Discours à la loupe : Quand Bill Gates nous mettait en garde contre le Covid-19

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En 2015, Bill Gates donne un discours de 8 minutes. Son intitulé : “La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts.”

Après le visionnage de son intervention lors d’une conférence TED, qui a ressurgi des profondeurs d’internet ces derniers jours, la réponse ne fait aucun doute : oui… et même dans les moindres détails !

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(Capture d’écran vidéo TED2015)

Depuis plusieurs décennies, l’organisation à but non lucratif nord-américaine The Sapling foundation invite experts et passionnés à monter sur scène pour prendre la parole pendant un temps court, 18 minutes maximum. Ce jour-là, l’ancien PDG de Microsoft et fondateur de la fondation philanthropique Bill et Melinda Gates, est venu s’exprimer sur un sujet intitulé : “La prochaine épidémie ? Nous ne sommes pas prêts.” Le titre annonce d’emblée la couleur.

Sur la vidéo, l’orateur entre en scène en poussant un baril qui, dans son enfance, servait à stocker des denrées alimentaires en cas de guerre nucléaire. Cet objet permet capter immédiatement l’attention de son audience et de piquer notre curiosité. Car si aujourd’hui la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 donne vie aux propos du milliardaire américain, il s’agissait encore à l’époque d’une hypothèse, probable mais non réelle.

Marquer les esprits

Et pour sensibiliser le plus grand nombre, Bill Gates sait qu’il doit être concret. Il utilise pour cela une comparaison à même de marquer les esprits en faisant référence à une réalité connue de tous (soit vécue soit abordée dans les cours d’histoire) : “Quand j’étais gamin, la catastrophe dont on avait le plus peur était une guerre nucléaire (…). Mais aujourd’hui, le plus grand risque de catastrophe mondiale ne ressemble pas à ça. Il ressemble à ça”.

Simultanément, sur l’écran situé derrière lui, apparaît alors une modélisation du virus H1N1. Ce parallèle entre, d’un côté, une guerre nucléaire, et de l’autre, une pandémie démontre, en peu de mots, pourquoi les virus contagieux représentent les nouvelles grandes menaces qui pèsent sur l’humanité.

Des phrases courtes qui claquent comme des slogans

D’ailleurs, nous reconnaissons ici la rhétorique guerrière adoptée par Emmanuel Macron et qui fait aujourd’hui débat. Bill Gates a quant à lui choisi son camp et ne transige pas : “Si quelque chose tue plus de 10 millions de gens dans les prochaines décennies, ça sera probablement un virus hautement contagieux plutôt qu’une guerre.” L’une des grandes qualités de son intervention réside dans l’emploi de phrases claires, nettes et précises. Courtes, elles sont plus facilement mémorisables comme celle qui évoque les conflits internationaux à venir : “Pas des missiles, mais des microbes.” Elle résonne comme un slogan.

A travers cette prise de parole, Bill Gates souhaite ainsi faire prendre conscience à l’audience du danger qui pourrait nous affecter dans les années à venir (et qui s’est donc bel et bien réalisé) mais également favoriser le passage à l’action. Pour cela, il structure ses idées en suivant un plan en trois parties : Problèmes (1) – Solutions (2) – Actions à mener (3).

L’épidémie d’Ebola, comme point d’ancrage de sa démonstration

Il commence par pointer du doigt toutes les défaillances et manquements actuels en revenant sur l’épidémie Ebola (qui se terminait tout juste à cette époque). A titre d’exemple, il souligne avec force qu’aucune équipe médicale n’était prête à intervenir pour endiguer la propagation du virus. Puis, l’orateur précise les raisons pour lesquelles Ebola ne s’est pas propagé à l’échelle mondiale… une façon habile de réaliser la transition vers les facteurs à surveiller pour éviter qu’une telle crise ne se reproduise.

Et parmi ces derniers, Bill Gates rappelle que le virus n’a pas touché de zones urbaines tout en précisant que la prochaine fois, nous ne serions peut-être pas aussi chanceux et pourrions faire face à un virus “où les gens infectés se sentent en bonne santé et prennent l’avion ou vont au supermarché.” C’est ce que l’on appelle un discours prophétique !

Un problème, des solutions

Une fois les dangers explicités, Bill Gates détaille les solutions possibles. Il précise par exemple que l’“on a des portables pour recevoir et diffuser l’information au public. On a des cartes satellites où l’on peut voir les gens et où ils vont.” Mais pour éviter que ces propositions ne soient que des paroles en l’air, il termine sa prise de parole en détaillant les actions qu’il faudrait mettre en place pour éviter des millions de morts et des investissements financiers colossaux.

