Tao : la voie du bon sens

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Privilégier l’être au paraître, écouter sa nature profonde, s’accorder à l’univers… L’enseignement de Lao Tseu n’a jamais été si moderne. Quelques principes simples pour vivre sereinement.

Tao… trois lettres pour dire l’axe central de l’univers, « d’où tout part et où tout revient ». Trois lettres pour une philosophie orientale qui va bien à notre époque. Certains d’entre nous la pratiquent peut-être sans le savoir, car cette doctrine ancestrale donne des clés pour vivre dans l’énergie, la prospérité et l’authentique. Moins connue que le bouddhisme, souvent confondue avec le zen, le tao nous indique « ce qui marche » pour favoriser la vie. « Il émousse ce qui tranche, démêle les nœuds, discerne dans la lumière, assemble ce qui, poussière, se disperse », écrivait son fondateur Lao Tseu. Le sinologue Cyrille Javary est plus direct : « Tao veut dire “voie”, mais on pourrait presque le traduire par “machin”, explique-t-il. Avec lui, les Chinois ont inventé le pragmatisme souriant. » Voici huit principes du tao. A utiliser sans modération.

Rechercher l’essence, fuir l’apparence

« Celui qui ne perd pas sa racine peut durer », Lao Tseu

Les taoïstes ont recherché la véritable nature des choses, une démarche qui invite à aller au-delà des apparences. Ainsi, en plein mois de novembre, les Chinois voient déjà le printemps. Ils savent qu’il faut retourner la terre pour préparer les futures floraisons. Le tao privilégie l’être au paraître. « Un taoïste aujourd’hui recherche la simplicité en tout. Aux meubles alambiqués, il préfère la beauté d’un bois brut, explique Gérard Edde, auteur du Chemin du tao(La Table ronde). Aux vêtements synthétiques, la pureté du coton. »

Savoir que l’on est relié au monde et que les rythmes du monde sont en soi…

« Grand est le ciel, grande est la Terre, grand, l’être » « Tao Te King », 25

Le tao offre la vision d’un monde holistique, car il part de l’existence d’un flux d’énergie commun, le « ch’i », qui baigne aussi bien le soleil, les planètes que chaque être humain. « Tout homme, parce qu’il se sait en interaction avec toute chose vivante, se sent donc à sa place dans l’univers », explique Galya Ortega, spécialiste du massage taoïste. Cette conscience du ch’i est à la base de nombreuses techniques aujourd’hui très prisées : le feng shui, qui cherche à harmoniser le ch’i d’une habitation avec l’énergie des personnes qui y vivent, ou l’acupuncture, qui travaille sur les points énergétiques du corps afin d’accorder le « climat intérieur » de chaque individu avec la saison qui arrive, et prévenir ainsi les maladies.

En toute chose, reconnaître la danse du yin et du yang

« Le yin est ce qui a envie de devenir yang, et le yang, ce qui a envie de devenir yin », Cyrille Javary

Vivre le tao, c’est avoir conscience de ces deux énergies contraires, nées du vide primordial et qui se relaient sans cesse : le yang – qui correspond à la dureté, la masculinité, l’action, l’être, la lumière – succède au yin, qui incarne le féminin, la douceur, la passivité, les ténèbres, le non-être, la nuit. Dans toute situation, l’une de ces forces succédera à l’autre. Aussi, pour trouver l’harmonie, on recherchera sans cesse le point d’équilibre entre les deux. En cuisine, on élaborera des menus qui associent aliments yin (sucre, fruits, légumes verts, etc.) et yang (viande, œufs, fruits de mer, etc.). Dans la vie quotidienne, on alternera des temps de repos (yin) et d’action (yang), de retour à soi (yin) et d’extériorisation (yang). « Et le tao nous rappelle que se retirer, attitude très yin, peut aussi être une stratégie puissante, car c’est ce qui permet de restaurer l’énergie yang », affirme Cyrille Javary. Parfois donc, reculer, c’est progresser.

S’accorder aux cycles

« Les quatre saisons changent et se transforment continuellement l’une en l’autre. C’est ainsi qu’elles peuvent accomplir la durée du temps » « Yi King », hexagramme 32

Toute chose vivante est soumise à des cycles de destruction et de régénération. Les événements n’échappent pas à cette loi de la mutation : chaque aventure de la vie a ses propres temps d’action et d’immobilisation. La thérapeute américaine Diane Dreher, auteur de The Tao of Womanhood (Quill, New York) affirme que « la sagesse, c’est de savoir reconnaître la fin d’un cycle, de ne pas se battre contre l’incontournable et de savoir quand bouger ». Dans la journée, par exemple, à quelle heure nous sentons-nous au top de notre énergie ? A quel moment décline-t-elle ? Selon Diane Dreher, nous sommes plongés dans la confusion quand nous avons négligé de repérer à quel moment de son cycle en est telle ou telle relation affective ou situation professionnelle qui nous pose problème. Le tao peut alors se faire réconfortant puisqu’il nous chuchote à l’oreille : « Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps. »

Résoudre les oppositions

« Sous la pluie, voir le soleil brillant. Dans les flammes, boire à la source fraîche », Anonyme

Pour nous cartésiens, qui pensons en termes de bien ou mal, noir ou blanc, le tao permet de délier les conflits cornéliens qui nous emprisonnent. « Le un se divise toujours en deux » : toute situation se déliera à un moment en une situation yin et une situation yang, rien dans la vie n’est univoque. Le tao nous propose donc de pratiquer la double vision. William Martin, auteur d’un bréviaire taoïste à l’usage des parents d’aujourd’hui (Parents’s Tao Te King – Marlowe and Company, New York), invite à prendre en compte cette dialectique des antagonismes dans l’éducation d’un enfant : « Si vous voulez que vos enfants soient généreux, vous devez d’abord les autoriser à être égoïstes. Si vous voulez qu’ils soient disciplinés, vous devez d’abord les laisser être spontanés. […] Une qualité ne peut être pleinement apprise sans la pleine compréhension de son opposé. »

S’asseoir et oublier

« Le sage rejette toute influence et demeure centré » « Tao Te King », 12

L’un des écrivains taoïstes les plus créatifs, Doctor Barefoot, se définit comme un « guerrier spirituel » (Guerrier urbain, manuel de survie spirituelle – J’ai lu). Individualiste, il méprise la politique car il sait que le travail intérieur prime sur tout et que pour agir en accord avec le tao, il faut d’abord être à l’écoute de sa nature profonde. « N’oubliez jamais : tout ce que vous voyez à la télévision, tout ce que vous lisez sur le Net, dans la presse ou dans les livres, tout ce que vous entendez à la radio, tout (y compris mon guide) est la pensée d’un autre. » Pour lui comme pour les ermites du VIe siècle avant J-C, la sagesse vient de l’intuition intérieure. Pour contacter celle-ci, une seule voie : entrer dans le silence intérieur et méditer. « C’est la “voie de l’eau”, explique Gérard Edde. On ne médite pas pour gagner plus de sagesse ou de sérénité mais, au contraire, on s’assoit pour perdre chaque jour quelque chose : une idée erronée, un mauvais comportement, une émotion conflictuelle… et ainsi rejoindre l’unité primordiale. »

Vivre l’acte sexuel comme un puissant échange énergétique

« Pendant l’amour, l’homme prend le yin qui lui manque et la femme, le yang dont elle a besoin », Gérard Edde

Aujourd’hui, le « tao sexuel » apparaît comme une invitation à l’extase perpétuelle. En réalité, si les ermites du VIe siècle avant J-C ont mis au point ces techniques sophistiquées d’union sexuelle – qu’ils pratiquaient avec des prostituées et suivant un calendrier très précis –, c’était avant tout pour purifier leur énergie vitale. Rien de romantique donc, dans cette pratique qui, comme le qi gong ou la méditation, a pour but essentiel de favoriser l’union avec le tao : « La maîtrise et la rigueur nécessaires aux amants étaient liées à leur manque de passion amoureuse », analyse Gérard Edde. L’acte sexuel est vécu comme un puissant moment d’échange énergétique, ayant à ce titre des répercussions sur toute la vie : « Lorsque votre énergie sexuelle circule librement dans tout le corps (et pas seulement dans les parties génitales), vous vous sentez plus élevé spirituellement et davantage connecté à vos impulsions », déclare Doctor Barefoot.

