Les virus de pensée (par Robert Dilts)

Newsletter #29
Les virus de la pensée par Robert Dilts
 

De la même manière qu’un virus biologique infecte le corps, un virus de la pensée peut infecter notre cognition et un virus informatique peut infecter un système electronique, ce qui mène dans tous les cas à de profonds dysfonctionnements.

Une des présuppositions fondamentales de la PNL est que “la carte n’est pas le territoire”. En tant qu’humains, nous appréhendons la réalité au travers de nos perceptions qui sont limitées. Par exemple, les chiens entendent des sons que nous ne percevons pas. Les abeilles voient des lumières infra rouges que nous ne voyons pas. Nos perceptions sont limitées, et c’est ce avec quoi nous travaillons dans notre monde. Nous répondons à des cartes mentales construites à partir de nos perceptions sensorielles de la réalité plutôt qu’à la réalité elle-même. Ce sont nos cartes “Neurolinguistiques” de la réalité, et non la réalité elle-même, qui déterminent et donnent un sens à notre comportement. Ceux qui pensaient que la Terre était plate n’ont jamais pensé un seul instant voguer autour d’elle. Ainsi, c’est souvent notre carte du monde plutôt que le monde lui-même qui nous limite ou inversement nous confère du pouvoir.

Les virus de la pensée reposent sur les croyances des autres

Les croyances limitantes naissent à partir des processus d’omissions, de généralisations et de distorsions qui sont intervenues dans un « cadre de problème », « cadre d’échec », ou « cadre d’impossibilité ». Ces croyances deviennent bien plus limitantes et difficiles à changer quand elles sont séparées de l’expérience, des valeurs, des états internes et attentes dont elles sont issues. Dans ces circonstances, la croyance peut être perçue comme une sorte de « vérité » dissociée de la réalité. Ce qui conduit les individus à considérer la croyance comme « le territoire » plutôt que comme une « carte » particulière dont l’objet est de nous aider à naviguer de façon efficace dans notre expérience du territoire. Cette situation peut s’amplifier quand la croyance limitante n’est même pas issue de notre propre expérience, mais quand elle nous est imposée par les autres.

Les cartes des individus sont différentes, en fonction de leur parcours, de leur culture, de leur expérience professionnelle et de leur histoire personnelle. La PNL s’intéresse à la manière des individus de se construire des cartes du monde aussi différentes. Un des défis majeurs de nos vies est de savoir comment coordonner nos cartes avec celle des autres. Par exemple, les individus possèdent différentes croyances concernant les capacités du corps à guérir et à faire ce qu’il « devrait être fait » et « peut être fait » pour se guérir ou guérir les autres.

Les individus possèdent des cartes différentes de ce qu’est la guérison physique et de ce qu’il est possible de faire, et ils mènent leur vie en fonction de ces cartes. Quand ces cartes sont très contraignantes, elles peuvent mener à des conflits de croyances.

Prenons par exemple le cas de ma mère qui, lors de la découverte d’un cancer du sein métastasé, s’est mise en quête de ce qu’elle pourrait faire avec son mental pour faciliter sa propre guérison. Son chirurgien aurait pu lui dire que « tous ces trucs de guérison corps-esprit » étaient « un paquet d’inepties», et allait la rendre folle. Ce type de croyance, en particulier si elle est présentée comme la « juste carte du monde », peut devenir ce que j’appelle un « virus de la pensée ».

Un « virus de la pensée » est une classe particulière de croyances limitantes qui interfèrent avec les efforts des uns et des autres pour guérir ou s’améliorer. Une croyance limitante type est une généralisation issue d’une expérience personnelle. Elle peut donc s’actualiser ou se modifier par le résultat d’une autre expérience. Des données nouvelles ou des contre exemples qui ne collent pas avec la généralisation initiale conduiront la personne à reconsidérer la validité de sa ou ses croyances. Par contre, les virus de la pensée reposent sur les croyances limitantes des autres. Elles ne sont donc pas modifiables ou actualisables par l’expérience. Et dans ce cas il convient d’identifier et de transformer les croyances et présuppositions des autres qui ont permis au virus de la pensée de se créer et de se maintenir. Ces présuppositions et croyances des autres n’apparaissent habituellement pas de façon évidente dans la structure de surface de la croyance.

