Affaire Griveaux : un leader doit-il être irréprochable ?

Newsletter #27

L’affaire Benjamin Griveaux soulève de nombreux débats sur le respect de la vie privée, les frontières avec la vie publique, l’utilisation des réseaux sociaux et la morale.

L’objectif est de tenter de répondre à une question qui taraude les spécialistes, l’opinion publique et les leaders eux-mêmes : un leader doit-il être irréprochable ? Pour ce faire, il nous faut étudier les liens entre leadership, éthique et exemplarité. Le leadership a trait aux notions de pouvoir, d’autorité, d’influence et de capacité à entraîner des individus, qu’ils soient des dizaines ou des millions, vers des buts communs.

Il faut remettre en question cette sorte de grâce tombée du ciel, appelée charisme, et l’envisager de nos jours comme une construction sociale entre les individus, qui varie selon le contexte. Le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux à la mairie de Paris, suite à la diffusion d’une vidéo à caractère pornographique l’impliquant témoigne de ce mécanisme sous-jacent au le leadership.

« Benjamin Griveaux retire sa candidature à Paris » (Le Parisien, 14 février 2020).

 

Le leadership : une notion protéiforme

Le leadership est à la fois le résultat de traits spécifiques au leader (personnalité, histoire personnelle, comportement), d’un processus social issu des relations avec les autres (électeurs, collaborateurs, suiveurs), et des caractéristiques de la situation (société, mœurs, lois, aléas) où il est exercé. Il y a donc plusieurs éléments centraux dans cet étrange phénomène humain et social qu’est le leadership :

  • Tout d’abord, la relation implique que le leader affecte les autres et est affecté par les autres. Ensuite, le leadership implique des mécanismes d’influence sur autrui, tel que la morale (en utilisant les valeurs auxquelles le leader adhère) ou l’affectif (en jouant sur les sentiments).
  • Le leadership est aussi transformation ; le leader est celui capable de créer le changement. Le leadership requiert un certain pouvoir, fondé soit sur la personne (expertise, référence), soit sur la position hiérarchique. Il doit aller de pair avec le sens des responsabilités.
  • Enfin, le leadership inclut les buts communs ; « communs » signifie que le leader et les suiveurs ont une ambition mutuelle, et que le leader a besoin des autres pour atteindre les buts choisis.

Légalité, moralité et éthique du leader

Il nous faut ici rappeler la différence entre ce qui est légal, moral, éthique ou simplement erroné. La légalité, c’est le respect des lois. Benjamin Griveaux n’en a enfreint aucune.

Quant à la morale, elle est l’ensemble des principes à dimension universelle et absolue ; ces principes sont fondés sur la distinction entre le bien et le mal (par exemple : « Tu ne tueras point »). Benjamin Griveaux n’a pas été immoral.

L’éthique, elle, est relative et subjective : elle intervient là où la loi est impuissante (par exemple : jeter un papier en forêt, consommer du homard à un dîner payé par l’argent public, employer son épouse comme attachée parlementaire). L’éthique englobe la morale en la personnalisant et en la contextualisant.

Tuer un terroriste quand on est gendarme est légal et éthique. Aider un migrant en perdition en mer n’est pas forcément légal, mais éthique. Accepter des costumes en pleine campagne présidentielle n’est pas illégal, mais sûrement non éthique. L’éthique crée de la passion et des interrogations.

Sur les costumes offerts, Fillon ne se sent « en aucun cas redevable » (BFMTV, 6 avril 2017).

La démission de Benjamin Griveaux est-elle justifiée ?

L’erreur ne relève ni de la loi, ni de l’éthique. Se masturber n’est pas une erreur. En revanche, poster une « vidéo masturbatoire » sur un réseau social, quand on est ministre ou chef d’entreprise, c’est une erreur. Imaginons qu’un proviseur de lycée ait envoyé la vidéo à la place de l’ex-porte-parole du gouvernement. Comment aurait-il pu ensuite remplir sereinement sa mission face aux élèves et leurs parents ?

« Des hommes et des femmes ordinaires »

Nous ne pouvons attendre des leaders qu’ils aient la pureté morale et qu’ils soient des saints. Diriger ou gouverner est une activité moralement dangereuse. Car les leaders doivent repousser les compromissions morales nécessaires à l’efficacité dans leur mission.

Ils sont, plus que les autres, exposés aux tentations, problèmes éthiques ou erreurs, parce qu’ils ont plus de pouvoir, doivent prendre plus de décisions et rendre plus compte de leurs résultats. Ils sont perpétuellement sous les feux des projecteurs. Leurs actes sont soigneusement examinés par les suiveurs et les observateurs extérieurs, souvent à la recherche d’un message ou d’une intention cachés.

La plupart des leaders ne sont ni des psychopathes pervers, avides de pouvoir, ni des saints altruistes. Ils ne sont souvent ni charismatiques (détenteurs de qualités exceptionnelles), ni transformationnels (capables de conduire le changement). Ce sont souvent des hommes ou des femmes ordinaires (« normaux ») à la tête d’organisations, qui commettent, eux aussi, des erreurs cognitives, morales et émotionnelles, intentionnelles ou involontaires.

Le philosophe alsacien Albert Schweitzer disait : « L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer les autres. C’est la seule ». Les comportements exemplaires parlent plus fort que les mots. Un des moyens pour influencer l’engagement des autres est de montrer l’exemple dans toutes les interactions quotidiennes avec eux. Un leader qui demande aux autres de respecter des standards doit lui-même s’y conformer.

Les valeurs affichées par un leader doivent s’incarner dans son comportement de tous les jours, pas seulement quand cela lui est commode. D’ailleurs, Benjamin Griveaux a joué de sa vie familiale dans les médias pour se doter d’une image empathique et sympathique.

L’exemplarité, c’est avant tout être en cohérence avec les valeurs affichées. Faire en sorte qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.

