Claude Onesta : « Je n’ai pas les clefs de la réussite, mais je sais ce qui fait perdre »

Newsletter #21
Claude Onesta, manager general de l’equipe de France de handball – HAMILTON/REA pour Les Echos

Masterclass / Quelques jours après une conférence à l’Université hommes-entreprise du Ceca, à Bordeaux, Claude Onesta était, la semaine dernière, à l’Université d’été du Medef. Désormais, manager général de l’équipe de France masculine de handball, l’ancien entraîneur réaffirme son intérêt pour un monde de l’entreprise en pleine transformation qu’il analyse avec passion et finement.

Votre intérêt pour le milieu de l’entreprise va croissant, songez-vous à quitter vos fonctions de manager général de l’équipe de France de handball ?

Oui, dans très peu de temps. Je ressens le besoin de me remobiliser et de me rendre utile sur des projets d’utilité générale. Je souhaite aussi accompagner des entreprises dans leur logique de transformation, car leur monde me passionne.

Quel savoir envisagez-vous de transmettre aux entreprises ? 

Dans le laboratoire vivant d’entraîneur de handball qui a été le mien pendant dix ans, j’ai beaucoup appris. Par exemple, à savoir dépasser et transcender un problème, qui se pose aussi à un concurrent, ce qui peut être un enseignement utile au monde de l’entreprise. J’ai été gâté : mon parcours a été exceptionnel voire quasi irrationnel. J’ai reçu plus que je n’aurais jamais espéré (neuf titres en dix ans dont quadruple champion du monde, ndlr). Je n’ai pas découvert les clefs de la réussite, mais je sais ce qui fait perdre. Dans sa logique binaire – on gagne, on perd -, le sport ne subit pas les problèmes mais saisit les difficultés pour ensuite les transformer en opportunités. A mes yeux, les entreprises s’intéressent trop au comment, pas assez au pourquoi. Elles devraient se demander pourquoi elles se reposent  autant sur la technologie pour améliorer leurs systèmes et oublient l’humain.

Vous incitez aussi les dirigeants à préparer leur succession… 

J’ai organisé la mienne. Puis, je me suis retrouvé dans la posture de l’éducateur qui termine sa mission et s’éloigne de l’élève qui n’a plus besoin de lui. Ma présence était une caution et une protection, mais elle ne permettait pas à la relève de bien prendre la mesure de ses choix et d’asseoir son leadership ainsi que son autonomie. J’ai fini par le comprendre parce que j’ai un moi apaisé. Préparer sa succession est une étape à bien gérer et je le dis aux dirigeants que je rencontre : votre successseur a besoin de votre éloignement pour pleinement s’exprimer.

Sublimer les potentiels et la coopération, quel DRH y pense lors d’un recrutement ?

Et comment réagissent-ils ? 

Ils m’entendent, mais pour beaucoup, c’est un drame. Ils ont construit une belle entreprise ou une stratégie hors pair, mais quand l’heure vient de passer le flambeau, c’est pour eux une souffrance physique. Comment l’entreprise pourrait-elle réussir sans eux ? Plutôt que de la voir leur survivre, certains dirigeants sont capables de tuer l’entreprise qui a pourtant été leur raison d’être.  Or il leur faudrait non seulement accepter que l’entreprise puisse réussir sans eux mais aussi autrement ! Cela requiert un gros travail sur soi et, là encore, une capacité à interroger le pourquoi.

Quelle représentation vous faites-vous du pouvoir ? 

Pas celle qui consiste à l’affirmer tous les jours afin que chacun comprenne que vous êtes le chef. Quand on a du pouvoir il faut savoir quoi en faire et pour quels résultats. Avoir l’obsession de l’amélioration du résultat est un impératif qui requiert l’implication de tous. Entraîneur et sélectionneur, je décidais mais, absent du terrain, je n’étais pas le plus important. Mon rôle consistait à faire cohabiter des gens singuliers afin d’accroître, par la collégialité, l’efficacité d’un projet. C’est aussi celui d’un manager ou dirigeant d’entreprise.

Une bonne équipe est celle qui est bien construite, dites-vous… 

Quand je sélectionnais quinze joueurs, je ne sélectionnais pas les quinze meilleurs au plan individuel. Mon objectif était d’identifier et de sublimer les potentiels, de savoir utiliser ce que le match induit et de composer le groupe susceptible de générer la meilleure coopération possible. Ce principe du milieu du sport pourrait inspirer nombre d’entreprises. Mais quel DRH pense à cela lors d’un recrutement ?

Comment motivez-vous les gens ?, me demande-t-on souvent. C’est la question la plus bête du monde !

Qu’est-il essentiel de comprendre dans une dynamique de groupe ?

Comment est prise en compte la parole d’un leader ? Quels suiveurs lui sont associés ? S’agit-il d’un chef avec un groupe uniforme de soldats fidèles ou bien existe-t-il un sous-groupe de potentiels dissidents qui attendent leur heure ? Quelle proportion de bienveillants – qui créent du lien et expriment leur empathie – comporte l’organisation ? Aussi sublimé soit-il, un leader sans suiveur ne présente aucun intérêt  et inversement. Autre point essentiel : mettre en concurrence deux super bons très charismatiques ne vaut que pour des épisodes très courts de performance. A la longue, ils éteignent l’énergie de tous les autres, qui ne verront plus de raisons valables de coopérer,  et chercheront plutôt à se mettre à l’abri, à fuir ou pire encore – frustrés ou humiliés – à tirer profit de l’échec de l’entreprise !

Comment bien orchestrer le collectif en définitive ? 

En comprenant ceci : tout le monde n’aspire pas à assumer des responsabilités de la même façon, mais tout le monde veut être reconnu. Le système directif ou obéissant ne mène qu’à la déresponsabilisation. Comment motivez-vous les gens ?, me demande-t-on souvent. C’est la question la plus bête du monde ! Que des gens pensent, sans concertation, avoir le pouvoir de décider pour les autres m’ébahit. Il n’est pas question de se perdre dans une pseudo-démocratie, qui autorise tout le monde à faire semblant de faire. Mais l’autorité, on l’exerce à bon escient. Associer les collaborateurs à la prise de décision et à la construction du projet les amène à se responsabiliser. On est participatif non pas parce qu’on est « gentil », mais parce qu’on se veut plus efficace. Croyez-moi, si tous participent à la construction de l’édifice, ils n’auront pas envie de détruire la maison commune ! La meilleure façon de motiver les gens est de ne pas les désenchanter.

Un article de Muriel JASOR paru le 01/09/2017 sur le site LES ECHOS Executive 

Intelligence collective et les leçons du vivant 2/2

Newsletter #18
oiseaux intelligence collective
La première partie de cet article sur l’intelligence collective décrit les liens naturels que les organismes vivants établissent pour survivre, se développer et prospérer.
Nous avons vu en quoi l’humain est naturellement si proche des animaux et culturellement si éloigné. Du fait de ses capacités cognitives exceptionnelles, l’humain exprime son besoin fondamental de création dans la construction d’idéologies, d’organisations sociales, militaires, économiques, spirituelles et religieuses.
 
Mais ces mêmes œuvres, créées en dehors des principes de l’intelligence collective, ont aussi été des sources de souffrances car elles ont profondément séparé l’humain du monde de la nature. Les humains se sont épuisés dans des compétitions individuelles et des courses aux profits à court terme, sacrifiant leurs forces collectives à innover, se réinventer pour assurer leur développement durable. Ces crises amènent les organisations à se pencher à nouveau sur les vertus de l’intelligence collective. Mais cette intelligence collective n’est pas une question de technicité mais d’humanité et de liens de résonance aux vivants. L’intelligence collective requiert bien plus l’intelligence du corps que celle du mental. Le regard de la science sur l’intelligence collective et en particulier les neuroscience n’ont fait que confirmer les lois de la nature.

Dans cette deuxième partie, nous verrons en quoi les enjeux de l’intelligence dépassent largement  les seuls besoins des relations individuelles ou professionnelles, mais concernent  la société dans son ensemble, et pour de nombreux chercheurs, l’avenir de l’humanité dans son ensemble. Puisque le monde actuel a tant besoin d’intelligence collective, nous décrirons les principes de l’intelligence du vivant qui peuvent être appliqués dans monde des organisations.  Enfin nous aborderons les obstacles à la mise en œuvre de l’intelligence collective, les obstacles aux liens naturels entre humains.

Les enjeux de l’intelligence collective

L’homme moderne, parfois aveuglé par son individualisme et le culte du soi, a tendance à oublier que toutes les grandes évolutions humaines, qu’elles soient cognitives, agricoles, techniques et scientifiques, économiques et politiques, ont résulté de la dynamique universelle de l’intelligence collective. Une amnésie dont les conséquences peuvent être lourdes de conséquences. Car L’intelligence collective semble être la seule dynamique qui puisse permettre à l’humanité de surmonter les défis actuels auxquelles elle est confrontée et qu’elle a produit par ses excès : les changements climatiques, les dangers de l’intelligence artificielle, les injustices et inégalités sociales, les fanatismes de toute sorte…etc. Devant l’ampleur de ces problématiques, plus aucune institution ne peut prétendre les résoudre. Seule une réflexion collective peut encore faire la différence. L’entraide n’est plus un luxe, elle est devenue vitale. L’intelligence collective peut non seulement contribuer à sauver les entreprises, mais surtout à sauver une société sans laquelle les entreprises ne peuvent exister.

Le monde moderne a surtout besoin de savoir comment replacer l’humain dans toute sa diversité, au sein des systèmes vivants dont ils sont issus et dont il s’est bien éloigné. Les solutions qui nous permettront de rétablir ce lien avec le vivant viendront bien plus rapidement si elles sont issues de l’observation de la nature. Pour continuer à créer, inventer, innover de façon « disruptive », nous avons besoin de « disrupter » nos modes de pensée habituels et revenir à la sagesse des enseignements de la nature et du vivant. Il n’y a rien à inventer, juste à observer, modéliser et redécouvrir la sagesse de la nature. L’observation de la nature nous ouvre l’esprit et les bains de nature nous reconnectent au vivant, quand elles ne nous guérissent pas de nos névroses. Si nous ne croyons pas aux enseignements des traditions anciennes, celles qui vivent encore si près de la nature, nous pouvons porter notre regard sur ce que dit les neurosciences. Curieusement, les traditions anciennes et les sciences modernes se rejoignent.

« La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat. »   Kofi Annan, Secrétaire général de l’ONU, extrait d’un discours à l’Assemblée générale de l’ONU,24  (…)

Compte tenu des enjeux du monde moderne, il y a donc urgence à réactiver ce qui est profondément inscrit dans notre condition de mammifère évolué, à savoir nos capacités à l’entraide et à la coopération. Il n’y a rien à inventer, juste à nous reconnecter avec le monde de la nature. Et juste à croire qu’il est possible de comprendre cette nature qui nous a fait naître, et qu’elle a des enseignements à nous transmettre.

Les principes du vivant pour développer l’intelligence collective

Comme nous l’avons vu plus haut, le monde du vivant a beaucoup à nous apprendre en matière d’intelligence collective. Tout ce dont nous avons besoin en termes de performance collective se trouve bien plus dans la nature que dans les grandes théories du management. Nous avons simplement besoin de changer nos croyances, ou tout simplement faire preuve un peu d’humilité. Nous ne sommes pas supérieurs à la nature, car nous sommes des éléments de cette nature.

Changer son regard sur les organisations

Le point de départ du développement de l’intelligence collective est de changer son regard sur le fonctionnement des organisations en passant d’une vision mécaniste à celle du vivant.

Un organisme vivant est autogouverné par un système d’intelligence distribué, un système qui repose sur les interactions entres les éléments du vivant, mais qui ne comporte ni chef, ni pyramide hiérarchique. Il y a des niveaux d’organisation, mais pas de chef suprême. Dans le vivant, l’intelligence n’est pas le privilège d’un chef, mais elle est au sein des interactions du système. Le vivant sait ce qu’il a à faire pour grandir et prospérer, et il y arrive très bien sans consigne ou instruction externe. Vous n’avez pas à dire aux arbres d’une forêt ce qu’ils doivent faire pour grandir et donner le meilleur de lui même. L’assemblage des espèces végétales se fait naturellement pour créer un équilibre bénéfique aux différentes plantes. Un système vivant est auto-organisé autour d’un but commun (le TOUT) de survie en période de pénurie ou de croissance en période d’abondance. La réalisation des buts communs est conditionnée par la richesse des interactions entre ses constituants (les PARTIES) internes et externes. Développer l’intelligence collective consiste donc à appliquer trois règles simples : renforcer le TOUT, les PARTIES du tout, et les RELATIONS des parties entre elles et au TOUT.

Les arbres de la forêt n’ont pas d’égo

Cette leçon du vivant nous enseigne que les organisations humaines peuvent s’auto gouverner, en l’absence de pyramide hiérarchique, dans la mesure ou elles connaissent ce qui rassemble ses membres (le tout) et quand l’ensemble de ses membres (les parties) savent, par la richesse de leur interactions, donner le meilleur d’eux mêmes, et contribuer ainsi à la réalisation du tout.  Ces organisations, parfois nommées « libérées », sont en mesure d’évoluer et de prospérer spontanément, comme le fait une forêt naturelle. Car les arbres de la forêt n’ont pas d’égo et ne rentrent pas en compétition pour pousser plus haut ou plus vite que leur voisin, ou produire le plus de fruits. La nature sait que cette compétition serait destructrice. Les plantes et les animaux (sauf l’homme) sont des êtres profondément connectés à leur environnement. Ils vivent en étroite interdépendance car leur survie et leur croissance en dépend.

Du fait de leurs égos exacerbés et de leurs besoins de domination, les humains établissent des frontières avec leur environnement. Ils construisent des organisations hiérarchisées à l’image de leurs besoins de pouvoir ou de contrôle, qui renforcent leur illusion de maîtrise, mais qui assèchent en même temps le terrain de l’intelligence collective. Les organisations pyramidales sont des constructions artificielles et contre nature, car elles n’ont d’écosystème que le concept ou un slogan de propagande. Conçues comme des systèmes séparés, ces organisations ne sont pas structurées pour assurer leur développement durable. Elles sont fragiles car le ciment qui relie les briques de l’édifice sont des relations de subordination, de dépendance, de négation de l’intelligence individuelle. Ce ciment relationnel dysfonctionnel est source de conflits, de souffrance (dépressions, burnout, maladies diverses), de désengagement (boreout). Il n’y a pas d’intelligence collective dans une relation complémentaire ou hiérarchique. Le ciment de l’intelligence collective est celui de la confiance.

« Soit avec l’autre ce que tu voudrais qu’il soit avec toi et il deviendra ce qu’il devrait être » Goethe

Les facteurs clés de l’intelligence collective

Les enseignements de la nature sont le plus souvent d’une simplicité désarmante, et d’une redoutable efficacité. En matière d’intelligence collective, la nature nous invite donc à renforcer le TOUT, les PARTIES du tout, et les RELATIONS entre parties et au TOUT. Ce qui consiste à transformer un ensemble d’éléments séparés en un tout interconnecté, interdépendants, cohérent et aligné sur une direction commune. En l’absence de résonance entre les éléments du système, il n’y a ni synergie possible, ni émergence d’idées nouvelles, ni créativité, ni innovations.

Renforcer le tout par l’émergence d’une vision

Le TOUT (vision, mission, ambition, raison d’être) est ce qui rassemble et aligne les PARTIES, c’est-à-dire les éléments d’un système, c’est ce qui donne une direction commune, et ce qui apporte de la cohérence aux actions de ses éléments. Le tout est cette finalité collective dans laquelle la majorité des membres peuvent se reconnaître. Maintenant on peut se poser la question de savoir qui a la responsabilité de la construction de la vision ou de la direction commune ?.  Différentes possibilités sont envisageables :

Celui qui crée et lance sa propre activité en partant de rien a bien sur besoin d’une vision pour donner de la cohérence à ses actions. Il est leader de lui même (ou des parties en lui) avant de devenir le leader de ceux qui veulent le suivre. L’intelligence collective concerne les liens entre les divers aspects de sa vie intérieure.

Celui qui prend les rennes (rachat ou nomination) d’une entreprise qu’il n’a pas créé a deux alternatives, en fonction de sa croyance sur la localisation des ressources :
a) soit le dirigeant croit devoir posséder les ressources. Il va alors s’attribuer la responsabilité de fixer le cap, considérant que sa position hiérarchique lui impose cette fonction et lui en donne les ressources. L’efficacité de cette option dépend d’une part du degré de résonance entre le cap proposé par le dirigeant et les membres de l’équipage, et d’autre part de la capacité du capitaine à incarner la vision proposée, à influencer ses équipes par l’exemple qu’il donne, transmettant ainsi aux autres l’envie de le suivre « Voilà mon rêve, qui veut me suivre ? » Et c’est un bon moyen de tester le pouvoir d’attractivité de la vision. L’exemplarité du manager, en faisant ce qu’il dit et en disant ce qu’il fait, conditionne sa légitimité et sa crédibilité. C’est un aspect clé de la confiance dans une équipe. Proposer une vision qui soit le reflet de la nature profonde d’un système vivant demande du temps, un temps proportionnel à la capacité du capitaine à s’immerger pleinement dans le système et saisir les règles invisibles qui lient entre eux les éléments de ce système. Si les équipes ne suivent pas la direction donnée, c’est un bon feedback sur le manque de résonance entre la direction proposée et l’intelligence du système.

b) soit le dirigeant croit que les ressources sont déjà dans le système. Il va alors considérer que la raison d’être de l’entreprise est déjà présente et inscrite dans l’inconscient collectif du système, en attente d’être « libérée » par une abolition des frontières artificielles mises en place avec une organisation trop hiérarchisée. Dans cette perspective vivante ou holographique de l’entreprise, le rôle du leader n’est pas d’imposer sa vision, mais de faire émerger cette raison d’être collective déjà présente dans le système, et de la faire passer d’un niveau inconscient à un niveau conscient. Le rôle du leader est de faciliter la construction de la vision par ses propres équipes, au cours d’un processus collectif de partage des représentations, ce qui accroit grandement la possibilité d’accords sur une vision commune. Ce processus ne peut se développer qu’à partir d’une profonde confiance mutuelle, la reconnaissance et le respect de l’intelligence individuelle, la liberté et la responsabilité de chacun. Le processus de formulation de la vision, va créer l’énergie nécessaire à la construction des étapes qui mènent à la vision. Dans la construction de la vision commune, le contrôle des personnes et des processus n’a pas sa place.

Gardons en tête qu’il est impossible de développer de l’intelligence collective si les collaborateurs ne partagent pas une direction commune (vision, valeurs et culture de l’entreprise). Dans une entreprise « libérée » de la région nantaise comme Inov-On (16), qui produit des flexibles hydrauliques, chaque nouveau recruté suit un parcours d’intégration de 15 à 30 jours dans chaque service, et à l’issue de ce parcours il prête serment face à son équipe : “Je sers la vision du groupe dans le respect des valeurs…” Ce rituel de passage qui conclut un parcours d’intégration de quinze à trente jours, au cours duquel le nouveau venu est immergé dans chaque service.

Renforcer les parties par une nouvelle répartition du pouvoir

Dans une organisation qui souhaite développer l’intelligence collective, le leader n’est plus celui qui exerce un pouvoir en dictant ses consignes à ses collaborateurs, mais celui qui donne du pouvoir à ses collaborateurs,  celui qui reconnaît les talents de chacun et aide chacun à développer de nouvelles compétences, à s’organiser au mieux pour prendre les bonnes décisions, à favoriser l’expérimentation en acceptant l’erreur comme source d’apprentissage, à développer l’autonomie de chacun, à faire grandir chacun. Le pouvoir du leadership est d’autoriser ses collaborateurs à donner le meilleur d’eux même. Renforcer les parties signifie voir en chacun ce qui il y a de meilleur, l’excellence du présent et un potentiel de talents en attente d’être enfin vus et reconnus pour s’exprimer. Mais attention, donner du pouvoir et de l’autonomie en l’absence de vision commune, est source de désorganisation ou de chaos.

Cette évolution des relations professionnelles implique aussi une évolution des modes de gouvernance. La sociocratie (14) est un mode de gouvernance qui repose sur les principes d’auto organisation du vivant. L’holacratie (14) est un système d’organisation fondé sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective. L’holocratie fait référence à l’holarchie, une hiérarchie de holons, c’est-à-dire des éléments autorégulés fonctionnant à la fois comme entités autonomes et comme parties d’un tout dont elles sont dépendantes. Cette vision organique des organisations humaines est souvent comparée aux cellules d’un organisme, des cellules qui sont à la fois autonomes et dépendantes de cet organisme qu’elles contribuent à édifier. Ces modes de gouvernance se distinguent donc nettement des modèles pyramidaux dont on perçoit de plus en plus les limites dans un monde actuel toujours plus complexe.