Apprendre à « nourrir la vie »

« Les hommes d’autrefois respiraient profondément jusqu’aux talons », Tchouang Tseu

Les premiers taoïstes, qui affirmaient leur désir d’atteindre l’immortalité, ont mis au point des centaines de techniques de régénération interne. Ces pratiques millénaires n’ont pas bougé d’un pouce. Vivre dans le tao, à notre époque, revient encore à prendre conscience de l’énergie vitale qui est en soi et à la faire fructifier grâce à ces techniques raffinées : taï-chi, qi gong (les « gymnastiques de santé »), massages taoïstes, médecine chinoise préventive, acupuncture, respiration énergétique, etc. Aujourd’hui, les cours permettant de s’initier fourmillent. Mais n’oublions pas le défi essentiel sur lequel elles ont été conçues : chacun doit savoir se régénérer, et devenir ainsi de plus en plus autonome. A chacun son tao, donc.

Confucius remis en question

Le taoïsme est un courant philosophique né dans le sud de la Chine au VIe siècle avant J-C. La doctrine de Confucius avait alors le monopole en matière de pensée. Concernant aussi bien les mœurs que la politique, cet ordre établi du « bien pensant » fut remis en question par Lao Tseu (Vieille Oreille longue). Ancien conseiller de la cour royale, celui-ci refusa de cautionner plus longtemps le pouvoir impérial qu’il jugeait décadent, quitta la société et entreprit un voyage au cours duquel il écrivit le “Tao Te King” (“Le Livre de la voie et de la vertu”). Ce texte fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un chapitres. Les deux autres pères du taoïsme sont Tchouang Tseu et Lie Yukou.

Un article de Pascale Senk du 7 Février 2019 sur Psychologies.com

Comment pratiquer la pleine conscience durant votre journée de travail

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L’objectif ? Etre plus efficace en écartant tout ce qui encombre votre esprit et réduit votre concentration.

Vous ne connaissez sans doute que trop bien ce sentiment : vous arrivez au bureau avec un planning précis pour la journée puis, comme s’il ne s’était écoulé qu’un instant, vous vous retrouvez sur le chemin du retour. Neuf ou dix heures ont passé, mais vous n’avez accompli que quelques-unes de vos priorités. Et très probablement, vous n’arrivez même pas à vous souvenir avec précision de ce que vous avez fait au cours de la journée. Si cela vous semble familier, ne vous inquiétez pas : vous n’êtes pas seul dans ce cas. Des études montrent que les individus passent près de 47% de leurs heures de veille à penser à autre chose qu’à ce qu’ils font. Autrement dit, un grand nombre d’entre nous fonctionne en pilotage automatique.

Ajoutez à cela que nous sommes entrés dans ce que d’aucuns appellent l’« économie de l’attention ». Dans l’économie de l’attention (nouvelle branche des sciences économiques et de gestion qui traite l’attention comme une ressource rare, NDLR), la capacité à rester concentré est toute aussi importante que les compétences techniques et managériales. Et parce que les leaders doivent être capables d’assimiler et de synthétiser un flot croissant d’informations pour prendre de bonnes décisions, ils sont particulièrement concernés par cette tendance émergente.

La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez entraîner votre cerveau à mieux se concentrer en intégrant des exercices de pleine conscience dans votre journée. Sur la base de l’expérience que nous avons menée avec des milliers de dirigeants dans plus de 250 entreprises, voici quelques lignes directrices pour devenir un leader plus concentré et plus attentif.

Une réaction instinctive de lutte ou de fuite

Tout d’abord, commencez bien la journée. Les chercheurs ont constaté que nous libérons la plupart des hormones de stress dans les minutes qui suivent le réveil. Pourquoi ? Parce que la perspective de la journée qui s’annonce déclenche une réaction instinctive de lutte ou de fuite, et libère du cortisol dans notre sang. A la place, essayez ceci : lorsque vous vous réveillez, restez deux minutes dans votre lit en observant simplement votre respiration. Quand des pensées sur la journée surgissent dans votre esprit, laissez-les filer et revenez à votre respiration.

Ensuite, lorsque vous arrivez à votre travail, avant de vous plonger dans votre activité, prenez dix minutes dans les transports ou à votre bureau pour stimuler votre cerveau grâce à ce bref exercice de pleine conscience : fermez les yeux, détendez-vous et tenez-vous droit. Concentrez-vous entièrement sur votre respiration. Maintenez simplement une attention continue sur votre respiration : inspirez, expirez ; inspirez, expirez. Pour mieux vous concentrer sur votre respiration, comptez silencieusement à chaque expiration. Si vous sentez que votre esprit est distrait, ramenez votre attention sur votre souffle. Le plus important : accordez-vous la permission de profiter de ces quelques minutes. Pendant le reste de la journée, différentes personnes et des urgences diverses lutteront entre elles pour obtenir votre attention. Mais durant ces dix minutes, votre attention est toute à vous.

Focalisation et lucidité

Une fois que vous avez terminé cet exercice et que vous êtes prêt à vous mettre au travail, la pleine conscience peut vous aider à améliorer votre efficacité. Deux aptitudes définissent un esprit conscient : la focalisation et la lucidité. La focalisation est la capacité à se concentrer sur ce que vous faites dans le moment présent, tandis que la lucidité est la capacité à identifier et à écarter tout ce qui peut s’apparenter à des distractions inutiles. Sachez que la pleine conscience n’est pas simplement une pratique sédentaire ; il s’agit de développer un esprit clair et aiguisé. Et la pleine conscience en action est une excellente alternative à la pratique illusoire du multitâche. Travailler de façon pleinement consciente signifie appliquer les principes de focalisation et de lucidité à tout ce vous faites dès l’instant où vous entrez dans le bureau. Focalisez-vous sur la tâche à accomplir et chassez les distractions intérieures et extérieures au fur et à mesure qu’elles se présentent. De cette manière, la pleine conscience permet d’accroître l’efficacité, de réduire les erreurs et même de donner libre cours à la créativité.

Pour mieux comprendre le pouvoir de la focalisation et de la lucidité, prenons l’exemple d’un fléau qui nous touche presque tous : l’addiction à l’e-mail. Les e-mails ont une réelle capacité à détourner notre attention et de la rediriger vers des tâches d’une priorité moindre car exécuter rapidement de petites tâches libère de la dopamine, une hormone agréable, dans notre cerveau. Ce phénomène nous rend dépendants des e-mails et compromet notre concentration. Au lieu de cela, appliquez la pleine conscience quand vous ouvrez votre boîte de réception. Focalisez-vous sur ce qui est important et restez lucide sur ce qui n’est rien d’autre que des interférences. Pour mieux commencer la journée, évitez de consulter vos e-mails dès votre réveil. Vous éviterez ainsi un déferlement de distractions et de problèmes à gérer à court terme, à ce moment de la journée qui présente un potentiel considérable de concentration et de créativité.

Apprenez à garder le silence

Alors que la journée commence et avec elle ses inévitables réunions à la chaîne, la pleine conscience peut vous aider à animer des rencontres plus courtes et plus efficaces. Pour ne pas entrer dans une réunion avec l’esprit ailleurs, prenez deux minutes en cours de route pour pratiquer la pleine conscience. Encore mieux, gardez le silence durant les deux premières minutes de la réunion, permettant ainsi à chacun d’arriver physiquement et mentalement. Ensuite, dans la mesure du possible, levez la séance cinq minutes avant l’heure afin de laisser à tous les participants une période de transition « consciente » avant leur prochain rendez-vous.

A mesure que les heures s’écoulent et que votre cerveau donne les premiers signes de fatigue, la pleine conscience peut vous aider à rester vigilant et ne pas prendre les mauvaises décisions. Après le déjeuner, programmez la minuterie de votre téléphone pour qu’il sonne à chaque heure. Cessez toute activité et pratiquez pendant une minute la pleine conscience. Ces pauses délibérées vous éviteront d’avoir recours au pilotage automatique et de tomber dans l’addiction à l’action.

Enfin, lorsque la journée s’achève et que vous regagnez votre domicile, faites appel à la pleine conscience. Pendant au moins dix minutes durant le trajet, éteignez votre téléphone, fermez la radio et concentrez-vous sur vous-même. Evacuez toutes les pensées qui surgissent. Soyez à l’écoute de votre respiration. Vous vous débarrasserez ainsi du stress de la journée de manière à être pleinement présent avec votre famille lorsque vous rentrez chez vous.

La pleine conscience ne consiste pas à vivre au ralenti. Il s’agit d’accroître ses capacités de concentration et sa lucidité au travail comme dans la vie. Il s’agit aussi d’écarter les distractions et de ne pas perdre de vue ses objectifs à la fois personnels et organisationnels. Prenez le contrôle de votre pleine conscience : testez ces conseils pendant deux semaines et voyez ce qu’ils vous apportent.

