Se situer du côté des causes ou des effets ?

En tant qu’êtres humains nous interagissons avec le monde qui nous entoure au travers les filtres cognitifs que sont les omissions, les généralisations et les distorsions, de façon à pouvoir ajuster au mieux nos perceptions à notre conception du monde. Distordre consiste à créer des liens entre deux expériences distinctes, donc à voir le monde en termes d’équations et de relations de causes et d’effets. Si ce que nous faisons permet d’obtenir constamment un certain résultat, nous disons que notre action en est la cause. Si un événement est constamment suivi par un second, nous allons en déduire que le premier événement cause ou détermine le second.

causes ou effets

Cette approche déterministe est utile dans le monde de la physique et des relations simples entre matières ou objets inanimés. Enfoncer complétement un clou dans la planche dépend directement du nombre et de la puissance des coups de marteau appliquée sur la tête du clou. Si vous connaissez les conditions initiales, vous pouvez prédire exactement ce qui va se passer  ensuite. On peut alors parler de déterminisme.

Cette vision déterministe du monde est bien moins utile lorsqu’on l’applique aux êtres vivants. Si vous donnez un coup de pied à un animal, la réponse est bien moins prévisible. L’animal peut fuir, vous ignorer ou vous attaquer. Entre l’événement initial (le coup de pied) et le résultat obtenu, l’animal peut traiter l’information de multiples façons. La vision déterminisme devient obsolète lorsqu’on veut l’appliquer aux êtres humains. Car entre le stimulus et la réponse, l’homme est en mesure d’ouvrir un espace dans lequel il peut choisir une réponse appropriée. L’homme est probablement le seul mammifère capable de choisir ses conditionnements, c’est-à-dire ses réponses aux stimuli de son environnement. Si tout ce qui nous arrive dans la vie devait être déterminé par les événements de notre passé, notre vie future serait alors prédéterminée par nos gènes, notre culture, notre éducation, nos expériences. Ce que nous sommes et ce que nous pouvons devenir serait alors l’effet d’une suite de causes sur lesquelles nous n’avons pas de pouvoir. Cette vision déterministe nie le libre arbitre des êtres humains et le pouvoir d’intentionnalité qui les caractérisent. “On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous” dit Sartre.

Pour répondre à l’invitation de Sartre, il est utile de prendre conscience des croyances inconscientes qui gouvernent nos vie et des relations de cause à effet qui structurent ces croyances. Croire que ce que vous êtes (Effet) aujourd’hui résulte de causes intérieures (biologiques et psychologiques) ou extérieures (environnementales) va certainement limiter votre liberté. En vous positionnant du côté de la cause, vous aurez probablement la croyance que vos actions peuvent avoir un effet sur le monde qui vous entoure, y obtenir ce que vous voulez et y faire une différence proportionnelle au pouvoir que vous vous accordez. Richard Bandler, cofondateur de la NLP, posait souvent la question “Qui conduit la voiture pendant le voyage de votre vie ? ». Si c’est vous qui conduisez, vous pouvez choisir la destination, les routes à prendre, les étapes et les arrêts, les obstacles à éviter, le carburant adapté et les meilleurs mécaniciens pour entretenir votre précieux véhicule. Si c’est votre voiture, pourquoi laisseriez vous quelqu’un d’autre décider de votre destination ? Si vous ne conduisez pas votre propre véhicule, vous laissez le volant au premier venu. Et ils sont nombreux à vouloir prendre votre place : vos gènes, vos parents, votre égo, votre conjoint, votre patron, vos clients….etc.

Vous situez-vous du côté des causes ou de celui des effets ? Comme vous pourrez vous en rendre compte, la distinction est capitale en termes de conséquences sur votre vie.

Quelle est votre position sur l’équation de la vie ?

Se situer du côté de la cause de l’équation

En vous situant du côté de la cause, vous avez certainement la croyance que par votre manière de penser, de ressentir et d’agir, vous avez un pouvoir sur vous-même, et vos actions peuvent impacter le monde dans lequel vous vivez. Si vous croyez que les résultats que vous obtenez dans la vie dépendent avant tout de vous-même, les psychologues diront que vous avez un « locus de contrôle dit interne ».