Par exemple, il milite pour la constitution d’équipes de santé prêtes à intervenir, tels des soldats au sein d’armées étatiques et intégrés dans des organismes internationaux comme l’OTAN (et, à nouveau, notez la réapparition du champ lexical de la guerre). Malheureusement, force est de constater que l’alerte formulée par Bill Gates ne se sera pas traduite en actes. Il n’était d’ailleurs pas le seul à partager ce message comme le montrent d’autres rapports – par exemple celui rédigé par la CIA dès 2009 ! – qui insistaient sur les risques de pandémies mondiales à venir.

La “crédibilité interne”

Cette prise de parole le prouve, Bill Gates est un orateur aguerri. Très à l’aise, il fait preuve d’une grande pédagogie, notamment avec l’emploi de mots simples. L’utilisation de diapositives facilitent d’ailleurs la compréhension en permettant de visualiser aisément les phénomènes décrits. L’exemple concret d’Ebola, qu’il connaît bien en raison de ses actions humanitaires en Afrique, confère à son propos ce que les chercheurs Chip et Dan Heath appellent la “crédibilité interne”. Cette dernière repose notamment sur les détails que l’orateur est capable de partager : plus ils sont nombreux et précis, plus l’image renvoyée par l’orateur est celle d’un expert.

Et justement, pour créer ce lien de confiance avec ses interlocuteurs, Bill Gates adopte une gestuelle dynamique avec ses mains largement au-dessus de sa taille pour faire vivre son argumentation. Enfin, il se tient bien droit, les deux pieds ancrés au sol, et arbore un sourire qui donne envie de l’écouter tout au long des 8 minutes qu’il passe sur scène.

Astronautes, sous-mariniers, navigateurs… sept conseils des experts du confinement

Newsletter #28

Astronautes, sous-mariniers, scientifiques en Antarctique, navigateurs en solitaire… Certains s’enferment loin du monde pendant des semaines ou des mois, usant de stratégies pour vivre au mieux une situation qu’ils ont choisie. Des tactiques qu’ils partagent avec les plus de deux milliards de Terriens contraints au confinement.

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L’astronaute Thomas Pesquet a vécu dans la Station spatiale internationale (ISS) de novembre 2016 à juin 2017. (SIPA)

Être coincé chez soi durant des jours peut être difficile. Confinés à domicile afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, les Français – comme un tiers de l’humanité – n’ont plus la possibilité d’aller rendre visite à leurs amis ou de sortir se divertir.

Cette situation exceptionnelle, qui peut être source d’anxiété, certains professionnels la vivent au quotidien. Astronautes, sous-mariniers ou encore navigateur en solitaire, ils sont nombreux ces derniers jours à partager leurs stratégies pour vivre au mieux cet isolement. Florilège.

1 – Ne pas compter les jours

Pour l’astronaute américain Scott Kelly, le principal c’est de « ne pas avoir trop d’attentes », « parce que nous ne savons pas quand ça va finir », explique-t-il depuis Houston, au Texas, où il n’est « pas encore » confiné.

« Quand j’étais dans la Station spatiale international (ISS), c’était pour un an […] j’ai fait l’effort de penser que désormais je vivais là, que je faisais partie de cet environnement, que c’était mon nouveau chez-moi ». Et il suggère de s’en inspirer en faisant « comme si » on allait vivre dans l’espace pendant un an.

Première navigatrice à avoir accompli un tour du monde en solitaire en compétition, Isabelle Autissier confirme qu’il vaut mieux « ne pas se projeter ». « Si on imagine un timing, on est déçu », explique-t-elle. C’est comme pour une course au large : « quand on est en mer, la première des choses, c’est de ne pas compter les jours. Il ne faut pas se dire je vais arriver dans 3 mois, 1 mois, ou 10 minutes ».

2 – Se sentir investi d’une mission

Pour l’astronaute français Thomas Pesquet, qui a passé plusieurs mois dans l’espace à bord de l’ISS, c’est le sentiment de servir à quelque chose, d’avoir « une mission » qui aide à surmonter le confinement. « Aujourd’hui, notre mission à tous est de faire en sorte que le virus ne se propage pas », a-t-il rappelé dans l’émission Quotidien.