Article de Jacqueline Carter et Rasmus Hougaard paru le 7/3/2018 sur le site de la Harvard Business Review France

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Comment les personnes intelligentes sabotent leur propre succès

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Mark a toujours fait partie des enfants les plus brillants de sa classe et, à présent, il mène une belle carrière. Cependant, quand il regarde Facebook, un constat s’impose : des individus qu’il surpassait à l’école ont mieux réussi que lui. De même, certains de ses collègues de bureau lui sont passés devant. Ce qui l’amène à se demander : « qu’est-ce que je fais de travers ? ». Cette anecdote vous rappelle quelque chose ? Peut-être vous sentez-vous proche de Mark ou que l’un de vos subordonnés ou un être cher est aux prises avec les mêmes sentiments.

Indiscutablement, l’intelligence pure est un atout considérable, mais cela ne suffit pas. Parfois, lorsque des esprits brillants ne réussissent pas aussi bien qu’ils le souhaiteraient, c’est tout simplement parce qu’eux-mêmes, de manière inconsciente, se mettent des bâtons dans les roues. Si c’est votre cas, la bonne nouvelle c’est qu’une fois que vous aurez identifié vos faiblesses, vous pourrez les corriger. En voici cinq qui tendent à affecter plus particulièrement les gens doués :

1. Les individus intelligents ont tendance à sous-évaluer certaines compétences telles que la capacité à nouer des liens avec autrui et surinvestissent tout ce qui a trait à l’intellect. Considérant parfois que le succès ne peut qu’être au rendez-vous compte tenu de leurs capacités intellectuelles, les gens brillants mésestiment l’importance d’autres aptitudes. Par exemple, un individu peu à l’aise avec la diplomatie de bureau sera enclin à la juger déplaisante plutôt qu’à la considérer comme un art indispensable à maîtriser au vu de la fonction qu’il occupe. De la même façon, il estimera que si une secrétaire se doit d’être aimable, un dirigeant, lui, peut s’en passer. La personne ne consacrera donc ni temps ni effort à développer ces compétences.

Ces observations ne sortent pas de nulle part. La plupart des gens ont une tendance naturelle à vouloir capitaliser sur leurs forces et, inversement, préfèrent éviter de se pencher sur leurs points faibles. Ainsi, typiquement, les enfants brillants s’entendent répéter, depuis qu’ils sont tout petits, que leur intelligence est un atout de taille. Alors qu’ils grandissent, on leur martèle qu’ils sont doués et, durant leur scolarité, ils constatent eux-mêmes qu’ils réussissent mieux que les autres sans beaucoup d’efforts. On comprend donc aisément pourquoi, une fois adultes, ils continuent à se focaliser sur leurs capacités intellectuelles.

Mais dans la plupart des entreprises, il faut plus que de l’intelligente brute pour progresser. Et en se concentrant uniquement sur sa plus grande force tout en oubliant de remédier à ses faiblesses, on se met soi-même des bâtons dans les roues.

Solution : appuyez-vous sur vos forces pour surmonter vos faiblesses. Si vous apprenez facilement, donnez-vous comme objectif de maîtriser ces compétences qui ne vous sont pas naturelles. Pas besoin de changer de personnalité, un plan d’attaque et une attitude authentiquement constructive suffiront. Par exemple, identifiez trois comportements relevant de la diplomatie de bureau qui vous aideront à avoir davantage de succès dans ce domaine.

2. Le travail en équipe peut se révéler très frustrant pour les individus brillants. Quelqu’un qui saisit vite des concepts et place la barre haut en ce qui concerne ses propres performances peut avoir du mal à collaborer avec des gens un peu moins affûtés que lui. Si, de surcroît, la personne s’est sentie freinée à l’école parce qu’elle était entourée d’élèves moins brillants qu’elle, avoir à travailler en équipe peut rapidement s’avérer frustrant – en lui remettant en mémoire ce qu’elle ressentait quand, immanquablement, elle se retrouvait à produire la majeure partie des travaux de groupe où quand elle se faisait réprimander en classe parce que, morte d’ennui, elle rêvassait. Les gens qui ont subi de telles blessures dans leur enfance auront tendance à surréagir lorsque celles-ci sont réactivées durant leur vie d’adulte.

Les individus intelligents ont également parfois du mal à déléguer parce qu’ils ont l’impression qu’eux-mêmes s’y prendraient mieux que leur subordonné ou leur collègue (que ce soit vrai ou non). Le penchant sera d’autant plus exacerbé que l’on sera perfectionniste.

Solution : ayez de l’indulgence pour ce que vous ressentez et prenez conscience de l’origine de vos sentiments tout en vous efforçant d’apprécier ce que d’autres peuvent apporter à l’équipe.

3. Souvent, les gens futés lient étroitement l’estime qu’ils se portent à eux-mêmes à l’intelligence, ce qui peut diminuer leur résilience et les amener à éviter certaines situations. Si c’est le cas pour vous, il peut être très difficile de vous retrouver dans des situations qui mettront à jour une faiblesse dans votre carapace, comme quand vous devez travailler avec des gens encore plus malins ou talentueux que vous, ou quand vous êtes critiqué ou que vous échouez après avoir pris un risque. Toute situation qui vous conduira à douter de votre intelligence sera perçue comme menaçante. Sauf qu’en agissant ainsi, vous vous empêchez de progresser.

Solution : posez un regard objectif sur les avantages d’avoir à collaborer avec des individus qui, à certains égards, sont plus intelligents que vous. Vous ne pourrez que vous réjouir de vous retrouver dans cette situation. Car souvenez-vous : le fer aiguise le fer. Développez des relations avec des individus que vous jugez capables de vous donner un feedback constructif. Plus vous vous habituerez à ce que des gens qui croient en votre talent et en vos capacités vous soumettent des critiques constructives, plus cela deviendra facile.

4. Les individus intelligents s’ennuient vite. Etre futé ne veut pas dire être curieux, mais si vous possédez ces deux qualités, il y a fort à parier que vous vous lassez rapidement d’avoir à répéter sans cesse les mêmes choses. Si dans certains cas le succès découle de la créativité, dans d’autres il est lié à l’expertise, à la maîtrise d’un sujet connu sur le bout des doigts. Si vous êtes intelligent, curieux et que vous aimez apprendre, vous avez sans doute constaté qu’une fois que vous avez cerné un sujet, il cesse de vous intéresser. Plutôt que de mettre un projet ou une idée en œuvre, ce qui vous ennuie, vous préférez apprendre sans arrêt de nouvelles choses, ce qui peut se révéler moins lucratif que de trouver une niche et de répéter sans cesse la même formule.

Solution : Essayez de prendre de la hauteur pour pouvoir déterminer la part d’ennui qui vaut la peine d’être tolérée en échange de victoires faciles qui contribueront à votre succès global. Au lieu de tenter de changer de façon radicale, choisissez de courtes plages d’ennui (de quelques minutes à quelques heures) qui peuvent avoir un effet bénéfique sur votre succès. Par exemple, consacrez cinq heures par semaine à une activité monotone, mais lucrative. A côté de cela, assurez-vous que les différents domaines de votre vie, qu’il s’agisse de votre vie professionnelle, de vos hobbies, de votre forme physique, de la connaissance de vous-même, etc., vous permettront d’étancher votre soif d’apprentissage.

5. Parfois, les gens intelligents pensent que réfléchir en profondeur à un problème est une panacée. Les individus brillants ont l’habitude de réussir en se servant de leur capacité de raisonnement, mais il peut leur arriver de ne pas voir qu’une approche alternative pourrait être bénéfique. Par exemple, une personne intelligente peut aborder toute situation en tentant d’y réfléchir à fond (en passant un temps considérable à faire des recherches en amont de toute décision ou en analysant sans fin les raisons d’un échec) alors que d’autres approches se révéleraient plus pertinentes.

Solution : Prenez note du moment où la réflexion devient une obsession malsaine. Envisagez d’autres stratégies plus susceptibles de réussir. Faites des pauses pour vous sortir de l’ornière et donnez-vous la possibilité d’apprendre en agissant plutôt qu’en faisant des recherches approfondies préalables. Ajoutez des cordes à votre arc qui vous permettront de mieux comprendre différentes situations. Ca vous évitera de subir la loi de l’instrument selon laquelle « si tout ce que vous avez est un marteau, tout ressemble à un clou ». Enfin, chaque fois que vous vous surprendrez à ressasser des pensées négatives, coupez-y court en vous consacrant pendant quelques minutes à une activité prenante (à un puzzle, par exemple). Cela peut se révéler une stratégie des plus efficaces pour se sortir d’une rumination délétère.