Vous considérez alors que vous pouvez faire une différence dans le monde, que ” vous pouvez faire bouger les choses “, et que vous êtes responsable de ce que vous ressentez, de ce que vous faîtes et de qui vous êtes. Vous prenez l’initiative de créer ce que vous voulez dans la vie et prenez la responsabilité de ce que vous avez obtenu et réalisé.

Si les événements ne se déroulent pas comme vous le souhaitez, vous prenez cela comme un feedback pour ajuster vos comportements. Vous pouvez vous demander « Comment cela s’est-il produit ? » ; « Que puis-je faire pour changer cela ? » ; « Qu’est-ce que je souhaite pour le futur à la place de cette situation insatisfaisante ». Les sujets ayant un « locus interne » sont plus enclins à se remettre en cause en cas de crise interpersonnelle (ou organisationnelle), à condition de ne pas tomber dans le piège de la culpabilité. Le sentiment d’être la cause de ce qu’on obtient, génère plus de satisfaction personnelle et une image de soi plus positive. Le positionnement du côté de la cause vous offre le choix de votre réaction à ce qui se passe en vous, chez les autres gens et aux événements. Ce que vous obtenez dans la vie résulte de la somme des décisions que vous avez pu prendre.

Votre attention se porte plus sur ce qui se passe maintenant et ce que vous pourriez réellement faire pour changer la situation dans le futur, que sur les événements du passé. Vous vous concentrez bien plus sur les objectifs et les solutions simples à mettre en œuvre que sur les détails des problèmes et des obstacles insurmontables.

Être à la cause de ce qui nous arrive signifie se donner des choix dans notre vie, plutôt que de répéter sans cesse ce que vous avez toujours fait. Vous pouvez choisir ce qui vous convient le mieux et le plus aligné avec votre système de valeur (écologie interne). De nombreuses personnes qui réussissent leur vie disent qu’ils ont eu de la chance, en étant inconscients que cette « chance » résulte avant tout des actions qu’ils ont initiées dans le monde et en second d’une réceptivité (20 % ?) aux options/choix qui se sont présentées. Autrement dit on se prépare assidument à être chanceux.

L’idée que nous avons en nous la source de notre capacité à nous changer et changer le monde pose la question des limites et de la nature de notre influence. La question de l’écologie externe est celle de l’impact de vos actions sur les autres. Si vous avez la responsabilité de vos actes, vous n’êtes pas responsable de ce que les autres en font. Ce qui ne vous empêche pas de vous en soucier, car nous avons un besoin vital de coopération et d’entraide. Croire que vous êtes responsable du bien-être ou mal être émotionnel d’une autre personne peut être un lourd fardeau à porter et peut vous causer pas mal de stress. Pourtant la réaction émotionnelle des autres va nécessairement vous influencer en retour. L’indifférence totale à la souffrance que l’autre s’est fabriqué à partir de ce que vous avez dit ou fait, n’est pas respectueuse de l’autre. De même, vous sentir coupable de ce que les autres font de vos choix est source de stress. Il y a une frontière subtile entre responsabilité et culpabilité. Si vous voulez avoir un impact positif sur les autres, c’est avant tout par l’exemple que vous donnez aux autres, un exemple qui donne aux autres l’envie de vous suivre et d’apprendre de vous comment faire pour se situer plus du côté de la cause que des effets de l’équation. ” Soyez le modèle de ce que vous voulez obtenir dans le monde ” dirait Gandhi.

Se situer du côté de l’effet de l’équation

En vous situant du côté de l’effet, vous déléguez aux autres et aux événements de la vie le pouvoir de vous faire sentir bien ou mal, de réussir ou de ne pas réussir votre vie. Les causes de ce que vous vivez ne sont pas sous votre contrôle. Les psychologues diront que vous avez un ” locus de contrôle externe “. Vous pouvez vous réjouir ou vous lamenter de l’impact sur vous du monde dans lequel vous vivez. Les autres où les circonstances seront responsables de vos états internes, de ce que vous avez ou n’avez pas. Les causes externes font référence au hasard, à la chance, à la fatalité ou à une entité toute puissante (Spiritualité ou l’inconscient). Vous pouvez ainsi blâmer les autres, les politiques ou la météo d’être responsables de vos émotions, de ce que vous avez ou n’avez pas obtenu, atteint, réussi.