Trop d’exigences envers les leaders

Beaucoup de gens pensent que les leaders doivent être irréprochables et posséder des niveaux de moralité plus élevés que les autres. Mais alors, si cette thèse est vraie, est-il normal que les autres vivent avec des niveaux de moralité plus bas ? Par ailleurs, est-ce vraiment éthique de demander aux leaders d’être plus éthiques qu’on ne l’est soi-même ? Étrangement, si on demande aux leaders d’être parfaits, alors presque personne ne sera qualifié pour être leader.

Par exemple, qui parmi les leaders, et qui parmi nous, pourrait se targuer de n’avoir jamais menti, de n’avoir jamais prononcé une parole désagréable ou de n’avoir jamais renié une promesse ? Paradoxalement, quand nous exigeons trop des leaders, nous augmentons le risque d’être déçus par eux. Si les standards sont inaccessibles, les gens arrêtent de vouloir les atteindre. On pourrait même finir avec une pénurie de personnes compétentes acceptant d’occuper des postes de leader, parce que nous attendons trop d’eux sur le plan moral ou comportemental.

Plus qu’une simple conformité à la loi

Mais attention, nous fixons des standards moraux ou comportementaux trop bas aux leaders quand nous leur demandons d’être simplement en conformité avec la loi. Ou quand nous espérons qu’ils soient juste moins immoraux que leurs prédécesseurs. Un chef d’entreprise peut respecter la loi, mais peut se conduire de façon profondément immorale dans la manière de diriger ses équipes : agressivité, humiliation, appropriation du travail des autres, dissimulation. Les lois n’embrassent pas l’étendue et la complexité de l’éthique.

Un élu peut respecter la loi et posséder des valeurs familiales beaucoup plus fortes que son prédécesseur, mais ne rien faire pour aider les pauvres dans sa commune. Ne pas se soucier des sans-abri n’est pas un délit vis-à-vis de la loi, mais est-ce moral ? Si les standards sont trop bas, le cynisme s’installe parmi les leaders et les suiveurs.

En théorie, les leaders et les suiveurs devraient avoir la même éthique et le même droit à l’erreur, ni plus ni moins. Mais, ce que l’on peut attendre des leaders, c’est qu’ils fassent plus d’efforts que nous, qu’ils déploient toute leur énergie et vigilance pour respecter les lois, les normes et l’éthique, et pour faire moins d’erreurs.

C’est cela le cœur de l’exemplarité : tout mettre en œuvre pour être exemplaire. Les « premiers de cordée » doivent tout faire pour échouer moins que les autres à satisfaire les standards éthiques et comportementaux, tout en poursuivant et atteignant les buts de l’organisation. Mais ils ne peuvent être ni des saints, ni des héros irréprochables.

Phillippe Villemus, Professeur chercheur en marketing et leadership, Montpellier Business School – UGEI

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Que retenir du management de Jack Welch ?

Newsletter #27

Jack Welch qui fut l’emblématique PDG de General Electric (GE) pendant 20 ans de 1981 à 2001 est mort dimanche 1er mars 2020 à l’âge de 84 ans.

Ainsi que le rappelle Laure Belot dans le Monde du 2 mars 2020 : “Durant les deux décennies où il dirigea General Electric (GE), de 1981 à 2001, le conglomérat industriel multiplia par sept ses bénéfices et par quarante-trois sa valeur boursière pour devenir la première capitalisation mondiale, l’entreprise la plus valorisée sur la planète par les marchés financiers. Cette prouesse fit de lui un dirigeant admiré, envié et très largement copié.

Jack Welch a de nombreux fidèles et on sait pourquoi. En étant décisif, résolu et en investissant dans un leadership de qualité, il a permis à General Electric, la société qu’il dirigeait, d’atteindre un statut emblématique. Au cours de son mandat, les revenus de GE ont plus que quadruplé et sa capitalisation boursière est passée de 12 milliards de dollars à 410 milliards. Alors quelles leçons peut-on tirer de cet homme d’affaires exemplaire ? 

Welch
L’ancien PDG de General Electric, Jack Welch. Getty Images

Au cours des prochains jours et prochaines semaines, vous entendrez beaucoup parler de son talent en leadership et des résultats extraordinaires de GE lorsqu’il en était le PDG. Au fur et à mesure que le temps passe (et il faut laisser du temps afin que la démarche reste respectueuse), les commentaires sur Jack Welch reposeront davantage sur ses erreurs ainsi que les circonstances qui ont joué en faveur de GE. C’est ainsi que cela devrait se passer, car pour s’inspirer de personnalités qui ont réalisé beaucoup de choses, il est important de connaître le contexte dans sa totalité, voir les échecs comme les réussites.

On retient beaucoup de choses de Jack Welch, mais 3 qualités en particulier : le courage, la rapidité et la chance.

1. Le courage

Comme tout le monde le sait, Jack Welch était particulièrement coriace et combatif. Mais ce n’est pas l’aspect courageux de son caractère. Son courage lui a permis de faire ce qu’il jugeait nécessaire, même si cela pouvait susciter des critiques envers lui et GE. Abandonner des plans que l’on pensait fructueux pour l’entreprise peut se révéler compliqué et cela demande courage et conviction. Et plus particulièrement lorsque le leader qui a décidé d’établir ce plan est aussi celui qui affirme : « Cela ne fonctionne pas. » Souvent, les dirigeants ont du mal à abandonner des idées qu’ils pensaient auparavant bonnes.

Le courage de donner un feedback en personne est un atout. Souvent, les dirigeants attendent d’être complètement fous pour être francs. À ce stade, le message est teinté de colère et de frustration, il devient donc difficile de retenir l’essentiel. On décrit les messages de Welch envoyés à son équipe, comme longs et réfléchis. Même une critique a plus de chance d’être entendue lorsqu’elle est pertinente pour le travail à accomplir.

2. La rapidité

Les dirigeants ont du pouvoir, mais certains sont si réticents à l’utiliser qu’il importe peu que leur jugement soit bon ou non. Welch a beaucoup été critiqué pour la rapidité avec laquelle il a agi, peut-être surtout lorsqu’il a réduit les effectifs de GE. Il a évité les dommages causés par l’inaction ou les décisions prises trop tard, qui peuvent faire couler une entreprise, y compris les entreprises privées.