Dans l’exemple cité plus haut, ma mère travaillait comme infirmière pour un médecin généraliste. Plutôt que de lui dire qu’elle agissait stupidement comme l’avait fait son chirurgien, ce médecin qui l’employait l’a prise à part et lui dit : “Ecoute Pat, si tu tiens vraiment à ta famille, tu ne les laisseras pas sans qu’ils soient préparés.” Bien que moins ouvertement confrontant que ce que lui avait dit son chirurgien, les propos du médecin constituent un virus potentiel de pensée plus puissant que le simple fait de dire: “C’est un paquet d’inepties”. Puisqu’une grande partie de la signification du message repose sur un sous-entendu et n’est pas clairement énoncée, il est plus difficile de reconnaître que : “C’est seulement son opinion”. Vous pouvez alors penser : “Oui, je tiens à ma famille. Non, je ne veux pas les laisser sans qu’ils soient préparés.” Ce qui n’est pas énoncé et ce qui n’est pas dit, c’est que “laisser sa famille” signifie “mourir”. La présupposition de cette phrase est que « vous allez mourir ». Cette phrase impliquait que cette femme devait arrêter ce « non-sens » et se préparer à mourir, sinon cela rendrait la situation plus difficile encore pour sa famille : “Si vous tenez vraiment à votre famille, vous n’essaierez pas de faire mieux que ce que vous dit la médecine, parce que cela les laisserait non préparés”.

Ce qui fait de cet énoncé un virus potentiel de la pensée, c’est que cela implique que la “bonne” façon et la “seule” façon d’être une épouse dévouée et une mère aimante est d’accepter que vous allez mourir et de vous préparer, vous et votre famille, à cette issue inévitable. Cet énoncé suggère que tenter de retrouver la santé alors que la mort est imminente constitue surtout une manière égoïste d’agir, et de ne pas se soucier de sa famille. Cela pourrait apporter de faux espoirs, des pertes financières potentielles et pourrait conduire à de la déception et de la tristesse.

Comment les virus infectent notre pensée

De tels « virus de la pensée » peuvent « infecter » la pensée et le système nerveux autant qu’un virus physique peut infecter le corps et autant qu’un virus informatique peut infecter un système informatique, menant à la confusion et aux dysfonctionnements. De la même façon que la programmation d’un ordinateur ou d’un système complet d’ordinateurs peut être endommagée par un « virus informatique », notre système nerveux est susceptible d’être infecté et altéré par les virus de la pensée.

D’un point de vue biologique, notre code génétique représente le « programme » physique de notre corps. Et un virus est un petit morceau de matériel génétique, donc une partie incomplète d’un « programme ». Ce n’est pas vraiment quelque chose de vivant. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas tuer un virus comme on le fait avec une bactérie. Le virus pénètre dans les cellules de son “hôte” qui, s’il n’est pas immunisé contre ce virus, lui construit une “maison” sans le savoir et l’aide même à se reproduire. Les bactéries sont par contre des cellules vivantes qui peuvent être tuées par des antibiotiques, ces derniers n’étant cependant dans la grande majorité des cas d’aucune utilité sur les virus.

Un « virus informatique », est comme un virus biologique, ce n’est pas un programme entier et complet. Il ne sait pas à quelle partie de l’ordinateur il est rattaché, ni les endroits de mémoire qui lui sont surs et ouverts; il n’a aucune notion concernant « l’écologie » de l’ordinateur.
Le virus n’a donc pas de perception de son identité par rapport au reste de la programmation de l’ordinateur. Sa tâche principale est de se reproduire. Parce qu’il ne reconnaît pas ou ne respecte pas les frontières des autres programmes et données de l’ordinateur, il écrit par-dessus eux sans discrimination, les effaçant et les remplaçant par  lui-même. Cela amène l’ordinateur à dysfonctionner et à faire de sérieuses erreurs.