Pour vous sentir tel que vous le souhaitez, les autres ou le monde devraient se comporter autrement. “Regardes ce que tu m’as fait faire… “, “Il m’a mis en colère”, “Mon conjoint me rend dingue”, “Si j’avais de la chance”… “Si les autres (les politiques, les patrons, les collègues, les conjoints, les voisins,…) se comportaient de telle façon, la vie serait formidable”. Même les objets inanimés ont un pouvoir sur vous : “Cet ordinateur qui ne marche pas m’énerve profondément !”

Si vous êtes dans l’attente que les choses soient différentes de celles que vous vivez actuellement, vous avez fait inconsciemment le choix de vous situer du côté des effets d’événements sur lesquels vous n’avez pas de contrôle.

Quand vous vous considérez « être l’effet », vous ne vous sentez pas responsable de vos propres émotions, mais ce qui est curieux est que vous pouvez vous sentir responsable des émotions des autres. Si quelqu’un vous dit “Tu m’as vraiment énervée !”, ces propos deviennent les causes externes de ce que vous pouvez ressentir, comme de la culpabilité. Vous donnez ainsi inconsciemment aux autres le pouvoir de vous sentir mal, et donc de vous manipuler.

Devant un événement qui vous affecte, la recherche de compréhension va commencer par un pourquoi : « Pourquoi sont-ils si agressifs envers moi ? » , « Pourquoi ça m’arrive toujours à moi ?” La question du “pourquoi” focalise l’attention sur la recherche des causes qui dans les événements du passé peuvent expliquer un état présent. Si vous avez la croyance que là où vous en êtes dans votre vie est entièrement causé par vos gènes, votre éducation, vos expériences du passé, des forces extérieures, il apparaît logique d’en rechercher les causes dans le passé pour comprendre le problème présent.

Et en même temps, être l’effet de causes qui vous échappent peut générer un sentiment d’impuissance, de victimisation ou de dépendance à l’égard des autres et du monde. « Je n’ai pas eu de chance ou de choix dans ma vie » ; « Je n’ai pas eu les parents, le conjoint, les enfants, les amis, les patrons, les voisins, les politiques, les gènes … qui m’auraient convenu pour être heureux ». En fait si vous n’êtes pas heureux, c’est que le monde extérieur ne vous a pas apporté ce que vous attendiez de lui. « Je n’ai jamais eu de chance » signifie que la personne a fait le choix inconscient de ne pas créer les conditions de la chance.

D’un point de vue PNL, les personnes qui se positionnent comme effet expriment un schéma de pensée « Procédure » dans lequel les enchaînements des événements du passé (les causes) déterminent ce qu’ils sont aujourd’hui (l’effet). L’attitude de victimisation peut apparaître en cas de stress, et attirer immanquablement des sauveurs ou des persécuteurs qui ne vous veulent pas toujours du bien, ce qui va confirmer vos croyances que vous n’avez pas de contrôle sur votre vie. Mais « être l’effet » de causes externes peut aussi être associé à un sentiment de grande confiance vis à vis d’une entité causale externe (spirituelle, ou l’inconscient) dont la puissance et la bienveillance sont sollicitées. Dans ce cas la question est de savoir si le sentiment de confiance non suivie d’actions, peut suffire à obtenir ce que l’on souhaite.

Nous avons le choix de notre positionnement

Le choix du positionnant du côté cause ou effet de l’équation, va donc déterminer notre réaction face aux événements de la vie.

Distinguer une information d’un stimulus

Au cours d’une journée nous sommes sans cesse bombardés d’informations sensorielles (visuelles, auditives, kinesthésiques…etc.) et certaines se comportent comme des déclencheurs (ou stimuli) d’une réaction émotionnelle. L’autre dit (mots ou tonalité de voix) ou fait (posture, geste, mimique…etc.) quelque chose, et immédiatement vous vous sentez bien ou mal. L’intervalle entre les deux événements est si rapide qu’on a l’impression “logique” que l’un est la cause de l’autre.

