Le mythe d’Oreste

Oreste massacrant Egisthe et Clytemnestre (1654) de Bernardino MEI

Atrée était un homme qui avait tout fait pour se· prouver qu’il était plus puissant que les dieux. À cause de son crime contre eux, les dieux punirent Atrée en maudissant tous ses descendants. Il eut notamment pour fils Agamemnon.

De cette malédiction, il résulta que Clytemnestre fit assassiner Agamemnon, son mari par son amant Egysthe. Agamemnon et Clytemnestre avaient eu pour fils Oreste. Ce crime fit descendre la malédiction familiale sur Oreste car, selon le code de l’honneur grec, un fils était obligé de venger le meurtre de son père… mais le péché le plus grave qu’un Grec pouvait commettre était le matricide. Oreste était torturé par ce dilemme. Finalement, il fit ce qu’il pensait devoir faire et assassina sa mère (et son amant d’ailleurs).

Pour ce crime, les dieux punirent alors Oreste en lui envoyant les Furies, trois abominables harpies, que lui seul pouvait voir et entendre, et qui le tourmentaient jour et nuit. Poursuivi par les Furies partout où il allait, Oreste erra dans le pays, cherchant à expier son crime.

Après maintes années de réflexion et d’abnégation, Oreste implora les dieux de le libérer de cette malédiction sur la maison d’Atrée et des visites des Furies, disant qu’il croyait sincèrement avoir expié le meurtre de sa mère.

Un tribunal fut tenu par les dieux. Parlant pour la défense d’Oreste, Apollon dit que c’était lui qui avait imaginé le scénario et placé Oreste dans la situation où il devait tuer sa mère ; Oreste n’était donc pas responsable. À ce moment, Oreste réagit et contredit son défenseur par cette affirmation : « C’est moi qui ai tué ma mère, pas Apollon ! » Les dieux étaient ébahis. Jamais un membre de la maison d’Atrée n’avait assumé ainsi la totale responsabilité de ses actes au lieu de les incriminer, eux.

Finalement, le jugement fut rendu en faveur d’Oreste, et non seulement les dieux levèrent la malédiction sur sa famille, mais ils transformèrent les Furies en Euménides, des esprits bienveillants qui, par leurs sages conseils, permirent à Oreste de toujours savoir se sortir d’affaire.

La signification de ce mythe est claire.

Les Furies hallucinatoires, que seul Oreste pouvait percevoir, étaient en fait les symptômes de son enfer intérieur produit par son Ego.

La transformation des Furies en Euménides correspond à l’évolution de son Ego en Génie.

Cette évolution se produisit parce que Oreste était prêt à assumer la responsabilité de sa situation.

Alors qu’il cherchait désespérément à se débarrasser des Furies (de son Ego), il ne les considérait pas comme une injuste punition ni ne s’estimait une victime de la société ou d’autre chose. Puisqu’elles étaient le résultat de la malédiction d’origine sur la maison d’Atrée, les Furies symbolisaient aussi le fait que l’Ego est une affaire de famille, créée par les parents et les grands-parents.

Mais Oreste ne rejeta pas la responsabilité sur sa famille comme il l’aurait pu ; non plus qu’il blâmât les dieux ou le destin (reprocher à sa zone de contraintes). Il accepta sa condition comme le résultat de ses propres actes, et entreprit l’effort de s’en sortir (cultiver sa zone d’influence).

Ce fut un effort de longue haleine, tout comme l’est le coaching. Mais cela l’amena à la guérison et, par le processus guérisseur de ses efforts, ce qui autrefois l’avait fait souffrir mille tortures lui amena finalement la sagesse.

Tous les coachs expérimentés ont été les témoins de ce mythe, et ont vu, dans l’esprit et dans la vie de leurs meilleurs clients, les Furies (Ego) se transformer en Euménides (Génie). Cette transformation n’est pas facile.