La tendance de Welch semble avoir été l’action. Cependant, il avait aussi des ressources pour soutenir les bonnes décisions, même celles qui prenaient parfois un peu de temps. Par « bonnes décisions », on entend celles qui sont pertinentes et combinées à une certaine détermination. Celles qui permettent aux dirigeants de profiter d’opportunités que d’autres manquent.

En ce qui concerne les personnes et les performances, on peut constater que Welch y a consacré un temps incroyable. La vitesse n’est pas toujours synonyme de rapidité. Il s’agit d’avancer au bon rythme, en fonction du but et des conditions.

3. La chance

Welch l’a affirmé lui-même : « De toute évidence, rien n’est permanent. » L’extraordinaire succès de GE en est certainement un exemple. Le successeur de Welch, Jeff Immelt, a dû faire face aux vents contraires de l’effondrement des marchés financiers, au début de son mandat. Les circonstances indépendantes de la volonté d’Immelt n’expliquent pas entièrement la perte de valeur de GE. Les conditions plus positives dans lesquelles Welch a dirigé ne sont pas non plus la seule cause de son succès. Aucun des deux hommes n’est complètement compris, si l’on ne considère que les résultats financiers de GE.

Les circonstances changent, les marchés évoluent, la crainte de nouveaux virus perturbe les chaînes d’approvisionnement et bouleverse les plans. Welch a dirigé GE à un moment propice. Bien qu’il soit utile d’étudier ce qu’il a bien fait, ignorer la chance comme facteur donne une vision partielle.

La tendance cognitive humaine tend à simplifier les événements, les résultats et les personnes, car c’est beaucoup plus facile que de travailler pour comprendre les choses avec leurs variations et les facteurs externes. Si nous voulons apprendre de Welch, il est important de comprendre l’homme au-delà des étiquettes. Si les écoles de commerce n’enseignent pas Welch aux étudiants de manière holistique, cela les prive de la possibilité de s’exercer à penser d’une manière qui leur sera bien plus utile que n’importe quelle autre version mythologisée.

Les enseignants avisés mettent en garde leurs étudiants contre les adeptes aveugles et le culte des idoles. Les dirigeants avisés savent qu’ils sont des enseignants et que simplifier à l’excès conduit à autant d’erreurs que compliquer à l’excès. Welch savait qu’il était enseignant, comme le prouvent ses actions lorsqu’il dirigeait GE et qu’il était à la retraite. Nous pouvons apprendre de ce qu’il a explicitement enseigné et de l’observation de ce qu’il a fait.

Un article paru dans Forbes le 7 mars 2020

Yin et Yang : le principe de la dualité de l’existence

Newsletter #27

Le concept du Yin et du Yang fait référence à la dualité qui est présente dans toute réalité naturelle et humaine. Le jour n’existe pas sans la nuit et la vie n’existe pas non plus sans la mort. Ces réalités sont belles et bien présentes, même si nous cherchons souvent à prouver le contraire.

 

Le yin et le yang appartiennent à un concept issu de la philosophie chinoise, plus précisément du taoïsme.

Ce dernier est l’un des piliers de la philosophie chinoise fondé par Lao Tsé, une figure dont la véritable existence n’a aujourd’hui pas encore été prouvée. L’unique certitude concerne l’époque d’apparition de ces concepts. Ils datent plus ou moins du VIème siècle avant Jésus-Christ.

La philosophie de Lao Tsé a été totalement regroupée dans un livre nommé Tao Te King, ce qui signifie « chemin vers la vertu ». Dans ce livre, le concept de yin et yang fut mentionné pour la première fois. La traduction fut « obscur et brillant ».

Lao Tsé présente le yin et le yang comme une dualité qui se trouve dans tout ce qui existe. Le jour et la nuit, l’homme et la femme, la vie et la mort, etc. Il s’agit de deux états opposés qui ne sont pas en contradiction mais qui sont complémentaires et dépendent l’un de l’autre. Aucun état ne s’impose sur l’autre, il cohabite en harmonie avec l’autre.

Un collier du yin et yang

 

La dualité dans le yin et le yang

Pour le taoïsme, tout repose dans un changement naturel et constant. L’hiver suit l’automne et ainsi de suite, sans que nous agissions pour que cela se produise. La même chose se produit avec les réalités humaines. Le chemin de la vertu consiste à ne pas altérer ces changements, ni dans la nature, ni dans la vie.

Les désirs et les objectifs personnels sont ceux qui poussent les individus à altérer cet ordre naturel. La « non action », en revanche, permet aux choses de se développer et de se produire comme elles le devraient, sans modifications externes.

Le yin et le yang représentent ce changement continu. L’harmonie consiste à maintenir en équilibre la dualité évoquée par ce concept. La disharmonie est associée à la prédominance excessive de l’un de ces deux aspects.

Le yin correspond à tout ce qui est féminin, doux, humide, terrien, passif, absorbant et obscur. Le yang, quant à lui, fait référence à tout ce qui est masculin, rugueux, sec, aérien, actif, pénétrant et lumineux. Chacun des éléments et des caractéristiques se trouve dans tout ce qui existe.

Les principes qui découlent du yin et du yang

Selon le taoïsme, le concept du yin et du yang repose sur une série de principes qui lui sont propres. Ces principes définissent la dynamique qui existe entre les deux facteurs et servent d’approche pour les appliquer dans des situations concrètes.