Mais toutes les informations sensorielles reçues ne génèrent pas les mêmes réactions, car vous pouvez réagir de façon négative, indifférente, ou positive. L’information sensorielle devient un stimulus quand elle possède un potentiel de réponses. L’information sensorielle reçue sera considérée comme un stimulus, quand votre mental l’interprète soit comme une source de plaisir et de satisfaction, soit comme une source de menace ou de provocation, en associant ce stimulus à la réactivation de souvenirs et d’ expériences agréables ou désagréables du passé. Cette réactivation des souvenirs provoque la libération de neuropeptides qui vont s’adapter aux récepteurs appropriés à la surface des cellules du cerveau et générer des réactions émotionnelles. Les véritables causes ne sont donc pas extérieures mais intérieures. Les stimuli externes réactivent des stimuli intérieurs au potentiel de réponse bien plus puissant pour produire une réaction émotionnelle. Le processus se réalise en une fraction de seconde et à un niveau très inconscient. En dehors d’un travail d’introspection, cette rapidité ne facilite pas la compréhension des mécanismes internes et complexes d’interprétations qui interfèrent dans la relation de cause à effet. Et il apparaît plus aisé de résumer l’événement en le simplifiant : une cause unique provoque un effet unique. “Cet appareil m’énerve”, “Tu m’as agressé”, “Regarde ce que tu m’as fait faire”, “Tu m’as fait sortir de mon calme ou de mon état coach !”

Selon les lois de la plasticité neuronale, plus vous réagissez de la même manière, plus la réponse se renforce en rapidité et intensité. Comme pour tout apprentissage, votre cerveau va former de nouvelles voies neuronales, les élargir et les renforcer à chaque répétition, de sorte que le stimulus déclenche la réponse de plus en plus rapidement.

Dans la plupart des cas vous n’êtes pas conscient de ce processus. Vous avez donc vraiment l’impression que le stimulus est nécessairement à l’origine de votre réaction émotionnelle.

A la lumière de ces explications, nous pourrions en déduire que nous sommes des êtres conditionnés et dépourvus de liberté. En fait nous sommes à la fois conditionnés et dotés d’un considérable potentiel de liberté. Notre liberté réside dans notre capacité à évaluer l’impact des informations sensorielles entrantes (input) sur votre physiologie, à la lumière de notre système de croyances. Autrement dit à porter un regard conscient sur les croyances qui interfèrent avec les termes de la distorsion (équation) mentale “telle cause provoque tel effet”. Que vous dîtes vous dans votre tête à propos du stimulus pour pouvoir le qualifier d’agressif, d’insultant, ou de chaleureux…avant de déclencher une émotion agréable ou désagréable

Le Karma et la loi de cause à effet

Dans une perspective bouddhiste, les lois du Karma constituent une forme d’écologie de la relation de cause à effet. Ces lois disent que tout acte est le mûrissement d’une cause antérieure et que cet acte aura une conséquence dans le futur. Ce que nous sommes aujourd’hui résulte des actes passés et ce que nous réalisons maintenant, déterminera l’avenir. Cette loi de causalité du karma conditionne toute notre existence. Une personne récoltera inéluctablement le fruit de ses actes ; les actes positifs engendreront le bonheur et les actes négatifs, la souffrance. Si nous sommes prédisposés depuis la naissance, la loi de causalité ne nous détermine pas totalement. Les conditionnements ne sont pas définitifs car nous avons une certaine part de liberté et une possibilité de choisir d’interrompre le Karma. On peut se défaire du Karma passé en payant ses dettes, par l’adoption de suffisamment d’actes lumineux qui vont « compenser » (p.e. actes altruistes, soins, générosité…). Pour le Karma futur, il convient d’agir aujourd’hui,en faisant les choix que nous dicte notre coeur…

Changer nos réponses en changeant la signification des événements

Viktor Emil Frankl (1905-1997), était un médecin neuropsychiatre Juif autrichien et proche de Freud qui a été emprisonné pendant cinq ans dans divers camps de concentration. Il a été le témoin de ce qu’il y a de plus abominable dans les comportements humains de ses geôliers. La grande interrogation de ce médecin était de comprendre les raisons pour lesquelles, dans les conditions identiques d’horreur absolue, la plupart de ses compagnons de captivité mourraient rapidement en abandonnaient tout sentiment de lutte pour survivre dans le pire endroit au monde, alors que quelques uns survivaient.