Un « virus de la pensée » est similaire aux autres types de virus. Ce n’est pas une idée complète et cohérente qui s’intègre et soutient fondamentalement d’une manière saine l’ensemble du système de pensée et de croyances d’une personne. Ce sont des pensées ou des croyances isolées et fragmentées, qui peuvent être sources de confusions et de conflits. Les pensées et les croyances isolées n’ont pas un grand « pouvoir individuel ». Elles ne prennent vie que lorsqu’une personne agit à partir d’elles.

Ma mère a vécu plus de douze ans, donc bien au-delà du délai prédit par son médecin, avant tout parce qu’elle n’a pas adopté certaines prédictions médicales. Le médecin pour lequel elle travaillait lui disait qu’avec de la chance, elle pouvait vivre au mieux deux ans, donc une question de mois et de semaines. Elle a suivi le traitement médical, elle a cessé de travailler pour ce médecin et a vécu de nombreuses années sans aucuns symptômes. Quelques années après avoir cessé de travailler pour lui, ce médecin est lui même devenu gravement malade. Croyant que sa mort était imminente et inévitable, il voulait se suicider. Il pensait même entraîner sa femme avec lui avec ou sans son consentement, car il ne voulait pas la laisser “non préparée”.

Un virus de la pensée peut mener à la mort aussi rapidement que le virus du VIH lorsqu’il n’est pas traité. Il peut tuer son hôte aussi facilement qu’il peut nuire aux personnes infectées par l’hôte. Pensez au nombre de personnes disparues du fait de virus de la pensée et des “nettoyages ethniques” et guerres saintes qui en ont découlées. A la toxicité biologique du virus, se rajoute la toxicité cognitive du virus (ce qui est dit de la dangerosité du Sida).

Pour revenir au cas de ma mère atteinte de cancer, d’un point de vue de la PNL le médecin n’était certainement pas le problème. Le véritable problème était la croyance ou le « virus » de la pensée qui l’avait contaminé. Le fait qu’il ait voulu renoncer à sa propre vie peut être perçu comme un acte ultime d’intégrité. C’est la croyance médicale sur le pronostic de la maladie qui peut être critiquée, mais pas la personne.

S’immuniser contre les virus de la pensée

Si on peut reconnaître et neutraliser un virus, on ne peut pas le tuer, de même qu’il est impossible de “tuer” une idée, une croyance car elles ne sont pas vivantes à proprement parler. Et tuer une personne ayant agi sous l’influence d’une idée ou d’une croyance ne fait pas disparaître cette croyance ou idée, des centaines d’années de guerre et de persécution religieuse en font foi. La thérapie chimique antivirale (1) agit avec le même principe guerrier fondamental : elle détruit les cellules infectées mais ne guérit pas le corps ou ne le protège pas contre les virus, et elle inflige malheureusement un nombre important de « dommages collatéraux » sur les autre cellules saines du corps.

Les croyances limitantes et les virus de la pensée doivent être abordées de la même manière que le fait le corps avec des virus physiques ou un ordinateur avec un virus informatique ; dans les deux cas, il convient de reconnaitre le virus et de s’en immuniser pour ne lui donner aucune place dans notre système.

Les virus n’affectent pas seulement les gens ou les ordinateurs considérés comme « faibles », « stupides » ou «méchants». L’hôte des virus électroniques ou biologiques est dupé car le virus semble initialement pouvoir s’intégrer dans la cellule ou être inoffensif. Notre code génétique est en quelque sorte un programme biologique. Il fonctionne un peu comme : «S’il y a un A et un B, alors exécute C » ou «Si quelque chose a une structure telle que «AAA-BACADAEAF » «alors cette structure lui appartient». Une des fonctions de notre système immunitaire est de vérifier les codes des différentes parties du corps ainsi que de tout ce qui y entre afin de s’assurer qu’ils sont sains et qu’ils font bien partie de notre système vivant. S’ils ne font pas partie de notre système, ils sont rejetés ou recyclés. Le corps et le système immunitaire se font duper par un virus, comme le virus du VIH, parce que sa structure est semblable à celle de nos cellules. En fait, les humains et les chimpanzés sont les seules créatures à manifester des effets nocifs en présence du virus du VIH, puisqu’ils sont les seuls à avoir une structure génétique assez proche de celle du virus du VIH pour en être infectés.