Un avis que partage Vincent Larnaudie-Eiffel, ancien commandant du sous-marin nucléaire lanceur d’engin le Téméraire. Comme les sous-mariniers, « confinés dans nos appartements, on partage une mission qui est de protéger les autres, de nous protéger, de protéger les personnels médicaux et de réussir la traversée de cette épreuve », encourage-t-il.

3 – S’imposer une routine

Horaires des repas, horaires de lever et de coucher… Retrouver un rythme est primordial dans cette période où nos repères habituels sont bousculés. « Je dois avoir un programme, je dois me lever à une heure régulière, me coucher à une heure régulière, m’occuper de mon travail si je peux le faire à distance », suggère Scott Kelly.

« Le temps n’a pas la même durée, la veille ressemble au lendemain donc il est important de jalonner, de donner du rythme à nos journées », conseille également Vincent Lanaurdie. Pour supporter cette promiscuité, il suggère que « chacun ait son coin à lui ». « Sur un sous-marin c’est un lit exigu. Dans un appartement exigu, c’est la même chose »

Pour ceux qui ne sont pas concernés par le télétravail, c’est le bon moment pour s’occuper des tâches que l’on remet d’habitude au lendemain. Thomas Pesquet, par exemple, « va trier toutes les photos » restantes de sa mission dans l’espace et « les publier plus régulièrement sur les réseaux sociaux ».

4 – Prendre l’air et essayer de nouvelles activités

Les sorties à l’extérieur sont restreintes en temps de confinement. Mais au moins elles ne nécessitent pas de combinaisons spatiales ni « des jours de préparation », compare l’astronaute Scott Kelly.

Prendre l’air et « faire l’expérience de la nature », comme l’odeur de la forêt, le vert des feuilles, les chants des oiseaux, la chaleur du soleil », est crucial. Et si vous n’avez pas de jardin, « ouvrez les fenêtres et passez la tête dehors », suggère-t-il.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance des loisirs. Si Thomas Pesquet a ressorti ses maquettes de l’ISS, Scott Kelly prévoit d’apprendre la guitare. Il faut « choisir une ou deux activités où l’on crée, où l’on apprend quelque chose, ou les deux », confirme Cyprien Verseux, scientifique qui a passé neuf mois sur la base Concordia en Antarctique.

Se dépenser est aussi nécessaire au quotidien, ajoute-t-il : « faire du sport, musculation, corde à sauter, yoga, zumba… même avec peu de place et d’équipement, des solutions existent, quelle que soit votre condition physique ».

Pour s’aérer l’esprit, on peut « profiter de ce moment pour essayer de nouvelles choses, la lecture, écouter de la musique différente, écrire un journal, faire des photos, peindre ou dessiner… », conseille Isabelle Autissier. « Même des choses auxquelles ils n’ont pas spontanément pensé : il faut se creuser la tête »

5 – Parler chaque jour à quelqu’un

« Assurez-vous de parler chaque jour à quelqu’un de vive voix », insiste Cyprien Verseux. Un avis partagé par Frank de Winne, premier européen à avoir été commandant de l’ISS en 2009. « Les moyens de communication actuels sont un grand avantage, il faut faire l’effort de les utiliser ».

Chaque jour le Belge appelle sa mère de 86 ans, confinée dans un appartement d’une résidence de personne âgée. « En vidéo, pour qu’elle puisse me voir », précise-t-il. Une recommandation également suivie par l’astronaute américain Scott Kelly. « L’isolement nuit non seulement à notre santé mentale, mais aussi à notre santé physique, en particulier à notre système immunitaire », rappelle-t-il.

6 – Gérer les conflits

Si l’on est confiné avec une ou plusieurs autres personnes, apprendre à bien communiquer est la clef, explique l’astronaute américaine Anne McClain. « Exprimez-vous clairement. Ecoutez activement. Reconnaissez vos torts. Ne craignez pas les conflits. Identifiez-les et travaillez pour les résoudre », énumère-t-elle.

« Si quelque chose vous embête, parlez-en, sans agressivité. Parce que si vous étouffez vos émotions, ça va empirer », renchérit Scott Kelly. Evidemment, le maintien de cette bonne entente au sein de son foyer nécessite au préalable de suivre les conseils précédents : garder une bonne hygiène de vie, varier ses activités, veiller à bien dormir.

7 – Ne pas culpabiliser

Quelles que soient les stratégies, « il est normal d’avoir des baisses de moral et de productivité. Ce n’est pas un signe de faiblesse », rassure enfin l’astrobiologiste Cyprien Verseux. « N’ajoutez pas la culpabilité à vos difficultés ».