Pour Victor Frankl, la différence majeure se situait dans la capacité de certains prisonniers à trouver un sens aux pires événements qu’ils subissaient. Cette capacité à donner du sens leur permettait de continuer à se comporter comme des humains, avec courage et gentillesse envers leurs prochains. La recherche de sens est aussi une relation de cause à effet : l’événement vécu (la cause) doit nécessairement avoir une signification (effet) dans ma vie. Cette recherche de sens est un acte de créativité qui a sauvé la vie de certain de ces prisonniers. Ce dont Frankl a été témoin l’a amené à s’éloigner de la théorie de Freud selon laquelle la force motrice des actions humaines est l’instinct et les pulsions, pour adopter l’idée que le désir le plus profond de l’homme est la recherche de sens et de finalité. Victor Frankl est l’auteur de « Découvrir un sens à sa vie » et le créateur d’une nouvelle thérapie, qu’il a baptisé logothérapie et qui prend en compte le besoin de « sens » et la dimension spirituelle de la personne. Dans son ouvrage il dit : “Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse réside notre croissance et notre liberté.”

Dans son livre “Les 7 habitudes des gens hautement efficaces », Stephen Covey déclare comme Frankl que “la qualité de vie dépend de ce qui se passe dans l’espace entre le stimulus et la réponse”. Cet espace est celui de la créativité humaine, un espace pour donner du sens , sublimer ou transcender des événements difficiles de la vie.

Cette recherche de sens que Victor Frankl proposait, est grandement facilitée par les techniques comme celles de la PNL (Recherche de méta-objectifs, Core transformation de C. Andréas). Donner du sens à une souffrance a le pouvoir de l’atténuer ou de la dissoudre. De plus les techniques et modèles PNL proposent des présupposition (croyances) et des moyens pratiques de faire le meilleur usage de cet espace entre stimuli et réponse, de façon à générer des réponses plus appropriées à nos aspirations. Une grande partie de la technologie PNL (Ancrages de ressource, changement d’histoires personnelles, ré empreinte…etc) vise à nous libérer de nos conditionnements limitants pour en choisir de plus appropriés à la réalisation de nos buts de vie. Plus vous pratiquerez, plus votre liberté de choix augmente, et plus vous vous donnez les moyens de faire bouger votre positionnement personnel de l’effet vers la cause.

La notion d’efficacité personnelle

Le positionnement sur la cause ou l’effet est également en lien avec le sentiment d’efficacité personnelle(« self-efficacy »), un concept développé par le psychologue Albert Bandura. « Ce concept désigne les croyances d’une personne sur sa capacité à atteindre des buts ou à faire face à différentes situations. Ce sentiment constitue un déterminant important de la motivation à agir et de la persévérance vers des buts car le niveau d’effort investi est en fonction des résultats attendus. » (voir Wikipédia).

Se positionner du côté de la cause (Locus de contrôle interne) va certainement accroître l’efficacité des individus. La croyance qu’on peut être la cause de ce qu’on obtient dans le monde, amène à se fixer de meilleurs buts, à faire plus d’efforts, à persévérer d’avantage et à mieux se remettre des échecs. Un sentiment d’efficacité personnelle élevé génère une meilleure estime de soi, plus d’optimisme et une meilleure résilience. Ces personnes ont aussi tendance à avoir une meilleure vie sociale et à moins souffrir d’anxiété et de dépression.

Quelques commentaires

Identifier nos tendances en matière de positionnement

Les outils de la PNL et en particulier ceux du méta-modèle permettent d’identifier les pièges cognitifs et linguistiques qui par moment vous font choisir, par manque de ressources, le versant Effet au lieu du versant Cause. Quand vous vous dîtes « X me déprime », prenez conscience que ce n’est pas l’autre qui vous déprime, mais que c’est vous qui avez fait le choix de vous « fabriquer » une déprime à partir de ce que l’autre a dit ou fait. L’identification des pronoms et la syntaxe entre les deux événements jouent un rôle important dans l’identification des relations de cause à effet.

Posez-vous la question suivante : “Qu’est-ce qui pourrait contribuer le plus à vore réussite?” ou “Qu’est-ce qui vous empèche le plus de réaliser ce que vous souhaitez ?” et cherchez où se trouve le “locus de contrôle” ou le centre de responsabilité.
Réponses sur les causes : “J’apprends à gérer mes émotions”, “Je vais reprendre des études” , “Je dois clarifier ce que je veux”, Décider d’équilibrer ma vie personnelle et professionnelle”…
Réponses sur les effets : “Trouver des circonstances plus favorables”, “Avoir des patrons plus bienveillants”, “Avoir plus de chance”, “Quand j’aurais eu une promotion”

Nous ne sommes pas nos équations mentales

La compréhension du mécanisme de ces croyances profondes (être la cause ou l’effet) comporte le risque d’identifier la personne à ses schémas de pensée ou sa croyance. Une personne n’est pas « Cause » ou « Effet », elle est bien plus que cela. Les tendances de positionnement cause ou Effet ne sont pas liés à la personne mais aux parties (types de personnalité ou égos) avec lesquels nous cohabitons.