De laquelle de ces attitudes vous sentez-vous le plus proche ? Essayez de les classer par ordre d’importance. Avez-vous des collègues ou d’autres personnes de votre entourage qui semblent tomber dans ces travers ? Efforcez-vous de vous défaire de tout sentiment de honte et de ne pas juger, cela ne vous aidera pas à vaincre ces mauvaises habitudes. Pour chacune de ces tendances qui résonnent en vous, sachez que même des habitudes psychologiques profondément enracinées peuvent être éradiquées en mettant en œuvre l’approche ciblée, concrète et axée sur la résolution de problèmes exposée dans cet article.

Un article de Alicia Boyes paru le sur le site de la Harvard Business Review France

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Grimper dans la hiérarchie fait baisser l’empathie

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J’ai été amenée, en 2014, à travailler avec un cadre supérieur – appelons-le Steve. Son patron avait eu vent que Steve usait de ses nouvelles fonctions de manière déplacée. Selon lui, Steve avait développé une façon subtile d’avoir toujours raison lors des réunions, un procédé qui vidait la salle de tout son oxygène. Plus personne ne s’aventurait à proposer des idées une fois que Steve avait donné son point de vue. Depuis sa promotion, Steve avait abandonné son esprit d’équipe et se positionnait davantage comme un supérieur hiérarchique sachant mieux que tout le monde. Bref, il avait perdu toute empathie.

Pourquoi ce changement de comportement est-il si fréquent chez les personnes nouvellement promues managers ? Les travaux de recherche montrent que le pouvoir contrarie notre disposition à l’empathie. Dacher Keltner, auteur et spécialiste en psychologie sociale à Berkeley (université de Californie), a mené des études montrant que les personnes en position de pouvoir souffraient d’un déficit d’empathie et d’une moindre capacité à lire les émotions et à adapter leur comportement aux autres (lire aussi l’article : « Ne laissez pas le pouvoir vous corrompre »). De fait, le pouvoir peut véritablement modifier le fonctionnement du cerveau, nous apprennent les travaux de Sukhvinder Obhi, spécialiste des neurosciences à l’université Wilfrid-Laurier (Ontario, Canada).

Une mauvaise pratique du self-management

Les échecs les plus fréquents auxquels sont confrontés les leaders ne concernent pas d’éventuels détournements de fonds, fraudes ou scandales sexuels. Il est plus courant de voir échouer ces dirigeants à cause de leur mauvaise pratique du self-management au quotidien – et d’un usage du pouvoir motivé par l’ego et l’intérêt personnel. Comment cela se produit-il ? Les débuts sont timides, puis tout se précipite. On observe tout d’abord des choix mineurs effectués sans discernement, peut-être de manière inconsciente. Cela peut aussi se traduire par une façon feutrée de s’imposer : exiger un traitement spécial, prendre des décisions et parvenir à ses fins sans consulter les autres. Les leaders appréhendés par la police pour excès de vitesse ou conduite en état d’ébriété s’indignent et vocifèrent : « Vous savez à qui vous avez affaire ? » La scène se retrouve soudainement sur les réseaux sociaux, et l’idée que nous nous faisions d’une personnalité admirée jusqu’alors change radicalement.

Cela renvoie à un problème plus large de pouvoir et de notoriété. Comment des personnes parties à la poursuite d’un rêve en viennent-elles à se magnifier ? Après avoir fait bénéficier autrui de leur générosité, elles rencontrent un goulet d’étranglement qui les amène à user de leur pouvoir pour leur propre bénéfice. Prenons le cas de Patrick Cannon, ancien maire de la ville de Charlotte (Caroline du Nord). Parti de rien, il a surmonté la pauvreté et, à l’âge de 5 ans, la perte tragique de son père. Diplômé de l’université d’Etat de Caroline du Nord, il intègre la fonction publique à 26 ans et devient le plus jeune membre du conseil municipal de l’histoire de Charlotte. Réputé pour son dévouement total à ses administrés, il était aussi un modèle pour la jeunesse.

Mais en 2014, à l’âge de 47 ans, il plaida coupable d’avoir accepté 50 000 dollars de pots-de-vin dans le cadre de ses fonctions. En entrant dans le palais de justice, il trébucha et tomba. Les médias ne manquèrent rien de sa chute, qui symbolisait avant tout la faillite d’un élu et d’un petit entrepreneur, exemple vivant d’une réussite triomphant de nombreux obstacles. Patrick Cannon a aujourd’hui le triste privilège d’être le premier maire de l’histoire de la ville à avoir séjourné en prison. Ceux qui le connaissent disent de lui que c’était un homme bon, mais trop humain, et que c’est en s’isolant dans son pouvoir décisionnel qu’il devint vulnérable. Alors qu’un pasteur local le défendait en arguant qu’on ne devait pas le juger sur cette seule erreur, c’est précisément cette faiblesse que l’on retint contre lui : ce dérapage pathétique de l’humilité et de la générosité vers la corruption. L’image que l’on retient de Patrick Cannon est désormais celle où il trébuche à son arrivée au palais de justice.

Solliciter le feed-back d’un large éventail de personnes

Que devez-vous faire si, en tant que leader, vous craignez de franchir la ligne qui sépare le pouvoir de l’abus de pouvoir ? Tout d’abord, acceptez de travailler avec d’autres personnes, soyez prêt à vous mettre en position de vulnérabilité et sollicitez des avis. Un bon spécialiste en coaching exécutif pourra aussi vous aider à retrouver une attitude empathique et à prendre des décisions fondées sur des valeurs (lire aussi la chronique : « Devenez des leaders altruistes et empathiques »). Toutefois, veillez à solliciter le feed-back d’un large éventail de personnes. Evitez les questions faciles (« Est-ce que je me débrouille bien ? ») et posez les questions délicates (« Que pensent mes employés de mon style de management et de ma vision d’ensemble ? »).

A titre préventif, faites un travail sur vous-même et osez un inventaire personnel. Voici quelques questions importantes à vous poser :

1. Disposez-vous d’un réseau composé d’amis, de membres de votre famille et de collègues qui tiennent à vous, indépendamment de votre fonction, et qui vous aideront à garder les pieds sur terre ?

2. Avez-vous un spécialiste du coaching exécutif, un mentor ou une personne de confiance à qui parler ? Quels ont été leurs retours lorsque vous n’avez pas joint les actes à la parole ?

3. Exigez-vous certains privilèges ?

4. Honorez-vous certaines promesses gênantes qui n’ont pas été mises en lumière ?

5. Invitez-vous les autres à se mettre en avant ?

6. Vous isolez-vous lors du processus décisionnel ? Vos décisions reflètent-elles vos valeurs profondes ?

7. Reconnaissez-vous vos erreurs ?

8. Etes-vous fidèle à vous-même dans le cadre du travail, en famille et sous les projecteurs ?

9. Pensez-vous qu’il peut exister des exceptions ou des règles différentes pour des personnes telles que vous ?

Si un leader gagne notre confiance, nous attendons de lui qu’il respecte des normes non négociables. Ne pas respecter la parole donnée ou de se laisser aller à un abus de pouvoir est inadmissible. Nous attendons tous des dirigeants qu’ils soient hautement compétents, visionnaires et doués pour le leadership. Cependant, l’empathie, la sincérité et la générosité sont les qualités qui marquent la différence entre la compétence et la grandeur. Les leaders les plus lucides identifient les signaux indiquant l’abus de pouvoir et changent de cap avant qu’il ne soit trop tard.

Un article de Lou Salomon paru sur le site de la Harvard Business Review France

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Manifeste pour une science post-matérialiste

Newsletter #16

Par Mario BEAUREGARD |

La science matérialiste ne serait-elle pas un peu dépassée aujourd’hui ? Un comité de scientifiques, participants au Sommet international sur la science post-matérialiste, la spiritualité et la société, a élaboré un Manifeste arguant pour une ouverture des esprits scientifiques, au delà du matérialisme et vers une meilleure compréhension de l’esprit comme un aspect majeur de la fabrique de l’univers.

Nous sommes un groupe de scientifiques reconnus internationalement et œuvrant dans divers champs d’expertise (biologie, neurosciences, psychologie, médecine, psychiatrie). Nous avons participé à un Sommet international sur la science post-matérialiste, la spiritualité et la société. Ce sommet, qui était co-organisé par Gary E. Schwartz, PhD, et Mario Beauregard, PhD, de l’Université de l’Arizona, ainsi que Lisa Miller, PhD, de l’Université Columbia, a été tenu à Canyon Ranch (Tucson, Arizona, É-U) du 7 au 9 février 2014.