Pour mieux comprendre, imaginons que le code génétique d’une personne ait le schéma suivant :
« AAABACADAEAF », et qu’un virus ait un schéma : « AAABAOAPEAF » qui semble assez similaire au code génétique de l’individu. Si les seules cinq premières lettres des deux schémas sont similaires, le code du virus sera alors admis à l’intérieur du corps. Les défenses du corps peuvent être également dupées par un virus, lorsque ce dernier entre dans le corps enveloppé d’une protéine inoffensive (un peu comme un cheval de Troie). Le système immunitaire ne perçoit pas le stratagème. Cela se rapproche en quelque sorte, de l’affirmation du docteur qui disait : « Si vous tenez vraiment à votre famille, vous ne les laisserez pas sans qu’ils soient préparés ». À première vue, il n’y a rien de bien malsain dans cette affirmation. En fait, cela semble même transmettre des valeurs positives : « Tenir vraiment, être préparé».
Ce qui rend une telle croyance potentiellement mortelle est le contexte dans lequel l’affirmation est faite et ce qui est présupposé dans l’affirmation, et ces présuppositions sont bien plus dangereuses que ce qui est exprimé.

Il est important de se rappeler qu’un virus, qu’il soit biologique, électronique ou mental, n’a pas d’intelligence ou d’intention qui lui soit propre. Un virus biologique n’est nocif que si le corps l’admet en lui et s’il le confond avec lui-même. Les infections virales ne sont ni mécaniques ni inévitables. Nous avons tous fait l’expérience d’être exposé à une personne enrhumée ou grippée, sans avoir été infecté parce que notre système immunitaire a su s’opposer à la diffusion des virus en cause. Chez une personne vaccinée contre un virus, son système immunitaire a appris à reconnaître le virus, puis à le recycler ou l’éliminer. Le système immunitaire n’apprend pas à tuer le virus (parce qu’il est impossible de le tuer). (Il est vrai que des « cellules T tueuses» de notre système immunitaire peuvent détruire des cellules et tissus infectés par le virus. Mais, comme pour une chimiothérapie, cela concerne bien plus le symptôme que la cause. Dans une immunisation complète, les cellules ne sont pas en premier infectées par le virus).

Un «antivirus» informatique ne détruit pas des parties de l’ordinateur. Il reconnaît plutôt le programme viral de l’ordinateur et l’efface simplement de la mémoire de l’ordinateur ou du disque. Les programmes de protection virale se contentent le plus souvent de rejeter simplement le disque « infecté» lorsqu’un virus est découvert, de sorte que l’ordinateur ne puisse courir de risque.

De la même façon, en s’immunisant contre un virus, le système immunitaire du corps devient mieux « éduqué » à reconnaître et classer les virus. De même qu’un enfant qui apprend à lire devient plus habile à reconnaître les arrangements de lettres, le système immunitaire devient plus performant à reconnaître et à classifier clairement les différents modèles du code génétique des virus. Il vérifie le programme du virus avec plus d’attention.
Si les programmes de vaccination mondiale ont réussi à éradiquer la variole de la surface de la Terre, cette réussite n’est pas due à l’élimination du virus. Il reste présent dans la nature. Nous avons simplement appris à notre système immunitaire à reconnaître le virus. Après avoir reçu le vaccin contre ce virus, votre corps est en mesure de réaliser : «Oh, ce virus ne m’appartient pas ». Il est bon de rappeler que la vaccination ne tue pas les virus, mais aide le système immunitaire à distinguer ce qui est étranger au corps et ce qui ne l’est pas. Ce qui lui appartient et ce qui ne lui appartient pas.