La tendance « cause ou effet » exprimée à un moment donné reflète d’une part l’activation d’une partie de la personne (égo ou type de personnalité) et d’autre part d’un niveau de stress plus ou moins intense. Si nous prenons par exemple le modèle de la Process Communication, certains types de personnalité vont sous stress avoir tendance à adopter un positionnement Cause ou Effet.

Les types de personnalité « Rebelle », « Promoteur » et « Rêveur » ont en commun la croyance que les événements extérieurs déterminent leur manière de se comporter et qu’ils en sont donc l’effet, et ces croyances se retrouvent dans leur langage. Le Rebelle réagira en disant « Il me fait marrer », ou sous stress « Cela me fait “chier”, c’est pas ma faute » ; le promoteur agira en disant « Ce truc est une opportunité », ou sous stress « regardes ce que tu m’as fait faire » ; le Rêveur pensera « j’attends qu’on me dise quoi faire », ou sous stress « Cela m’a rendu triste ou heureux ».

Les types de personnalité « Empathique », « Travaillomane », « Persévérants » partagent la croyance que ce sont les actions qu’ils initient (la cause) qui vont influencer le monde extérieur (Effet). L’Empathique dira « j’ai envie de l’aider », ou sous stress « Je ne sais pas dire non et je suis nul » ; le Travaillomane dira « je suis responsable de mes résultats », ou sous stress « Je trouve que votre travail est insuffisant (par rapport à mes standards personnels) » ; le Persévérant affirmera « J’ai l’intime conviction que… », ou sous stress «Vous n’êtes pas digne de confiance ».

La tendance d’une personne à se positionner plutôt du côté de la cause ou de l’effet dépend donc des types de personnalité (ou égos) activés pour réagir à une situation précise. Dire qu’une personne EST Cause ou Effet est une distorsion ou une identification abusive, un biais cognitif qui fige la représentation que l’on a d’une personne et des possibilités de changement.

Les présupposés de la PNL vont également vous rappeler que vous disposez parfois à un niveau inconscient, de bien plus de choix que vous ne l’imaginez ; qu’il n’y a pas d’échec dans la vie mais uniquement des apprentissages ; que si les personnes ne sont jamais sans ressources, seuls certains états internes peuvent être non ressourçant. Ce qui veut dire que devant une personne qui n’est pas assez positionnée dans le versant « cause », ou « effet », vous avez la possibilité d’aller puiser dans les expériences des types de personnalité les ressources dont vous avez besoin.

Y a t-il un positionnement plus aidant qu’un autre ?

J’ai conscience d’avoir favorisé dans cet article le positionnement Cause que celui de l’Effet, comme si il y avait une bonne manière de se positionner, ce qui est évidemment contestable. Tout dépend en fait de ce que vous recherchez dans la vie car votre intention va déterminer votre attention, vos modes de pensées (Omissions, Généralisations, Distorsions), vos ressentis, les résultats obtenus et les interprétation cognitives que vous allez en faire. Est-il préférable d’être la cause de vos réussites et échecs, de vos joies comme de vos malheurs, ainsi que des joies et des malheurs des autres et de considérer les expériences difficiles de la vie comme des sources d’apprentissage ? ; Ou est-il préférable d’être l’effet d’un mode extérieur matériel ou immatériel voire spirituel qui conspire à votre malheur ou à votre bonheur, dans lequel vos rencontres vous nourrissent ou vous dépriment, un monde qui est source de tant de ressentiment ou de gratitude ? Je pense qu’il y a plusieurs réponses possibles à ces questions autant .