L’objectif de ce sommet était de discuter de l’impact de l’idéologie matérialiste sur la science et de l’influence du paradigme post-matérialiste émergent sur la science, la spiritualité et la société. Nous sommes arrivés aux conclusions suivantes, qui forment notre Manifeste pour une science post- matérialiste. Ce Manifeste a été préparé par Mario Beauregard, PhD (Université de l’Arizona), Gary E. Schwartz, PhD (Université de l’Arizona), et Lisa Miller, PhD (Université Columbia), en collaboration avec Larry Dossey, MD, Alexander Moreira-Almeida, MD, PhD, Marilyn Schlitz, PhD, Rupert Sheldrake, PhD, et Charles Tart, PhD.

1. La vision du monde scientifique moderne repose en grande partie sur des postulats étroitement associés à la physique classique. Le matérialisme—l’idée que la matière est la seule réalité—est l’un de ces postulats. Un autre postulat est le réductionnisme, la notion selon laquelle les choses complexes ne peuvent être comprises qu’en les réduisant à l’interaction de leurs parties ou à des choses plus simples ou fondamentales telles que des particules matérielles.

2. Durant le 19e siècle, ces postulats se changèrent en dogmes et s’unirent pour former un système de croyances qui devint connu sous le nom de « matérialisme scientifique ». Selon ce système de croyances, l’esprit n’est rien de plus que l’activité physique du cerveau, et nos pensées ne peuvent avoir aucun effet sur nos cerveaux et nos corps, sur nos actions et sur le monde physique.

3. L’idéologie scientifique matérialiste devint dominante dans le milieu académique au cours du 20e siècle. Tellement dominante qu’une majorité de scientifiques se mirent à croire que cette idéologie reposait sur des évidences empiriques et qu’elle représentait la seule conception rationnelle possible du monde.

4. Les méthodes scientifiques basées sur la philosophie matérialiste se sont avérées hautement fructueuses car elles ont permis une meilleure compréhension de la nature, ainsi qu’un plus grand contrôle et une liberté accrue par le biais des avancées technologiques.

5. Toutefois, la dominance quasi absolue du matérialisme dans le milieu académique a étouffé les sciences et entravé le développement de l’étude scientifique de l’esprit et de la spiritualité. La foi en cette idéologie, comme cadre explicatif exclusif de la réalité, a amené les scientifiques à négliger la dimension subjective de l’expérience humaine. Cela a conduit à une conception fortement déformée et appauvrie de nous-mêmes et de notre place dans la nature.

6. La science est d’abord et avant tout une méthode non dogmatique et ouverte d’acquisition de connaissances au sujet de la nature. Cette méthode est basée sur l’observation, l’investigation expérimentale et l’explication théorique de phénomènes. La méthode scientifique n’est pas synonyme de matérialisme et ne doit être influencée par aucune croyance, dogme ou idéologie.

7. Vers la fin du 19e siècle, les physiciens découvrirent des phénomènes qui ne pouvaient être expliqués par la physique classique. Cela mena au développement, durant les années 1920 et le début des années 1930, d’une nouvelle branche de la physique appelée mécanique quantique (MQ). La MQ a remis en question les fondations matérielles du monde en montrant que les atomes et les particules subatomiques ne sont pas réellement des objets solides—ils n’existent pas de manière certaine en des endroits et des temps définis. Plus important encore, la MQ a introduit l’esprit dans sa structure conceptuelle de base puisqu’il a été découvert que les particules observées et l’observateur—le physicien et la méthode utilisée pour l’observation—sont liés. Selon l’une des interprétations de la MQ, ce phénomène implique que la conscience de l’observateur est vitale pour l’existence des événements physiques mesurés, et que les événements mentaux peuvent influencer le monde physique. Les résultats d’études récentes supportent cette interprétation. Ces résultats suggèrent que le monde physique n’est pas la composante unique ou primaire de la réalité, et qu’il ne peut être pleinement compris sans faire référence à l’esprit.

8. Des études en psychologie ont montré que l’activité mentale consciente peut affecter causalement le comportement, et que la valeur explicative et prédictive des processus mentaux subjectifs (par exemple : croyances, buts, désirs, attentes) est très élevée. De surcroît, des travaux en psychoneuroimmunologie indiquent que nos pensées et nos émotions peuvent grandement influencer l’activité des systèmes physiologiques (par exemple : immunitaire, endocrinien, cardiovasculaire) connectés au cerveau. Par ailleurs, les études de neuroimagerie de l’autorégulation émotionnelle, de la psychothérapie et de l’effet placebo, démontrent que les événements mentaux affectent significativement l’activité du cerveau.

9. L’étude des soi-disant « phénomènes psi » indique que nous pouvons parfois recevoir de l’information significative sans l’utilisation des sens ordinaires, d’une manière qui transcende les contraintes habituelles d’espace et de temps. De plus, la recherche sur le psi démontre que nous pouvons mentalement influencer à distance des appareils physiques et des organismes vivants (incluant les êtres humains). La recherche sur le psi montre également que l’activité mentale d’individus éloignés peut être corrélée de manière non-locale. En d’autres termes, les corrélations entre l’activité mentale d’individus éloignés ne semblent pas être médiatisées (elles ne sont pas liées à un signal énergétique connu); en outre, ces corrélations n’apparaissent pas se dégrader avec une plus grande distance et elles semblent immédiates (simultanées). Les phénomènes psi sont tellement communs qu’ils ne peuvent plus être vus comme anormaux ou des exceptions aux lois naturelles. Nous devons plutôt considérer ces phénomènes comme un signe que nous avons besoin d’un cadre explicatif plus large, qui ne peut être basé exclusivement sur le matérialisme.

10. Une activité mentale consciente peut être expérimentée durant un état de mort clinique induit par un arrêt cardiaque (une telle activité mentale consciente est appelée « expérience de mort imminente » [EMI]). Certains expérienceurs ont rapporté des perceptions véridiques (c’est- à–dire, des perceptions dont on peut attester qu’elles ont coïncidé avec la réalité) durant des expériences hors du corps survenues durant un arrêt cardiaque. Les expérienceurs rapportent aussi de profondes expériences spirituelles durant les EMI déclenchées par un tel arrêt. Il est à noter que l’activité électrique du cerveau disparaît après quelques secondes suite à un arrêt cardiaque.

11. Des études en laboratoire dans des conditions contrôlées indiquent que des médiums (individus affirmant qu’ils peuvent communiquer mentalement avec des individus décédés) doués peuvent parfois obtenir de l’information hautement précise au sujet de personnes décédées. Cela s’ajoute aux autres évidences supportant l’idée que l’esprit peut exister séparément du cerveau.

12. Certains scientifiques et philosophes matérialistes refusent de reconnaître ces phénomènes parce qu’ils ne s’intègrent pas à leur conception exclusive du monde. Le rejet d’une exploration post-matérialiste de la nature ou le refus de publier de solides travaux de recherche supportant une vision post-matérialiste, sont contraires au véritable esprit d’investigation scientifique, selon lequel toutes les données empiriques doivent être considérées. Les données qui ne sont pas compatibles avec les théories et croyances des scientifiques ne peuvent être rejetées a priori. Un tel rejet appartient au domaine de l’idéologie, pas à celui de la science.

13. Il est important de réaliser que les phénomènes psi, les EMI durant un arrêt cardiaque et les évidences reproductibles provenant des études de médiums doués, n’apparaissent anormaux que lorsqu’ils sont appréhendés à travers les lentilles du matérialisme.

14. Les théories matérialistes échouent à expliquer comment le cerveau pourrait générer l’esprit et elles sont incapables de rendre compte des évidences empiriques discutées dans ce manifeste. Cet échec indique qu’il est maintenant temps de nous libérer des chaînes de la vieille idéologie matérialiste, d’élargir notre conception du monde naturel et d’embrasser un paradigme post-matérialiste.