Renforcer les relations entre les parties et au tout

Renforcer les relations entre les parties consiste avant tout à développer la confiance, et pour Frances Frei, (12) professeur à Harvard Business School, réinstaurer la confiance nécessite d’en comprendre ses trois composantes : l’authenticité, l’empathie, la logique des propos. « Si vous croyez que mon empathie est dirigée vers vous, si vous sentez que j’ai vraiment de la rigueur dans ma logique, et si vous sentez que je suis authentique, vous avez plus de chances de me faire confiance. »  « Quand ces trois choses fonctionnent ensemble, nous avons une confiance extraordinaire. Mais si l’une de ces choses vacille, si une de ces choses chancelle, la confiance est menacée ».

L’empathie : elle implique de rencontrer réellement l’autre en face à face et en mettant l’égo de côté. Ce qui n’est pas facile dans un monde digitalisé qui accapare nos moindres moments d’attention. La digitalisation des échanges dans l’entreprise tue toute tentative d’empathie. Sous prétexte de rationalisation des tâches, on fait un Skype avec son voisin de bureau, plutôt que de se déplacer pour le rencontrer vraiment. Ou alors on installe des détecteurs sous les bureaux des salariées pour savoir combien de temps ils passent à leur poste de travail au lieu d’échanger avec d’autres personnes de l’entreprise. Comme si le temps de rencontre en face à face n’était pas productif. Si vous trouvez le temps de lever les yeux sur votre interlocuteur, d’être présent à vous même et à l’autre, pour le regarder, l’écouter activement, s’immerger profondément dans son modèle du monde, vous avez alors une possibilité de montrer votre empathie. A la condition que votre présence à vous même et à l’autre soit réelle. Vous pouvez aussi faire appel aux outils de la PNL tel que le rapport (calibration, synchronisation, guidage.  Pour citer Robert Dilts (17), « La Présence est la différence qui fait la différence dans tous les aspects du leadership, du coaching et de l’accompagnement des équipes et des individus. Lorsqu’un entraîneur ou un dirigeant exerce son activité à partir d’une présence incarnée, leurs communications sont beaucoup plus efficaces ». L’obstacle majeur à l’empathie est la distraction et un manque cruel d’attention. Sachez qu’il est difficile de créer de l’empathie et de la confiance en la présence de votre portable, le plus fort aimant d’attention jamais été inventé.

La logique : elle se rapporte à la rigueur de votre propos ou à votre capacité à expliquer de façon très compréhensible par l’autre ce que vous expliquez. Si la qualité de votre logique est incohérente, il n’y a pas grand chose à faire et peu de chance d’établir de la confiance. Si votre logique est solide, mais vous ne savez pas la formuler, apprenez à être concis : commencez avec votre conclusion en une phrase courte et claire, puis justifiez-la, preuves à l’appui.  Attention aux propos riches en omissions, généralisations et distorsions. Trop d’explications ne permettent pas à vos interlocuteurs d’accéder à vos idées géniales.

L’authenticité : c’est la capacité à se montrer tel que l’on est et à ne pas donner une image erronée de sa nature profonde. L’authenticité est souvent synonyme d’une certaine sincérité et de cohérence personnelle. Elle consiste à dire ce qu’on pense et ce qu’on ressent réellement, sans chercher à être « politiquement correct ». L’authenticité témoigne d’une fidélité à des valeurs personnelles et d’une capacité à montrer sa différence. L’authenticité est importante car elle produit de l’exemplarité et de la prévisibilité pour les autres. Un manager « authentique » est celui qui résiste aux modèles ou stéréotypes imposés en matière de management ou du leadership. En tant qu’humain, nous arrivons très vite et très intuitivement grâce à notre « détecteur à conneries » à savoir si quelqu’un est fidèle à lui-même ou pas. Les chiens ressentent également très vite la sincérité de vos intentions. Etre soi même est certainement une chose plus facile à faire avec ses amis qu’avec des relations professionnelles et hiérarchiques. Le développement de l’authenticité nécessite un travail sur soi permanent, une pratique, une confrontation permanente avec le monde extérieur. L’exemple donné par le leader en matière d’authenticité est un méta message aux équipes concernant leur propre authenticité. Comment demander à ses équipes d’être sincère quand on donne des consignes à ses équipes de masquer une vérité aux collaborateurs, aux clients, aux partenaires…etc ?

Intelligence collective et transformation individuelle

Construire une culture de la confiance, de la cohésion et de la créativité ne se décrète pas mais se réalise une fois de plus par l’exemplarité. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » disait Gandhi. Le véritable obstacle à la mise en œuvre de l’intelligence collective est probablement la force de l’égo. Un égo (ou des égos) qui isole l’humain de sa nature profonde et de ses capacités innées à coopérer. Le besoin de pouvoir et de contrôle a conduit les humains à construire des organisations hautement hiérarchisées et de puissants systèmes compétitifs capables de réaliser des œuvres matérielles ou intellectuelles qui marquent l’histoire. Le prix humain est souvent lourd car ces organisations exacerbent le jugement, la peur, la violence, et bloquent l’accès au partage, la coopération, la créativité et l’innovation. Les même humains vont alors se plaindre de ce qu’ils ont eux mêmes créé et dont il se sentent prisonniers.

L’ego comme obstacle principal à l’intelligence collective

Alors que faire de l ‘ego dans une perspective de développement de l’intelligence collective ?.  Le bouddhisme nous invite au lâcher prise ou parfois même à la dissolution de cet égo, puisqu’il est la cause de nos attachements (pouvoir, contrôle, célébrité, richesse matérielle….etc.) et de tous nos malheurs. « Parfois, lâcher prise est un acte plus puissant que se défendre ou s’accrocher » dit Ekhart Tolle. Mais voilà, la plupart d’entre nous ne sommes pas fondamentalement bouddhistes, ou adoptons une version bien occidentalisée et matérialiste du bouddhisme.

L’idée de se défaire de son égo et des bénéfices matériels et sociaux qu’il procure peut, dans le monde occidental, heurter nos préjugés les plus enracinés. Car notre culture vante bien mieux les réussites individuelles que collectives. La nouvelle technologie digitale qui envahit nos modes de vie est remarquablement mise au service de la mise en scène du soi, du culte de la personnalité, ou de l’adoration des stars télévisées. Notre culture est en attente du héros militaire, du sauveur providentiel, du messie, ou du leader omniscient ?. Toutes ces vanités humaines n’existent pas dans la nature.

Les chercheurs en intelligence collective du monde occidental proposent une solution séduisante car elle n’enlève rien ou ne nous fait pas renoncer à ce qui nous apparaît si précieux, mais ajoute une dimension qui inclut et transcende l’égo. Il n’est plus question de se débarrasser de l’égo, mais de relâcher son emprise sur nous, et de rediriger les talents et l’énergie de l’égo sur une contribution à la réalisation de quelque chose de plus grand que nous. Quelque chose dont je peux être bénéficiaire, au même titre que les autres membres de ma communauté. Et ainsi, le développement de soi devient un facteur clé de la réussite individuelle et collective. Une bonne manière de réconcilier le spirituel et l’économique.

Intelligence collective et développement des relations à soi même

La transformation de soi est bien souvent un passage obligé pour celui qui veut créer sa vie telle qu’il l’a rêvée tout en co-contribuant à la construction d’un monde collectivement plus intelligent. Les leaders et dirigeants sont les plus concernés par cette transformation personnelle. Faire vivre de l’intelligence dans les liens à autrui, nécessite une intelligence des liens à soi-même. Richard Moss dit quelque chose comme «  La distance qui me sépare des autres est la même que celle qui me sépare de moi-même ». Ce qui signifie que la construction d’une intelligence collective dans le monde extérieur débute par la construction d’une intelligence collective en soi. Nous sommes des êtres multiples, et si les diverses présences avec lesquelles je cohabite vivent de façon isolée, s’ignorent, sont en conflit et ont du mal à collaborer pour se mettre au service d’un projet commun (celui de l’individu), ces dysfonctionnements internes vont se refléter inéluctablement dans les relations au monde extérieur. Les conflits, les peurs et violences qui s’expriment dans le monde extérieur reflètent la vie intérieure des acteurs présents.

Le développement de l’intelligence collective requiert un développement de soi, ou plus précisément une transformation de son niveau de conscience dans la relation à soi, aux autres, et à notre environnement.

La prise de conscience la plus importante concerne ce qui se joue dans une démarche d’intelligence collective, car celle-ci consiste à rétablir et mettre en résonance trois types de liens : un lien à soi, un lien aux autres et un lien à ce que nous voulons créer ensemble. Ces triples liens sont les ingrédients  fondamentaux de toute intelligence collective. Ces triples liens sont présents en germe dans toutes relations ou toutes organisations humaines. Le rôle du leader est de préparer un terrain fertile, celui de la confiance, sur lequel l’intelligence collective va naturellement s’activer et produire ses fruits. A l’image de la permaculture, les leaders des organisations collectivement intelligentes sont des jardiniers. La diversité devient naturellement un facteur de performance individuelle et collective sur un terreau de confiance. Maximiser les rendements en épuisant les sols, est contraire à toute intelligence collective et tout développement durable.

La valeur de l’entreprise est dans son intelligence collective

De nos jours l’entreprise n’est plus une entité vouée uniquement à la seule production des richesses économiques. Elle a aussi des responsabilités sociales (la lutte contre l’exclusion sociale, l’accès aux biens et aux services, les conditions de travail, la formation et la diversité, le commerce équitable et local) et des responsabilités environnementales  (les actes nuisibles à la planète et le respect de notre écosystème, la préservation de la biodiversité, la faune et la flore…etc.). Cette extension du périmètre des responsabilité invite grandement à réviser notre manière de concevoir l’entreprise : celle-ci doit être conçue comme un éco-système (un holon) en relation avec d’autres éco-systèmes (d’autres holons), et l’ensemble des ces écosystèmes au service d’un but commun. Les parties prenantes augmentent alors en nombre et en diversité. Une démarche RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) implique donc un élargissement du périmètre de l’intelligence collective et des relations de confiance qu’elle nécessite.

L’un des facteurs clé de la performance durable devient donc le degré d’intelligence que l’entreprise sera en mesure de développer dans ses liens avec ses différentes parties prenantes (holons). Dans cette perspective, le seul résultat financier du compte d’exploitation, est bien loin de représenter la valeur de l’entreprise. La valeur financière à un instant « t » n’est pas en mesure de refléter la présence ou l’absence d’une dynamique de réussite durable de l’entreprise.

La valeur de l’entreprise se manifeste autant de façon matérielle qu’immatérielle. La valeur matérielle se retrouve dans la capacité de l’entreprise à innover avec des produits ou services à forte valeur ajoutée, dans sa capacité à faire face à l’adversité, et dans sa capacité à se réinventer. Mais cette capacité à créer résulte d’une valeur immatérielle et invisible qui se situe dans la force des liens qui relient les membres de l’organisation (collaborateurs, clients, prestataires…etc.). C’est cette force de vie qui donne aux membres d’une organisation l’envie de travailler ensemble, de se dépasser pour contribuer à la création de quelque chose de collectif et de nouveau, dont chacun sera bénéficiaire et en sortira grandi. Cette force de vie est le résultat de l’intelligence collective, et celle-ci résulte des interactions entre les multiples intelligences individuelles au service d’un but commun.

Si cette intelligence des liens n’est pas directement observable, ses effets sont mesurables en termes de motivation, de bien-être au travail, d’engagement, de créativité, d’innovations. Investir dans le développement de l’intelligence collective est certainement le meilleur investissement qu’une organisation puisse faire pour assurer, au delà de sa survie, le développement durable de sa croissance et de ses acteurs, le développement durable de sa prospérité économique, sociale et environnementale.

Jean Luc Monsempès Novembre 2018

Première partie de l’article  Intelligence collective et leçons du vivant 1/2

Les formations de l’Institut Repère sur l’intelligence collective : Leadership et Intelligence collective, avec Michael Ameye

Références

(1)- L’intelligence collective des fourmis dans les GPS ; LE MONDE |  29.06.2016 ; https://www.lemonde.fr/sciences/video/2016/06/29/l-intelligence-collective-des-fourmis-dans-les-gps_4960260_1650684.html

(2) L’entraide, l’autre loi de la jungle (Les Liens qui Libèrent, 2017), des biologistes Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

(3) Hundreds of patients with undiagnosed diseases find answers, study reports ; Ashley et coll. The New England Journal of Medicine. Oct. 11

(4) Redécouvrez l’intelligence collective ; HBR ; Le 05/04/2017 ; par Boris Sirbey ; https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/04/15129-intelligence-collective/

(5) Kiabi : histoire d’une transformation culturelle et stratégique https://www.greatplacetowork.fr/news/kiabi-histoire-dune-transformation-culturelle-et-strategique/

(6) Management : la recette Deschamps pour être champion du monde. Pierre Lelièvre le 20 juil. 2018  Revue Chef d’Entreprise http://www.chefdentreprise.com/Thematique/rh-management-1026/Breves/Management-recette-Deschamps-champion-monde-332999.htm

(7) Découvrir l’Intelligence collective, Olivier Piazza, InterEdition 2018

L’intelligence collective à petite échelle, Article de Rémi Sussan dans LeMonde Tech; InternetActu |  03.12.2010

(8) Strategy Business May 12, 2014 / Summer 2014 / Issue 75 ; Thomas Malone on Building Smarter Teams; The head of MIT’s Center for Collective Intelligence explains how the social intelligence factor is critical for business success. by Art Kleiner  https://www.strategy-business.com/article/00257?gko=94468

(9) Anita Williams Woolley, Christopher F. Chabris, Alexander Pentland, Nada Hashmi, and Thomas W. Malone. Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups. Science, September 30, 2010 DOI: 10.1126/science.1193147

(10) Good conversation results in a ‘mind meld’ ; July 27, 2010 by Lin Edwards, Medical Xpress  https://medicalxpress.com/news/2010-07-good-conversation-results-mind-meld.html

(11) Inter-Brain Synchronization during Social Interaction ; Guillaume Dumas, Jacqueline Nadel, Robert Soussignan, Jacques Martinerie, Line Garnero, PLOS ; August 17, 2010 https://doi.org/10.1371/journal.pone.0012166

(12) Conférence de Frances Frei pour TED sur la confiance https://www.ted.com/talks/frances_frei_how_to_build_and_rebuild_trust/transcript?language=fr#t-893714

(13) Le projet Aristote : https://rework.withgoogle.com/guides/understanding-team-effectiveness/steps/introduction/

(14) Quelles différences entre la sociocratie et l’holacratie ?Les nouvelles organisations en questions Centre Français de Sociocratie http://www.sociocratie-france.fr/2018/05/quelles-differences-entre-la-sociocratie-et-l-holacratie.html

(15) Chez Harley-Davidson, les clients font partie de la famille ; Ludovic Bischoff le 1 mars 2006 ; ActionCo http://www.actionco.fr/Action-Commerciale/Article/Chez-Harley-Davidson-les-clients-font-partie-de-la-famille-16589-1.htm#xIjOY4fbWdUufjis.97

(16)- Notre Aventure ; Inov-On ; http://www.inov-on-experience.fr/notre-aventure/

(17) Intelligence collective et Collaboration Générative- SFM II, Robert Dilts

Un article de Jean Luc Monsempès  issu du site de l’Institut Repère

Le leadership conscient

Newsletter #17
Par Jean luc Monsempès, à partir d’extraits du livre de Robert Dilts « Conscious Leadership and Resilience, Orchestrating Innovation and Fitness for the Future.”  Success Factor Modeling Volume III – 

Si le management est souvent associé à l’idée de “faire faire les choses par les autres », le leadership consiste à “donner envie aux autres de faire des choses”. Le management correspond généralement à des buts d’amélioration de la productivité, d’organisation, d’efficacité et d’optimisation dans des contextes de stabilité ; “Le “leadership” s’avère nécessaire pour continuer à aller de l’avant dans des périodes d’incertitude, de turbulence, de transformation sociale et de changement. Le leadership conscient consiste à s’assurer que les individus (y compris vous-même) sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes, à relever les défis, à surmonter les obstacles et à atteindre les objectifs critiques. Quand un changement d’état d’esprit qui “inclut et transcende” nos connaissances et notre conscience antérieures est ajouté aux compétences de leadership, il élève ce dernier à un nouveau niveau que l’on peut appeler le “leadership conscient”. Le leadership conscient est intimement relié aux capacités d’innovation et de résilience.

Leadership et leadership conscient

Pour “aller” quelque part, nous avons besoin au minimum de deux choses : (1) une direction et (2) de l’énergie. Sans direction, nous errons sans but. Sans énergie, nous sommes pris au piège de l’inertie ou de la paralysie. Pour aller quelque part plus aisément, il est également utile d’avoir un véhicule pour nous transporter et, si possible, un chemin à suivre. Dans le cas de l’entrepreneuriat, le véhicule est l’entreprise. Le chemin est le plan, la stratégie ou le “storyboard”. Dans de nombreux cas, il est nécessaire de continuer à la fois à créer le véhicule et à découvrir le chemin après que le voyage ait déjà commencé.

Les capacités liées au leadership

Dans son livre Visionary Leadership Skills (1996), Robert Dilts souligne que, dans son sens le plus large, le leadership peut être considéré comme la capacité d’une personne à impliquer d’autres personnes dans une démarche visant l’atteinte d’un but, dans un système ou un environnement plus vaste. Un leader donne l’exemple et influence les collaborateurs en vue d’atteindre un but dans le contexte d’un système plus vaste. De ce point de vue, le leadership peut se résumer à la capacité à :  a) Exprimer une vision ; b) Influencer les autres pour obtenir des résultats ; c) Encourager la coopération au sein de l’équipe ; d) Etre un exemple.

Ainsi, l’essence même du leadership est d’apporter une direction et de l’énergie, c’est-à-dire d’exprimer une vision et de motiver les personnes. Les visions de l’avenir guident et orientent notre vie et notre travail, en nous inspirant et en nous donnant l’élan nécessaire pour grandir et changer. Les visions partagées par un certain nombre de personnes constituent les fondations d’un travail d’équipe efficace et d’une entreprise ; les visions qui arrivent à être partagées par une multitude de personnes constituent le terreau de l’organisation, de la communauté, de la culture et finalement des progrès de la civilisation.

Leadership conscient et le développement durable

Un leadership conscient implique la construction d’une entreprise durable, en guidant les personnes à partir d’un état de présence centrée, en accédant à de multiples intelligences et en vivant ses valeurs les plus élevées au service d’un but plus vaste, et au bénéfice de toutes les parties prenantes en présence.

Le développement durable est l’un des défis majeurs de tout entrepreneur et leader d’organisations. Le développement durable se définit comme un “développement qui vise à produire une croissance économique durable, tout en assurant la capacité des générations futures à faire de même, en n’excédant pas la capacité de la nature à se régénérer”. En d’autres termes, il s’agit de “permettre un développement qui réponde aux besoins d’aujourd’hui sans porter préjudice à la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins “.

Le développement durable repose sur le principe d’une bonne intendance et responsabilité dans l’utilisation et la gestion des ressources, ainsi que la réalisation d’un équilibre entre la croissance économique, les développements technologiques, et les considérations environnementales. Le succès du développement durable est une préoccupation majeure des entrepreneurs de la prochaine génération et les “zentrepreneurs” (voir SFM Vol. I, pp. 66-73).

Le développement vraiment durable ne se limite pas à la simple survie, il implique aussi la capacité à s’épanouir en tant qu’individu, en tant qu’équipe ou organisation. La survie signifie “continuer à vivre ou à exister en dépit d’un accident ou d’une épreuve” ou “réussir à continuer à vivre dans des circonstances difficiles”. Le mode survie implique une lutte pour maintenir le statu quo, mais nous ne sommes pas nécessairement en croissance ou prêts à le faire. Prospérer signifie “grandir ou se développer” de façon correcte ou vigoureuse ; ou s’épanouir. Ainsi, pour prospérer, nous devons nous adapter de façon dynamique à notre environnement en utilisant les ressources avec sagesse et en nous préparant à l’avenir.

Pour passer d’un mode de survie à un mode dans lequel nous prospérons, les cartes mentales de qui nous sommes et de ce qui est possible pour nous dans le monde doivent s’élargir et nous devons percevoir les anciennes limites d’une toute nouvelle façon. Ce qui exige de sortir de notre ancienne carte mentale et de sortir des sentiers battus, d’apprendre au niveau de ce que l’anthropologue Gregory Bateson appelait l’apprentissage de niveau IV – la création de quelque chose de “complètement nouveau”. Un tel état génératif qui “inclut et transcende” nos connaissances et notre conscience antérieures, et qui constitue un élément clé de notre capacité à faire preuve de résilience et à rester en forme pour l’avenir. L’intégration de ce changement d’état d’esprit quand il est ajouté aux compétences de leadership, élève le leadership à un nouveau niveau que l’on peut appeler le “leadership conscient”.