Les principes sont les suivants :

  • Le yin et le yang sont opposés : cependant, l’un n’exclut pas l’autre. Dans une réalité, on peut trouver aussi bien le yin que le yang, et inversement. Par exemple, on peut admirer la luminosité de la Lune au beau milieu de l’obscurité de la nuit
  • Ils sont interdépendants : le yin ne peut pas exister sans le yang et inversement. Il n’existe pas de vie sans la mort et pas non plus de mort sans la vie
  • Ils maintiennent un équilibre dynamique : lorsque le yin augmente, le yang diminue et vice-versa. Lorsque l’un des deux grandit excessivement, il oblige l’autre à se concentrer afin de générer une transformation. L’excès de chaleur conduit à la fonte de la glace, ce qui provoque des inondations
  • Lorsque l’un disparaît, l’autre se transforme : le yin et le yang ne forment pas une réalité séparée, ils coexistent. Pour cela, l’un disparaît relativement pour faire de la place à l’autre. C’est le cas du jour et de la nuit
  • Il existe toujours une part de yang dans le yin et vice-versa
Une oeuvre d'art yin et yang

 

Applications pratiques

Il est important d’insister sur le fait que le concept de yin et de yang fait partie d’une philosophie et non pas d’une théorie scientifique. Et ce, même si la physique quantique a développé des thèses qui coïncident avec ce concept. Cette idée de la dualité inhérente à tout a diverses applications pratiques.

Le concept du yin et du yang s’applique directement à la pratique des arts martiaux. Des idées telles que la défense et l’attaque ou la concentration et la relaxation proviennent directement de ce concept. La médecine chinoise se base donc sur la dualité et la complémentarité aussi bien pour diagnostiquer que pour traiter les maladies. Ce contraste s’exprime avec le principe suivant : « sédater ce qui est excessif et tonifier ce qui est déficient« .

De la même manière, le concept du yin et du yang s’applique à la vie quotidienne pour atteindre l’harmonie interne. Ces opposés appellent au détachement et à l’acceptation. Laissez-vous aller. Que les nuits de votre vie suivent les jours, que la joie suive la tristesse, et ainsi de suite. Ne croyez pas que tout doit être positif ou idyllique. Admettez le fait que la dualité existe.

 

Un article paru le 20 août 2019 sur le site Nos Pensées

Se connaître pour changer notre rapport au monde

Newsletter #27
types de personnalité

Le développement de soi passe souvent par la connaissance de soi avec la découverte et la compréhension des types de personnalité qui caractérisent chaque être humain, au travers de divers modèles (PCM, Ennéagramme, MBTI…etc..). Ces grilles de lecture de la complexité humaine permettent d’établir un inventaire des grandes tendances d’une personne en termes de capacités, motivations et modes de communication. En quelque sorte, un bilan ou « état des lieux » des forces et faiblesses en présence chez une personne à un moment de sa vie.  Un bilan qui ne peut trouver son utilité que s’il sert une perspective de changement, d’accomplissement ou de développement de soi. Ce bilan commence par une compréhension systémique des différents types de personnalité avec lesquels nous cohabitons tout au long de notre vie. Au sein d’une même personne, les types de personnalité sont comme des entités hautement spécialisées ou des experts d’une équipe de travail. Ce bilan se poursuit par une compréhension des interactions au sein des ces divers types de personnalité et de ces dernières avec un système plus large. Selon l’ambiance de ces interactions, la diversité peut être source de chaos ou de grandes réalisations. Enfin, ce bilan va se poursuivre par la recherche du « leader » susceptible de faire collaborer les différents membres,  et faire émerger l’énergie nécessaire à la réalisation d’un but commun. La première partie de cet article propose une vision intégrée et élargie des types de personnalité. La seconde partie recherchera à savoir comment ces différents types de personnalité peuvent s’organiser de façon stratégique et générative, afin de créer ce qui n’existe pas encore et la vie que vous souhaitez.

Nous sommes des êtres multiples et fragmentés

Les outils de connaissance de soi (Process Communication, Ennéagramme,…etc.) reposent sur le modèle des parties. Nous se sommes pas fait que d’un bloc, et, au même titre que nous possédons différents organes et viscères, chacun s’est doté d’un ensemble de « parties », « composantes » que nous appellerons « types de personnalité ».

Le système des parties de la PNL

Pour la programmation neuro-linguistique (PNL), les parties se définissent comme des états de la personne. Un état étant une configuration particulière de l’expérience subjective de cette personne, avec ses croyances, ses valeurs, des émotions et des comportements répétitifs adaptés ou non à la situation, et parfois même un processus d’identification aux caractéristiques clés de la partie « Je suis.. aimable, bosseur, créatif…etc.. »). Chaque partie possède ou a possédé une fonction positive (des valeurs ou une identité de rôle) à une période donnée. Lorsqu’elles sont détachées du contexte dans lesquelles elles ont été créées, les parties oublient parfois ce qu’elles étaient censées faire. D’autres parties continuent à fonctionner quand leur raison d’exister a disparu depuis longtemps, devenant un obstacle au fonctionnement actuel de l’individu.

Une partie s’active dans un contexte donné. En prenant le contrôle, une partie déclenche un comportement stéréotypé, automatique, qui peut être efficace ou limitant en fonction de la situation. Ces réponses comportementales peuvent limiter la personne par un manque de choix. Quand nous nous sentons coincés dans un dilemme, cela signifie que nous activons différentes parties de nous-même, chacune se positionnant selon des critères différents.

Pour Robert Dilts, chaque partie pourrait correspondre, d’un point de vue physiologique, à un ensemble de connexions neurologiques stables qui lui permettrait de fonctionner comme un ensemble de données ayant sa propre cohérence.

Sources et modes d’expression des types de personnalité

Les types de personnalité que nous hébergeons en nous ne représentent donc qu’une « partie » d’un ensemble plus vaste. Si les sources de ces types de personnalité restent discutées, il semble qu’elles se constituent assez tôt dans l’enfance, autour de la recherche de réponses à des besoins psychologiques fondamentaux que sont des besoins de prévisibilité, de compétences, et d’acceptation. Le jeune individu accorde à la satisfaction de ses besoins le pouvoir de se sécuriser, de trouver sa place et réaliser ce qu’il souhaite dans le monde. Ces besoins fondamentaux vont par la suite se subdiviser en différentes catégories. Un type de personnalité est donc une construction du cerveau en réaction aux circonstances du moment.

Les expériences de satisfactions des besoins se déroulant de façon plus ou moins satisfaisantes, elle vont donner lieu à des croyances (et plus tard des valeurs) qui peuvent être facilitantes ou limitantes. Chaque type de personnalité est une composante (ou sous-système) d’un système plus vaste qui est celui de la personne complète avec ses propres buts, au-delà des buts propres de chaque partie. Un type de personnalité fait partie de nous, mais n’est certainement pas nous.