15. Selon le paradigme post-matérialiste:
a) L’esprit représente un aspect de la réalité tout aussi primordial que le monde physique. L’esprit joue un rôle fondamental dans l’univers, il ne peut être dérivé de la matière et réduit à quelque chose de plus basique.
b) Il existe une interconnexion profonde entre l’esprit et le monde physique.
c) L’esprit (la volonté/l’intention) peut affecter l’état du monde physique et opérer de manière non-locale, c’est- à–dire qu’il n’est pas confiné à des points spécifiques dans l’espace (tels que le cerveau et le corps) et le temps (tel que le présent). Puisque l’esprit peut influencer non-localement le monde physique, les intentions, émotions et désirs d’un expérimentateur peuvent affecter les résultats expérimentaux, même lorsque des approches contrôlées expérimentales (par exemple, en double aveugle) sont utilisées.
d) Les esprits individuels ne sont apparemment pas limités et peuvent s’unir. Cela suggère l’existence d’un Esprit qui englobe tous les esprits individuels.
e) Les EMI survenant durant un arrêt cardiaque suggèrent que le cerveau agit comme un transcepteur de l’activité mentale, c’est- à–dire que l’esprit se manifeste à travers le cerveau mais qu’il n’est pas produit par cet organe. Les EMI survenant durant un arrêt cardiaque, combinées aux évidences provenant des études de médiums doués, suggèrent la survie de la conscience après la mort et l’existence de domaines de réalité qui ne sont pas physiques.
f) Les scientifiques ne devraient pas être effrayés d’étudier la spiritualité et les expériences spirituelles car elles constituent un aspect central de l’existence humaine.

16. La science post-matérialiste ne rejette pas les observations empiriques et la grande valeur des accomplissements scientifiques réalisés jusqu’à présent. Elle cherche plutôt à accroître notre capacité à comprendre les merveilles de la nature et, ce faisant, à nous permettre de redécouvrir que l’esprit est un aspect majeur de la fabrique de l’univers. La science post-matérialiste est inclusive de la matière, qu’elle perçoit comme un constituant fondamental de l’univers.

17. Le paradigme post-matérialiste a de profondes implications. Il change fondamentalement la vision que nous avons de nous-mêmes, nous redonnant dignité et pouvoir en tant qu’êtres humains et en tant que scientifiques. Ce paradigme encourage des valeurs positives telles que la compassion, le respect et la paix. En mettant l’emphase sur la connexion intime entre nous-mêmes et la nature, le paradigme post-matérialiste promeut aussi la conscience environnementale et la préservation de notre biosphère. Ce paradigme nous permet également de redécouvrir ce qui a été oublié pendant 400 ans, à savoir qu’une compréhension transmatérielle vécue peut être la pierre angulaire de la santé et du bien-être. Cela a été enseigné pendant longtemps par les anciennes approches corps-esprit ainsi que par les traditions religieuses et contemplatives.

18. Le passage de la science matérialiste à la science post-matérialiste peut être d’une importance vitale pour l’évolution de la civilisation humaine. Ce passage peut être encore plus crucial que la transition du géocentrisme à l’héliocentrisme.

Nous vous invitons, scientifiques du monde entier, à lire le Manifeste pour une Science Post-Matérialiste et à le signer si vous désirez montrer votre appui.

illustration de Mario Beauregard

Et tout le monde s’en fout #23 – Les valeurs

Newsletter #16

« Il n’y a pas de résultats extraordinaires sans relations extraordinaires avec soi-même et les autres »… et pour entretenir des relations extraordinaires rien de tel que de connaître son système de Valeurs. Ceci vaut à titre personnel et à titre collectif. Vivre en accord avec ses Valeurs, c’est une question de respect de soi et des autres.

Une série créée par Fabrice de Boni et Axel Lattuada |Écrite par Fabrice de Boni, Marc de Boni et Axel Lattuada – Produite par Mia Productions / Christophe Baudouin ] Réalisée par Fabrice de Boni | Interprétée par Axel Lattuada

Dans la Bibliothèque : Le travail inspiré de Pierre d’Elbée

Blog
@Le patio

RÉFLEXION – Pierre d’Elbée, philosophe et fondateur d’un cabinet de conseil, vient de publier “Le travail inspiré”, dans lequel il explore le sens du travail. LCI est allé l’écouter lors d’une conférence qui a fait le plein et où il a proposé sept mots pour s’initier au sujet. Un billet de Sibylle Laurent trouvé sur lci.fr

“Comment donner ou redonner du sens à son travail : est-ce un Graal inaccessible ?” Le sujet doit intéresser : le Patio, lieu de coworking parisien qui organisait la conférence il y a quelques jours dans le 16e arrondissement, a croulé sous les inscriptions. Au pupitre, Pierre d’Elbée, docteur en philosophie, auteur du livre “Le travail inspiré” et  fondateur d’Iphae, cabinet de conseil. 

Nous sommes allés l’écouter. Pierre d’Elbée ne livre pas de recette toute faite. Mais à travers l’exploration de mots, par le cheminement de la pensée, il veut nous aider à réfléchir. Morceaux choisis de la conférence, en sept mots.

> Réussir

“On oppose souvent réussite pro et perso. Je n’aime pas cette idée de distinguer les deux, avec l’idée que l’une se fait toujours au détriment de l’autre. Alors, qu’est-ce qu’une vie réussie ? Ariana Hufftington, une femme éditorialiste américaine (ndlr : et fondatrice du Hufftington Post), qui colle bien aux stéréotypes d’entreprise, avait essayé de définir des critères. Pour elle, c’était l’argent et le pouvoir. Puis elle a fait un burn-out. Elle s’est effondrée et s’est reposée la question. Elle a alors distingué un troisième pilier : le bien-être ou plutôt la sagesse, le fait de se recentrer sur ce qui est important pour soi. Elle parle aussi de l’émerveillement, du fait de garder en soi le regard de l’enfant. J’ajouterais un quatrième pilier : le don. Il s’agit de trouver dans son activité une certaine part de gratuité, qui va parler à son intériorité. Réussir, c’est pouvoir, à travers son travail, faire quelque chose qui parle au fond de soi.”

> Objectifs

“Lorsqu’on ouvre un dictionnaire, le premier sens d'”objectif” est un sens militaire. Cela nous place dans une situation où j’ai un adversaire. Je me fixe un point, que j’attaque ou je défends. Un objectif, c’est quelque chose qui est concret, ponctuel, extérieur. C’est une différence avec le mot “finalité”. La finalité, c’est notre raison d’être, ce n’est pas du tout la même chose qu’une cible que l’on poursuit. Il faut réfléchir sur la finalité, sur ce qui nous anime, car nous sommes parfois trop portés sur les objectifs.”

> Acteur

“Il faut être acteur de notre vie. Acteur, c’est l’inverse de spectateur. Cela a l’air simple d’être acteur. Mais cela ne l’est pas. En fait, nous subissons beaucoup de choses et prenons très peu de décisions. Nous sommes plus “réactif” que réellement “actif”, nous nous laissons déborder par la vie. Et à certain moment, par exemple dans une overdose de travail, nous n’avons plus la distance qui nous permet d’avoir le sentiment de décider. Nous perdons alors le sentiment de notre propre vie. 

C’est très important de revenir au “souci de soi”, comme l’appelait Michel Foucault. Être acteur, c’est avoir une certaine distance de ce que l’on fait.  Parfois, plus on a de choses à faire, plus il faut prendre son temps pour soi afin de créer une sorte de bouclier psychique. Sinon, on risque de se perdre.”

> Confiance

“Pour prendre des décisions, il faut être en confiance avec l’autre. Mais cette confiance, pourtant indispensable, est une alchimie interpersonnelle difficile à créer. Comment faire ? Tout d’abord, il faut de la bienveillance, ne pas avoir de préjugés négatifs ou en tout cas être capable de les enlever pour s’ouvrir à l’autre. Mais n’être que dans la bienveillance -la “stratégie de l’ange”-, être incapable de dire stop, peut aussi être dangereux lorsque l’on tombe sur un requin car il en profite. Pour créer un sentiment de confiance, il faut donc, aussi, être capable de s’opposer. Enfin, il faut une capacité d’indulgence, une capacité de remettre les compteurs à zéro lors de conflits ou d’oppositions, ne pas rester dans la rancune. L’acceptation du changement en entreprise en est un exemple au quotidien.

> Sérendipité

“C’est maintenant un mot bien connu en entreprise : l’exploitation positive de circonstances inattendues et défavorables. Par exemple, vous tombez en panne, sur une route déserte. Une seule personne s’arrête, vous emmène, vous discutez et passez un très bon moment et allez devenir très amis. Cela fonctionne à la condition d’avoir un regard qui ne soit pas dans le constat de l’échec. Il faut pour cela garder une disponibilité en soi. 