Comme nous l’avons vu plus haut, les compétences de base du leadership consistent à exprimer une vision, à influencer les autres pour obtenir des résultats, à encourager la coopération en équipe et à donner l’exemple.  Les leaders conscients renforcent ces compétences par leurs qualités d’être suivantes : a) Authenticité ; b) Intelligence émotionnelle ; c) Intentionnalité ; d) Responsabilité.  Le leadership conscient  nécessite la mise en œuvre de nombreuses pratiques telles que :

  1. La formulation et la communication d’une vision significative et inclusive pour toutes les parties prenantes.
  2. La focalisation sur une finalité plus vaste.
  3. L’influence par l’inspiration.
  4. L’équilibre entre l’intérêt personnel et le bien commun, en soi et chez les autres.
  5. Le respect et l’intégration de perspectives multiples.
  6. La conduite par l’exemple (donner l’exemple).
  7. La pratique d’un leadership de soi conscient et une réflexion sur les leçons tirées de l’expérience.

Ce qui caractérise les leaders conscients (état d’esprit, compétences et actions menées) est très complémentaire des  caractéristiques clés des entrepreneurs de la nouvelle génération.  Si tous les entrepreneurs qui réussissent sont aussi des leaders efficaces, tous les leaders compétents ne sont pas nécessairement des entrepreneurs. Le leadership est donc un ensemble d’aptitudes distinctes, mais qui se chevauchent et se complètent par rapport aux caractéristiques des entrepreneurs de la nouvelle génération.

Une modélisation du leadership conscient

Le processus de Modélisation des Facteurs de Succès (SFM ou Success Factor Modeling) a pour but de discerner les caractéristiques et les capacités clés partagées par des entrepreneurs, leaders, et de les traduire en modèles,  outils et compétences spécifiques utilisables par d’autres pour augmenter considérablement leurs chances de réussir.

Avec le SFM, on cherche à créer une carte instrumentale – une carte qui s’appuie sur une variété d’exercices, de formats et d’outils permettant aux gens d’appliquer les facteurs modélisés afin d’atteindre des résultats clés dans le contexte choisi.  Le modèle de base du SFM est le suivant : notre état d’esprit – qui est constitué de notre état intérieur, de notre attitude et de nos processus de pensée – détermine nos actions et ce que nous faisons (comportements externes) et le type de mesures adoptées dans une situation donnée. Ces actions, à leur tour, créent des résultats dans le monde extérieur qui nous entoure.

Une prémisse clé de la modélisation des facteurs de réussite est que l’atteinte des résultats souhaités dans notre environnement exige un état d’esprit approprié afin de produire les actions nécessaires et appropriées.

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Les quatre résultats attendus par les leaders conscients

Dans une entreprise qui réussit, les aptitudes du leader sont focalisées sur l’obtention de quatre résultats organisationnels fondamentaux  :

1 – Obtenir des résultats

Tout leadership efficace est orienté vers l’atteinte d’un résultat et il est évalué sur l’obtention de ce résultat. Le leadership consiste essentiellement à influencer les autres pour atteindre les résultats souhaités, c’est-à-dire à les diriger vers quelque chose.  “Les leaders communiquent avec d’autres leaders par leurs réalisations”. Ainsi, le vrai leadership est moins une question d’autorité acquise par une position hiérarchique ou un statut, que d’une autorisation donnée aux autres à exprimer leurs compétences. Pour obtenir des résultats, il faut de la détermination personnelle, une capacité à habiliter les autres, et une recherche continue d’amélioration.

Pour les entrepreneurs de la nouvelle génération, les résultats à atteindre correspondent aux catégories suivantes : Construire une entreprise qui réussit de façon et durable ; Contribuer à la société et à l’environnement ;  Grandir personnellement et spirituellement ; Soutenir le bien-être émotionnel et physique de soi et des autres ; Partager des visions et des ressources avec une communauté de pairs afin d’ouvrir de nouvelles possibilités.

2 – Promouvoir le changement 

Le changement est une réalité de la vie.  Le changement est à la fois la source et le résultat de toutes les interactions au sein d’un système.  Dans un système dynamique, “la seule constante est le changement”.  Les capacités  à promouvoir et à gérer le changement sont nécessaires à la fois à la survie et à la croissance. Ainsi, la capacité à innover, à s’adapter et à s’ajuster est essentielle à la survie et à la croissance de toute entreprise ou organisation.  Cela nécessite le développement et le renforcement d’une vision et d’un esprit d’entreprise au sein de l’entreprise.  La promotion d’un changement productif exige du leader la capacité à concevoir et à exprimer une vision, la capacité à s’efforcer d’améliorer et de partager les connaissances et les ressources de façon efficace.

3 – Développer les personnes 

Les leaders et les entrepreneurs obtiennent des résultats et créent des changements positifs grâce aux efforts des personnes avec lesquelles ils travaillent.  Les personnes représentent la ressource la plus précieuse de toute entreprise, mais pour obtenir des résultats et gérer les changements de façon constante, ces personnes doivent grandir et se développer.  Le développement des personnes vient de la capacité du leader à les motiver et à les responsabiliser, à les encourager à travailler ensemble en collaboration et à développer leur potentiel individuel par le biais du coaching.

4 – Réaliser les valeurs 

Dans une organisation, les valeurs forment une sorte de cadre non physique qui entoure toutes les interactions des personnes au sein du système.  Les valeurs et les croyances connexes déterminent la façon dont les événements et l’information sont interprétés et acquièrent un sens.  Les valeurs sont donc la clé de la motivation et de la culture d’une organisation humaine.  Les valeurs et les croyances partagées constituent le “ciment” qui unit les membres d’une organisation ou d’une équipe efficace. Ces valeurs et croyances forment “l’ADN ” de l’entreprise. Steve Jobs disait que l’excellence, la facilité d’utilisation et le “design génial ” étaient la “raison d’être” d’Apple.  La réalisation des valeurs est favorisée par la capacité du leader à agir de façon cohérente et à être un exemple de ce qu’il veut obtenir, et à encourager constamment les autres à le faire aussi par le partage et le coaching.

Les quatre actions fondamentales des leaders efficaces

Les résultats attendus dans le jeu extérieur sont atteints grâce à des actions extérieures appropriées. Les actions comportementales les plus fondamentales mises en œuvre par les leaders qui réussissent sont : l’habilitation, le coaching, le partage et l’étirement.

1 – L’habilitation 

Elle consiste à promouvoir l’expression du potentiel individuel (encourager l’autonomie, la prise de responsabilité et l’autorité) afin d’obtenir des performances plus efficaces, individuellement et en coopération avec les autres. L’habilitation (empowerment) implique la capacité à faciliter les conditions qui permettent aux individus de mieux s’exprimer, de reconnaître la valeur de leur travail et de stimuler leur croissance personnelle et professionnelle ainsi que leur estime de soi. L’habilitation est nécessaire pour obtenir des résultats et développer les gens.

« Chacun a une pancarte invisible accrochée à son cou qui dit : “Faites-moi sentir que je suis important. N’oubliez jamais ce message lorsque vous travaillez avec les gens.“Mary Kay Ash – Mary Kay Cosmetics

« Une entreprise est simplement un groupe de personnes. Et en tant que leader, il faut savoir écouter, savoir motiver, savoir louer et rechercher ce qu’il y a de mieux chez les gens. Les gens ne sont pas différents des fleurs. Si vous arrosez les fleurs, elles fleurissent et si vous louez les gens, ils fleurissent. Et c’est là une caractéristique essentielle d’un leader.”Richard Branson – Fondateur du groupe Virgin

2 – Le coaching

Il consiste à aider les gens à développer leurs compétences et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Des coachs efficaces aident les individus  à se fixer des objectifs clairs et les aident à les atteindre en leur offrant conseils et feedbacks et en étant un bon exemple ou un modèle à suivre. L’objectif du coaching est d’aider les gens à développer leur confiance et leurs compétences et à intérioriser et mettre en œuvre pleinement leurs valeurs et leurs capacités. Le coaching est essentiel au développement des personnes et à la réalisation des valeurs.

« Pour créer une équipe performante, nous devons remplacer les activités de management habituelles comme la supervision, la vérification, le suivi et le contrôle par de nouveaux comportements comme le coaching et la communication. » Ray Smith – PDG, Bell-Atlantic

« Chaque personne a tellement de pouvoir à l’intérieur d’elle-même que ce pouvoir a besoin d’être libéré. Parfois, ils ont juste besoin d’un petit coup de pouce, d’une petite direction, d’un peu de soutien, d’un peu de coaching, et les plus grandes choses peuvent arriver“. Pete Carroll – entraîneur-chef de la NFL.

3 – Le partage

Il implique l’échange d’informations et de savoir-faire.  Il repose sur la diffusion des connaissances et la promotion du dialogue entre les personnes. Pour le leader, le partage consiste à définir la vision, les valeurs et les objectifs de l’entreprise et à clarifier les “règles du jeu”.  Le partage fait également appel à la capacité à faire participer les personnes à l’atteinte des objectifs, y compris la participation à des réunions au cours desquelles des idées et informations sont échangées, afin de parvenir à une véritable collaboration et à un véritable consensus en ce qui concerne les objectifs, les résultats et les actions.  Un partage efficace résulte de l’expression d’une vision claire et d’un accès facile à des ressources qui appuient les changements nécessaires pour réaliser cette vision. Le partage est nécessaire à la réalisation des valeurs et à la promotion du changement.

Partagez vos connaissances. C’est un moyen d’atteindre l’immortalité“.  Dalaï Lama XIV

Le partage de l’information, c’est le pouvoir.  Si vous ne partagez pas vos idées, les gens intelligents ne peuvent rien y faire et vous resterez anonyme et impuissant”. Vent Cerf Développeur de DARPA Net, “Chief Internet Evangelist” pour Google, Inc.

4 – L’extension (Stretching) 

Il implique la capacité à remettre en question les habitudes établies, d’innover et de prendre des risques afin de s’améliorer continuellement. L’extension exige aussi la volonté d’essayer de faire plus avec des ressources limitées et d’obtenir des résultats plus rapidement, à moindre coût et de meilleure qualité.  Ainsi, l’extension consiste à “repousser les limites de l’enveloppe”, à inspirer les autres à l’action, à s’efforcer d’en faire plus et à aller au-delà des limites du statu quo et de l’acceptable. Des extensions sont nécessaires à la promotion du changement et l’obtention de résultats.

Quand vous essayez de faire la différence, quand vous essayez de faire quelque chose de différent, il va y avoir ce moment instinctif : “Est-ce que c’est juste ? Est-ce que ce n’est pas juste ?  Si vous n’avez pas de doute, c’est que vous ne poussez pas les limites assez loin”. Tony Fadell – Nest

La passion de l’extension de soi et la capacité à s’y tenir ; même (ou surtout) quand ça ne va pas bien ; est la marque de l’état d’esprit de la croissance”. Carol S. Deck – Auteur de Mindset : la nouvelle psychologie du succès.

Les neuf qualités clés de l’état d’esprit des bons leaders

Si les quatre actions fondamentales de leadership se rapportent à ce que les leaders font de différent pour obtenir des résultats extérieurs, les qualités du leadership se rapportent à ce qui constitue l’état d’esprit du leader et des qualités internes qui y sont associées. Les actions de leadership définissent les comportements extérieurs des leaders ; les qualités de leadership définissent les processus internes et l’état d’esprit qui organise ces actions.

Selon le modèle SFM de leadership de l’AFD, neuf qualités intérieures fondamentales composent l’état d’esprit des leaders qui réussissent.  Rien de surprenant si ces qualités se recoupent dans une certaine mesure avec celles qui constituent l’état d’esprit des entrepreneurs de la nouvelle génération qui réussissent. Il y a cependant un certain nombre d’autres qualités qui sont essentielles et uniques à un leadership conscient et réussi.

Les leaders efficaces mènent à bien les quatre actions suivantes : habilitation, coaching, partage et extension au travers de leur passion, vision, ambition, détermination, ouverture d’esprit, cohérence, motivation et générosité et l’exemplarité.

1 – La passion

Elle consiste à trouver ce à quoi vous tenez profondément et pour lequel vous avez du talent de poursuivre ce but de tout votre cœur. La passion vient d’une totale connexion avec soi-même, avec son identité la plus profonde, et de la découverte de ce qui nous apporte enthousiasme et énergie. Il s’agit de relier ce qui vous tient à cœur à ce que vous faîtes.  À l’instar de son rôle dans l’entrepreneuriat de la nouvelle génération, la passion est à la base de toutes les autres qualités clés du leadership.

Les gens disent qu’il faut avoir beaucoup de passion pour ce que l’on fait et c’est tout à fait vrai.  Et la raison en est que c’est tellement difficile que si vous ne le faites pas, toute autre personne rationnelle abandonnerait. C’est vraiment difficile et il faut le faire sur une longue période de temps.  Donc, si vous ne l’aimez pas (votre activité), si vous ne vous amusez pas à le faire, et si vous ne l’aimez pas vraiment, vous allez abandonner”. Steve Jobs

Sans passion, vous n’avez pas d’énergie.  Sans énergie, vous n’avez rien”. Buffet Warren – Berkshire Hathaway

2 – La vision

Elle consiste à se fixer et rester concentré sur l’ensemble de la situation et les objectifs à long terme. La vision consiste à voir au-delà du présent, à imaginer les possibilités futures et à définir clairement ses ambitions, en adoptant des plans à long terme et une vision holistique. La vision fournit la motivation pour s’étendre et partager au service de la promotion du changement.

Tous les individus qui réussissent, hommes et femmes, sont de grands rêveurs.  Ils imaginent ce que pourrait être leur avenir, idéal à tous points de vue, puis ils travaillent tous les jours à la réalisation de leur vision lointaine, de cet objectif ou de ce but”.  Brian Tracy – La psychologie de la réussite

Les bons chefs d’entreprise créent une vision, articulent la vision, s’approprient passionnément la vision et la mènent sans relâche à son terme”. Jack Welch – Ancien PDG, General Electric

3 – L’ambition

Elle consiste à avoir “un fort désir de faire ou d’accomplir quelque chose”.  L’ambition consiste à orienter ses actions vers l’obtention de résultats particuliers ; à maintenir un haut niveau d’implication vers leur réalisation. L’ambition vient de notre désir inné de croissance et de maîtrise et elle implique l’engagement à travailler concrètement et efficacement, en visant à atteindre un niveau d’excellence.  L’ambition unit les actions d’extension et d’habilitation et les oriente vers l’obtention de résultats.

” Des attentes élevées sont la clé de tout”. Sam Walton – Wal-Mart

“Restez à l’écart des gens qui essaient de déprécier vos ambitions.  Les petites personnes font toujours cela, mais les gens vraiment géniaux vous font sentir que vous aussi, vous pouvez devenir grand”. Mark Twain

4 – La détermination

Elle consiste à être résolu et ferme dans sa mission et son but.  La détermination favorise la volonté de prendre des risques et de tenter de nouvelles solutions.  C’est l’expression d’une implication émotionnelle dans l’atteinte du résultat souhaité, c’est-à-dire l’acte de “d’y mettre son cœur”.  La qualité de la détermination est essentielle à l’extension.

Votre travail va occuper une grande partie de votre vie, et la seule façon d’être vraiment satisfait est de faire ce que vous croyez être un grand travail…. Nous sommes tout simplement enthousiasmés par ce que nous faisons”.  Steve Jobs – Apple Inc.

Les deux choses sur lesquelles nous nous concentrons vraiment chez nous et les autres, semblent simples, mais elles finissent par être très difficiles : le courage et le génie. Le courage, on en parle beaucoup parce que les individus peuvent l’apprendre. Le courage, qui consiste à ne pas abandonner face à l’adversité et à être absolument déterminé à réussir est quelque chose pour lequel vous pouvez vous forcer. Cela peut être très douloureux, mais vous pouvez vous forcer à le faire. L’aspect génie est plus difficile à forcer. Le courage sans le génie ne vous mènera peut-être pas là où vous voulez aller, mais le génie sans le courage ne vous mènera certainement pas là où vous voulez aller. » Marc Andreessen – Andreessen Horowitz

5 – L’ouverture

Elle consiste à communiquer pour partager. L’ouverture vient de la curiosité et de la disponibilité aux nouvelles idées. Elle exige d’avoir foi en l’autre et de développer l’estime et le respect réciproques. L’ouverture est la qualité clé nécessaire au partage.

On retrouve souvent chez la plupart des entrepreneurs l’envie de garder leur idée près d’eux et de n’en parler à personne parce qu’elle est si spéciale. C’est presque toujours une erreur. C’est une erreur parce que votre véritable avantage concurrentiel n’est pas d’avoir eu cette idée géniale qui est enfermée dans votre placard, qui peut être pertinente ou pas et pour laquelle vous n’avez aucune idée de ce qu’elle vaut. Votre avantage concurrentiel réel est votre capacité à rassembler de l’intelligence autour de l’idée pour savoir si elle fonctionne ou pas, à constituer la bonne équipe, à faire les bons apprentissages, et surtout à se mettre en mouvement”.  Reid Hoffman – LinkedIn

Une autre qualité des bons leaders et entrepreneurs qui me semble importante est d’avoir l’esprit flexible, ou ouvert d’esprit. Je ne dis pas que vous ne devriez pas avoir une vision pour votre idée ou votre produit, mais vous devez être ouvert aux changements”. Jessica Livingston – Y Combinator.

6 – La cohérence

Elle consiste à être fidèle à ses paroles par ses actions (c.-à-d. “passer de la parole aux actes “). La cohérence consiste à adhérer à ses valeurs et à ses croyances et à agir de façon éthique et cohérente dans le temps. La cohérence est une qualité essentielle pour le coaching et le partage et elle est essentielle à la réalisation des valeurs.

Penser, c’est facile. Agir est difficile. Agir comme on pense est le plus difficile”. Johann Wolfgang Von Goethe

Le leadership, c’est faire ce qui est juste quand personne ne regarde”. George Van Altenburg

Ceux qui ont la chance d’avoir le plus de talent ne sont pas nécessairement plus performants que les autres. Ce sont les gens qui assurent le suivi qui excellent”.  Mary Kay Ash – Mary Kay Cosmetics

7 – La motivation:

Elle consiste à Investir de l’énergie dans l’action. La motivation, c’est le désir d’aller de l’avant, d’être “là” et de s’engager avec passion. Il s’agit de se connecter avec ses valeurs fondamentales et de se consacrer à ce que l’on a choisi de faire. La motivation, lorsqu’elle est mise en pratique par l’habilitation et le coaching, est la qualité essentielle du développement des personnes.

Pour réussir, vous devez avoir votre cœur dans votre entreprise, et votre entreprise dans votre cœur”. Thomas Watson – Fondateur d’IBM

Tu dois travailler dur pour les choses que tu aimes le plus”. Carol S. Deck – Auteur de Mindset : the New Psychology of Success.

Le leadership est l’art d’amener quelqu’un d’autre à faire quelque chose que vous voulez faire parce qu’il ou elle veut le faire”. Dwight Eisenhower

8 – La générosité

Elle consiste à consacrer du temps et un engagement personnel afin de contribuer à la reconnaissance et au développement du potentiel des autres. C’est la qualité de disponibilité aux autres pour leur donner plus de temps ou plus de ressources que ce qui est strictement nécessaire ou attendu.  La générosité est la première qualité requise pour l’habilitation.

Mon but est de vivre ma vie de telle sorte que quand je meurs, quelqu’un puisse dire qu’elle s’en souciait”.  Mary Kay Ash  – Mary Kay Cosmetics

Nous vivons dans un monde interdépendant.  Chaque fois que vous coupez les opportunités de quelqu’un d’autre, vous réduisez vos propres horizons”. Bill Clinton

Vous n’avez pas vécu aujourd’hui tant que vous n’avez pas fait quelque chose pour quelqu’un qui ne pourra jamais vous rembourser”. John Bunyan

9 – L’exemplarité

Elle consiste à fournir un modèle de référence crédible et fiable à suivre.  Le fait d’être un exemple se rapporte à la congruence entre “message” et “messager”, en proposant des suggestions qui démontrent comment tirer les leçons de l’expérience.  Le désir de fournir un bon exemple est le fondement de l’action du coaching.

Si vous savez exactement ce que vous voulez être, vous devez passer autant de temps que possible avec des gens qui le sont déjà”.  Gary Vaynerchuk, Bibliothèque du vin

Dans le leadership, les gens vous regardent et acquièrent de la confiance, en voyant comment vous réagissez.  Si vous avez confiance, ils ont confiance”.  Tom Landry – Entraîneur-chef de la NFL…..

C’est bien mieux de fréquenter des personnes meilleures que vous.  Choisissez des associés dont le comportement est meilleur que le vôtre et vous irez dans cette direction”. Warren Buffet – Berkshire Hathaway.

Commentaires

ConsciousLeadershipAndResilienceConscious Leadership and Resilience est le troisième volume d’une série d’ouvrages sur la Modélisation des facteur de Succès (SFM), une méthodologie développée à l’origine par Robert Dilts et son défunt frère John Dilts (voir SFM Vol. II, pp. 236-246) afin d’identifier, de comprendre et d’appliquer les facteurs critiques de réussite qui motivent et soutiennent des personnes, groupes et organisations exceptionnels.