Pour relativiser et « remettre les choses en perspectives », rien de tel que de tenir un journal, recommande Scott Kelly. « La Nasa étudie les effets de l’isolement sur les humains depuis des décennies, et une découverte surprenante qu’ils ont faite est l’importance de tenir un journal ». Plutôt que de décrire sa journée, le professionnel de l’isolement suggère de « décrire ce que vous vivez à travers vos cinq sens ». Une fois le confinement terminé, cela vous permettra aussi de garder un souvenir de « cette période unique dans l’histoire ».

Gwynne Shotwell : SpaceX’s plan to fly you across the globe in 30 minutes

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Tout dans cette interview de G. Shotwell (la bien nommée DG de SpaceX), est passionnant. Il y a bien sur ces défis technologiques incroyables que propose SpaceX.

Mais le moment qui a retenu mon attention est celui où elle explique comment, en tant que “manager intermédiaire”, elle use de 2 solutions pour jouer le mieux possible son rôle entre son patron, Elon Musk, et ses équipes. Et depuis qu’elle pratique cela… elle a moins de stress et ses équipes aussi !

Quel est le ratio de conversion entre le temps d’Elon et le temps réel ?

GS : Vous me mettez dans une position difficile. Je vous en remercie. Il n’y a aucun doute qu’Elon est très agressif dans ses délais, mais franchement, cela nous pousse à faire les choses mieux et plus vite. Je crois que tout le temps et tout l’argent du monde ne produisent pas la meilleure solution, mettre cette pression à l’équipe pour avancer vite est très important.

On dirait que vous jouez un rôle intermédiaire clé. Il fixe ces objectifs fous qui font leur effet, mais qui, dans d’autres circonstances, pourraient faire exploser une équipe ou imposer des attentes impossibles. On dirait que vous avez trouvé un moyen de dire « Oui, Elon », puis de réaliser cela de façon acceptable à la fois pour lui et votre entreprise, pour vos employés.

GS : Il y a deux prises de conscience importantes pour cela. D’abord, quand Elon dit quelque chose, vous devez marquer une pause et ne pas lâcher immédiatement : « C’est impossible » ou « Pas moyen que nous le fassions. Je ne sais pas comment. » Vous vous taisez, vous y réfléchissez et trouvez un moyen de réaliser cela. L’autre chose dont je me suis rendu compte rendait plus difficile ma satisfaction professionnelle. J’ai toujours eu l’impression que mon boulot était de prendre ses idées, de les transformer en objectifs pour l’entreprise, de les rendre atteignables, et de détourner l’entreprise de cette pente raide, confortablement. J’ai remarqué qu’à chaque fois que nous y arrivions, et que nous nous retournions, que les gens étaient à l’aise, alors Elon lancait quelque chose et soudain, nous n’étions plus à l’aise, nous remontions à nouveau cette pente raide. Mais, un jour, j’ai réalisé que c’est son travail à lui, et que mon travail est que l’entreprise soit presque à l’aise afin qu’il puisse nous pousser, nous remettre sur la pente, alors j’ai beaucoup plus aimé mon travail, au lieu d’être toujours frustrée.

CA : J’ai estimé que le ratio de conversion du temps d’Elon à votre temps est un facteur deux, en suis-je loin ?

GS : Ce n’est pas si mauvais mais c’est vous qui l’avez dit, pas moi !!!

Un monde d’hommes et de nombres

Newsletter #26

Daniel Tammet est né le crivain, poète et hyperpolyglotte (il parle une douzaine de langues), chez qui on a diagnostiqué une épilepsie dans l’enfance, puis le syndrome d’Asperger à l’âge adulte. Il s’est fait connaître par sa synesthésie, un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Daniel voit ainsi les nombres en couleur , ce qui est à l’origine de ses capacités de mémoire stupéfiantes. Le , il récite les 22 514 premières décimales de Pi en 5 heures, 9 minutes et 24 secondes, établissant un nouveau record européen.

Dans cette conférence, il nous parle avec génie de notre monde d’hommes et de nombres et de ce que nous, hommes, pouvons faire de ces nombres.

Les mathématiques sont partout, universelles. Nous baignons tous dans un monde d’hommes et de nombres.

Ce monde me convient parfaitement.