De même, le fait de sélectionner un fichier atteint par un virus sur le disque de l’ordinateur et de le jeter dans la poubelle où il est effacé, est une mesure efficace et définitive mais qui n’a pas la violence d’un programme qui chercherait à « combattre » ou « tuer » le virus. La fonction de l’anti virus est de protéger l’ordinateur de manière de plus en plus efficace. Ce qui se produit au fur et à mesure qu’on remplace les vieilles versions des programmes lorsqu’elles deviennent désuètes.

Reconnaître un virus de la pensée nécessite beaucoup de sagesse

Les virus de la pensée peuvent contaminer l’ensemble de nos structures cognitives et s’opposer à des processus de guérison. Par exemple ma mère a souffert, à un certain stade de son rétablissement de douleurs costales et vertébrales dues à des métastases osseuses. Je lui ai demandé de visualiser les parties de son corps qui lui faisaient mal. Quelque part dans son dos, elle a vu quelque chose qui ressemblait à un enchevêtrement « d’écrans rouillés». Suivant une procédure typique de PNL, je lui ai demandé d’explorer les intentions positives de la « partie » d’elle-même représentée par cette image.

Je ne recommande bien sûr pas l’identification et l’effacement de toutes les pensées limitantes. La première chose à faire est de prendre vraiment le temps d’explorer la communication ou l’intention positive du symptôme. Vouloir se débarrasser de ses symptômes et d’en souhaiter la disparition ne fait que renforcer la situation car cela ne permet pas d’écouter ou de comprendre le symptôme et la situation qui l’a créé. La fonction du symptôme est de nous signaler la présence des virus de la pensée ou croyances limitantes qui occupent notre espace mental et qui peuvent s’opposer à la guérison. Il faut une bonne dose de sagesse pour reconnaître et distinguer un virus de la pensée.

Guérir d’un « virus de pensée » implique un approfondissement et un enrichissement de nos cartes mentales afin de disposer de plus de choix et de perspectives d’actions. La sagesse, l’éthique et l’écologie ne viennent pas du fait d’avoir les justes cartes du monde, parce que les êtres humains ne seraient pas en mesure d’en concevoir une. Le but est plutôt de créer la carte la plus complète possible, celle qui respecte la nature et l’écologie de l’organisme vivant ainsi que le monde dans lequel on vit. Lorsqu’un modèle du monde s’enrichit et s’élargit, la perception de l’identité et de la mission de son propriétaire s’enrichit et s’élargit de la même façon. Le système immunitaire est en quelque sorte le mécanisme par lequel le corps clarifie et maintient l’intégrité de son identité physique. Le processus de l’immunisation implique essentiellement que le système immunitaire en sache davantage sur ce qui fait partie de l’être physique et ce qui n’en fait pas partie. De la même façon, l’immunisation d’un virus de la pensée implique la clarification, la congruence et l’alignement du système de croyances sur l’identité et la mission psychologique et spirituelle de l’individu.

En conclusion, nous devons apprendre à faire face à des croyances limitantes et à des virus de la pensée d’une manière qui s’apparente bien à une immunisation qu’à une thérapie chimique. Les nombreuses présuppositions et techniques PNL, peuvent en quelque sorte être considérées comme une sorte de « vaccination » pour aider les individus à immuniser leurs systèmes de croyances contre certains « virus de la pensée ». Appliquer ces principes et ces techniques représente bien plus un processus à long terme, comme celui d’un jardinier prenant soin de son jardin, que quelque chose à faire uniquement en temps de crise.