Le Success Factor Modeling est fondé sur un ensemble de principes et de distinctions qui sont particulièrement bien adaptés à l’analyse et la distinction des schémas cruciaux en matière de pratiques d’entreprises et de compétences comportementales utilisés par des individus, des équipes et des entreprises efficaces pour atteindre les résultats souhaités. Le processus SFM™ sert à établir des distinctions sur les caractéristiques et les capacités clés partagées par des entrepreneurs, des équipes et des chefs d’entreprise, puis à définir des modèles, des outils et des compétences spécifiques qui peuvent être utilisées par d’autres pour augmenter considérablement leurs chances d’avoir un impact et de réussir.

L’objectif du processus SFM est de créer une carte instrumentale – une carte qui s’appuie sur une variété d’exercices, de formats et d’outils permettant aux gens d’appliquer les facteurs modélisés afin d’atteindre des résultats clés dans le contexte choisi. Pour ce faire, SFM applique le modèle de base suivant :

  • Notre état d’esprit – qui est constitué de notre état intérieur, de notre attitude et de nos processus de pensée – produit des actions comportementales extérieures.
  • Les actions. Notre état d’esprit détermine ce que nous faisons, les comportements et le les mesures spécifiques que nous prenons dans une situation donnée.
  • Les résultats. Les actions menées créent à leur tour des résultats dans le monde extérieur.

Une prémisse clé de la modélisation des facteurs de réussite est que l’atteinte des résultats souhaités dans notre environnement exige un état d’esprit approprié afin de produire les actions nécessaires et appropriées.

Un article issu du site de l’excellent Institut Repère

Intelligence collective et leçons du vivant 1/2

Newsletter #17
Quand on parle d’intelligence collective, on fait référence à la capacité d’un groupe à s’auto-organiser et à faire preuve d’un comportement global qui témoigne d’une aptitude cognitive plus importante que celle de n’importe laquelle des membres qui le composent. L’Intelligence collective repose sur les principes suivants : a) chaque membre du groupe ne possède qu’une connaissance partielle de l’environnement et n’a pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe auquel il appartient ; b) les interactions multiples au sein du groupe permettent d’obtenir une performance collective supérieure à la somme des performances individuelles ; c) chaque membre du groupe trouve un bénéfice à collaborer avec les autres membres, car sa performance au sein du groupe est bien meilleure que s’il était seul.

Si les principes de l’intelligence collective trouvent un écho très favorable depuis quelques années dans le monde des organisations, ce n’est certainement pas quelque chose qui a été inventé récemment par les humains comme solution nouvelle aux défis de créativité et de compétitivité de ces organisations. Car l’intelligence collective a toujours existé dans le vivant, elle est le propre du vivant et elle est le produit des interactions du vivant. L’intelligence collective n’est donc pas quelque chose à inventer mais à redécouvrir. Tout ce que nous avons besoin de savoir sur l’intelligence collective se trouve dans la nature. La science décrira cette intelligence par le terme d’émergence. Les propriétés d’émergence s’observent à tous les niveaux du vivant, du monde microscopique au monde macroscopique.

Cette première partie d’article décrit la nature des liens naturels que les organismes vivants qui habitent notre terre établissent pour survivre et prospérer. Nous verrons en quoi l’humain est naturellement si proche des animaux, les constructions mentales et matérielles qui on écarté et séparé l’humain du monde de la nature, et son besoin moderne de réinventer cette intelligence de la nature pour l’appliquer avec succès au monde de l’entreprise. Le regard de la science sur l’intelligence collective ne fait que confirmer les lois de la nature.

Les leçons de la nature sur l’intelligence collective

Dans la nature, les êtres vivants, qu’ils soient végétaux ou animaux, sont confrontés à des conditions de vie en évolution constante. Pour subsister ou survivre, ils doivent donc s’adapter, changer certains aspects de leur corps, fabriquer des substances vénéneuses, modifier leurs comportements, établir des liens de compétition (dans les cas où les ressources sont limitées où la cohabitation est nuisible), de prédation (une espèce se nourrit aux dépens d’un autre), de mutualisme (les deux espèces trouvent un avantage en termes de protection, de nutrition, de pollinisation, etc.), ou de symbiose (les deux espèces ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre).

L’intelligence des animaux et des plantes

L’intelligence d’un être vivant, c’est-à-dire sa capacité à s’adapter à son environnement, résulte de l’intelligence des relations internes entre ses propres constituants (atomes, molécules, cellules, organes…etc) et des relations avec son milieu extérieur. L’intelligence d’un groupe est le produit de l’émergence de l’intelligence de l’ensemble de ses membres en relation avec son milieu extérieur.

L’intelligence collective s’observe chez de nombreux animaux, par exemple les insectes sociaux (fourmis, abeilles, termites…etc.), les espèces se déplaçant en formation (oiseaux migrateurs, bancs de poissons) ou chassant en meute (loups, hyènes, lionnes). L’intelligence collective existe aussi dans les relations entre végétaux et ces derniers peuvent échanger et coopérer pour maintenir des équilibres profitables à tous.

En agissant collectivement, les insectes sociaux comme les fourmis (1) sont capables de résoudre des problèmes qu’ils ne seraient pas en mesure d’affronter seuls. Individuellement chaque fourmi possède un système neuronal limité. Chaque fourmi est intégrée dans la colonie par l’intermédiaire des signaux définissant les rôles respectifs. Le travail collaboratif qui se réalise sans chef ni autorité, a pour but l’adaptation de la colonie aux conditions climatiques et aux conditions des terrains exploités, la résolution des problèmes, mais aussi l’optimisation de l’énergie et de la force.

L’ensemble des organismes vivants qui habitent notre terre résulte d’équilibres (ou écosystèmes) qui se sont construits pendant des millions d’années, en réponse à des influences systémiques endogènes et exogènes. Ces organismes sont interdépendants et n’existent qu’au travers de leurs connexions et de leurs interactions. Tout ce qui est vivant ne survit et ne se développe que par les liens établis avec son environnement.

Pour des biologistes tels que Pablo Servigne et Gauthier Chapelle (2), qui ont fait la synthèse des connaissances récentes en matière d’évolution, le moteur de l’évolution est bien plus l’entraide que la loi du plus fort. Dans la nature, la coopération est bien plus présente que la compétition, chez toutes les espèces, et depuis toujours. C’est plus qu’une loi, c’est un principe du vivant. Ce ne sont pas les espèces les plus fortes qui survivent, mais celles qui ont su le plus coopérer avec leur environnement, afin de créer quelque chose qui au final est toujours supérieur à la somme des parties. La nature nous enseigne également que c’est dans les périodes d’instabilité et de pénurie que les organismes vivants développent des mécanismes d’intelligence collective dont le but est l’adaptation ou la préservation. Seules les périodes de stabilité et d’abondance peuvent être propices à la compétition.

La prédominance de la coopération sur la compétition n’est pas une idée nouvelle car Charles Darwin le disait déjà au XIXe siècle, de même que le géographe russe Pierre Kropotkine au début du XXe siècle. Ces théories qui découlent de l’observation de la nature ont été par la suite oubliées ou déformées, au profit d’une version “orientée” de l’évolution darwinienne. A l’époque où Charles Darwin menait ses travaux, il était courant de se servir des découvertes de la science pour justifier toutes sortes d’idéologies. « Les théories de la sélection naturelle et de la survie du plus fort collaient bien avec la logique d’un capitalisme naissant, les politiques expansionnistes européennes, le colonialisme, la domination de peuples par d’autres ». « Depuis 30-40 ans, cette idéologie s’est immergée dans le néolibéralisme, une culture de l’égoïsme généralisé, toxique pour la société ».

Pour Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, cette culture de l’égoïsme et de la compétition à outrance désagrège la cohésion sociale, en particulier en accroissant les inégalités et en augmentant le niveau de stress et d’agressivité. Les auteurs citent les travaux de l’expert en zootechnie William Muir dans les années 1990 sur les poules pondeuses. En regroupant les poules les plus performantes comme pondeuses, il a constaté que les poules ne cessaient de s’agresser dans une compétition généralisée et que la production chutait rapidement. Dans un autre groupe de poules faisant coexister toutes les caractéristiques de pondeuses, les rendements augmentaient de façon importante. C’est ce que les biologistes appellent la “symbiodiversité”, un état d’équilibre naturel entre compétition et coopération.

Dans le monde du vivant, l’humain est une espèce à part

Il y a bien sur une continuité entre le monde animal et humain. A l’aube de l’humanité, la capacité à coopérer était une des conditions de la survie du groupe. L’empathie est donc inscrite au plus profond de notre être et l’entraide est en grande partie spontanée chez l’être humain, comme de nombreux travaux l’ont démontré sur de très jeunes enfants.

Ce qui distingue profondément l’humain des autres animaux, c’est l’importance donnée au développement de la notion de culture, dans des sociétés de millions ou dizaine de millions d’individus.  Même si les règles et normes culturelles influencent profondément les relations humaines en favorisant les stratégies individualistes, l’entraide et la coopération restent des capacités fondamentales du monde vivant. Pour les scientifiques actuels, la séparation entre nature et culture ne serait qu’un mythe de la modernité.

Mais contrairement à l’intelligence de la nature qui a un caractère très prévisible, l’homme conserve la capacité à s’affranchir des contraintes culturelles, pour retrouver son empathie naturelle et mettre ses capacités d’entraide au service de nouveaux projets. De plus, l’homme est le seul animal capable de déterminer de déployer des compétences de chef de projets individuels et collectifs. L’homme est un animal qui serait en mesure de choisir son destin et celui de sa communauté.

Tout au long de ses révolutions cognitives, agricoles, industrielles, l’humain a développé d’exceptionnelles capacités d’adaptation individuelles et collectives, et a cru ainsi pouvoir dominer la nature et le vivant. Cette illusion l’a coupé de l’intelligence du vivant. Les hommes ont construit des organisations dont les relations étaient basées sur le pouvoir, la domination et la compétition individuelle. Les principes qui permettent au collectif de donner le meilleur de lui-même, à savoir l’empathie, la bienveillance, la confiance, l’autonomie… ont été le plus souvent délaissés. Les hommes ont conçu des organigrammes pyramidaux « top down », qui symbolisent une chaîne de commandements, le cloisonnement des fonctions et des personnes, et qui illustrent une vision mécaniste et tayloriste de l’organisation humaine. Cette organisation pyramidale repose sur le présupposé que les collaborateurs ne peuvent être fiables et performants en dehors d’un contrôle. Les relations reposent sur la défiance et non la confiance. Hors il ne peut y avoir d’intelligence collective dans une relation de méfiance. La structure de cette organisation pyramidale s’oppose radicalement à la mise en œuvre de l’intelligence collective. Cette structure fige les idées, les interactions et la créativité. Vouloir créer de l’intelligence collective au sein d’un système hiérarchisé est voué à l’échec. C’est une des raisons pour laquelle tant d’experts du management ont recommandé la réduction ou la disparition des niveaux hiérarchiques.

Quelques histoires d’organisations collectivement intelligentes

Les organisations ont bien compris que pour s’adapter et prospérer durablement dans un environnement complexe et instable, elles avaient besoin d’un bon niveau d’agilité, d’adaptabilité et de créativité. Robert Dilts nous en donne un exemple en citant le cas d’une équipe de travail de 20 personnes qui dans le champ des télécommunications, a été capable de faire bien mieux qu’une équipe de 1000 personnes. Comment expliquer cela ? La différence qui fait la différence est dans la mise en œuvre des mécanismes de l’intelligence collective, dont le but est de renforcer aussi bien le tout que ses parties. Ceux qui voudront reproduire ce type de miracle ne doivent pas oublier que les meilleurs enseignements en matière d’intelligence collective viennent de la nature.

« Houston… we’ ve had a problem »

Le 14 avril 1970, à 3 heures du matin, Jack Swigert  annonce la panne du vaisseau de la mission Apollo 13 en route vers la Lune. L’un des réservoirs d’oxygène du module Odyssey a explosé, le rendant totalement inhabitable. Les trois astronautes se réfugient dans le module lunaire Aquarius prévu pour deux. Au siège de la NASA, une course contre la montre s’organise pour ramener les trois hommes sains et saufs sur Terre. Les probabilités de réussite sont très faibles. La décision est de poursuivre le trajet vers la lune et utiliser l’orbite lunaire pour revenir sur Terre. Dans l’Aquarius, les réserves d’eaux sont réduites et les astronautes risquent de mourir étouffés par le taux de CO² qui augmente rapidement. En un temps record, les ingénieurs de la Nasa arrivent à bricoler un filtre à air pour éliminer l’excès de CO². Les astronautes sont sauvés. Cet exploit a été possible, car pendant trois jours, les frontières entre métiers, fonctions, services ou départements ont été abolies. Un cerveau collectif s’est mis en place autour d’un seul objectif, celui du sauvetage de l’équipage.

Les Beatles : l’unanimité comme force

Dans son livre « Découvrir l’intelligence collective », Olivier Piazza (7) évoque les pratiques collectives des Beatles. « Les Beatles ne répliquaient aucune recette connue. Ils traçaient leur propre chemin, en toute autodétermination, sans crainte du jugement des autres, connectés à leur plaisir de jouer et de s’amuser. C’est ainsi ce comportement collectif qui leur a valu de signer chez EMI…Aussi surprenant que cela puisse paraître au vu du statut incroyable de John Lennon ou de Paul McCartney, les Beatles étaient un groupe sans leader unique. Georges Harrison souligne : « Chez nous, chacun fait partie d’un tout. » Les Beatles en tant que super-Organisme ! « Nos costumes faisaient de nous une seule et même personne » complète McCartney. Toutes leurs décisions étaient prises à l’unanimité. « J’ai toujours été fier qu’on formait une démocratie. C’était une des caractéristiques de The Beatles : pour qu’une idée soit mise en action, il fallait  que nous votions tous les quatre pour décider »  dit aussi Paul McCartney.

La résolution d’énigmes médicales

En 2014, le Undiagnosed Disease Network (3), a été créé aux USA par les National Institutes of Health. Un réseau interdisciplinaire d’une centaine de médecins détectives a été constitué sous la coordination de la Harvard Medical School, pour tenter de porter un diagnostic sur des maladies restées mystérieuses depuis bien des années. Le réseau de médecins a jusqu’à présent découvert 132 des 382 maladies auparavant inconnues, soit environ 35 pour cent. 80% des diagnostics réalisés par le réseau médical, a permis des améliorations thérapeutiques, diagnostiques ou préventives.

Des habitants transforment leur ville

La petite ville japonaise d’Iwate (4) était sinistrée, puisque les usines fermaient les unes après les autres. Le maire, Hiroya Masuda, eut  l’idée en 2001 d’inviter ses 8800 administrés à rassembler leurs idées dans des « boîtes à suggestions » pour faire de leur cité une slow city (ville lente) qui replace la relation humaine au centre des choses, par exemple une ville dans laquelle les habitants pourraient rentrer tôt à la maison, se promener en famille et bavarder avec leurs voisins. En moins de dix ans, Iwate est devenue la première ville du japon en matière de tourisme vert et d’énergies renouvelables. Là aussi la clé de la réussite réside dans l’intelligence collective de ses habitants.

Le mouvement de la libération de Kiabi

Les dirigeants de Kiabi (5) mènent depuis 2012 ce qu’ils appellent « le mouvement de la libération de Kiabi », qui s’articule autour de 3 valeurs clés a) Aligner l’ensemble des personnes de l’écosystème, b) Prendre des décisions avec audace et autonomie, c) Donner à chacun la possibilité de contribuer à quelque chose de plus grand que soi. La transformation de l’entreprise avait pour but d’impacter la performance sociale et économique de l’entre­prise, en créant un environnement de bien-être par une écoute authentique et véritable fondée sur « la tête, le cœur et les tripes », en libérant la parole et la capacité à donner du feedback, et en mettant en place un cadre commun de construction des axes du développement pour les dix ans à venir, un cadre dans lequel l’ensemble des collaborateurs étaient invités à partager leurs idées,  et enfin en réinventant collectivement l’organisation. En 2018, les dirigeants déclarent être fiers du niveau d’engagement et d’implication que cette libération a apporté au sein de l’entreprise ; de l’apprentissage qui en a découlé, avec une vraie volonté de transmettre le savoir-faire de façon or­ganisée, et enfin de la liberté de parole et la confiance au sein de l’entreprise. L’engagement des collaborateurs chez Kiabi est mesuré par une écoute quotidienne, et Kiabi a obtenu la 2e place du Palmarès Best Workplaces France 2018

L’aventure des bikers d’Harley Davidson

En 1983, Harley Davidson (15) est une entreprise au bord de la faillite. Ses dirigeants mettent alors en place un plan d’action permettant aux collaborateurs de proposer des idées innovantes et de les réaliser ensemble. Un des salariés propose la création des Harley Owners Group (Hog). Vingt ans après, ils sont près d’un million d’adhérents à travers le monde et 10 000 en France à appartenir à ce formidable outil de fidélisation et de relation clients. Chaque concessionnaire Harley a l’obligation de créer une association qui devient l’un des “chapters” du Hog français, lui-même branche du club mondial. Les nouveaux clients se voient offrir la première année de cotisation au “chapter” de sa concession. « Les membres se retrouvent régulièrement pour faire vivre le club et créer des événements autour de la marque », explique François Tarrou, directeur marketing Harley-Davidson France. « Nous ne menons quasiment pas d’opération de marketing direct offensive sur le fichier de membres du Hog français, car nous ne les considérons pas comme de simples consommateurs. Nous préférons développer avec eux un fort sentiment d’appartenance à la marque ». Les clients adhérents dépensent en moyenne 40 % de plus que les clients non-adhérents. D’autres collaborateurs de Harley Davidson ont également inventé un nouveau design de moto et un nouvel arbre de transmission, plus performant. Ces innovations ont rapidement redressé l’entreprise qui a alors renoué avec la croissance.

La victoire des Bleus au mondial de foot

Trois facteurs semblent avoir été réunis pour permettre aux Bleus d’être champions du monde en 2018 : 1) Le leadership assumé de Didier Deschamp (6) qui transparaît au travers de son expérience de sélectionneur, de sa capacité à influencer et à fédérer un collectif, de sa capacité à définir un cadre et à le faire respecter par les équipes, et de sa capacité à créer un climat de confiance ; 2) La construction d’un groupe soudé et fraternel qui a constitué une force collective redoutable. Didier Deschamp a sélectionné de jeunes joueurs compétents, aux personnalités très différentes, mais surtout capables de jouer collectif. Il a aussi créé un cadre dans lequel l’exigence, l’exemplarité et l’équité primaient ; 3) Le partage d’un objectif commun, celui de la victoire. Didier Deschamps invitait ses joueurs  à apprendre de leurs échecs passés (l’Euro 2016 pour certains joueurs), pour faire différemment à chaque nouveau match et contribuer à la victoire.

La victoire des Bleus a transformé son leader lui-même, qui a appris à transparaître ses émotions au fil des matchs, ce qui était bien peu dans ses habitudes.

Le regard de la science sur l’intelligence collective

Les histoires de réussites collectives illustrent bien le propos de cet article. Des histoires qui racontent toutes que la pensée collective est de qualité bien supérieure à la somme des individus qui la compose. Devant cette affirmation, la science serait en droit de demander des preuves. Deux travaux peuvent répondre à cette exigence de preuve.

Les conditions d’apparition de l’intelligence collective

Thomas Malone du Centre pour l’intelligence collective du MIT (8) a étudié, avec l’aide de chercheurs de diverses universités, les conditions d’apparition d’une intelligence collective. Leurs deux études ont impliqué 699 sujets, regroupés en des petits groupes de deux à cinq personnes à qui on demandait de répondre à une batterie de tests, puzzles et autres jeux.

Si les chercheurs ont en effet mis en évidence que la réflexion collective pouvait dans certaines situations, se montrer supérieure à celle des individus, ils ont aussi démontré une grande variabilité des performances des groupes, allant de 30 à 40 %. Ils ont ainsi pu isoler les trois facteurs qui doivent être réunis pour permettent la réussite d’une intelligence collective. La “bonne ambiance” du groupe n’est pas un élément discriminant, ni la motivation des participants, ni le niveau intellectuel des individus impliqué. Par contre trois facteurs font toute la différence :

1- la sensibilité sociale des participants, c’est-à-dire la facilité qu’a un sujet à déduire l’état émotionnel d’autrui en observant son regard. Cette sensibilité sociale a été calculée en soumettant chaque sujet au test de “lecture de l’esprit dans les yeux”. On montre aux participants des photos des yeux d’autres personnes et on leur demande de deviner quelle émotion ressent la personne sur la photo.

2- le partage équitable du temps de parole. Quand une ou deux personnes dominaient la conversation, le groupe était en moyenne moins intelligent.

3- la proportion de femmes dans le groupe. S’il y avait plus de femmes dans le groupe, le rendement du groupe serait meilleur. En général, plus le ratio femmes/hommes est élevé, meilleure est la performance.

Ces trois facteurs montrent que l’intelligence émotionnelle apparaît comme l’ingrédient fondamental de la réussite de l’intelligence d’un groupe. Cette recherche montre également à quel point la nature de la collaboration est bien plus physique qu’intellectuelle.

L’intelligence collective fait bien plus appel au corps qu’au mental

Comment l’intelligence collective s’exprime-t-elle au niveau de notre système nerveux ? Deux études scientifiques apportent des réponses.