Pour moi, les nombres (tout comme les mots) ressemblent aux hommes: chacun a sa personnalité propre, chacun m’évoque un sentiment ou une image. Le chiffre quatre par exemple est timide, le chiffre onze brille intensément. 89 me fait penser à la neige qui tombe. La Joconde ne pourra jamais rivaliser avec la beauté du nombre Pi.

2030, cela vous dit quoi ?

Le futur déclenche en chacun de nous une avalanche d’images et d’émotions. Tout le monde y pense et beaucoup en parle. Certains beaucoup plus que d’autres comme si le futur était un être humain, soit leur meilleur ami ou leur pire ennemi.

Moi, je ne le connais pas. Je me souviens de l’histoire de l’écrivain britannique G. K. Chesterton selon lequel l’un des jeux favoris de l’humanité s’appelle “Enterrez le Prophète”. Ce jeu, consiste d’abord a écouter avec respect et attention les prévisions de tous les savants futurologues. Puis, lorsque leur mort arrive, inévitablement, on décide de les enterrer de facon la plus cérémonieuse. On s’empresse ensuite à faire tout le contraire de ce qu’ils avaient prévu. Ainsi fonctionnent les humains.

Quoi qu’il en soit, comme le rappelle cette histoire, une chose est certaine pour notre avenir à tous: …la mort ! Combien ici parmi nous vont voir l’an 2030 de leur propre yeux, le sentir, le toucher ? Combien ? 18 années nous séparent de cette échéance. C’est long ! C’est l’équivalent de toute une jeune vie.

Réfléchissons à notre avenir en 2030 à partir de la statistique. Disons que l’âge moyen des 1200 personnes ici présentes, les deux sexes confondus, est de 40 ans.

Selon une table de mortalité, 85 personnes ici présentes ne verrons pas 2030 !

D’après les statistiques, une de ces 85 personnes trouvera la mort derrière le volant.

Une autre mourra du tabagisme passif.

Un escalier qui grince ou le sol mouillé d’une salle de bains achéveront deux d’entre nous.

5 autres seront victimes de la bouteille.

6 personnes lâchées par leur cerveau.

8, par un corps trop gras.

La Faucheuse visitera 12 fumeurs.

Et plus de 40 personnes subiront les caprices de leur cœur ou les pinces d’un cancer.

Nos vies sont faites de la même étoffe que les statistiques, mais ces chiffres ne disent que la moitié. Car nous sommes aussi les créatures du hasard, des sentiments, et des rêves. Je vous donne un exemple.

Il y a trente ans, en 1982, un homme pensait lui aussi à l’avenir. Jusqu’alors il avait toujours rêvé de l’an 2000 – 18 ans l’en séparaient. Comme 18 années nous séparent de 2030. Voici ce qui s’est passé.

L’homme a 40 ans. Il s’appelle Stephen Jay Gould. C’est un paléontologue américain à la carriere brillante, l’un des biologistes les plus talentueux de notre siecle. C’est aussi un mari, un père de deux jeune fils, et un amateur de baseball et de biscuits.

Comment son médecin pouvait-il lui annoncer l’horrible nouvelle? On venait de lui découvrir une forme de cancer rare et incurable. Selon les calculs, il avait une médiane de huit mois à vivre. Tout à coup, même Noël et le Nouvel An paraissent désespérement lointain.

Et que fit Gould dans cette situation terrible? Il fit ce que font pratiquement tous ceux a qui on annonce une mauvaise nouvelle: il se lance fiévreusement à la recherche d’informations optimistes, même les plus minces, même les plus infimes. Il ne veux pas renoncer.

Huit mois. Gould réfléchit. Si la moitié de tous les patients atteints de même cancer mouraient moins de huit mois après avoir été diagnostiqués, cela signifiait que l’autre moitié vivait davantage. Certains vivaient encore des années.

Cette idée le réconforte. Son esprit s’y accroche. Il est encore jeune, habite les beaux quartiers. N’a pas d’autre probleme de santé. Il possède aussi une volonté d’acier, un tempérament égal et un vif désir de vivre. Ses chances de se retrouver dans le deuxieme groupe de patients lui semblent grandes.

Il n’aurait qu’une mort, pas des milliers, et la médiane n’avait a peu près rien à dire à ce sujet. Cela devint son mantra. Ses amis et sa famille lui demandent de s’expliquer. Les moyennes concernent les populations, pas les personnes, répond-il. Si je mourais mille fois, environ la moitié de ces morts auraient lieu dans moins de huit mois. Les morts de l’autre moitié suivraient une par une: des jours, des semaines, des mois, ou des années plus tard.