Source : Robert Dilts et Judith DeLozier « Encyclopédie de la PNL Systémique et du nouveau code de la PNL », pages 1415-1419

Notes de JL Monsempès 

(1) Le virus est un message génétique protégé par quelques protéines pour ne pas être dénaturé par l’environnement. Ce message génétique a besoin de pénétrer dans une cellule pour y vivre et se répliquer. Comme ce message génétique ne peut exister de manière autonome et qu’il n’est pas réellement vivant, il est donc très difficile à tuer ! Les antiviraux existent pourtant. Ces molécules empêchent une infection virale de se répandre dans les cellules, mais n’éradiquent pas pour autant les virus. Si la thérapie antirétrovirale, avec la PrEP, représente une avancée majeure dans le traitement du Sida, elle n’élimine pas complètement le virus et nécessite la prise quotidienne de lourds traitements. De plus, la thérapie antirétrovirale peut induire de nombreux effets secondaires.

 

Les idées reçues : entre mythe et réalité, les schémas de notre pensée

Newsletter #22

Les Mémoires d’un saint (1960), René Magritte. Omega/Flickr, CC BY-SA

Lorsque Jérémy a quitté Aurore pour une femme quinze ans plus jeune que lui, son entourage a logiquement évoqué la crise de la quarantaine. Les colères à répétitions de papy Jean ? Cela ne fait aucun doute qu’elles sont liées à l’insatisfaction qui vient en vieillissant. Quant à l’ulcère du cousin Stéphane, pas étonnant chez quelqu’un d’aussi stressé ! Que Camille stresse avant son examen, cela va lui faire perdre ses moyens et échouer ! Et puis cette personne agressée dans la rue par un « déséquilibré » ! Rien de moins surprenant, on sait bien que les personnes atteintes de maladie mentale sont dangereuses…

Autant d’explications apparemment satisfaisantes qui permettent de répondre à la complexité de ces différentes situations. Mais ces explications, aisément admises par tout un chacun, sont-elles scientifiquement corroborées ou s’agit-il uniquement d’idées reçues ?

Naissance et développement des idées reçues

Les situations que nous rencontrons au quotidien possèdent un caractère plus ou moins complexe et, de ce fait, entaché d’un certain degré d’incertitude. Plus une situation est complexe, plus il est difficile d’en appréhender les causes et donc de l’expliquer ou de se l’expliquer. Or, s’adapter à notre environnement et à ce que nous sommes en train de vivre, nécessite que nous puissions trouver du sens, que nous puissions expliquer les choses.

Ainsi, face à ces situations dont la complexité compromet l’accès aux causes profondes et réelles, il arrive que nous fabriquions des explications apparemment rationnelles qui permettent de réduire cette complexité et l’incertitude qui souvent l’accompagne. Ces explications ont pour caractéristique d’être acceptées par toute une collectivité d’individus ; mais pour rationnelles qu’elles paraissent, elles s’apparentent dans certains cas à des idées reçues parce que fondées sur l’intuition plutôt que sur des faits analysés et vérifiés.

Ces idées reçues, pour le moins non vérifiées selon les standards scientifiques, mais néanmoins fortement crédibles, apportent une certaine réassurance face à la complexité et l’incertitude en clarifiant et simplifiant nos idées. Ces idées, totalement admises nous sont transmises par notre environnement socio-culturel et leur degré de véracité est testé selon la logique de la coïncidence au cours de la vie de l’individu.

La carte d’identité des idées reçues

En psychologie, une idée reçue est définie comme un ensemble de connaissances à propos d’un objet donné. Par exemple, les connaissances que nous possédons sur la propagation du son. Ces connaissances – certaines vraies (le son se déplace en ondes sonores), d’autres fausses (les vaisseaux spatiaux font de très beaux bruits dans l’espace) – s’agglomèrent pour former une structure (ou un schéma) de connaissances qui, comme nous l’avons vu, peut être utilisée afin de trouver une explication rationnelle face à une situation dont les causes réelles nous échappent.

La carte d’identité des idées reçues comporte quatre caractéristiques qui lui sont propres.

  • Sa fréquence : une idée reçue a la particularité d’être répandue.
  • Son caractère d’évidence : elle apparaît comme quelque chose de démontré.
  • La facilité avec laquelle elle peut être admise qui la rend agréable.
  • Enfin, elle revêt souvent une forme anecdotique, voire amusante, qui contribue à la facilité avec laquelle elle est acceptée et véhiculée.