L’une portait sur la conversation entre deux personnes et utilisait la résonance magnétique fonctionnelle. L’autre, menée par une équipe de jeunes chercheurs français, s’est intéressée à la communication non verbale et a recouru à l’électro-encéphalographie (EEG) comme procédure de test. Deux recherches à la fois très proches par le sujet abordé, mais très différentes tant par la procédure expérimentale que par les outils de mesure, donc ;

La première étude du psychologiste Uri Hasson de la Princeton University (10) : une participante de l’équipe a placé sa tête dans un appareil d’imagerie cérébrale (IRM) tout en racontant devant un magnétophone une histoire remontant à ses années de lycée. Pendant ce temps, l’IRM enregistrait ses états cérébraux. Puis on a soumis 11 sujets à l’IRM, en leur faisant écouter l’enregistrement de l’histoire. Dans un grand nombre de cas, le sujet “allumait” les mêmes zones cérébrales, au même moment, que celles activées par la conteuse qui déroulait son récit. Si le plus souvent, un délai de deux ou trois secondes intervenait, dans d’autres cas certains de la zone cérébrale s’éveillait chez le sujet juste avant son activation chez la conteuse ; cet effet serait dû, selon les chercheurs, à l’anticipation du récit par l’auditeur. Enfin, on a demandé aux sujets de raconter l’histoire entendue. Les passages dont ils se souvenaient le mieux étaient ceux pour lesquels les aires cérébrales avaient été le mieux “synchronisées”.

La seconde étude est Française et due à Dumas G, Nadel et Coll.(2010) (11). On a demandé à des couples de participants d’échanger avec des gestes de la main sans signification particulière, chacun étant libre d’imiter l’autre ou non. Dans le même temps, les ondes cérébrales des sujets étaient enregistrées par EEG. Les résultats montrent qu’une synchronisation émergeait entre certaines parties des deux cerveaux lors de la communication gestuelle, une communication non verbale qui joue un rôle important dans les relations sociales. Par rapport à l’IRM, l’usage de l’EEG permet une précision à la milliseconde, et permet surtout d’enregistrer de façon simultanée l’interaction des cerveaux des deux partenaires. Cette mesure est séquentielle avec les IRM.

Ces deux recherches très proches par le sujet abordé, et très différentes par les outils de mesure, apportent des conclusions similaires : si l’intelligence individuelle est fonction du corps et ne peut être séparée de celui-ci, l’intelligence collective doit aussi beaucoup au corps et ne peut se réduire à un simple échange intellectuel.

Le mimétisme ne commence pas avec le règne humain ou animal, il s’agit d’un puissant moyen de sélection et d’adaptation, d’apprentissage, que l’on rencontre dans toute la chaîne du vivant, aussi bien chez les végétaux que chez les animaux. Le mimétisme consiste, pour un végétal ou un animal, en l’imitation de son environnement. En tant que stratégie, le végétal et l’insecte tendent à imiter les couleurs et/ou les formes ; en tant qu’intégration sociale, l’animal tend à imiter ses congénères.

Dans une démarche d’intelligence collective, commençons par mettre notre intellect de côté. Car pour synchroniser nos cerveaux, commençons par synchroniser nos comportements et notre gestuelle, comme nous invite si souvent Robert Dilts à le faire dans ses formations.

Les leçons du projet Aristote de Google

Pour mieux comprendre le secret des équipes efficaces, Google lance en 2012 le projet Aristote (13). Le nom du projet fait référence aux propos célèbre du philosophe grec. « Le tout est plus grand que la somme des parties ». Cette étude a porté sur 180 équipes de Google dont l’efficacité fut évaluée par divers intervenants internes. Si les paramètres portant sur les membres de l’équipe (données démographiques et personnalités) n’ont pas mis à jour de facteurs discriminants, c’est le regard systémique et dynamique (fonctionnement de l’équipe, climat psychologique) qui a permis d’identifier la différence qui fait la différence. Les conclusions de l’étude montrent que les facteurs associés à la performance d’une équipe efficace sont par ordre d’importance les suivants :

La sécurité psychologique : chaque membre de l’équipe peut prendre le risque de donner son avis, de se tromper, de faire des erreurs, sans que ses collègues ou sa hiérarchie portent un jugement sur lui, et sans que cela n’ait de conséquences négatives pour lui dans l’entreprise. Ce point se rapporte au niveau de confiance pouvant exister au sein des membres de l’équipe. La question à se poser est : “Si je fais une erreur, elle ne sera pas retenue contre moi ”.

La dépendance : chaque membre de l’équipe peut compter sur les autres et les autres peuvent compter sur lui. Quand quelqu’un prend l’engagement de réaliser une tâche, il le fait réellement. Ce point se rapporte au potentiel d’entraide pouvant exister au sein de l’équipe. La question à se poser est : « Quand mes collègues s’engagent à faire quelque chose, ils le font réellement ? ”.

La clarté des rôles : les fonctions, les objectifs et les attentes sont clairement définies et les moyens pour les réaliser sont disponibles. Ce point se rapporte aux frontières entre fonctions des uns et des autres, donc aux possibilités de reconnaître et valoriser chacun dans sa différence, et également de lever toute crainte de chevauchements de territoires ou d’ambiguïtés de communication. La question à se poser est : « Notre équipe a-t-elle un processus de décision efficace ? ”.

Le sens donné à l’activité : chaque membre de l’équipe a le sentiment que sa fonction ou son travail fait du sens pour lui. Ce point se rapporte à la capacité individuelle à se motiver en faisant des liens de cause à effet ou d’égalité entre ses activités et son système de valeur. La question à se poser est : “Le travail que je fais pour mon équipe a-t-il du sens pour moi ? ”.

la contribution ou impact : ce que l’équipe réalise change les choses et contribue à la réalisation des objectifs de l’entreprise (vision, mission, ambition). Ce point se rapporte au cadre de pensée susceptible de fédérer les énergies dans une direction commune et d’accueillir l’ensemble (intégrer et transcender). La question à se poser est : “Suis-je en mesure de comprendre comment le travail de mon équipe contribue aux objectifs globaux de notre entreprise ? ”.

Les résultats de l’étude Google montrent que les facteurs de performance se trouvent dans l’invisible, sous forme de trois liens distincts : les liens à SOI, ce qui relie chaque membre de l’équipe à son activité (structure et clarté, sens donné à l’activité) ; les liens aux AUTRES, ce qui relie les individus entre eux (sécurité psychologique et dépendance) ; les liens au TOUT, ce qui relient l’ensemble des membres de l’équipe à un but bien plus grand que les objectifs individuels.

Suite de l’article  Intelligence collective et leçons du vivant 2/2

Les formations de l’Institut Repère sur l’intelligence collective : Leadership et Intelligence collective, avec Michael Ameye

Références

(1)- L’intelligence collective des fourmis dans les GPS ; LE MONDE |  29.06.2016 ; https://www.lemonde.fr/sciences/video/2016/06/29/l-intelligence-collective-des-fourmis-dans-les-gps_4960260_1650684.html

(2) L’entraide, l’autre loi de la jungle (Les Liens qui Libèrent, 2017), des biologistes Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

(3) Hundreds of patients with undiagnosed diseases find answers, study reports ; Ashley et coll. The New England Journal of Medicine. Oct. 11

(4) Redécouvrez l’intelligence collective ; HBR ; Le 05/04/2017 ; par Boris Sirbey ; https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2017/04/15129-intelligence-collective/

(5) Kiabi : histoire d’une transformation culturelle et stratégique https://www.greatplacetowork.fr/news/kiabi-histoire-dune-transformation-culturelle-et-strategique/

(6) Management : la recette Deschamps pour être champion du monde. Pierre Lelièvre le 20 juil. 2018  Revue Chef d’Entreprise http://www.chefdentreprise.com/Thematique/rh-management-1026/Breves/Management-recette-Deschamps-champion-monde-332999.htm

(7) Découvrir l’Intelligence collective, Olivier Piazza, InterEdition 2018

L’intelligence collective à petite échelle, Article de Rémi Sussan dans LeMonde Tech; InternetActu |  03.12.2010

(8) Strategy Business May 12, 2014 / Summer 2014 / Issue 75 ; Thomas Malone on Building Smarter Teams; The head of MIT’s Center for Collective Intelligence explains how the social intelligence factor is critical for business success. by Art Kleiner  https://www.strategy-business.com/article/00257?gko=94468

(9) Anita Williams Woolley, Christopher F. Chabris, Alexander Pentland, Nada Hashmi, and Thomas W. Malone. Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups. Science, September 30, 2010 DOI: 10.1126/science.1193147

(10) Good conversation results in a ‘mind meld’ ; July 27, 2010 by Lin Edwards, Medical Xpress  https://medicalxpress.com/news/2010-07-good-conversation-results-mind-meld.html

(11) Inter-Brain Synchronization during Social Interaction ; Guillaume Dumas, Jacqueline Nadel, Robert Soussignan, Jacques Martinerie, Line Garnero, PLOS ; August 17, 2010 https://doi.org/10.1371/journal.pone.0012166

(12) Conférence de Frances Frei pour TED sur la confiance https://www.ted.com/talks/frances_frei_how_to_build_and_rebuild_trust/transcript?language=fr#t-893714

(13) Le projet Aristote : https://rework.withgoogle.com/guides/understanding-team-effectiveness/steps/introduction/

(14) Quelles différences entre la sociocratie et l’holacratie ?Les nouvelles organisations en questions Centre Français de Sociocratie http://www.sociocratie-france.fr/2018/05/quelles-differences-entre-la-sociocratie-et-l-holacratie.html

(15) Chez Harley-Davidson, les clients font partie de la famille ; Ludovic Bischoff le 1 mars 2006 ; ActionCo http://www.actionco.fr/Action-Commerciale/Article/Chez-Harley-Davidson-les-clients-font-partie-de-la-famille-16589-1.htm#xIjOY4fbWdUufjis.97

(16)- Notre Aventure ; Inov-On ; http://www.inov-on-experience.fr/notre-aventure/

(17) Intelligence collective et Collaboration Générative- SFM II, Robert Dilts

Un article de Jean Luc Monsempès  issu du site de l’excellent Institut Repère

Grimper dans la hiérarchie fait baisser l’empathie

Blog

J’ai été amenée, en 2014, à travailler avec un cadre supérieur – appelons-le Steve. Son patron avait eu vent que Steve usait de ses nouvelles fonctions de manière déplacée. Selon lui, Steve avait développé une façon subtile d’avoir toujours raison lors des réunions, un procédé qui vidait la salle de tout son oxygène. Plus personne ne s’aventurait à proposer des idées une fois que Steve avait donné son point de vue. Depuis sa promotion, Steve avait abandonné son esprit d’équipe et se positionnait davantage comme un supérieur hiérarchique sachant mieux que tout le monde. Bref, il avait perdu toute empathie.

Pourquoi ce changement de comportement est-il si fréquent chez les personnes nouvellement promues managers ? Les travaux de recherche montrent que le pouvoir contrarie notre disposition à l’empathie. Dacher Keltner, auteur et spécialiste en psychologie sociale à Berkeley (université de Californie), a mené des études montrant que les personnes en position de pouvoir souffraient d’un déficit d’empathie et d’une moindre capacité à lire les émotions et à adapter leur comportement aux autres (lire aussi l’article : « Ne laissez pas le pouvoir vous corrompre »). De fait, le pouvoir peut véritablement modifier le fonctionnement du cerveau, nous apprennent les travaux de Sukhvinder Obhi, spécialiste des neurosciences à l’université Wilfrid-Laurier (Ontario, Canada).

Une mauvaise pratique du self-management

Les échecs les plus fréquents auxquels sont confrontés les leaders ne concernent pas d’éventuels détournements de fonds, fraudes ou scandales sexuels. Il est plus courant de voir échouer ces dirigeants à cause de leur mauvaise pratique du self-management au quotidien – et d’un usage du pouvoir motivé par l’ego et l’intérêt personnel. Comment cela se produit-il ? Les débuts sont timides, puis tout se précipite. On observe tout d’abord des choix mineurs effectués sans discernement, peut-être de manière inconsciente. Cela peut aussi se traduire par une façon feutrée de s’imposer : exiger un traitement spécial, prendre des décisions et parvenir à ses fins sans consulter les autres. Les leaders appréhendés par la police pour excès de vitesse ou conduite en état d’ébriété s’indignent et vocifèrent : « Vous savez à qui vous avez affaire ? » La scène se retrouve soudainement sur les réseaux sociaux, et l’idée que nous nous faisions d’une personnalité admirée jusqu’alors change radicalement.

Cela renvoie à un problème plus large de pouvoir et de notoriété. Comment des personnes parties à la poursuite d’un rêve en viennent-elles à se magnifier ? Après avoir fait bénéficier autrui de leur générosité, elles rencontrent un goulet d’étranglement qui les amène à user de leur pouvoir pour leur propre bénéfice. Prenons le cas de Patrick Cannon, ancien maire de la ville de Charlotte (Caroline du Nord). Parti de rien, il a surmonté la pauvreté et, à l’âge de 5 ans, la perte tragique de son père. Diplômé de l’université d’Etat de Caroline du Nord, il intègre la fonction publique à 26 ans et devient le plus jeune membre du conseil municipal de l’histoire de Charlotte. Réputé pour son dévouement total à ses administrés, il était aussi un modèle pour la jeunesse.

Mais en 2014, à l’âge de 47 ans, il plaida coupable d’avoir accepté 50 000 dollars de pots-de-vin dans le cadre de ses fonctions. En entrant dans le palais de justice, il trébucha et tomba. Les médias ne manquèrent rien de sa chute, qui symbolisait avant tout la faillite d’un élu et d’un petit entrepreneur, exemple vivant d’une réussite triomphant de nombreux obstacles. Patrick Cannon a aujourd’hui le triste privilège d’être le premier maire de l’histoire de la ville à avoir séjourné en prison. Ceux qui le connaissent disent de lui que c’était un homme bon, mais trop humain, et que c’est en s’isolant dans son pouvoir décisionnel qu’il devint vulnérable. Alors qu’un pasteur local le défendait en arguant qu’on ne devait pas le juger sur cette seule erreur, c’est précisément cette faiblesse que l’on retint contre lui : ce dérapage pathétique de l’humilité et de la générosité vers la corruption. L’image que l’on retient de Patrick Cannon est désormais celle où il trébuche à son arrivée au palais de justice.

Solliciter le feed-back d’un large éventail de personnes

Que devez-vous faire si, en tant que leader, vous craignez de franchir la ligne qui sépare le pouvoir de l’abus de pouvoir ? Tout d’abord, acceptez de travailler avec d’autres personnes, soyez prêt à vous mettre en position de vulnérabilité et sollicitez des avis. Un bon spécialiste en coaching exécutif pourra aussi vous aider à retrouver une attitude empathique et à prendre des décisions fondées sur des valeurs (lire aussi la chronique : « Devenez des leaders altruistes et empathiques »). Toutefois, veillez à solliciter le feed-back d’un large éventail de personnes. Evitez les questions faciles (« Est-ce que je me débrouille bien ? ») et posez les questions délicates (« Que pensent mes employés de mon style de management et de ma vision d’ensemble ? »).

A titre préventif, faites un travail sur vous-même et osez un inventaire personnel. Voici quelques questions importantes à vous poser :

1. Disposez-vous d’un réseau composé d’amis, de membres de votre famille et de collègues qui tiennent à vous, indépendamment de votre fonction, et qui vous aideront à garder les pieds sur terre ?

2. Avez-vous un spécialiste du coaching exécutif, un mentor ou une personne de confiance à qui parler ? Quels ont été leurs retours lorsque vous n’avez pas joint les actes à la parole ?

3. Exigez-vous certains privilèges ?

4. Honorez-vous certaines promesses gênantes qui n’ont pas été mises en lumière ?

5. Invitez-vous les autres à se mettre en avant ?

6. Vous isolez-vous lors du processus décisionnel ? Vos décisions reflètent-elles vos valeurs profondes ?

7. Reconnaissez-vous vos erreurs ?

8. Etes-vous fidèle à vous-même dans le cadre du travail, en famille et sous les projecteurs ?

9. Pensez-vous qu’il peut exister des exceptions ou des règles différentes pour des personnes telles que vous ?

Si un leader gagne notre confiance, nous attendons de lui qu’il respecte des normes non négociables. Ne pas respecter la parole donnée ou de se laisser aller à un abus de pouvoir est inadmissible. Nous attendons tous des dirigeants qu’ils soient hautement compétents, visionnaires et doués pour le leadership. Cependant, l’empathie, la sincérité et la générosité sont les qualités qui marquent la différence entre la compétence et la grandeur. Les leaders les plus lucides identifient les signaux indiquant l’abus de pouvoir et changent de cap avant qu’il ne soit trop tard.

Un article de Lou Salomon paru sur le site de la Harvard Business Review France

© GETTY IMAGES

Comment des managers motivés avec des QI individuels de 120 peuvent-ils constituer une équipe au QI global de 63 ?

Newsletter #16

Par Eric Mellet, le 7 mars 2019 |

 

Cette question de Peter Senge dans son livre la 5ème Discipline traduit assez bien la « déperdition d’intelligence » à l’œuvre dans bon nombre de CODIR, d’équipes et plus largement de collectifs humains… Erigé en dogme, on a voulu principalement retenir des travaux de Darwin le seul principe de compétition basé sur la loi du plus fort… Ainsi, d’une part on a oublié que la vraie teneur de son message mettait davantage en exergue la capacité spécifique d’un être vivant et d’une espèce à s’adapter mieux et plus vite que les autres… d’autre part, à l’ère de la complexité exponentielle, des limites d’un modèle économique du “toujours plus à tous prix” et des enjeux environnementaux et sociaux qui se posent  à notre espèce à l’échelle globale, il serait sage de se rappeler que pour combattre un Mammouth, il a toujours mieux valu s’y mettre à plusieurs !

« Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme çà qu’çà marche ! »

Je nie toute participation

Pour la plupart d’entre nous, le modèle dont nous avons hérité  et dans lequel nous avons grandi est donc celui du « sois le plus fort…sois meilleur que… »… Dans le cadre professionnel, c’est par la suite assez naturellement que nous l’avons reproduit et perpétué avec plus ou moins de conscience d’être prisonnier du bien connu « manger ou être mangé » à la sauce de la world company chère au commandant Sylvestre (oui vous vous rappelez, c’était un peu après les Nuls)… Pour ma part et comme beaucoup, j’ai fait de mon mieux pour « survivre en environnement hostile » en développant une posture de déviant positif  qui revenait à payer le prix de ma “non conformité” par une performance qui se devait toujours  d’être exceptionnelle pour que mes avocats puisse défendre ma tête… Ce mode opératoire fit ses preuves  jusqu’au jour où mon 37ème N+1 en 29 ans de carrière résuma en ces mots sa philosophie professionnelle : « Je ne sais pas si c’est bien, mais c’est comme çà qu’çà marche !»

Cette phrase ce jour-là, fut la  « fameuse goutte » qui, comme on le sait depuis longtemps peut faire déborder le vase, mais  aussi comme on l’a appris aussi plus récemment, lancer une Marque Jaune à partir de ces lieux multi-directionnels et dont a parfois du mal à sortir que sont les ronds-points… Instantanément, je compris dès lors que la fantastique aventure intrapreneuriale dont la coopération avait été le moteur principal pour initier et mener un projet extraordinaire dans plus de 75 pays seraitsacrifiée sur l’autel de la compétition des égos et du retour à l’âge de pierre du management.

Alors si la capacité à s‘adapter est bien le marqueur ultime de ce qui subsiste ou de ce qui  est appelé à disparaître dans la compétition générale, le paradoxe tient au fait que pour un être ou une organisation, c’est dans sa capacité à  coopérer en « apprenant mieux et plus vite que les autres » (Argyris,1994)  que réside ses meilleures chances de rester dans la course de l’évolution…et à fortiori de l’innovation. Revisitées et enrichies par Béatrice Arnaud et Corinne EjeilLe Guide de l’Organisation Apprenante nous invite  à redécouvrir la modernité et la pertinence de la pratique des cinq disciplines pour contribuer plutôt à l’émergence des solutions qu’à l’entretien et la propagation des problèmes.