La réalité duelle de l’Ego et de l’Ame

« L’ego dit: Quand tout sera en place, je trouverai la paix. L’âme dit : Trouve la paix, et tout se mettra en place ».

Pour Robert Dilts, nous sommes un assemblage de deux dynamiques complémentaires : celles de l’ego et de l’âme.  L’ego ne fait ici pas référence à Freud, comme l’âme ne fait pas référence à la religion.

Un ego séparé et isolé, en quête de satisfaction de besoins psychologiques

L’ego est synonyme de «petit moi» ou du «je». C’est la représentation que l’on a de soi-même, comme un tout séparé du système dans lequel nous vivons. L’ego est notre interface avec le monde, il nous permet d’interagir avec ce dernier. Les relations humaines s’effectuent par « ego » interposés. Dans l’ego, je me pense et me ressens comme un individu séparé, isolé et unique. Il est donc utile d’apprendre à prendre soin de soi et à profiter de ce que la vie peut apporter en termes de performance, statut, richesse.
L’énergie de l’ego vient de la satisfaction de ses besoins psychologiques et ces derniers sont conditionnées par la réalisation d’ambitions personnelles. L’ego attribue à ses réalisations futures le pouvoir de combler ses besoins psychologiques et de lui apporter la sécurité et le bonheur. L’ego a toujours quelque chose qu’il veut ou ne veut pas : plus d’argent, de santé, moins de maladie, plus de reconnaissance, de relation, de fun, d’amour et de relations…etc. En étant dans le désir ou le besoin, il s’attache à un résultat tangible.

L’aspect positif de cette quête permanente de satisfaction des besoins psychologiques, c’est qu’elle s’accompagne du développement de qualités, capacités et points forts spécifiques. L’ego est guidé par la peur, car il considère que si ses besoins ne sont pas ou plus satisfaits, il risque de ne plus exister et disparaître… puisqu’il n’y a plus rien à mettre à la place et qu’il est un système fermé. Les moteurs de l’ego sont donc la survie, la recherche de reconnaissance et l’ambition.  Du fait de leurs orientations sur la satisfaction de leurs besoins psychologiques, les types de personnalités sont fortement liés à l’ego.

Une âme ouverte et connectée, sans attentes du monde extérieur

L’âme est souvent synonyme de  « nature profonde ». L’âme est  la représentation et la conscience que l’on a de soi comme un système ouvert, un tout faisant partie de quelque chose de plus grand que soi, une famille, une communauté, une culture, une religion, la nature, la planète. Avant la construction de son/ses egos, le nourrisson n’a pas encore établi de frontières entre lui, les autres et le monde. Il fait partie intégrante du monde. Il exprime son âme par de l’amour, de l’émerveillement, de la curiosité, du rire, une soif d’apprendre, de la détermination…etc. L’état d’être de l’âme ne dépend pas de la satisfaction de besoins psychologiques particuliers, mais d’une profonde connexion à soi et au monde.

L’âme n’a pas d’attente du monde extérieur et ne s’attache pas à la réalisation d’un résultat tangible. Ce qui l’intéresse est l’expérience immédiate, l’évolution de sa conscience vers la personne qu’elle est réellement et le monde auquel elle appartient. L’âme a conscience de ce qui pourrait être changé dans le monde (Vision) et de sa contribution potentielle à la réalisation de cette vision (Mission). Son niveau de conscience lui donne la possibilité de choisir les talents et ressources présent au sein des différents types de personnalité/egos. Le sens de la vie vient de sa mission personnelle et de sa contribution à ce quelque chose de plus grand que lui. L’âme est en mesure d’inclure et transcender les qualités de l’ego (ou les egos).

Niveau de processus L’ego comme un tout séparé L’âme comme un tout intégré
  Dépendant de besoins psychologiques Indépendante de besoins psychologiques
Esprit Tourné vers la réalisation d’ambitions (statut, performances pour soi) Tourné vers la vision de ce qu’on souhaite voir dans le monde (pour les autres)
Identité Identité de rôle avec des tâches prescrites Mission et contribution au monde
Croyances et valeurs Permissions et autorisations Motivation et inspirations
Capacités Stratégies et intelligence intellectuelle Energie et intelligence émotionnelle
Comportements Réactions avec recherche de réponses appropriées à l’environnement Proaction et prises d’initiatives
Environnement Recherche de sécurité face aux dangers Ouvertures aux options et opportunités

Les différences entre ego et âme. Adapté d’après Robert Dilts

Pour des courants spirituels tels que le Bouddhisme, l’ego constitue la représentation fausse, constituée de souvenirs et d’expériences, qu’un individu se fait de lui-même. Cette représentation masquerait la vraie nature de l’homme (âme). Les personnes enfermées dans la confusion entre l’ego et leur vraie nature seraient privées d’une vraie liberté et resteraient enchaînées à des schémas de souffrance (égocentrisme, orgueil, vanité, amour-propre, « perception erronée du monde »). Dans cette conception il devient important de se libérer de l’emprise de son ego, ou même « dissoudre l’ego » par diverses méthodes, afin de connaître l’éveil spirituel.

Dans une vision plus occidentale, des relations harmonieuses peuvent exister entre les deux aspects d’une réalité duelle, l’âme et l’ego, car ces deux forces peuvent très bien coexister de façon harmonieuse, équilibrées et alignées. L’ego cherche à profiter de la vie et de ce qu’elle peut apporter comme source de satisfaction (statuts, argent, réalisations matérielles…pour soi), ce qui est bien légitime. Mais la seule réalisation des ambitions de l’ego, sans prendre en compte la fonction de l’âme, peut générer un sentiment de durable de manque avec la recherche de compensations à ce manque (travail, alcool, drogue, TV, réseaux sociaux…etc.) et l’apparition de nombreux problèmes de santé. Par son niveau d’ouverture au monde, l’âme est consciente de ce qui pourrait s’améliorer dans le monde et de la contribution qu’elle pourrait y apporter. Mais sans la collaboration des ressources et talents de l’ego, elle reste figée dans le rêve, l’inaction et la passivité.