Lorsqu’ils comprennent que le coaching va exiger d’eux qu’ils assument la responsabilité de leur situation et de leur guérison, bien des clients, même les plus convaincus, abandonnent. Ils préfèrent [souffrir], être malades et rejeter la faute sur les « dieux » (les autres), plutôt que d’être bien et de n’avoir plus jamais personne à blâmer. Parmi la minorité de clients qui réussissent en coaching, la plupart doivent apprendre – cela fait partie de la [transformation] – à se sentir totalement responsables d’eux-mêmes. Cet apprentissage demande un travail assidu, également de la part du coach qui doit souvent, séance après séance, mois après mois, […], faire remarquer à ses clients les moments où ils esquivent leurs responsabilités. Fréquemment, comme des enfants têtus (égotiques), les clients se rebiffent et se défendent alors qu’on leur montre comment prendre leur vie en main. Mais, en fin de compte, ces clients-là réussissent.

Il est rare qu’un client commence un coaching avec, dès le début, la volonté d’assumer ses responsabilités. Dans ce cas, bien qu’il faille parfois [de nombreuses séances], la transformation est relativement brève, sans trop de heurts, et constitue même une expérience très agréable pour le client ainsi que pour le coach. De toute façon, que ce soit assez bref et facile ou long et difficile, la transformation des Furies (Ego) en Euménides (Génie) se produit à qui s’attelle à cette tâche.

Ceux qui ont réussi à faire face à leurs [difficultés et souffrances], accepté leur responsabilité, et opéré en eux les changements nécessaires pour la surmonter seront guéris et libérés des malédictions de leur enfance et de leurs ancêtres, [de leur patron, de leurs collègues, de leur mari, de leur femme ou de leurs enfants,…] mais auront aussi l’impression de vivre dans un monde différent : les problèmes se transforment en occasions d’avancer ; les obstacles insurmontables deviennent des défis passionnants ; les pensées autrefois rejetées se changent en visions qui les aident ; les sentiments qui étaient bannis se changent en sources d’énergie et en guides ; les fardeaux deviennent des cadeaux, mêmes les symptômes aujourd’hui disparus. Il n’est pas rare qu’à la fin de leur coaching les clients disent : 

– Il ne pouvait rien m’arriver de mieux que ma dépression et mes crises d’angoisse !

Oreste n’a pas eu besoin de l’aide d’un coach, il s’est guéri tout seul. D’ailleurs, même s’il y avait eu des coachs dans la Grèce antique, il aurait dû se guérir lui-même car le coaching n’est qu’un instrument et une pratique, un outil et une discipline. Libre au client d’accepter ou de rejeter l’outil et la discipline. Lorsqu’il l’accepte, c’est lui qui détermine comment les utiliser et pratiquer, et à quelle fin. Il y a des gens qui surmonteront toutes sortes d’obstacles – par exemples le manque d’argent, des expériences malheureuses, le changement de travail, la désapprobation de la famille, la rupture avec certaines relations, etc – pour mener à bien leur coaching et profiter pleinement de chaque bienfait qu’ils pourront y trouver.  D’autres, en revanche, rejetteront le coaching, même (voire surtout) s’il leur est offert sur un plateau, ou alors, s’ils l’entreprennent, ils seront passifs, n’en tirant absolument rien, quels que soient le talent, l’amour et les efforts du coach.

Bien qu’à la fin d’un coaching réussi, je sois tenté de croire que j’ai « guéri » le client, je sais que je n’ai été, en fait, qu’un catalyseur, et je m’en estime heureux. Puisque, en fin de compte, les gens peuvent se « guérir », avec ou sans l’aide du coaching, pourquoi y en a-t-il si peu qui réussissent et tant qui échouent ? Puisque le chemin de l’évolution, quoique difficile, est ouvert à tous, pourquoi y en a-t-il si peu qui choisissent de le suivre ?

Extrait (adapté) de Le Chemin le moins fréquenté de Scott Peck

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