Prendre conscience du pouvoir des Modèles Mentaux

« Les modèles mentaux sont des postulats, des généralisations, voire des représentations ou des images profondément enracinées qui influencent notre compréhension du monde et nos actes. Très souvent, nous ne sommes conscients ni des modèles mentaux, ni de leurs effets sur nos comportements. » (Senge, 1990)

Perspectives…

Les recherches en la matière et notamment les avancées en Neurosciences nous permettent de mieux comprendre ce que l’on rassemble sous le terme de biais cognitifs que l’on pourrait plus communément appeler nos « à priori » ou nos « préjugés ». C’est ce que le  psychologue Daniel Kahneman appelle le Système 1 qui traite des opérations que notre cerveau réalise à notre insu pour nous faciliter la vie et nous faire gagner en traitant rapidement la masse de stimuli reçus à longueur de journée. Très utile dans certains cas,  ce “mode automatique” aussi provoquer une distorsion de la réalité et nous amener très souvent à porter un jugement ou prendre une décision sans avoir « raisonné » et vérifié la « validité des informations » qui la sous-tend en faisant appel au Système 2 ; celui qui “réfléchit et contrôle”…

A retenir

  • La méconnaissance des modèles mentaux et de leur impact renforcent la sensation « d’être en compétition » et ses corollaires (sentiment d’isolement, complexes de supériorité ou d’infériorité, impuissance apprise…) et constituent le premier obstacle à lever pour favoriser un modèle davantage axé sur la co-opération.
  • Dans l’organisation, ce sont ces modèles mentaux qui définissent la frontière plus ou moins claire entre « ce qui se fait ou pas », « ce qui est acceptable ou non » constituant ainsi pour le meilleur et pour le pire un des piliers de ce qui se cache souvent derrière la sacro sainte “Culture d’Entreprise” !
  • Notre Système 1 est du pain béni pour tous les diffuseurs de Fake News qui n’ont de cesse que de hacker notre esprit pour mieux nous influencer comme cet excellent documentaire d’ Arte le démontre à en faire froid dans le dos…

Les pistes de travail

  • Identifier les modèles mentaux dominants chez soi-même et dans son organisation
  • Apprendre à « observer sa manière de penser » et ses conséquences en termes de comportements et de communication avec ses pairs, sa hiérarchie ou son équipe
  • Repérer les modèles mentaux chez les autres pour en accueillir et en apprécier la diversité, la source de créativité et d’innovation

Développer sa Maîtrise Personnelle

Les individus qui bénéficient d’un haut niveau de maîtrise personnelle réussissent continuellement à améliorer leur capacité à atteindre les résultats qu’ils recherchent vraiment. (Senge, 1990)


« Etre élève, élève l’être »… Nombre de qualités recherchées aujourd’hui dans un modèle de Leadership Positif sont directement liées à la capacité individuelle à « apprendre tout au long de la vie », voire de plus en plus dans un monde en perpétuelle transformation à « apprendre à apprendre »… Ainsi, la curiosité, l’humilité, la capacité à explorer et à tenter le nouveau en acceptant la possibilité de l’échec comme source d’apprentissage sont la marque de ce que la chercheuse en psychologie Carol Dweck a défini sous le terme d’état d’esprit de développement.

Cette posture basse du leader est sa meilleure protection contre le développement de son hubris et ce que tendent à démonter les études du spécialiste en psychologie sociale Dacher Keltner, selon lesquelles les personnes en position de pouvoir souffrent d’un déficit d’empathie, d’une moindre capacité à lire les émotions et par voie de conséquence à adapter leur comportement aux autres.

A retenir

  • La maîtrise personnelle consiste à s’améliorer en tant que personne en développant son désir d’apprendre et son engagement à progresser
  • Selon Avolio (The Leadership quaterly, 2005), un leader authentique a une profonde connaissance de soi, de ses pensées, de ses comportements et émotions ainsi que de la façon don’t il est perçu par ses collaborateurs.”
  • Être un leader (et cela quel que soit son niveau hiérarchique) nécessite de prendre conscience et de développer les trois formes d’intelligence : cognitive, sociale et émotionnelle.

Les pistes de travail

  • Etre aussi souvent que possible en connexion avec ses valeurs profondes et l’intention qui fondent la prise de décision et le mode d’engagement
  • Cultiver la prise de recul et les capacités psychologiques positives que sont la confiance, l’optimisme, la résilience et bienveillance
  • Développer les quatre pratiques du Leadership Positif : créer un climat positif, s’appuyer sur les Forces et les relations positives, développer une communication positive, donner du sens

Promouvoir l’émergence d’une Vision Partagée

« Pour qu’une vision soit réellement partagé, il faut que vous et moi ayons la même image en tête, que nous nous sentions engagés l’un et l’autre à la réaliser, non pas chacun de notre côté, mais ensemble. » (Senge, 1990)

Selon une étude Deloitte et Viadéo 9 salariés sur 10 considèrent la question du sens au travail comme un enjeu majeur et cela se traduit concrètement par :

  • le respect des valeurs
  • l’utilité du travail
  • l’éthique
  • la compréhension des missionset de la stratégie
  • la contribution à quelque chose de plus grand que soi
  • un accès à l’information et le pouvoir de questionner

J’ai eu la chance de travailler dans près de 55 pays avec une multitude d’équipes ou de collectifs divers et donc bien sûr un grand nombre de managers ou de dirigeants différents. Ce qui m’a toujours frappé était de constater à quel points ceux qui étaient en mesure d’apporter un supplément d’âme au « business as usual » était ceux qui réussissait le mieux à créer de l’engagement,  susciter des émotions positives et à finalement  délivrer une performance exceptionnelle et durable. Ainsi, que cela soit fait de façon structurée ou non, à chaque fois il y avait un facteur commun à ces collectifs : une Vision Partagée initiale forte et sa permanente réactualisation en fonction du contexte.

A retenir

  • Une Vision Partagée favorise l’engagement, la confiance en soi et dans le groupe
  • Source intarissable d’énergie et de résilience pour relever les défis, elle donne une raison d’être à la fois individuelle et collective en permettant à chacun de trouver sa place et de contribuer à un dessein plus grand
  • Permettre les conversations que génère l’émergence d’ une Vision Partagée, c’est déjà lui “donner vie” !

Les pistes de travail

  • Intégrer qu’à l’ère de la complexité et de La transition fulgurante (Giorgini,2014), nul ne détient la vérité et apprendre à mobiliser l’Intelligence Collective est devenu vital
  • Prendre conscience du pouvoir infini des prophéties auto réalisatrices qui façonnent sinon à notre insu les conséquences  de nos actions tant sur le plan individuel que collectif
  • Découvrir et apprendre à mettre en œuvre la démarche de l’Enquête Appreciative (Appreciative Inquiry)

“Apprendre à Apprendre”… en équipe

“L’apprentissage individuel n’est plus le facteur à prendre en compte pour l’apprenante organisationnelle. Les gens apprennent sans cesse sans que cela profite à leur organisation. En revanche, si une équipe réussit à apprendre collectivement, elle devient un microcosme de l’apprenante à travers l’organisation. Ainsi son expérience a toutes les chances de se diffuser rapidement dans l’organisation, à travers les individus et d’autres groupes. (…) L’apprenance en équipe est une discipline collective, bien qu’elle implique des aptitudes et compétences individuelles. (Senge, 1990)

C’est une chose que d’apprendre seul et en silence, c’en est une autre que de se frotter à l’altérité, aux attentes et aux formes d’apprentissages différents de ceux avec lesquels on est sensé “faire équipe”…contrairement à ce que l’on pense parfois, une performance d’équipe ne passe pas toujours par l’affection réciproque entre ses membres mais davantage par le fait de partager un objectif commun précis, une conscience claire de ce que chacun apporte au collectif (les forces) et l’engagement individuel de mettre tout en oeuvre pour atteindre le but fixé. Dans ce cas, l’Intelligence Collective sert l’intérêt supérieur et le tout est supérieur à la somme des parties…

Pour le chercheur en psychologie Marcial Losada, il y a trois types de dialogues qui influence la capacité d’une équipe à communiquer et à apprendre:

  •  Positivité versus Négativité : ratio entre commentaires et interactions positives et négatives
  •  Questionnement versus Défense : ratio entre questions posés (surtout pour mieux comprendre) et nombre de fois où les personnes défendent seulement leur point de vue sans chercher un vrai dialogue avec l’autre
  •  Autre versus soi : ratio de commentaires qui font référence aux membres de l’équipe par rapport à ceux qui ne concerne que la personne qui s’exprime

A retenir

  • Reconnaître et se concentrer sur les réussites plutôt que sur les échecs favorise la capacité à apprendre et à performer.
  • « Ecouter pour comprendre » est plus puissant que juste « écouter pour répondre »…
  • Un dialogue est plus constructif lorsqu’aux questions fermées (réponse par oui/non) ; il s’enrichit de questions ouvertes et exploratoires en appelant un développement de pensée ou d’approfondissement en marquant l’intérêt et une saine curiosité

Les pistes de travail

  • Comprendre que les échecs lorsqu’ils sont sources d’apprentissage, sont les meilleurs gages des succès futurs
  • Faire preuve d’empathie et de bienveillance suscite la réciprocité
  • Apprendre à se questionner, à “s’écouter vraiment” et à partager ses enseignements est la marque des grandes équipes

Décoder et raisonner en « systémique »

“La pensée systémique est une discipline qui consiste à voir les phénomènes dans leur intégralité. Elle permet d’étudier les interrelations plutôt que les éléments individuels, d’observer des processus de changement plutôt que des images statistiques.” (Senge, 1990)

Il serait présomptueux de prétendre expliquer la systémique et son paradigme qu’est la complexité en quelques lignes de blog. Dans un monde simple, des causes (identifiées) produisent des effets (prévisibles) et quelle que soit la difficulté du problème à résoudre comme celle de construire un Airbus A320 par exemple, on peut “suivre un plan” et en prenant le temps qu’il faut, suivre une logique rationnelle pour assembler l’appareil pièce par pièce. Dans un environnement complexe, les liens entre les causes et les effets sont plus diffus, en mouvement perpétuel et dominé par l’aléatoire…la probabilité remplace la certitude, l’inconnu prédomine… Pour une entreprise, cela se traduit par exemple par un plan à trois ans remis en question dés le premier semestre de l’an 1. De même si l’exercice du budget annuel est utile, l’énergie qu’il a mobilisé pour voir le jour part de plus en plus en fumée dés le mois de Février pour laisser place à la “navigation à vue”… Pour sacrifier au vocabulaire à la mode; c’est Volatile, Incertain, Complexe et Ambigu (VICA), on pourrait dire que c’est systémique dans la mesure ou tout est interconnecté et que “la solution d’ici” donne potentiellement naissance au “problème de  là-bas”… là-bas étant ici le département Commercial pour le Marketing par exemple, le sous traitant pour le dominant ou encore le Sud pour le Nord… pour finir le petit problème de chacun devient vite le grand problème de tous !

A retenir

  • Selon Edgar Morin, le compliqué s’attache à séparer/réduire, le complexe amène à conjuguer/distinguer
  • Le compliqué traite du pourquoi causal linéaire, le complexe repose sur la multicausalité circulaire
  • Le compliqué sépare l’observateur de l’observationdans le complexe l’observateur est partie prenante de l’observation

Les pistes de travail

  • S’entraîner à voir le monde et les organisations comme des “systèmes vivants” où l’organique prend le pas sur la mécanique
  • Se concentrer sur ce qui relie plutôt que sur ce qui sépare
  • Etre conscient que les problèmes d’aujourd’hui viennent le plus souvent des solutions d’hier

Face aux défis qui s’offrent à nous, voire au grand effondrement que certain nous prédisent, la prise de conscience de notre interdépendance est cruciale et gagner la compétition à n’importe quel prix ne mène nulle part…Et si comme nous le dit Christophe André, le désastre annoncé était l’opportunité d’apprendre, ou de réapprendre à coopérer…

Et vous qu’en pensez-vous ?

Un article de Eric Mellet publié le 7 mars 2019 sur son blog : https://mellet-consulting.com/blog/

L’ego est l’ennemi des bons leaders

Newsletter #15

L’ego démesuré qui accompagne souvent le succès enferme les leaders dans une bulle et altère leurs décisions.

Le jour de sa prise de fonction en tant que P-DG du groupe Carlsberg, multinationale de la bière, Cees ‘t Hart s’est vu remettre un pass par son assistant. Celui-ci lui permettait d’accéder directement à son imposant bureau du 20ème étage, sans que l’ascenseur ne s’arrête en chemin. De là, les baies vitrées lui offraient une vue magnifique sur Copenhague. Des avantages liés à sa fonction et qui en disaient long sur son pouvoir et son importance au sein de l’entreprise.

Les deux mois qui ont suivi, Cees les a passés à prendre ses marques. Cependant, durant cette période, il s’est aperçu qu’il voyait très peu de monde dans la journée. Comme l’ascenseur filait directement au 20ème étage et que seuls quelques dirigeants y travaillaient également, il n’avait que peu d’occasions d’interagir avec d’autres employés de Carlsberg. Cees décida alors de troquer son prestigieux bureau contre un poste inoccupé au milieu d’un open space, à un niveau inférieur.

Interrogé sur la raison de ce changement, il déclara : « si je ne rencontre pas les gens, je ne saurai jamais ce qu’ils pensent. Et si je ne suis pas capable de prendre le pouls de l’entreprise, je ne peux pas la piloter de façon efficace ». Cette histoire illustre bien la manière dont un dirigeant peut s’efforcer d’éviter l’isolement qui va de pair avec ce type de fonction. Le danger est réel pour les managers seniors, car plus ils montent dans la hiérarchie, plus leur ego aura tendance à s’hypertrophier. Et plus leur ego grandit, plus ils risquent de finir complètement isolés dans leur bulle et de perdre le contact avec leurs collègues, la culture de l’entreprise et, en définitive, avec les clients (lire aussi l’article : « Percer la bulle du P-DG »). Analysons cette dynamique délétère étape par étape.

Le « syndrome de l’hubris »

Lorsque nous montons dans la hiérarchie, nous acquérons du pouvoir. Du coup, les gens sont plus susceptibles de vouloir nous faire plaisir en nous prêtant une oreille attentive, en étant plus souvent d’accord avec nous et en riant à nos plaisanteries. Toutes ces choses titillent l’ego. Et quand l’ego est titillé, il grossit. Un phénomène que David Owen, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, et Jonathan Davidson, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’université Duke, appellent le « syndrome de l’hubris » et qu’ils définissent comme étant un « trouble de la détention du pouvoir, en particulier du pouvoir associé à des années de succès ».

Un ego débridé peut biaiser notre perception de la réalité et fausser nos valeurs. Comme le dit Jennifer Woo, P-DG de The Lane Crawford Joyce Group, le plus grand détaillant de biens de luxe d’Asie, « gérer l’insatiable appétit de l’ego pour la fortune, la gloire et l’influence est la première des responsabilités de tout leader. » Lorsque nous cédons à l’envie dévorante de pouvoir de l’ego, nous ne sommes plus aux commandes. En réduisant notre champ de vision et en altérant notre comportement, il nous rend manipulables et nous amène souvent à agir à l’encontre de nos valeurs.

Notre ego nous rend manipulables

Notre ego est pareil à une cible que nous porterions sur nous. Et comme toute cible, plus il est gros, plus il est facile à atteindre. Ce qui nous fragilise vis-à-vis d’autrui. Parce qu’il requiert qu’on lui prête attention, il fait de nous des êtres manipulables et nous rend prévisibles. Une fois que les gens l’on compris, ils peuvent en jouer. Lorsque nous sommes victimes de notre besoin d’être perçu comme quelqu’un de formidable, nous finissons par prendre des décisions qui peuvent être dommageables pour nous-mêmes, notre équipe et notre entreprise.

Un ego boursouflé altère aussi le comportement. Quand nous estimons être seuls responsables de notre succès, nous avons tendance à devenir grossiers et égoïstes et nous sommes plus enclins à interrompre les autres. Ce qui est particulièrement vrai en cas de revers et de critiques. Ainsi, l’ego surdimensionné nous empêche de tirer les leçons de nos erreurs et érige une barrière défensive qui bride l’assimilation des enseignements que nous pourrions tirer des échecs essuyés.

Notre ego nous enferme dans une bulle

Enfin, en recherchant toujours les informations qui confirment ce qu’il souhaite croire, un ego hypertrophié réduit notre champ de vision. Il biaise notre jugement, nous fait perdre la réalité de vue et nous isole dans une bulle où l’on n’entend et ne voit que ce qui nous arrange. En conséquence, nous perdons le contact avec nos subordonnés, avec la culture à laquelle nous appartenons et, pour finir, avec nos clients et nos parties prenantes.

Réussir à se libérer d’un ego surprotecteur et surdimensionné et éviter de se retrouver dans une bulle sont des objectifs aussi difficiles qu’essentiels à atteindre. Cela demande de l’abnégation, de la réflexion et du courage. Voici quelques conseils pour vous aider à y parvenir :

– Recensez les avantages et privilèges que vous offre votre position. Certains vous permettent d’être plus efficace dans votre travail. Ce qui est très bien. Mais d’autres ne servent qu’à promouvoir votre statut et votre pouvoir et, en définitive, à gonfler votre ego. Réfléchissez aux privilèges dont vous pouvez vous passer. Cela peut être une place de parking réservée ou, comme dans le cas de Cees ‘t Hart, un pass pour l’ascenseur.

– Soutenez, développez les relations et travaillez avec des individus qui ne contribueront pas à l’inflation de votre ego. Embauchez des collaborateurs intelligents qui ne craindront pas de dire ce qu’ils pensent.

– L’humilité et la gratitude sont les pierres angulaires de l’abnégation. Prenez l’habitude à la fin de chaque journée de repenser à tous les individus qui ont contribué à votre succès ce jour-là. Concluez cette réflexion en envoyant un message de remerciement à ces gens-là (lire aussi la chronique : « Comment fonctionne réellement le leadership par l’humilité »).

L’ego démesuré qui accompagne le succès – un salaire plus élevé, un bureau plus prestigieux, des rires plus nourris – nous donne souvent l’impression que nous avons tout compris de la manière dont il faut agir pour être un leader. En réalité, c’est faux. Le leadership est avant tout une question humaine. Et les gens changent tous les jours. Si nous pensons avoir trouvé la clé universelle qui nous permettra de diriger autrui en toutes circonstances, c’est que nous avons perdu. Si nous tolérons que notre ego détermine ce que nous voyons, entendons et croyons, c’est que nous laissons notre succès passé porter atteinte à notre succès futur.

Article de Jacqueline CarterRasmus Hougaard paru le 26/12/2018 dans Harvard Business Review France

Attention : dépasser la dose prescrite en 2019 peut causer de sérieux « effets secondaires positifs »…

Blog

Par Eric Mellet, le 7 janvier 2019 |

N’AYONS PAS PEUR DES « MAUX »… LIRE CE BILLET EN CE MOIS DE JANVIER 2019 PEUT PEUT-ÊTRE VOUS SAUVER LA VIE !

En tous cas, et c’est bien sûr ce que je vous souhaite, vous la rendre plus heureuse !

C’est donc à haute DOSE…. (Dopamine, Ocytocyne, Sérotonine, Endorphine) que je vous prescris le protocole suivant…

Le mouvement de la Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable que constituent les nombreuses avancées en matière de Neurosciences. Celles-ci désignent l’étude scientifique du système nerveux et permettent de comprendre le fonctionnement cérébral à l’origine de nos pensées, émotions et comportements. Alors bien sûr, et comme s’accordent à le dire tous les chercheurs en la matière, nous n’en sommes qu’aux balbutiements de notre compréhension de l’affolante complexité que renferme approximativement les 100 milliards de neurones du cerveau de base de n’importe lequel de nos congénères.

La Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable des Neurosciences

La Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable des Neurosciences

Ainsi, que cela nous plaise ou non, nous avons bien tous le même « équipement cérébral » initial ! En ces temps d’invectives et d’intolérance assez bien partagées, cela donne bien sûr à réfléchir sur nos tendances à laisser notre égo alimenter un narcissisme galopant qui veut que l’autre (avec ou sans gilet), soit souvent plus stupide que nous… Cela étant dit, et c’est la première bonne nouvelle de l’année, nous pouvons guérir !  J’en veux pour preuve que sous la direction de Jean-François Marmion, un collectif de gens très sérieux (Antonio Damasio, Boris Cyrulnik, Daniel Kahneman et bien d’autres) l’affirme haut et fort dans l’ouvrage Psychologie de la Connerie : « un monde sans connards est possible ! »… je rajouterai en m’associant à ce grand projet pour 2019 :  « et chacun de nous peut y contribuer à son niveau ! »

Plus sérieusement, au-delà des conclusions hâtives et simplistes de certains magazines grand public, il est indispensable de s’intéresser aux découvertes en matière de neurosciences pour qui veut travailler à son épanouissement, voire même à s’épanouir au travail ! Vivre des émotions positives plus souvent et de façon plus intense est un bon marqueur de ce que le psychologue Ed Diener définit par la notion de  bien-être subjectif *, définition scientifique plus appropriée que la notion plus vague et relative de Bonheur.  Attention cependant, il n’est en aucun cas ici de renoncer aux bénéfices qu’il y a à vivre parfois des « émotions désagréables » (tristesse, colère, frustration…). Effectivement ce sont aussi des expériences de vie plus douloureuses qui lorsqu’elles sont bien intégrées nous rendent plus empathiques à l’égard des autres, résilients face aux épreuves de la vie et confiants dans notre capacité à relever les défis qui s’offrent à nous tant sur le plan personnel que professionnel.

LA CHIMIE DU CERVEAU POUR LES NULS

Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ».

Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ».

Nos émotions (agréables et désagréables) sont :

– à la fois le fruit et le résultat de l’activation de substances chimiques (hormones)

– produites par l’organisme (endogènes)

– stimulées (moins qu’on le pense) par notre capital génétique et (plus qu’on le pense) par nos comportements (activités physiques, sommeil, addictions…) et nos habitudes alimentaires.