Qui peut dire ou se situera son unique mort, parmi les mille morts possibles ?

Les mois suivants sont pénibles et agités pour Gould, pleins d’ennui, de souffrance et d’épuisement. Son corps est exposé aux rayons, inondé de médicaments, soumis au bistouri. Il perd un tiers de son poids. Ses cheveux lui joue le mauvais tour de se détacher de son crane. Les heures de traitement, de solitude et de lassitude, s’entassant les unes sur les autres, l’affaiblissent et l’oppressent.

Et pourtant il survit. Son cancer connait une rémission. Deux ans après, il est assez bien portant pour écrire un long article ‘La Médiane n’est pas le message’. Dix ans après cette publication, il est encore solide. ‘J’appartiens’ dit-il ‘à un groupe très petit, très chanceux et très sélect: le groupe des premiers survivants d’un cancer jusque-la incurable’.

En l’an 2000 il est bien vivant et fait la fête. Sexagénaire, il publie sa plus grande oeuvre ‘La Structure de la théorie de l’évolution’, un pavé de 1300 pages. C’est le dix-septieme livre qu’il écrit depuis la découverte de son cancer il y a vingt ans.

Deux mois après la publication, sa mort personelle finit par arriver, résultat d’un deuxième cancer, sans relation avec le premier.

Alors, 2030 ? Finalement, personne ne peut déchiffrer un destin. L’essence de la nature humaine est dans son infinie variété.

“La variété” remarqua Gould, “est la réalité, pas un ensemble de mesures imparfaites visant une tendance centrale.”

A chacun, son avenir.

Les enseignements d’Edward Deming

Newsletter #25

Ce reportage raconte la mise en oeuvre des enseignements d’Edward Deming chez Pontiac au coeur des années 60.

Il y a dans ces enseignements absolument tous les ingrédients pour opérer aujourd’hui encore les transformations efficaces au sein des entreprises : le travail commence par les dirigeants (l’escalier se balaie par le haut)… les chiffres ne sont pas la vision… le principe de subsidiarité… des collaborateurs satisfaits font des clients heureux… l’information doit circuler… le développement personnel est vital… améliorer les processus plutôt que les tâches… faire de ses fournisseurs des partenaires durables… privilégier le leadership sur le management… etc

Merci à Vincent D pour ce cadeau et la traduction !

Meilleurs Voeux pour cette année 2020 !

Newsletter #25

Extrait du documentaire primé “Playing For Change : Peace Through Music”, “Stand By Me” est la première de nombreuses Songs Around The World produites par Playing For Change. Ce classique de Ben E. King présente des musiciens à travers le monde, enregistrés par l’équipe de “Playing For Change” au cours de leurs voyages. Cette chanson continue de nous rappeler que la musique a le pouvoir de briser les frontières et surmonter les distances entre les personnes.

Dans la bibliothèque : Entrer en stratégie par le Gal Vincent Desportes

Newsletter #24

À l’instantanéité doit succéder la réflexion… à la réaction incessante le recul stratégique.
La stratégie naît il y a 2 500 ans, à Athènes et en Chine avec Sun Tzu et son célèbre Art de la guerre. Art militaire au départ, méthode de pensée pour l’action, elle apparaît de plus en plus indispensable dans notre monde moderne. Pourtant, le sens en a été oublié.

Aujourd’hui, les décideurs – entrepreneurs, dirigeants, managers… – sont accaparés par le court terme et la tactique. Atteints de myopie décisionnelle, ils éprouvent des difficultés grandissantes à prendre du recul. Ils ont perdu l’habitude et le goût de la stratégie, qu’ils pratiquent de moins en moins alors qu’elle seule peut apporter des réponses à la complexité du monde et à l’accélération du temps. Dans cette vidéo, le Général Vincent Desportes nous donne quelques clés sur comment entre en stratégie à destination des dirigeants et des managers

Dans cette interview – et son livre – le Général Vincent Desportes nous donne quelques clés sur comment entre en stratégie à destination des entrepreneurs, des dirigeants et des managers.

Adopter la perspective du balcon

Newsletter #21

William Ury, co-auteur (en 1982 avec Robert Fisher) de “Getting to Yes” (Comment réussir une négociation) nous propose ici un moyen, simple  – mais pas facile – d’arriver à un accord même dans les situations les plus difficiles — du conflit familial à, peut-être, le Moyen Orient.

La perspective du balcon permet d’aller du “non” vers le “oui”.