Einstein disait « Un être humain fait partie d’un tout qu’on appelle univers, mais l’être humain est une partie limitée dans le temps et l’espace, et cette limitation crée une distorsion dans notre conscience, ce qui fait que nous vivons comme séparés du reste ».

Cette illusion de la séparation nous amène à ressentir de l’affection de façon sélective, pour  soi ou quelques proches. Einstein nous invite à nous libérer de cette prison de la séparation, pour élargir notre cercle d’affection et compassion à l’ensemble de la nature et l’humanité toute entière.

Pour Robert Dilts, les facteurs clés de joie et réussite durable sont d’une part l’alignement de ces deux niveaux de pensée, l’ego et l’âme, et d’autre part l’équilibre entre les deux aspects d’une réalité duelle que nous vivons.

L’alignement de l’âme et l’ego signifie mettre les talents et réalisations de l’ego au service du niveau de conscience élargie de l’âme, c’est-à-dire au service de quelque chose de bien plus grand que soi. Si la richesse peut être source de plaisirs éphémères, mais probablement pas de bonheur durable. Par contre la richesse permet de faciliter grandement les réalisations qui contribuent aux améliorations sociales, sociétales et environnementales du monde.  Les plus grandes sources de joie viennent du sentiment de pouvoir donner et contribuer à un monde meilleur, et du sentiment de gratitude des cadeaux que la vie nous apporte. Don et gratitude présupposent l’existence d’une dynamique ouverte et connectée au monde qui nous entoure. L’intelligence intellectuelle et émotionnelle, la passion, et la générativité émergent  naturellement quand ces deux forces sont alignées. L’équilibre entre ego et âme signifie satisfaire en même temps nos ambitions personnelles et une contribution à l’amélioration du monde. La capacité à porter tout cela simultanément est la caractéristique des génies.

EGO AME

L’équilibre entre âme et ego signifie l’absence d’exclusion. Exclure des aspects de l’âme ou l’ego conduit à des problèmes tout à fait prévisibles. L’exclusion des besoins de repos de son corps, ou des besoins de reconnaissance de son mental, prépare le terrain du burnout. L’exclusion des attentes de sa famille favorise un divorce. L’exclusion des besoins de la nature, peut entraîner sa destruction. L’invitation est d’agir localement avec son ego/type de personnalité pour satisfaire ses propres besoins et de penser globalement avec son âme aux conséquences de nos modes de vie.

L’auto-organisation et la spécialisation des types de personnalité

L’auto-organisation des types de personnalité

Au sein de l’enveloppe psychique d’une personne, chaque type de personnalité constitue un sous système structuré et autonome, c’est-à-dire auto-organisé pour satisfaire ses propres besoins psychologiques, pour réaliser des buts qui lui sont spécifiques. Contrairement au monde mécanique, le monde du vivant (végétal ou animal) est auto-organisé dans le sens ou le système contient ses propres finalités. Vous n’avez pas à dire à une plante ou un animal ce qu’il a à faire. Chaque type de personnalité est aussi un système auto-organisé puisqu’il a sa manière bien particulière de donner du sens à son existence, par exemple par les tentatives de réponses à la question existentielle. Dans sa formulation « Suis-je…? la question existentielle est une question identitaire. « Suis-je conforme à un cahier des charges prescrit par le monde extérieur (environnements, comportements, capacités, croyances et valeurs), pour être la personne que je crois vouloir être pour trouver ma place dans le monde ? ». Les environnements (humains et matériels) recherchés par chaque type de personnalité, les comportements exprimés, les stratégies mentales (points forts et capacités) développées, les croyances et valeurs qui autorisent et motivent les capacités et comportements, toutes ces composantes de l’expérience subjective sont orientés vers les tentatives de réponses aux questions existentielles.

Types de personnalité Question existentielle (Modèle de la Process Communication)
Empathique Suis-je assez aimable ?
Travaillomane Suis-je assez compétent ?
Persévérant Suis-je digne de confiance ?
Rêveur Suis-je voulu ? ou Ai-je ma place ?
Rebelle Suis-je acceptable avec ma différence ?
Promoteur Suis-je vivant ?

Les modes de communication internes et externes des types de personnalité

Au sein de l’enveloppe psychique d’une personne, les types de personnalité interagissent constamment de façon dynamique, pour s’allier et coopérer, s’ignorer ou se combattre. Les relations peuvent se reconfigurer sans cesse en fonction des situations et dans des combinaisons à deux ou trois. Un type de personnalité peut vouloir prendre le pouvoir et mener sa vie propre en occupant tout l’espace mental disponible, parfois en excluant ou bannissant un ou plusieurs autres types de personnalité. Il peut établir des relations fonctionnelles avec certains types de personnalité et très dysfonctionnelles avec d’autres.

Ces notions de communication internes entre types de personnalité vont déterminer la nature des relations qui vont s’établir avec le monde externe. Rappelons que nos egos/types de personnalités sont nos moyens d’établir des relations avec le monde. Les types de personnalité acceptés et valorisés chez une personne sauront rentrer en résonnance avec les mêmes types de personnalité chez d’autres personnes. Inversement, ce que je n’aime pas chez l’autre me parle des mauvaises relations avec ce même aspect chez moi. Ce qui est détesté en l’autre évoque probablement un type de personnalité peu valorisé voire exclu en soi. Plus les relations sont harmonieuses entre les différents types de personnalité au sein d’une même personne, plus elles seront harmonieuses avec les mêmes types de personnalité présents chez les autres. Faire la paix avec les autres nécessite de faire la paix en soi. Et nous verrons comment faire un peu plus loin. Pour citer Richard Moss « La distance entre nous-même et les autres est la même que la distance entre nous-même et nous-même. »

Comment expliquer qu’à l’intérieur de soi les types de personnalité établissent des relations harmonieuses, conflictuelles, ou même d’exclusion ?. Cela s’explique probablement par le fait que chaque type de personnalité cherche à se développer, à exprimer son talent, son plein potentiel en tant qu’entité séparée (ni connecté aux autres types de personnalité, ni au potentiel d’intégration de l’âme) et par la seule satisfaction de besoins psychologiques qui seront parfois perçus comme divergents ou incompatibles entre eux. Comme si les intérêts de l’un rentraient en conflit avec les intérêts de l’autre. Les conflits entre parties naissent quand, dans un même cadre de temps et de lieu, les deux parties veulent satisfaire des besoins différents voire opposés en polarité. Comment peut-on en même temps satisfaire des besoins de relation et de solitude ?. Comment en même temps satisfaire des besoins de liberté en transgressant les règles, et des besoins de normalisation en fixant des règles ? Au delà des incompréhensions, les conflits internes peuvent parfois paralyser l’ensemble du système.