Un ancrage profond

On peut ajouter, en outre, qu’une idée reçue sera d’autant mieux acceptée et ancrée dans le système de croyance d’un individu que celle-ci convient à notre façon de penser ou de voir les choses et se conforme à nos dispositions. De fait, l’idée reçue est captée au travers d’un filtre émotionnel qui l’ancre littéralement dans notre vision du monde sans jugement critique.

« Ceci n’est pas une pomme », René Magritte (1959). Cea/Flickr, CC BY

Les idées reçues s’imposent généralement de façon non consciente. Autrement dit, elles naissent et se construisent de manière implicite, sans que nous ayons un réel contrôle sur la façon dont nous les adoptons et encore moins sur leur contenu. La conséquence principale en est que leur fondement n’est pas, ou rarement, mis en doute.

Pour le dire plus simplement, lorsque nous croyons à une idée particulière, il est difficile, sinon impossible de nous en détourner. En outre, leur ancrage profond dans la culture réduit à néant toute tentative de les contrer et cela même lorsque des preuves solides démontrent qu’il s’agit de contre-vérités. On peut alors se demander quelles sont les raisons qui font que ces idées, ces schémas de pensées, ces croyances se maintiennent contre vents et marées ?

Pourquoi les idées reçues ont-elles la peau dure ?

La réponse à cette question se trouve en partie dans les éléments que nous venons d’évoquer, à savoir le caractère agréable, évident (voire simpliste) et souvent amusant des idées reçues, ainsi que leur installation par des processus d’apprentissage non conscients. Mais cela n’est pas suffisant pour expliquer qu’elles puissent s’imposer et surtout perdurer face aux arguments scientifiquement étayés.

Une bonne partie de l’explication résiderait dans les caractéristiques émotionnelles liées aux idées reçues. Pour qu’une idée s’impose, pour qu’elle devienne une véritable croyance populaire, il lui faut au départ une dimension émotionnelle suffisamment importante pour résister aux assauts conjugués de la logique et de la rationalité.

Le degré auquel nous croyons – ou pas – à une idée donnée est largement influencé par la propension que nous avons à l’attachement. Nous nous attachons aux personnes, aux animaux, aux objets, mais aussi aux idées. Et cela non pas de manière froide et raisonnée, mais souvent de façon tout à fait irrationnelle. Dans le cas des idées, nous nous attachons à celles que nous jugeons émotionnellement plaisantes et rejetons en bloc la plupart de celles auxquelles nous sommes émotionnellement « allergiques », et ce d’autant que l’objet ciblé est complexe.

Cette dimension émotionnelle du jugement s’exprime à travers un biais auquel nous sommes tous sensibles : le biais de confirmation. Ce biais nous conduit à accorder plus d’attention, mais aussi plus de crédit, aux informations dans notre environnement qui soutiennent nos croyances actuelles. Autrement dit nous sélectionnons, de façon majoritairement non consciente, les preuves qui étayent les idées auxquelles nous croyons déjà et inversement nous dépensons une énergie folle à ignorer celles qui pourraient contredire ces idées.

La nouvelle conquête de Jérémy n’est-elle pas une preuve flagrante que la crise de la quarantaine est une réalité ? Que quinze autres couples de mon entourage aient atteint cet âge sans encombre ne constitue aucunement une preuve du contraire. Le biais de confirmation pourrait être un élément fondamental pour expliquer la persistance des idées reçues et la difficulté à les combattre. Mais finalement, est-il vraiment nécessaire de les combattre et pourquoi ?

Pourquoi combattre les idées reçues ?

Combattre les idées reçues laisse à penser qu’elles sont unanimement fausses, ce qui n’est pas le cas : le croire serait une idée reçue ! Plus exactement, dans la mesure où une idée reçue est, comme nous l’avons vu, une agglomération de connaissances, certaines de ces connaissances peuvent être parfaitement exactes.

