vingt ans auparavant.»

L’âme s’exprime par un côté irrationnel, d’un autre ordre, qu’on n’arrive pas à expliquer, et elle se présente dans nos vies de manière souvent surprenante.

Viviane Thibaudier, psychanalyste

Le psychanalyste Carl G. Jung le savait bien, lui qui chercha sans cesse, par la méditation, le dessin, à établir le contact avec cette conseillère unique: «sans âme» nous perdons la meilleure part de nous. «Elle est ce principe de sensibilité de nature opposée au corps, mais absolument complémentaire de lui pour devenir un être entier, explique Viviane Thibaudier. L’un et l’autre ne peuvent fonctionner séparément.»

Du côté des neuroscientifiques, on dira que «le cerveau fait de l’esprit» et que la matière génère la pensée, y compris la pensée intérieure qui nous donne la conscience. Si le mot «âme» est tabou, on cherche cependant la preuve physiologique de celle-ci. Le neurologue Antonio Damasio l’affirme: les expériences spirituelles, religieuses ou non, ne sont rien d’autre que des processus mentaux. Deux études neuroscientifiques (une à Taïwan en 2007, l’autre à l’université de Cambridge en 2016) ont notamment établi que la glande pinéale était le siège d’une activation notable lorsque les patients méditent ou prient. Il apparaît donc que cette petite glande endocrine est le centre de notre vie spirituelle, celle d’où part et sont reçues toutes les informations de nature transcendante. De là à penser que l’âme y tient son siège, il n’y a qu’un pas…

Peu importe sans doute à ceux qui la sentent vibrer en eux. «Au fin fond de notre être, nous savons que la vie […] n’est pas dans le fonctionnement aveugle de ce qui existe, écrit François Cheng, mais implique toujours un élan vers une possibilité d’être plus élevé.»


Catherine Ternynck: «Elle a ce pouvoir de transfigurer l’ordinaire»

Catherine Ternynck
Catherine Ternynck Crédit : Collection Personnelle

Catherine Ternynck, docteur en psychologie et psychanalyste, publie La Possibilité de l’âme (Éd. Bayard).

LE FIGARO. – Sans le deuil de votre époux, vous seriez-vous mise à écrire sur l’âme?

Catherine TERNYNCK. – Je ne pensais pas écrire sur ce thème mais les circonstances de ce décès – mon époux est mort un soir de novembre, dans notre jardin – et les détails de cette scène, la brume environnante, les souffles qui s’exhalaient de nos bouches, les odeurs de la terre me hantaient. Je me demandais: «Où s’en est-il donc allé, ce dernier souffle, celui qui s’est rendu? Serait-il possible de le rejoindre?» D’une certaine façon, mon livre raconte la quête de ce petit souffle d’âme.

En tant que psychanalyste, quelle perception avez-vous de ce mot?

C’est un terme allusif, insaisissable, énigmatique. Un mot qui invite à lever les yeux et à chercher plus loin… François Cheng parlait d’un «mot de passe». L’âme serait comme un «je-ne-sais-quoi» qui pourtant a ce pouvoir de transfigurer l’ordinaire, d’inspirer les lieux et les êtres. En cours de consultation, lorsque j’écoute une personne évoquer certains aspects de son existence, il arrive que je surprenne ce souffle de passage. C’est un moment difficile à décrire, comme un éclat de sens, de vérité ou de pureté. Mais le surgissement est si discret, si bref que je doute aussitôt de l’avoir saisi.

On peut cependant, dites-vous, apprendre à avoir «l’âme dans les yeux»?

Lorsqu’on s’exerce à regarder avec les yeux de l’âme, on perçoit que l’existence ne se réduit pas à ce que l’on en sait ou à ce que l’on en voit. Quelque chose échappe par quoi la matière n’est pas seulement la matière, le réel ne se réduit pas au simple réel. Quelque chose se passe ailleurs. Quelque chose, mais quoi? Ailleurs, mais où?

Quelque chose échappe par quoi la matière n’est pas seulement la matière, le réel ne se réduit pas au simple réel. Quelque chose se passe ailleurs. Quelque chose, mais quoi ? Ailleurs, mais où ?

Le contexte actuel favorise-t-il ce contact avec une transcendance?

Non, bien sûr. Aujourd’hui, nos espaces de vie sont essentiellement consuméristes, technologiques, matérialistes. C’est une pauvreté de notre époque, sans doute aussi accablante que la pauvreté matérielle. Sans en avoir conscience, nous rabattons la dimension spirituelle, nous la réduisons à la dimension matérielle. Ainsi, par exemple, nous ne percevons plus la différence entre le don et le cadeau, entre le voyage et le tourisme, entre la célébration et la fête… Nous existons mais vivons-nous vraiment?

Cela a-t-il des conséquences dans votre clinique?

Comme j’ai tenté de le montrer dans mon précédent livre, l’homme d’aujourd’hui, cet Homme de sable (Éd. du Seuil) est plus libre, moins névrosé au sens freudien. Mais il souffre d’une sorte d’épuisement que le sociologue Alain Ehrenberg a nommé La Fatigue d’être soi… D’où l’inflation actuelle de la dépression, de l’anxiété et d’un sentiment diffus de vide. Face à une telle réalité clinique, on en vient à se demander si les différentes formes de souffrance contemporaine ne seraient pas moins d’ordre psychologique que d’ordre ontologique. Ne signeraient-elles pas une sorte d’anémie spirituelle? En évoquant ce mot, spirituel, je me tiens à distance de toute appartenance ou pratique religieuse. Je ne me perds pas pour autant dans une nébuleuse émotionnelle ou sentimentale. J’évoque un élan qui permettrait d’habiter le monde moins matériellement.

Qu’est-ce qui, selon vous, peut encore inspirer notre réalité?

Lorsque nous nous regardons avec les yeux de l’âme, nous découvrons que les choses et les lieux ont une âme, parce qu’ils ont une histoire et la mémoire de cette histoire. Tout ce qui fut déposé en eux, des gestes, des confidences, des émotions, des rêves, leur donne une profondeur qui, parfois, demande à revivre. S’exercer à regarder avec les yeux de l’âme, c’est percevoir cette profondeur, en recueillir la poésie et s’en laisser inspirer.

 

Par Pascale Senk, publié par le Figaro le 14 décembre 2018