Cela amène à une autre question : comment se renouveler ? Par la force de son regard. On ne change pas la situation, mais on change son propre regard. Cela suppose qu’au moment où vous prenez cette décision, vous changez votre regard sur ce que vous faites et votre rapport au travail. Cela passe aussi par le fait de remettre en cause les limites que l’on se met dans son activité. Nous avons une part de liberté plus grande que celle que nous nous autorisons à avoir.”

> Motivation

“La motivation, c’est l’énergie de nos désirs qui se porte vers quelque chose ou quelqu’un. Mais je préfère le terme de “sens”. Le manager doit permettre à ses collaborateurs de trouver un sens à ce qu’ils font, plutôt que de la motivation. Et le sens, c’est d’abord un geste. Ce geste débouche alors sur une œuvre dont il est important de voir le résultat, le produit fini. C’est cela qui apporte du sens. Car si je fais un geste, mais qu’il n’a pas d’utilité sociale ou que je ne la perçois pas, je me demande en effet à quoi sert ce que je fais. Il y a des métiers où c’est plus ou moins caché.”

> Méditer

“C’est à la mode. L’idée de la méditation, c’est le fait d’avoir une déambulation intérieure lente sur des fondamentaux. D’aller au cœur du  cyclone, là où cela ne bouge pas. Je pense que nous avons besoin de cette méditation, car nous sommes saturés de volontarisme, de rationalisme, de quête de résultats, et c’est desséchant. A l’inverse, le remède se trouve  dans le fait de prendre du temps pour être bien avec soi.”

Le travail inspiré, courtes méditations sous forme d’un abécédaire, de Pierre d’Elbée, aux éditions L’Harmattan

Comment des managers motivés avec des QI individuels de 120 peuvent-ils constituer une équipe au QI global de 63 ?

Newsletter #16

Par Eric Mellet, le 7 mars 2019 |

 

Cette question de Peter Senge dans son livre la 5ème Discipline traduit assez bien la « déperdition d’intelligence » à l’œuvre dans bon nombre de CODIR, d’équipes et plus largement de collectifs humains… Erigé en dogme, on a voulu principalement retenir des travaux de Darwin le seul principe de compétition basé sur la loi du plus fort… Ainsi, d’une part on a oublié que la vraie teneur de son message mettait davantage en exergue la capacité spécifique d’un être vivant et d’une espèce à s’adapter mieux et plus vite que les autres… d’autre part, à l’ère de la complexité exponentielle, des limites d’un modèle économique du “toujours plus à tous prix” et des enjeux environnementaux et sociaux qui se posent  à notre espèce à l’échelle globale, il serait sage de se rappeler que pour combattre un Mammouth, il a toujours mieux valu s’y mettre à plusieurs !

« Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme çà qu’çà marche ! »

Je nie toute participation

Pour la plupart d’entre nous, le modèle dont nous avons hérité  et dans lequel nous avons grandi est donc celui du « sois le plus fort…sois meilleur que… »… Dans le cadre professionnel, c’est par la suite assez naturellement que nous l’avons reproduit et perpétué avec plus ou moins de conscience d’être prisonnier du bien connu « manger ou être mangé » à la sauce de la world company chère au commandant Sylvestre (oui vous vous rappelez, c’était un peu après les Nuls)… Pour ma part et comme beaucoup, j’ai fait de mon mieux pour « survivre en environnement hostile » en développant une posture de déviant positif  qui revenait à payer le prix de ma “non conformité” par une performance qui se devait toujours  d’être exceptionnelle pour que mes avocats puisse défendre ma tête… Ce mode opératoire fit ses preuves  jusqu’au jour où mon 37ème N+1 en 29 ans de carrière résuma en ces mots sa philosophie professionnelle : « Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme çà qu’çà marche !»

Cette phrase ce jour-là, fut la  « fameuse goutte » qui, comme on le sait depuis longtemps peut faire déborder le vase, mais  aussi comme on l’a appris aussi plus récemment, lancer une Marque Jaune à partir de ces lieux multi-directionnels et dont a parfois du mal à sortir que sont les ronds-points… Instantanément, je compris dès lors que la fantastique aventure intrapreneuriale dont la coopération avait été le moteur principal pour initier et mener un projet extraordinaire dans plus de 75 pays seraitsacrifiée sur l’autel de la compétition des égos et du retour à l’âge de pierre du management.

Alors si la capacité à s‘adapter est bien le marqueur ultime de ce qui subsiste ou de ce qui  est appelé à disparaître dans la compétition générale, le paradoxe tient au fait que pour un être ou une organisation, c’est dans sa capacité à  coopérer en « apprenant mieux et plus vite que les autres » (Argyris,1994)  que réside ses meilleures chances de rester dans la course de l’évolution…et à fortiori de l’innovation. Revisitées et enrichies par Béatrice Arnaud et Corinne EjeilLe Guide de l’Organisation Apprenante nous invite  à redécouvrir la modernité et la pertinence de la pratique des cinq disciplines pour contribuer plutôt à l’émergence des solutions qu’à l’entretien et la propagation des problèmes.

Prendre conscience du pouvoir des Modèles Mentaux

« Les modèles mentaux sont des postulats, des généralisations, voire des représentations ou des images profondément enracinées qui influencent notre compréhension du monde et nos actes. Très souvent, nous ne sommes conscients ni des modèles mentaux, ni de leurs effets sur nos comportements. » (Senge, 1990)

Perspectives…

Les recherches en la matière et notamment les avancées en Neurosciences nous permettent de mieux comprendre ce que l’on rassemble sous le terme de biais cognitifs que l’on pourrait plus communément appeler nos « à priori » ou nos « préjugés ». C’est ce que le  psychologue Daniel Kahneman appelle le Système 1 qui traite des opérations que notre cerveau réalise à notre insu pour nous faciliter la vie et nous faire gagner en traitant rapidement la masse de stimuli reçus à longueur de journée. Très utile dans certains cas,  ce “mode automatique” aussi provoquer une distorsion de la réalité et nous amener très souvent à porter un jugement ou prendre une décision sans avoir « raisonné » et vérifié la « validité des informations » qui la sous-tend en faisant appel au Système 2 ; celui qui “réfléchit et contrôle”…

A retenir

  • La méconnaissance des modèles mentaux et de leur impact renforcent la sensation « d’être en compétition » et ses corollaires (sentiment d’isolement, complexes de supériorité ou d’infériorité, impuissance apprise…) et constituent le premier obstacle à lever pour favoriser un modèle davantage axé sur la co-opération.
  • Dans l’organisation, ce sont ces modèles mentaux qui définissent la frontière plus ou moins claire entre « ce qui se fait ou pas », « ce qui est acceptable ou non » constituant ainsi pour le meilleur et pour le pire un des piliers de ce qui se cache souvent derrière la sacro sainte “Culture d’Entreprise” !
  • Notre Système 1 est du pain béni pour tous les diffuseurs de Fake News qui n’ont de cesse que de hacker notre esprit pour mieux nous influencer comme cet excellent documentaire d’ Arte le démontre à en faire froid dans le dos…

Les pistes de travail

  • Identifier les modèles mentaux dominants chez soi-même et dans son organisation
  • Apprendre à « observer sa manière de penser » et ses conséquences en termes de comportements et de communication avec ses pairs, sa hiérarchie ou son équipe
  • Repérer les modèles mentaux chez les autres pour en accueillir et en apprécier la diversité, la source de créativité et d’innovation

Développer sa Maîtrise Personnelle

Les individus qui bénéficient d’un haut niveau de maîtrise personnelle réussissent continuellement à améliorer leur capacité à atteindre les résultats qu’ils recherchent vraiment. (Senge, 1990)


« Etre élève, élève l’être »… Nombre de qualités recherchées aujourd’hui dans un modèle de Leadership Positif sont directement liées à la capacité individuelle à « apprendre tout au long de la vie », voire de plus en plus dans un monde en perpétuelle transformation à « apprendre à apprendre »… Ainsi, la curiosité, l’humilité, la capacité à explorer et à tenter le nouveau en acceptant la possibilité de l’échec comme source d’apprentissage sont la marque de ce que la chercheuse en psychologie Carol Dweck a défini sous le terme d’état d’esprit de développement.

Cette posture basse du leader est sa meilleure protection contre le développement de son hubris et ce que tendent à démonter les études du spécialiste en psychologie sociale Dacher Keltner, selon lesquelles les personnes en position de pouvoir souffrent d’un déficit d’empathie, d’une moindre capacité à lire les émotions et par voie de conséquence à adapter leur comportement aux autres.