Etre la cause de notre vie donne du pouvoir, autonomise, et responsabilise. Et en même temps cette responsabilité est comme une charge qui pèse sur les épaules. Dire à quelqu’un « tu es maître de ton destin et la force est en toi » c’est l’inviter à décider seul de son futur, ce qui peut être source de peur voir de panique. Cette vision de la vie s’inscrit dans un modèle très occidental de la valorisation de la performance individuelle. Etre l’effet du monde extérieur peut procurer un sentiment d’insouciance et de confort, puisque des facteurs hors de mon contrôle déterminent ma vie. Mon rôle est de favoriser les bonnes grâces de ces puissances extérieures. De nombreuses cultures au fonctionnement plus communautaire fonctionnent sur ce modèle et semblent s’en porter très bien. Et en même temps cette délégation de pouvoir peut donner le sentiment d’être « ballotté » par les circonstances. Un modèle est-il préférable qu’un autre ? Certainement pas, l’important étant d’avoir le sentiment d’être en phase avec la culture du monde auquel je souhaite appartenir.

Puisque le positionnement du côté des causes ou des effets est une question de croyance et d’intention. Pourquoi ne pas adopter la croyance que vous êtes à la fois la cause des actions bénéfiques pour vous et le monde, et l’effet d’un monde qui vous veut du bien ? C’est quand même bien plus utile que de croire que vous avez un pouvoir de nuisance et que le monde extérieur vous est hostile !

La notion de contexte est également importante pour choisir de vous positionner du côté des causes ou des effets. Quand j’anime des formations, j’aime croire à la fois que je suis en grande partie la cause (de mes connaissances, de ma pédagogie, de mon état interne) de ce qui va se passer au cours de la formation, et aussi que je suis l’effet du savoir des participants et des rencontres enrichissantes que je vais faire au cours de cette formation. Ne pas porter seul la responsabilité du résultat d’une formation allège un éventuel stress. Il est plus confortable de croire que chacun peut être la cause d’une réussite collective.

La notion de contexte (où, quand, avec qui) nous renvoi nécessairement à celle des niveaux logiques. Si j’accepte que mon environnement (la plage ou le métro) puisse avoir un réel impact sur mon état interne, mes comportements et mes capacités (être l’effet), je n’autorise pas cet environnement à impacter qui je suis. Au niveau de mes valeurs, de mes croyances et de mon identité et du monde auquel je veux appartenir, je suis la cause de ce qui est important pour moi, des permissions que je me donne, de la personne que je veux être, et de ce que je veux apporter au monde.

Seule une bonne capacité d’autoréflexion et de conscience de soi permet de choisir la position à adopter (cause ou effet) en fonction des situations. Contrairement au chien de Pavolv, nous sommes dotés d’un lobe frontal qui nous permet de comprendre les interférences du processus de cause à effet (ou stimulus-réponse) que nous utilisons  pour fabriquer notre bonheur et notre malheur. La technologie PNL nous apprend à nous libérer des conditionnements qui nous nuisent et à mettre en place des conditionnements qui contribueront à la réalisation de nos buts de vie. Vous pouvez choisir en toute conscience dans le monde extérieur les facteurs (stimuli ou ancres) qui peuvent contribuer à votre bien être et la réussite de votre vie.

Entre vous et les personnes que vous admirez le plus, la différence qui fait toute la différence, tient parfois au positionnement de la personne sur cette simple équation de causes et d’effets.

Accompagner le changement, en coaching ou thérapie consiste bien souvent à aider la personne à clarifier ces notions de positionnement vers la cause ou vers l’effet. Le coaching vise souvent à aider son client à se positionner du côté de la cause dès qu’il s’agit de définir la personne qu’elle souhaite être et des résultats attendus. On parle alors d’empowerment et d’autonomisation. Une manière de prendre sa vie en main et de conduire la voiture de sa propre vie. Plus on prend conscience que nous sommes avant tout la cause de nos réussites et de nos problèmes, plus nous sommes efficaces et flexibles pour faire les ajustements nécessaires en cas de besoin. Mais cette prise de pouvoir et de responsabilité ne doit pas être enfermante. Nous avons aussi besoin d’accepter que les autres puissent aussi par leur actions impacter ce que nous faisons et contribuer à notre réussite. Cette croyance est le tremplin de l’intelligence collective, la condition des plus grandes réussites. Un article à suivre sur le même thème apportera des données scientifiques validant les idées proposés dans cet article.

Jean Luc Monsempès pour Institut Repère Août 2019

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