Nous avons préalablement souligné le fait que nous vivons dans un environnement complexe et notre organisme lui-même est une structure complexe. Prenons le stress par exemple ; qu’il puisse – en fonction de sa nature, de son intensité, de sa durée, de nos capacités de résistance, voire de son interprétation – être impliqué dans les ulcères n’est pas complètement faux. Pour autant, le stress n’a pas que des conséquences négatives, loin s’en faut. La confrontation au stress et les réactions physiologiques qui en découlent sont en elles-mêmes nécessaires et inhérentes à la vie, et dans les situations difficiles telles qu’un examen par exemple, ces réactions s’avèrent plutôt vertueuses, tout dépend de la manière dont on interprète la situation.

Par ailleurs, les idées reçues présentent une fonction intéressante à souligner qui consiste à renforcer l’homogénéité d’un groupe social donné en favorisant l’interaction des individus qui composent ce groupe autour d’une croyance donnée sous la forme d’une norme social et/ou culturel. Ceci d’autant plus qu’elles vont donner du sens à des phénomènes dont la complexité est importante. Par exemple, considérer que le vieillissement est responsable de la diminution des capacités de mémoire permet de simplifier un phénomène qui implique bien d’autres causes que le simple vieillissement biologique. Alors, pourquoi combattre ces idées ?

Outre le rétablissement de la vérité qui à elle seule apparaît comme une raison suffisante, combattre les idées reçues s’avère nécessaire lorsqu’elles conduisent les individus à adopter des comportements ou des attitudes néfastes. En l’occurrence, certaines de nos croyances peuvent conduire à la stigmatisation d’un groupe ethnique particulier, d’une catégorie d’âge particulière ou à des attentes particulières en fonction du genre de l’individu.

Ainsi, continuer de penser que les garçons réussissent mieux que les filles dans les filières scientifiques, que les personnes atteintes de troubles mentaux sont dangereuses ou que les homosexuels sont psychologiquement malades constituent des idées qu’il faut combattre. Il faut les combattre parce qu’elles sont fausses, mais aussi et surtout parce qu’elles contribuent à maintenir une inégalité d’une injustice profonde entre les individus.

Ainsi, combattre les idées reçues nécessite de développer sons sens critique, de savoir se documenter auprès de sources sérieuses et d’apprendre à remettre en question ses propres croyances.The Conversation

Thierry Atzeni, Maître de Conférences en Psychologie, Université Savoie Mont Blanc et Sonia PELLISSIER, Enseignant-chercheur, Maître de Conférences en Psycho-Physiologie, Université Savoie Mont Blanc

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Rien ne nous arrive par hasard

Newsletter #17

L’acceptation d’une épreuve n’est ni du déni, ni de la fuite, mais le début de la transformation. Et vous n’avez pas besoin d’une paraplégie pour y croire. Votre épreuve, il s’agit de la respecter et de vous respecter. Mon épreuve a été initiatique, ma troisième naissance, ma renaissance, car je n’ai jamais cru que je n’allais plus  remarcher. Le lendemain de l’opération, j’ai fait alliance avec mon corps pour mettre en place ma verticalisation. Je me suis dit qu’on n’allait pas me voler ma vie à nouveau. En écoutant cette voix, mes croyances ont cessé d’être limitantes. Les croyances sont comme les deux faces d’une médaille. D’un côté vous donnez aux croyances le pouvoir de vous asservir. Pour moi c’était mon entêtement, ma peur de vivre et de mourir. Le jour ou je me suis donné de l’amour, du respect, de la tendresse, du temps, de l’écoute et de la lumière, l’autre face de la médaille a explosé dans toute sa splendeur pour devenir de la force, du désir de vivre, de la créativité et de la plénitude. Tout s’est aligné en moi, mon corps, mon mental, mon esprit et tout est devenu possible. Puisque le rêve ne m’était plus interdit, je me suis autorisé à réaliser celui que j’avais à 18 ans et aujourd’hui je suis écrivain. Mon premier livre, « Le roseau penchant », relate mon opération. Quelle que soit l’épreuve, nous avons tous la capacité à la transmuter.