A retenir

  • La maîtrise personnelle consiste à s’améliorer en tant que personne en développant son désir d’apprendre et son engagement à progresser
  • Selon Avolio (The Leadership quaterly, 2005), un leader authentique a une profonde connaissance de soi, de ses pensées, de ses comportements et émotions ainsi que de la façon don’t il est perçu par ses collaborateurs.”
  • Être un leader (et cela quel que soit son niveau hiérarchique) nécessite de prendre conscience et de développer les trois formes d’intelligence : cognitive, sociale et émotionnelle.

Les pistes de travail

  • Etre aussi souvent que possible en connexion avec ses valeurs profondes et l’intention qui fondent la prise de décision et le mode d’engagement
  • Cultiver la prise de recul et les capacités psychologiques positives que sont la confiance, l’optimisme, la résilience et bienveillance
  • Développer les quatre pratiques du Leadership Positif : créer un climat positif, s’appuyer sur les Forces et les relations positives, développer une communication positive, donner du sens

Promouvoir l’émergence d’une Vision Partagée

« Pour qu’une vision soit réellement partagé, il faut que vous et moi ayons la même image en tête, que nous nous sentions engagés l’un et l’autre à la réaliser, non pas chacun de notre côté, mais ensemble. » (Senge, 1990)

Selon une étude Deloitte et Viadéo 9 salariés sur 10 considèrent la question du sens au travail comme un enjeu majeur et cela se traduit concrètement par :

  • le respect des valeurs
  • l’utilité du travail
  • l’éthique
  • la compréhension des missionset de la stratégie
  • la contribution à quelque chose de plus grand que soi
  • un accès à l’information et le pouvoir de questionner

J’ai eu la chance de travailler dans près de 55 pays avec une multitude d’équipes ou de collectifs divers et donc bien sûr un grand nombre de managers ou de dirigeants différents. Ce qui m’a toujours frappé était de constater à quel points ceux qui étaient en mesure d’apporter un supplément d’âme au « business as usual » était ceux qui réussissait le mieux à créer de l’engagement,  susciter des émotions positives et à finalement  délivrer une performance exceptionnelle et durable. Ainsi, que cela soit fait de façon structurée ou non, à chaque fois il y avait un facteur commun à ces collectifs : une Vision Partagée initiale forte et sa permanente réactualisation en fonction du contexte.

A retenir

  • Une Vision Partagée favorise l’engagement, la confiance en soi et dans le groupe
  • Source intarissable d’énergie et de résilience pour relever les défis, elle donne une raison d’être à la fois individuelle et collective en permettant à chacun de trouver sa place et de contribuer à un dessein plus grand
  • Permettre les conversations que génère l’émergence d’ une Vision Partagée, c’est déjà lui “donner vie” !

Les pistes de travail

  • Intégrer qu’à l’ère de la complexité et de La transition fulgurante (Giorgini,2014), nul ne détient la vérité et apprendre à mobiliser l’Intelligence Collective est devenu vital
  • Prendre conscience du pouvoir infini des prophéties auto réalisatrices qui façonnent sinon à notre insu les conséquences  de nos actions tant sur le plan individuel que collectif
  • Découvrir et apprendre à mettre en œuvre la démarche de l’Enquête Appreciative (Appreciative Inquiry)

“Apprendre à Apprendre”… en équipe

“L’apprentissage individuel n’est plus le facteur à prendre en compte pour l’apprenante organisationnelle. Les gens apprennent sans cesse sans que cela profite à leur organisation. En revanche, si une équipe réussit à apprendre collectivement, elle devient un microcosme de l’apprenante à travers l’organisation. Ainsi son expérience a toutes les chances de se diffuser rapidement dans l’organisation, à travers les individus et d’autres groupes. (…) L’apprenance en équipe est une discipline collective, bien qu’elle implique des aptitudes et compétences individuelles. (Senge, 1990)

C’est une chose que d’apprendre seul et en silence, c’en est une autre que de se frotter à l’altérité, aux attentes et aux formes d’apprentissages différents de ceux avec lesquels on est sensé “faire équipe”…contrairement à ce que l’on pense parfois, une performance d’équipe ne passe pas toujours par l’affection réciproque entre ses membres mais davantage par le fait de partager un objectif commun précis, une conscience claire de ce que chacun apporte au collectif (les forces) et l’engagement individuel de mettre tout en oeuvre pour atteindre le but fixé. Dans ce cas, l’Intelligence Collective sert l’intérêt supérieur et le tout est supérieur à la somme des parties…

Pour le chercheur en psychologie Marcial Losada, il y a trois types de dialogues qui influence la capacité d’une équipe à communiquer et à apprendre:

  •  Positivité versus Négativité : ratio entre commentaires et interactions positives et négatives
  •  Questionnement versus Défense : ratio entre questions posés (surtout pour mieux comprendre) et nombre de fois où les personnes défendent seulement leur point de vue sans chercher un vrai dialogue avec l’autre
  •  Autre versus soi : ratio de commentaires qui font référence aux membres de l’équipe par rapport à ceux qui ne concerne que la personne qui s’exprime

A retenir

  • Reconnaître et se concentrer sur les réussites plutôt que sur les échecs favorise la capacité à apprendre et à performer.
  • « Ecouter pour comprendre » est plus puissant que juste « écouter pour répondre »…
  • Un dialogue est plus constructif lorsqu’aux questions fermées (réponse par oui/non) ; il s’enrichit de questions ouvertes et exploratoires en appelant un développement de pensée ou d’approfondissement en marquant l’intérêt et une saine curiosité

Les pistes de travail

  • Comprendre que les échecs lorsqu’ils sont sources d’apprentissage, sont les meilleurs gages des succès futurs
  • Faire preuve d’empathie et de bienveillance suscite la réciprocité
  • Apprendre à se questionner, à “s’écouter vraiment” et à partager ses enseignements est la marque des grandes équipes

Décoder et raisonner en « systémique »

“La pensée systémique est une discipline qui consiste à voir les phénomènes dans leur intégralité. Elle permet d’étudier les interrelations plutôt que les éléments individuels, d’observer des processus de changement plutôt que des images statistiques.” (Senge, 1990)

Il serait présomptueux de prétendre expliquer la systémique et son paradigme qu’est la complexité en quelques lignes de blog. Dans un monde simple, des causes (identifiées) produisent des effets (prévisibles) et quelle que soit la difficulté du problème à résoudre comme celle de construire un Airbus A320 par exemple, on peut “suivre un plan” et en prenant le temps qu’il faut, suivre une logique rationnelle pour assembler l’appareil pièce par pièce. Dans un environnement complexe, les liens entre les causes et les effets sont plus diffus, en mouvement perpétuel et dominé par l’aléatoire…la probabilité remplace la certitude, l’inconnu prédomine… Pour une entreprise, cela se traduit par exemple par un plan à trois ans remis en question dés le premier semestre de l’an 1. De même si l’exercice du budget annuel est utile, l’énergie qu’il a mobilisé pour voir le jour part de plus en plus en fumée dés le mois de Février pour laisser place à la “navigation à vue”… Pour sacrifier au vocabulaire à la mode; c’est Volatile, Incertain, Complexe et Ambigu (VICA), on pourrait dire que c’est systémique dans la mesure ou tout est interconnecté et que “la solution d’ici” donne potentiellement naissance au “problème de  là-bas”… là-bas étant ici le département Commercial pour le Marketing par exemple, le sous traitant pour le dominant ou encore le Sud pour le Nord… pour finir le petit problème de chacun devient vite le grand problème de tous !

A retenir

  • Selon Edgar Morin, le compliqué s’attache à séparer/réduire, le complexe amène à conjuguer/distinguer
  • Le compliqué traite du pourquoi causal linéaire, le complexe repose sur la multicausalité circulaire
  • Le compliqué sépare l’observateur de l’observationdans le complexe l’observateur est partie prenante de l’observation

Les pistes de travail

  • S’entraîner à voir le monde et les organisations comme des “systèmes vivants” où l’organique prend le pas sur la mécanique
  • Se concentrer sur ce qui relie plutôt que sur ce qui sépare
  • Etre conscient que les problèmes d’aujourd’hui viennent le plus souvent des solutions d’hier

Face aux défis qui s’offrent à nous, voire au grand effondrement que certain nous prédisent, la prise de conscience de notre interdépendance est cruciale et gagner la compétition à n’importe quel prix ne mène nulle part…Et si comme nous le dit Christophe André, le désastre annoncé était l’opportunité d’apprendre, ou de réapprendre à coopérer…

Et vous qu’en pensez-vous ?

Un article de Eric Mellet publié le 7 mars 2019 sur son blog : https://mellet-consulting.com/blog/