La spécialisation extrême des types de personnalité

Comme la satisfaction des besoins physiologiques (boire, manger, dormir….etc..) conditionne notre état physique, la satisfaction des besoins psychologiques conditionne notre équilibre psychologique. Et, dans les deux cas, la non satisfaction des besoins est préjudiciable à notre survie et à notre développement.  Le besoin peut être parfois interdit ou réprimé par un autre type de personnalité, ce qui peut avoir des conséquences parfois lourdes en terme de santé. Le besoin peut être contrôlé et partiellement inhibé. Vous pouvez facilement imaginer ce qui va se passer pour une personne assoiffée ou affamée. Elle est prête à manger ou boire n’importe quoi, voire des nourritures avariés ou des boissons toxiques ou polluées. Il en est de même des types de personnalité. Pour satisfaire sans restriction ses besoins psychologiques, un type de personnalité va mettre en œuvre des comportements dont la répétition va donner naissance à des savoirs faire ou expertises hautement spécialisés. Un type de personnalité dont les besoins psychologiques sont réprimés ou censurés, va montrer des signes de stress et des comportements négatifs. Si cette carence s’installe dans la durée, elle peut être source de  problèmes de santé physiques et mentaux.

Chaque type de personnalité porte en lui, en fonction du degré de satisfaction de ses besoins psychologique, un potentiel de compétences et talents spécifiques, comme un potentiel de comportements négatifs dont la reproduction mène à des situations d’échecs. Chaque type de personnalité est en mesure d’exprimer son côté brillant et lumineux comme son côté sombre et « obscur de la force ». Le potentiel de compétence de chaque type de personnalité illustre le présupposé de la PNL selon lequel « nous avons en nous toutes les ressources dont nous avons besoin pour réaliser nos objectifs ».

 Types de personnalité            Points forts 
 Empathique   Chaleureux, sensible, compatissant
 Travaillomane                Logique, responsable, organisé
 Persévérant  Engagé, observant, consciencieux
 Rêveur  Immaginatif, réfléchi, calme
 Rebelle  Créatif, ludique, spontané
 Promoteur  Chrmeur, convaincant, adaptable

Les points forts des types de personnalité selon le modèle de la Process Communication

L’ensemble des ressources disponibles représente le potentiel d’adaptation d’une personne au cours de sa vie. Une personne qui aurait développé les talents de l’ensemble des types de personnalité au sein de soi serait presque 100 % adaptable. Maintenant, nous savons aussi que du fait des relations établies entre types de personnalité au sein d’une même personne, certains types de personnalité seront plus ou moins développés ou musclés que d’autres. Cette diversité peut donner naissance à des réalisations tout à fait exceptionnelles ou à des situations chaotiques ou destructives. La différence qui fait la différence tient au leadership de soi et la capacité à intégrer et porter en même temps des forces différentes voire contradictoires.

Les conditions qui perturbent une homéostasie interne

Dans un environnement stable, un équilibre peut s’établir au sein des relations entre les types de personnalité. Après tout, un environnement relationnel stable ne sollicite qu’un éventail restreint de compétences donc de types de personnalités. Si certains types sont très sollicités, d’autres restent en sommeil ou même sont exclus ou refoulés. Même s’il n’est pas équitable, cet équilibre fonctionne. Ce fragile équilibre interne est chamboulé par les modifications de l’environnement, que ce soit de façon volontaire ou non. La personne peut être confrontée à des situations difficiles pour lesquelles elle croie ne pas avoir de ressources. C’est par exemple le cas de changements subis tels que des ruptures de toutes sortes (maladies, divorces, licenciements, changements géographiques). Ou bien c’est le cas de changements souhaités, la personne se sentant appelée à changer volontairement certains aspects de sa vie (métiers, relation, territoire…etc). Dans ces circonstances, les schémas habituels de fonctionnement des types de personnalité les plus souvent sollicités ne sont plus opérants et pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie, l’individu doit nécessairement développer de nouvelles ressources ou compétences.

Quand un type de personnalité dominant (la base selon le modèle Process communication) s’avère incapable de répondre de façon appropriée aux changements de situations, il va y répondre de façon négative en exprimant des stratégies comportementales de stress ou parfois de survie (Fight, Fly, Freeze, Fold). Il en résulte pour la personne, une situation de stress aiguë et de souffrance. Un état de souffrance qui peut être considéré comme un manque de connexion aux ressources internes des autres types de personnalité, ou un manque de connexion aux ressources externes proposées par l’âme. Si cet état de souffrance se prolonge, un autre type de personnalité peut prendre le relais, en général celui qui occupe la deuxième place en termes d’importance ou d’énergie. C’est ce qu’on appelle un changement de phase dans le modèle de la Process Communication.

Cette mutation interne est comme le passage d’un modèle du monde à un autre : elle modifie notre façon de percevoir le monde, fait émerger de nouveaux besoins psychologiques, développe de nouvelles compétences et entraîne parfois chez la personne une réorganisation de sa vie personnelle ou professionnelle. Le type de personnalité dominant est comme amené à partager son pouvoir. Les changements (changements de phase) au sein de la dynamique interne de l’individu ne sont pas synonymes de réussite en termes d’adaptations aux nouvelles conditions de vie. Tout va dépendre de l’aptitude du type de personnalité de phase à proposer des ressources pertinentes dans la situation nouvelle. Ce n’est pas toujours le cas, et bien souvent les ressources qui seraient en mesure de changer radicalement la situation sont entre les mains du type de personnalité qui a été marginalisé voire exclu du système interne.