– essentielles à l’équilibre de notre système hormonal, donc de notre santé physique et mentale.

Ainsi, face à chaque situation du quotidien, notre cerveau opère des réglages et active la sécrétion de diverses hormones. Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ». Si le fonctionnement hormonal est bien sûr d’une incroyable complexité, quatre hormones semblent jouer un rôle majeur dans notre ressenti de bien-être tant dans la sphère personnelle que professionnelle.

A LA RECHERCHE DE LA « BONNE DOSE » POUR SOI…

Dopamine (Joie et Action)

*Hormone du plaisir

Comment stimuler la dopamine ?
Comment stimuler la dopamine ?

Définition

La dopamine est un neurotransmetteur, une molécule biochimique qui permet la communication au sein du système nerveux. Elle influe directement sur le comportement en provoquant la sensation de plaisir par l’activation du système de récompense / renforcement.

Fonctions

  • favorise la sensation de plaisir et de relaxation
  • donne de l’énergie pour agir et faire face aux difficultés
  • régule la mémoire, la concentration, l’apprentissage, la prise de décisions, la motivation, la curiosité, l’attention et la créativité.

Pistes pour la stimuler

  • en général, être attentif à tout ce qui nous fait ressentir de la joie et ce qui nous rend plus intensément « vivant ». Il s’agit bien souvent de choses simples que l’on peut s’offrir (gratuitement) au quotidien : manger sain et équilibré, pratiquer régulièrement un exercice physique, dormir, méditer, caresser son animal de compagnie… On ne parle pas ici bien sûr de ce que procure les plaisirs artificiels (alcool, drogues diverses, sucres…) reconnaissables à leurs effets secondaires qui s’apparentent à une « descente » synonyme de souffrances physiques et psychologiques.
  • sur le plan professionnel, favoriser ce que le chercheur en Psychologie Positive au doux nom de Csíkszentmihályi a définit par ce qu’il nomme la sensation de flow. C’est à dire une tâche suffisamment difficile pour qu’elle mobilise toute notre attention et notre créativité mais en même temps suffisamment accessible pour qu’elle nous motive et satisfasse notre besoin d’atteindre l’objectif final. C’est que ce que les sportifs appellent « être dans la zone »  et c’est ce que l’on ressent lorsque l’on apprend à faire de nouvelles choses avec enthousiasme.

The Dopamine Song 

Ocytocine (Lien Social)

*hormone de l’amour

A deux c'est mieux
A deux c’est mieux

Définition

L’ocytocine est une hormone sécrétée par l’hypophyse, elle est à l’origine connue pour son rôle dans l’accouchement, l’allaitement, l’attachement mère-enfant. Plus récemment, la recherche a mis à jour son rôle majeur dans le lien social.

Fonctions

  • joue un rôle clé dans l’établissement et l’entretien de relations sociales positives
  • nourrit les sentiments d’intimité, de confiance et de loyauté qui facilitent en retour les interactions sociales et lescomportements de type altruiste
  • réduit la pression artérielle et le niveau de cortisol générée entre autre par le stress

Pistes pour la stimuler

  • si recevoir des compliments, des encouragements, et de façon générale du soutien des autres tant par leurs mots que par leurs gestes à notre égard augmente l’estime et la confiance en soi, cela marche aussi dans l’autre sens… Ainsi, écouter,«re-connaître » l’autre et  
    « apprécier » sa singularité et sa différence sont aussi bénéfiques pour notre ressenti de connexion et de bien-être
  • dans l’environnement professionnel, comme de nombreuses études en attestent, la capacité à exprimer et recevoir des feedbacks positifs de ses collègues, constitue la première ressource dans la résolution de problème et le premier facteur de satisfaction au travail. Plus largement la notion de soutien social est un élément central d’une culture d’entreprise saine qui cherche à allier épanouissement et performance optimale de ses collaborateurs
  • c’est également bien sûr l’une des premières qualités d’un Leader Positif avec son équipe au quotidien…et surtout dans les moments difficiles lorsqu’il s’agit plus que jamais de rassurer et d’encourager…

The Ocytocine Song

Sérotonine (régulateur de l’humeur et la confiance)

*Hormone du bonheur

Bonjour et Bienvenu

Définition

La sérotonine est un neurotransmetteur intervenant notamment dans la régulation de l’humeur, du sommeil, de l’appétit et de la température du corps. C’est sur elle qu’agissent la plupart des antidépresseurs.

Fonctions

  • suscite des sentiments de sérénité, d’optimisme et de bonheur
  • favorise la sensation de plénitude et de contentement
  • limite l’agressivité et développe l’empathie

 Pistes pour la stimuler

  • comme 95% de la sérotonine est produite dans l’intestin, autant dire que l’alimentation est essentielle (voir notamment ,vitamines B6 et B12). En outre, il s’agit de faire ce qui nous fait du bien (dormir, se relaxer, méditer, se promener en forêt, se faire masser…) et de sortir de la routine quotidienne (nouvelles activités, projets, voyages…)
  • sur le plan professionnel, si trouver du sens et du plaisir à son travail est essentiel, il est fortement recommandé par les temps qui courent de repérer les situations et les personnes (je sais j’en ai rencontré :)) qui suscitent le mauvais stress en diffusant le lent poison du sentiment d’inadéquation, d’impuissance et d’isolement. Pour ces derniers d’ailleurs (et valable pour chacun d’entre nous comme symptôme d’auto-diagnostic), un bon marqueur de la « connerie » selon Edgar Morin est qu’elle « unit erreur, bêtise et assurance. »

The Serotonine Song (complètement d’actualité :))

Endorphine (source de bonheur et/ou antidouleur)

*Hormone de l’euphorie

Quels sont les bons moyens de stimuler l'endorphine ?

Quels sont les bons moyens de stimuler l’endorphine ?

Définition

Opiacé naturel sécrété par le cerveau, elle a une capacité analgésique en agissant comme une substance morphinique naturelle.

Fonctions

  • provoque une sensation de calme et bien-être
  • réduit le stress et l’anxiété
  • aide à « passer au travers » de la douleur ou de l’inconfort.
  • limite les effets néfastes d’un niveau de stress trop prolongé.

Pistes pour la stimuler

  • pratiquer le sport et fournir un effort physique intense est bien connu pour favoriser la sécrétion d’endorphines mais on peut aussi se contenter d’un bon fou rire ou de regarder une bonne comédie.
  • au travail, surmonter le stress d’un entretien crucial sur le plan individuel ou relever un vrai défi sur le plan collectif avant d’en savourer et fêter le succès favorise bien les montées d’endorphine. Ah oui et puis on peut aussi rire au travail…si si c’est possible !

The Endorphine Song

Alors en ce début d’année ou plus que jamais les “vendeurs de peurs” sont aussi nombreux que les “bons docteurs” se font rares, j’ai décidé d’opter pour l’auto médication et de m’en refaire une “bonne” dose…

Et vous, quelle est votre potion miracle ?

*Le concept de bien-être subjectif, mis en avant par le psychologue Ed Diener et ses collègues (1997), désigne une vie heureuse. Il inclut deux composantes affectives qui constitue le bien-être émotionnel (un niveau élevé d’affects positifs et un niveau faible d’affects négatifs) et une composante cognitive : la satisfaction par rapport à sa vie.

Un article de Eric Mellet publié le 7 janvier 2019 sur son blog : https://mellet-consulting.com/blog/

Dans la Bibliothèque : Lincoln et l’art du leadership transformationnel

Newsletter #14

Les époques façonnent-elles les leaders, ou bien est-ce l’inverse ? Comment un leader peut-il éveiller des vocations ?

Un article de la Harvard Business Review France du 01/01/2019.

Ces questions, Doris Kearns Goodwin les aborde, parmi d’autres, dans son dernier ouvrage, Leadership in Turbulent Times, qui se penche sur quatre types spéci­fiques de leadership : transformationnel, de gestion de crise, de restructuration et visionnaire. Elle suit l’évolution des capacités de leadership dans les carrières d’Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt, Franklin Roosevelt et Lyndon Johnson, études de cas à l’appui, a­n d’illustrer les compétences et les qualités qui ont permis à ces quatre hommes de diriger les Etats-Unis en des temps troublés.


ABRAHAM LINCOLN, EN COMPAGNIE DU GÉNÉRAL GEORGE B. MCCLELLAN (CINQUIÈME EN PARTANT DE LA GAUCHE), À ANTIETAM (MARYLAND), LE 3 OCTOBRE 1862. © BIBLIOTHÈQUE DU CONGRÈS

L’article qui suit est extrait de son étude de cas sur la décision cruciale de Lincoln de publier et de mettre en œuvre la Proclamation d’émancipation (une résolution qui exigeait le soutien du cabinet, de l’armée et, en­fin, du peuple américain lui-même). Rarement, fait remarquer l’auteure, un leader fut autant à la hauteur de la tâche ardue consistant à maintenir uni­fié un pays que l’Histoire s’apprête à diviser. Lutter avait été son droit de naissance ; être résilient fut la clé de voûte de sa solidité. Doué d’une puissante intelligence émotionnelle, Lincoln fut à la fois clément et sans pitié, con­fiant et humble, patient et tenace (capable de concilier des factions opposées et de nourrir les esprits de ses compatriotes). Il fi­t preuve d’une capacité extraordinaire à absorber les désirs contradictoires d’un peuple fracturé et de lui renvoyer sa foi rigide en un futur uni­fié.

Le 22 juillet 1862, le président Abraham Lincoln réunit son cabinet (équivalent du conseil des ministres français, NDLR) en une séance particulière pour dévoiler (et non débattre de) sa première ébauche de la Proclamation d’émancipation. Au début, s’était rappelé Gideon Welles, le secrétaire à la Marine, Lincoln déclara qu’il comprenait parfaitement qu’il y ait des « divergences au sein du cabinet concernant l’esclavage » et fit bon accueil aux suggestions qui suivirent la lecture confidentielle. Cependant, il « voulait qu’il soit clair que la question était réglée dans son esprit » et « qu’il était garant de la réussite de la mesure ». Le temps des mesures audacieuses était arrivé.

Qu’est-ce qui permit à Lincoln de déterminer que le moment était venu pour cette transformation fondamentale dans la façon dont la guerre était menée et dans les idéaux pour lesquels l’Union se battait ? Et comment persuada-t-il un cabinet indiscipliné, une armée sceptique et ses compatriotes divisés du Nord de le suivre ?

Assurément, la situation militaire désespérée et la conviction qu’avait Lincoln depuis longtemps que « l’esclavagisme est fondé à la fois sur l’injustice et sur de mauvaises pratiques » furent des éléments cruciaux. Il admit plus tard qu’il avait toujours cru que, « si l’esclavage n’est pas immoral, rien ne l’est ». Mais, à la base de toutes ses qualités, il y avait la force inébranlable de son intelligence émotionnelle : son empathie, son humilité, sa cohérence, sa conscience de lui-même, la discipline qu’il s’imposait et sa générosité spirituelle. Ces qualités se sont avérées indispensables pour unir une nation divisée et la transformer complètement ; elles sont des leçons fortes pour les leaders de tous horizons.

1. Acceptez de rectifier le tir lorsque des mesures ont échoué. Durant la dernière semaine de juin 1862, George B. McClellan, un général de l’Union à la tête de l’armée du Potomac, avait subi une défaite écrasante après sa première offensive majeure. Au terme d’une série de dures batailles, les forces du général Robert E. Lee avaient repoussé l’avancée de McClellan dans la péninsule de Virginie vers Richmond, la capitale confédérée, poussant l’armée unioniste à battre en retraite, ce qui décima ses rangs et fit près de 16 000 morts, prisonniers ou blessés. La capitulation des troupes de McClellan avait alors paru possible. Le moral au Nord était au plus bas (plus bas encore qu’après la débâcle de Bull Run). « La situation, déjà mauvaise, avait empiré, se souvint Lincoln à propos de cet été-là, jusqu’à ce que j’aie l’impression que nous étions au bout du rouleau en ce qui concerne les manœuvres que nous avions voulu exécuter ; que nous avions abattu notre dernière carte et devions changer de stratégie ».

Les faits qui nous intéressent se déroulèrent le 22 juillet, lorsque le président réunit le cabinet pour lire sa proclamation. Il énuméra les différentes lois du Congrès concernant la confiscation de biens de la rébellion, réaffirma être en faveur de l’indemnisation des propriétaires d’esclaves, ainsi que sa volonté de préserver l’Union. Puis il lut l’unique phrase qui changerait le cours de l’histoire :

Moi, Abraham Lincoln, président des Etats-Unis, en vertu des pouvoirs de commandant en chef des armées et de la marine des Etats-Unis dont je suis investi, et comme mesure de guerre convenable et nécessaire pour l’anéantissement de ladite rébellion, aujourd’hui premier jour de janvier de l’an de Notre-Seigneur 1863, ordonne et déclare que toute personne tenue en esclavage dans tout Etat ou partie d’Etat où l’autorité constitutionnelle des Etats-Unis ne serait en effet reconnue, respectée et mise en application dans la durée, sera dès lors et pour toujours libre.


Une partie du 127e régiment d’Infanterie des volontaires de l’Ohio (le premier régiment afro-américain recruté dans l’Etat de l’Ohio), probablement en 1863. Il fut plus tard renommé 5e Régiment, United States Colored Troops. © Bibliothèque du Congrès

La portée de la proclamation était stupéfiante. Pour la première fois, le président unissait l’Union et l’abolition de l’esclavage pour en faire une force morale trans formative unique. On promettait la liberté à quelque 3,5 millions de Noirs du Sud, où des générations entières avaient été réduites en esclavage. Une phrase d’à peine une centaine de mots supplanterait les législations sur les droits de propriété et l’esclavage qui avaient déterminé les décisions politiques à la Chambre des représentants et au Sénat durant presque trois quarts de siècle. Toutefois, en repoussant de six mois la date effective de la proclamation, Lincoln offrit aux rebelles une dernière chance de mettre fin aux hostilités et de réintégrer l’Union avant que leurs esclaves ne leur soient confisqués définitivement.

2. Anticipez les points de vue conflictuels. Bien que Lincoln signalât avoir pris sa décision avant de lire la proclamation à son cabinet (son « équipe de rivaux »), il les laissa réagir, qu’ils fussent pour ou contre. Il connaissait si parfaitement chacun des membres, sa minutie dans l’anticipation de leurs réponses avait été telle qu’il était préparé à répondre à n’importe quelle objection de leur part. Il avait délibérément réuni une équipe d’hommes qui représentaient les principales factions géographiques, politiques et idéologiques de l’Union. Des mois durant, il les avait écoutés attentivement alors qu’ils se disputaient entre eux à propos de la meilleure façon de préserver cette Union. A plusieurs occasions stratégiques, certains membres s’en étaient pris à lui, le considérant par trop radical, trop conservateur, effrontément dominateur ou dangereusement incapable. Il avait accueilli la gamme étendue de leurs opinions tout en réfléchissant sans relâche, discutant « d’abord la face puis le revers de chaque question soulevée », jusqu’à ce qu’au terme d’une intense réflexion sa propre opinion émerge. Sa manière de prendre des décisions, qui lui venait de sa capacité si particulière à concevoir simultanément une multitude de points de vue, semblait laborieuse à certains ; mais, dès lors qu’il s’était enfin résolu à agir, il n’était plus question de savoir quoi faire, mais seulement quand.

Le secrétaire à la Guerre Edwin Stanton et le procureur général Edward Bates (le plus radical et le plus conservateur des membres de l’équipe de Lincoln) furent les deux seuls à apporter leur soutien inconditionnel à la proclamation. Qu’Edwin Stanton recommandât sa « promulgation immédiate » était compréhensible. Bien plus conscient des tourments des troupes que n’importe lequel de ses collègues, il comprit instantanément l’exceptionnelle stimulation qu’aurait conférée à celles-ci une telle annonce : l’esclavage permettait le bon fonctionnement des fermes et des plantations ; le labeur des esclaves permettait aux soldats confédérés de se battre. Quant au constitutionnaliste Bates, il abonda en ce sens de manière inattendue (à la condition toutefois qu’un programme comportemental soit instauré pour tous les Noirs émancipés).

Gideon Welles ne donna guère son avis, confessant plus tard que « l’ampleur et l’issue incertaine » de la proclamation, sa « solennité et son impact » l’accablaient totalement. Non seulement un « exercice disproportionné des pouvoirs de guerre » l’inquiétait, mais il craignait également que « les propriétaires d’esclaves, voyant leur cause perdue », soient en mesure de prolonger la guerre et de pousser la lutte à un niveau de férocité jamais atteint. Le secrétaire de l’Intérieur Caleb B. Smith, du parti whig de l’Indiana, ne donna pas son avis non plus, bien qu’il confiât à son assistant que, si Lincoln en venait à effectivement publier la proclamation, il « démissionnerait rapidement et rentrerait chez lui avant de critiquer l’Administration ».

Montgomery Blair, le ministre chargé du service des postes, s’opposa vivement à la proclamation. En tant que porte-parole des Etats limitrophes (il avait exercé en tant qu’homme de loi dans le Missouri avant de partir pour le Maryland), Blair prédit que l’émancipation pousserait les défenseurs de l’Union habitant ces Etats à rejoindre le camp des sécessionnistes. En outre, il pensait que le tollé qui en résulterait parmi les conservateurs dans tout le Nord serait tel que les républicains perdraient les élections à l’automne suivant. Lincoln avait étudié chaque aspect des objections de Montgomery Blair, mais il en avait conclu que le problème de l’esclavage était bien plus important que la politique politicienne. Il rappela à Blair ses efforts constants pour trouver un compromis. Il autorisa toutefois Blair à contester la proclamation par écrit.

Le pas en arrière du secrétaire du Trésor Salmon Chase fut agaçant. Il était pourtant l’abolitionniste le plus fervent. « Cela dépassait tout ce que j’avais préconisé », admit Chase, mais il craignait qu’une émancipation de masse ne mène à « un massacre d’un côté et à un soutien aux rebelles de l’autre ». Il valait mieux gérer ce problème épineux au coup par coup, progressivement, à la manière du général David Hunter lorsqu’il ordonna, plus tôt ce printemps-là, de libérer les esclaves du territoire qu’il contrôlait (cela incluait la Caroline du Sud, la Géorgie et la Floride). Même si Chase et ses camarades abolitionnistes avaient été sévèrement éprouvés lorsque Lincoln s’était dépêché d’annuler l’ordre de Hunter, Lincoln campa sur ses positions : « Il n’existera pas de commandant en chef de l’armée qui fera une telle chose sous ma responsabilité », a-t-il dit. Il ne lui « paraissait pas légitime » de laisser une décision si complexe « être prise par un homme de terrain ». Le leadership exécutif impliquait précisément une politique globale.

La perspective internationaliste du secrétaire d’Etat William Seward provoquait chez lui des angoisses transatlantiques. Si la proclamation en venait à déclencher une guerre raciale qui interrompait la production de coton, les élites anglaises et françaises (dépendantes du coton américain pour faire fonctionner leurs usines textiles) étaient susceptibles d’intervenir en faveur de la Confédération. Lincoln avait pris le temps de réfléchir aussi à cet argument puissant, mais il était convaincu que les peuples d’Angleterre et de France (autrefois défenseurs de l’abolition contre l’avis de leur gouvernement) ne se laisseraient pas manipuler et ne soutiendraient pas la Confédération si l’Union faisait de l’émancipation une priorité.

3. Sachez quand vous retenir et quand avancer. Malgré la cacophonie des idées et les voix divergentes, Lincoln s’en tint fermement à sa ligne de conduite. Avant que la réunion ne se termine, Seward souleva la question sensible du timing. « Le moral des gens est si bas suite à nos retournements successifs que la proclamation pourrait être considérée comme notre baroud d’honneur », avança Seward. Il trouvait bien plus convenable d’attendre « jusqu’à ce que l’aigle de la victoire prenne son envol » et ensuite « d’accrocher [la] proclamation autour de son cou ».

« C’était un aspect de la situation que, malgré toute ma réflexion sur le sujet, j’avais complètement négligé, admit Lincoln par la suite. Je finis par mettre la première version de la déclaration de côté ». Deux mois durant, il attendit le bon moment, à l’affût d’un signe en provenance du champ de bataille pouvant indiquer que « l’aigle de la victoire » avait pris son envol. Enfin, le cours de la guerre s’inversa lorsque l’armée menée par Lee se replia et quitta le Maryland et la Pennsylvanie. La bataille d’Antietam (le 17 septembre 1862, NDLR), qui fit environ 23 000 morts, fut le jour de combat le plus sanglant de l’histoire américaine. Ce carnage laissa les deux camps dans une grande stupeur. Ce cauchemar n’était pas la victoire triomphante dont Lincoln avait tant rêvé, mais il suffit à mettre son plan en marche. A peine la nouvelle du massacre d’Antietam lui était-elle parvenue qu’il révisa l’ébauche de la proclamation. Il ne lui fallut que cinq jours après la « victoire » pour, une nouvelle fois, convoquer son cabinet le lundi 22 septembre.