Le mauvais usage des types de personnalité

L’humain est un être multiple et le modèle des parties, quand il est illustré par les types de personnalité, donne un bon exemple de cette multiplicité.  La création de catégories concernant le mode de fonctionnement de l’humain permet de comprendre la complexité humaine, d’agir dessus mais aussi parfois de la réduire de façon excessive. Ces catégories créées par les types de personnalité sont des cartes mentales du fonctionnement humain, et comme nous le savons, les problèmes commencent quand nous confondons la carte et le territoire.  Et certaines personnes vont facilement s’identifier à ce qu’ils pensent être. La carte des types de personnalité est comme une radiographie du corps humain. Une personne ne peut se réduire à sa radiographie. La radio donne une vue statique du corps. Les différentes parties  du squelette sont visibles et mesurables, ce qui n’est pas le cas des parties molles  (muscles et viscères). Par contre ce qui anime la personne dans sa vie, ce qui donne une direction à la vie de la personne, au-delà de ses différentes composantes, reste totalement invisible car n’appartient à aucune catégorie. Hors ce n’est pas parce que ce n’est pas visible de l’extérieur que cela n’existe pas. De quoi parlons nous exactement ?.  Nous parlons de ce que nous sommes au-delà des types de personnalité. Dans cette recherche du soi, les types de personnalité peuvent capter toute l’attention de la personne et nous détourner de ce que nous sommes au-delà des types de personnalité. Tout bilan, test, inventaire concernant les types de personnalité ne méritent pas le pouvoir qu’on leur attribue de nous dire qui nous sommes vraiment. Car nous ne sommes ni un type de personnalité, ni un assemblage de types de personnalité.

En tant qu’humain, nous sommes avant tout une conscience des forces qui nous animent et du monde dans lequel nous évoluons :

a) Une conscience des types de personnalité/egos que nous hébergeons en nous, auxquels nous nous identifions bien souvent (le « Je suis… » est suivi d’un qualificatif), qui sont sources de compétences pour interagir avec le monde, et dans lesquels nous nous réfugions pour satisfaire des besoins psychologiques fondamentaux et auxquels nous attribuons le pouvoir d’assurer notre survie. La peur de la non satisfaction des besoins psychologiques focalise l’attention et réduit grandement le champ de perception et l’accès à des ressources. Un type de personnalité séparé et isolé du système plus grand auquel il appartient est guidé par la peur de la non satisfaction de ses besoins psychologiques. Et cette peur est la source de nombreuses souffrances. Robert Dilts décrit l’état de stress et de manque par un état CRASH qui signifie Contractions, Réactivité, Analyses paralysantes, Séparation, Hostilité.

D’un point de vue physiologique, les comportements de stress des types de personnalité correspondent à une activation du système sympathique adrénergique. Plus ce système est activé, plus la personne va s’identifier à un type de personnalité, se séparant et s’isolant ainsi des ressources dont elle a besoin pour sortir de son stress.

b) Une conscience d’une force en nous indépendante des types de personnalité. Une présence dont l’énergie et la survie ne dépend pas de la satisfaction de besoins psychologiques particuliers. Dépourvue de peur et de sensations de manque, l’âme est notre source infinie de calme, de joie et de sérénité. Robert Dilts décrit un état COACH qui signifie Centrage dans le corps, Ouverture à ce qui se passe en nous et autour de nous, Attention consciente et alerte, Connexion, Hospitalité et accueil de tout ce qui peut émerger en nous et autour de nous.

Ces caractéristiques autorisent un niveau de conscience et de perception bien plus large. Une conscience des interactions entre le corps et l’esprit et entre ce corps/esprit et un « champ » de ressources infini dans le monde qui nous entoure. L’expérience méditative de bien être de cet état COACH nous rappelle que nous pouvons vivre notre vie, sans être prisonnier de nos types de personnalité. Activé le plus souvent possible, cet état de ressource permet d’interagir avec le monde en faisant appel aux aspects positifs des types de personnalité. L’âme peut se définir par un « Je suis » qui n’a pas besoin d’objet du verbe pour exister. Les ressources sont accessibles de façon inconditionnelle. Pour le poète Rumi, l’âme est une « Maison d’hôte » toujours prête à accueillir, rassurer, ressourcer et guérir les parties de nous qui ont été exclues ou exilées.

D’un point de vue physiologique, l’état de centrage, d’ouverture, d’attention alerte, de connexion et d’accueil de l’âme, correspond à une activation du système nerveux parasympathique ou cholinergique.

COACH CRASH

Un juste équilibre entre les forces de l’âme et de l’ego, ou entre celles du système nerveux parasympathique (cholinergique) et sympathique (adrénergique) est donné par l’exemple d’une personne dont le « jeu intérieur » serait extrêmement détendu et le « jeu extérieur » très tendu vers la réalisation d’une performance. C’est typiquement la « zone d’excellence » des athlètes de haut niveau dont Usain Bolt a été un magnifique exemple.  Si vous voulez être un athlète des affaires en tirant le meilleur bénéfice des multiples talents et ressources de vos types de personnalité, vous avez un entraînement quotidien à réaliser. Sachez créer en vous une « maison d’hôte » ou un état COACH qui permettra à vos talents de donner le meilleur d’eux-mêmes. Sachez créer en vous un espace de détente et d’ouverture qui vous permettra à la fois de réaliser vos ambitions et de contribuer à l’amélioration du monde auquel vous voulez appartenir.

 

Un article de Jean Luc Monsempès paru sur le site de l’Institut Repère

Commentaires : ce texte représente un point de vue et en aucun cas le reflet d’un travail scientifique.

Références

Comment leur dire. Gérard Collignon InterEdition
Entrepreneur de la nouvelle génération. Robert Dilts