Le moment était venu de prendre les mesures qu’il avait remises à plus tard en juillet. « J’aurais voulu que les temps soient meilleurs », dit-il, abordant abruptement le problème sérieux de l’émancipation. « J’aurais aimé nous voir en meilleure posture. » Cependant, comme en témoigne Chase dans son journal, Lincoln révéla ceci : « Je me suis fait la promesse ainsi qu’à (il hésita un instant) mon Créateur » que, si Lee et son armée étaient « chassés » du Maryland, la proclamation serait publiée. Lincoln déclara que la décision était « prise et irrévocable ». « Cette décision et les responsabilités qu’elle impliquait lui appartenaient entièrement. » Il y avait « réfléchi pendant des semaines et le temps l’avait convaincu du bien-fondé de sa mesure ». Ayant clairement établi cela, Lincoln lut sa version légèrement amendée de la proclamation.

Si les membres de cette équipe pour le moins inhabituelle (un microcosme représentatif des différentes factions existant au sein de l’Union) se trouvaient incapables de s’unir à ce moment critique de l’histoire, il ne resterait que peu de chances d’unir le pays à grande échelle.

4. Montrez l’exemple. Comment fut-il possible de coordonner ces hommes talentueux mais démesurément orgueilleux, ambitieux, querelleurs et jaloux pour qu’ils en viennent à soutenir un tel changement de cause ? La meilleure réponse se trouve sans doute dans la compassion, la conscience de soi et l’humilité de Lincoln. Il ne laissa jamais l’ambition corrompre son grand cœur. « Aussi longtemps que j’aie exercé le pouvoir, je n’ai jamais volontairement planté d’épines dans la poitrine d’un homme quel qu’il soit », soutint Lincoln.

Ses interactions quotidiennes avec l’équipe ne laissaient aucune place aux comportements mesquins, au ressentiment et aux rancunes personnelles. Les arguments de ses collègues étaient les bienvenus dans le cadre du cabinet, mais il les prévint qu’il serait « extrêmement peiné » s’il les voyait s’affronter en public. Si de tels affrontements se produisaient, « un tort me serait fait ; et pire encore, un tort serait fait au pays ». Les normes de bienséance exigées par Lincoln était fondées sur la conscience commune qu’ils étaient impliqués dans un défi « trop important pour laisser place aux interactions malveillantes ». Ce sentiment qu’ils avaient un objectif commun avait permis la formation du cabinet et garantissait désormais sa survie.

5. Comprenez les besoins émotionnels de l’équipe. C’est en portant une attention continue aux multiples besoins des individus complexes de son cabinet que Lincoln a forgé son leadership d’équipe. Dès le début, Lincoln reconnut que William Seward, avec sa réputation nationale et internationale de commandement, méritait la position prééminente de secrétaire d’Etat et exigeait un traitement de faveur. Attiré par le charme cosmopolite de Seward et le plaisir de sa compagnie raffinée, mais sensible aussi à l’orgueil blessé de son collègue après le revers qu’il avait subi lors de la désignation du candidat républicain alors qu’il était le favori, Lincoln traversait fréquemment la rue pour rendre visite à Seward dans sa maison de ville, à Lafayette Park. Les deux hommes y passaient de longues soirées devant un feu de cheminée à parler, rire, se raconter des histoires et développer une franche camaraderie. Lincoln créa des liens tout aussi intimes, quoique moins conviviaux, avec le très nerveux et agressif Edwin Stanton. « La pression sur ses épaules était immense », dit Lincoln de « Mars », surnom duquel il affublait affectueusement son secrétaire à la Guerre. Lincoln voulait faire tout son possible pour calmer son stress, simplement en s’asseyant avec lui dans la pièce où se trouvait le télégraphe et en tenant sa main lorsqu’ils attendaient avec inquiétude des nouvelles du champ de bataille.

Dépendant par-dessus tout de Seward et de Stanton, Lincoln était conscient de la jalousie qu’engendrait le spectre du favoritisme. En conséquence, il accorda des moments exclusifs à chacun des membres de l’équipe (qu’il s’agisse de héler Welles sur le chemin qui allait de la Maison-Blanche au ministère de la Marine, de rendre visite inopinément à Chase dans son imposant manoir, de dîner avec le clan Blair tout entier ou d’inviter Bates et Smith à discuter lors de trajets de fin d’après-midi en calèche).

« Tout le monde aime les compliments », observa Lincoln ; les gens ont besoin que l’on honore le travail qu’ils font. Il rédigeait fréquemment des notes à l’intention de ses collègues, dans lesquelles il exprimait sa gratitude pour leurs actions. Il reconnut publiquement que la suggestion de Seward d’attendre une victoire militaire avant de publier la proclamation était une contribution originale et utile. Quand il devait donner un ordre à Welles, il assurait à son « Neptune » : « [Je ne veux pas insinuer] que vous avez été négligent dans l’exécution des fonctions ardues et importantes de votre département, qui, entre vos mains, je l’affirme avec plaisir, ont été conduites avec une réussite admirable. » Lorsqu’il fut contraint de renvoyer une des personnes nommées par Chase, il comprit que l’irritable Chase lui en voudrait probablement. Ne désirant pas que la situation se détériore, il lui rendit visite ce soir-là. Posant ses longs bras sur les épaules de Chase, il lui expliqua patiemment pourquoi cette décision était nécessaire. Bien que l’ambitieux Chase s’agaçât souvent de l’autorité de Lincoln, il reconnut : « Le président m’a toujours traité avec la plus grande gentillesse et a toujours fait preuve d’une telle impartialité et d’une telle droiture dans ses intentions que je ne me suis pas trouvé capable de ne plus lui accorder ma confiance… alors je continue de travailler. »

6. Ne laissez pas pourrir les rancœurs passées. Leonard Swett, un vieil ami de Lincoln, fit remarquer que Lincoln n’a jamais choisi les membres de son équipe « selon qu’il les appréciait ou non ». Il soutint qu’il ne lui importait pas que quelqu’un eût commis des méfaits par le passé : « Cela me suffit si l’homme ne fait rien de mal dorénavant. » Son respect de cette règle rendit possible la nomination de Stanton en tant que secrétaire de la Guerre, malgré des débuts conflictuels entre les deux hommes. Ils s’étaient d’abord rencontrés lors d’une importante affaire de brevets à Cincinnati. Stanton, avocat brillant et énergique, jouissait déjà d’une réputation nationale ; Lincoln était une figure émergente, mais seulement dans l’Illinois. Il suffit d’un regard sur Lincoln (des cheveux dans tous les sens, une chemise tachée, des manches de manteau et jambes de pantalon trop courts pour ses membres trop longs) pour que Stanton se tourne vers son associé George Harding : « Pourquoi est-ce que tu as amené ce fichu primate dégingandé ici… il ne connaît rien et ne peut t’être d’aucune aide. » C’est ainsi que Stanton rejeta l’avocat de province. Il ne lut jamais le mémo que Lincoln avait méticuleusement préparé, ne le consulta jamais et ne lui adressa même jamais la parole.

De cette humiliation, Lincoln tira toutefois une aptitude aiguë à s’analyser et un désir sauvage de s’améliorer. Il resta dans la salle d’audience toute la semaine, étudiant attentivement la performance juridique de Stanton. Il n’avait jamais « vu quoi que ce soit de si abouti, élaboré et de si minutieusement préparé » auparavant. L’associé de Stanton se souvint que, même si Lincoln n’oublia jamais cet épisode douloureux, « lorsqu’il fut convaincu que l’intérêt de la nation serait mieux servi en nommant Stanton dans son cabinet, il réprima sa rancune personnelle comme peu d’hommes l’auraient fait et lui donna le poste ».

« Il n’y a pas deux hommes sur Terre qui furent jamais plus incompatibles que ces deux-là », fit remarquer le secrétaire particulier de Stanton. Tandis que Lincoln donnait « aux subordonnés entêtés » quelques chances de trop « pour qu’ils réparent leurs erreurs », Stanton « les forçait à obéir ou bien il s’en débarrassait ». Tandis que Lincoln était compatissant, patient et transparent, Stanton était direct, vif et secret. « Ils avaient des natures complémentaires et reconnaissaient pleinement être nécessaires l’un à l’autre. » Avant que leur partenariat ne prenne fin, Stanton ne se contentait pas d’admirer Lincoln ; il l’adorait.

7. Soyez maître de vos pulsions agressives. Lorsqu’un collègue l’exaspérait, Lincoln couchait sa colère refoulée sur le papier dans des lettres qu’il qualifiait de « piquantes ». Il mettait ensuite ces lettres de côté jusqu’à s’être calmé, ce qui lui permettait de s’occuper des problèmes de manière plus lucide. Lorsque ses papiers purent être consultés au début du XXe siècle, les historiens découvrirent une série de lettres de ce type qui comportaient chacune une annotation de Lincoln à leur dos : «Jamais envoyée, jamais signée. »

Une telle tolérance était un exemple pour l’équipe. Un soir, Lincoln écoutait Stanton alors que celui-ci était furieux contre l’un des généraux. « J’aimerais bien lui dire ce que je pense de lui », tempêta Stanton. « Pourquoi ne le faites-vous pas ? » suggéra Lincoln. « Ecrivez-le noir sur blanc. »

Quand Stanton eut fini la lettre, il revint la lire au président.
« Epatant, dit Lincoln. Et maintenant, Stanton, qu’allez-vous en faire ?
– Eh bien, il va de soi que je vais l’envoyer !
– Si j’étais vous, je ne le ferais pas, dit le président. Jetez-la à la poubelle.
– Mais j’ai passé deux jours à l’écrire.
– Certes, certes, et cela vous a fait grand bien, dit Lincoln. Vous vous sentez mieux à présent. C’est tout ce qui importe. Contentez-vous de la mettre à la poubelle. »

C’est ce que fit Stanton après quelques protestations supplémentaires.

Lincoln se retenait non seulement jusqu’à ce que sa colère s’estompe et recommandait aux autres de faire la même chose, mais il pardonnait aussi volontiers les attaques publiques le visant. Quand une lettre peu flatteuse à son égard écrite par Montgomery Blair au début de la guerre sortit inopinément dans la presse des mois plus tard, Blair, honteux, emporta la lettre à la Maison-Blanche et proposa sa démission. Lincoln lui dit qu’il n’avait aucune intention de la lire ni aucun désir de le sanctionner. « N’y pensez plus, dit-il, et n’en faites plus jamais mention. »

8. Protégez vos collaborateurs des accusations. Welles continua de s’émerveiller, Lincoln « déclara qu’il était le seul responsable des erreurs qu’on imputait à son cabinet ». Son refus de laisser un subordonné avoir à assumer ses décisions ne fut jamais plus évident que lors de sa défense publique de Stanton, après que McClellan eut attribué le désastre de la campagne de la Péninsule à l’incapacité du secrétariat de la Guerre à y envoyer suffisamment de soldats. S’ensuivirent des attaques publiques et brutales à l’encontre de Stanton, y compris des appels à la démission.

Dans une démarche grandiloquente visant à lui donner une visibilité accrue dans les journaux, Lincoln prit la décision de faire fermer tous les services du gouvernement à une heure de l’après-midi, de telle manière que chacun puisse assister à un gigantesque rassemblement de l’Union sur les marches du Capitole. Sur place, Lincoln contre-attaqua directement les accusations de McClellan. Il assura que chaque soldat disponible avait été envoyé en renfort. « Le secrétaire de la Guerre ne peut être tenu responsable de ne pas avoir fourni ce dont il ne disposait pas. » Ensuite, comme la foule commençait à applaudir, Lincoln poursuivit : « Je crois que Stanton est un homme courageux et capable, et si je me tiens là, comme la justice exige que je le fasse, c’est pour m’attribuer les accusations dont le secrétaire de la Guerre a été l’objet. » Le plaidoyer solide et dramatique de Lincoln en faveur de son secrétaire en difficulté mit rapidement fin à la campagne menée contre Stanton.

Finalement, c’est la personnalité de Lincoln (sa sensibilité, sa patience, sa prudence et son empathie) qui inspirèrent et transformèrent chaque membre de sa famille officielle. Dans ce paradigme de leadership, la grandeur était largement fondée sur la bonté. Et pourtant, sous sa gentillesse apparente, Lincoln était sans aucun doute le leader le plus complexe, ambitieux, obstiné et implacable de tous. Ses collègues pouvaient afficher des motivations égoïstes ; ils pouvaient le critiquer, le moquer, l’irriter, le rendre furieux, exacerber les pressions qui pesaient déjà sur lui. Il tolérait tout, tant qu’ils étaient compétents et passionnés par leur travail, et tant qu’ils allaient dans la direction qu’il leur avait donnée.

Il est certain que les membres du cabinet n’étaient pas unanimes le 22 septembre 1862, lorsque Lincoln leur annonça qu’il était prêt à publier la première version de sa proclamation. Des divergences d’opinions et des réserves demeuraient. Welles restait contrarié, mais, si le président se montrait prêt à assumer seul l’entière responsabilité du projet, il était prêt à consentir. « Pleinement satisfait » que le président ait pris le temps de « considérer avec bienveillance et attention » chaque argument, Chase le rejoignit. Smith renonça à sa menace de démissionner et Blair ne consigna jamais ses objections par écrit, comme le lui avait permis Lincoln. Quand la proclamation parut dans les journaux du lendemain, le cabinet tout entier, contrairement à ce qu’il laissait paraître de prime abord, soutenait le président. Lorsque cela était nécessaire, les membres du cabinet faisaient front commun.

Rallier les sceptiques au sein de son propre cabinet n’était qu’un premier pas sur le long chemin de la réunification. Cent jours se passèrent entre la publication de la Proclamation d’émancipation et sa mise en œuvre effective, le 1er janvier 1863. Ils ne furent pas tranquilles. Cette période éprouvante mit largement à l’épreuve le leadership de Lincoln. Comme Blair l’avait prédit, le ressentiment des conservateurs envers la proclamation aboutit à des résultats médiocres pour les républicains aux élections de mi-mandat. « Nous avons presque tout perdu », se lamenta John Nicolay, le secrétaire de Lincoln. Au mois de décembre, l’armée unioniste se fit piéger dans un « slaughter pen » (littéralement, un « enclos d’abattage », nom d’une tactique militaire, NDLR) à Fredericksburg, où 13 000 soldats de l’Union périrent ou furent blessés. Les accusations contre le président fusèrent de toutes parts.


Abraham Lincoln, tenant en main la Proclamation d’émancipation, et son cabinet (Lithographie de Currier & Ives, 1876). © Francis Bicknell Carpenter/Bibliothèque du Congrès

9. N’ayez qu’une parole. Alors que le nouvel an approchait, le peuple se montrait « globalement dubitatif » sur la capacité du président à tenir sa promesse de mettre en application la proclamation ce jour-là. Des sceptiques prédisaient que sa promulgation alimenterait des guerres raciales au Sud, pousserait des officiers de l’Union à démissionner de leur poste et inciterait 100 000 hommes à déposer les armes. La perspective de l’émancipation menaçait de fracturer la coalition fragile qui maintenait l’unité des républicains et des démocrates unionistes.

« La colonne vertébrale de Lincoln le soutiendra- t-elle jusqu’au bout ? », s’interrogea l’avocat new-yorkais George Templeton Strong dans son « Journal ». Ceux qui connaissaient le mieux Abraham Lincoln n’auraient jamais posé cette question. Tout le long de sa vie, le poids et l’honneur de sa parole avaient fait de lui un roc. « Je ne peux pas revenir sur ce que je viens de dire », dit Lincoln à un membre du Congrès du Massachusetts.

Bien que souvent frustré par la lenteur de Lincoln à publier la proclamation, l’abolitionniste Frederick Douglass en était arrivé à croire que Lincoln n’était pas le genre d’homme à « reconsidérer, retirer, et contredire des paroles et des objectifs énoncés solennellement ». Il jugea à raison que Lincoln « ne ferait pas marche arrière », et que, « s’il nous a appris à ne croire en rien d’autre, il nous a appris à croire en sa parole ».

10. Evaluez les opinions. A la veille du nouvel an, Lincoln convoqua son cabinet une troisième fois pour une dernière lecture de la proclamation. Il y avait une différence majeure entre la version qu’il présenta et celle publiée en septembre. Durant des mois, les abolitionnistes avaient demandé que les Noirs puissent s’engager dans l’armée. Lincoln avait hésité, considérant qu’une étape si radicale était prématurée et dangereuse pour sa fragile coalition.

Cependant, ce jour-là, il décida que le moment était venu. « Les dogmes de notre paisible passé sont inadaptés au présent orageux », dit-il au Congrès. « A nouvelle donne, nouvelle pensée et nouvelles mesures. » Une nouvelle clause annonçant que l’armée commencerait à recruter des Noirs avait été insérée dans la proclamation, ainsi qu’une humble conclusion suggérée par le secrétaire d’Etat Salmon Chase, invoquant « le jugement réfléchi de l’humanité et la grâce bienveillante du Tout-Puissant ».

Selon Douglass, les réactions à la proclamation en Nouvelle-Angleterre furent « déchaînées et grandioses » et accompagnées de « joie et de contentement », de « sanglots et de larmes ». Cette jubilation ne fut cependant pas partagée par les Etats limitrophes ni d’ailleurs dans la plupart du reste du Nord. Si une victoire marginale à Antietam avait permis d’étouffer les voix des opposants à l’émancipation, elles se firent entendre bruyamment après la défaite humiliante de Fredericksburg et l’enlisement hivernal qui s’ensuivit. Au Congrès, les « démocrates pour la paix », plus communément appelés « Copperheads », tirant profit de la période prolongée où le moral était en berne, s’opposèrent aux nouvelles lois sur la conscription et allèrent même jusqu’à encourager les soldats à la désertion. Des rumeurs insinuaient que l’émancipation avait un effet négatif sur les soldats, et nombre d’entre eux affirmaient qu’on les avait dupés (ils s’étaient engagés pour se battre pour l’Union, pas pour les Noirs).

Mais Lincoln savait décrypter l’opinion publique. Quand son vieil ami Orville Browning commença à agiter l’épouvantail d’un Nord faisant front derrière les démocrates dans leur « réclamation d’un compromis », Lincoln prédit que, si les démocrates commençaient à faire des concessions, « le peuple les abandonnerait ». Que l’émancipation fasse voler l’armée en éclats ne l’inquiétait pas non plus. Tandis qu’il admit que les tensions au sujet de l’émancipation s’étaient accrues faute d’un moral stable et que cela était susceptible de mener à des désertions, il ne croyait pas que « leur nombre affecterait matériellement l’armée ». Au contraire, le nombre de ceux que l’émancipation aurait poussés à se porter volontaires compenserait le nombre de déserteurs. Lincoln était confiant, il annonça aux sceptiques que c’était le bon moment pour redéfinir les objectifs de la guerre.

En effet, les conséquences du leadership transformationnel de Lincoln ne s’illustrèrent jamais aussi vivement que lorsque les soldats changèrent d’attitude vis-à-vis de l’émancipation. Durant les dix-huit premiers mois de la guerre, seuls trois soldats sur dix déclaraient être prêts à perdre la vie pour l’émancipation. La majorité se battait pour préserver l’Union. Ce ratio changea à la suite de la Proclamation d’émancipation. Selon les directives de Lincoln, une écrasante majorité de soldats en vint à considérer que l’émancipation et la restauration de l’Union étaient inextricablement liées. Comment fit Lincoln pour que ces hommes se rallient à son objectif ?

11. Etablissez des liens de confiance. La réponse des troupes trouve son origine dans la confiance et la loyauté profondes que Lincoln avait gagnées auprès de ses fantassins dès le tout début de la guerre. Dans leurs lettres, il n’était pas rare que ces soldats témoignent de son empathie, de sa fiabilité, de sa bienveillance, de son accessibilité et de sa compassion paternelle pour sa « famille élargie ». Ils parlaient de lui comme s’il était des leurs ; ils emportaient son portrait avec eux sur le champ de bataille. Lincoln jouissait d’une telle crédibilité auprès d’eux qu’il ne s’agissait plus uniquement de se battre pour l’Union. « S’il dit que tous les esclaves sont dorénavant Libres pour Toujours, écrivit un soldat, Amen. » Un autre avoua qu’il n’avait « jamais été en faveur de l’abolition de l’esclavage », mais qu’il était dorénavant « prêt et disposé » à se battre pour l’émancipation. Une nouvelle direction venait d’être fixée et adoptée.

Rien ne fit admettre de manière plus efficace le pouvoir transformatif de la Proclamation d’émancipation que le recrutement et l’enrôlement de soldats noirs. Les Noirs répondirent avec ferveur à l’appel. Ils battirent non seulement un record d’inscription (plus de 200 000 soldats rejoignirent l’effort de guerre de l’Union), mais aussi, selon un témoignage officiel, ils combattirent avec une élégance rare. « Je n’avais jamais rien vu de tel que le régiment noir au combat », écrivit le général James G. Blunt après un combat. « Ils se sont battus comme des vétérans, avec une fraîcheur et un courage hors pair. » Après la bataille de Port Hudson, un officier blanc avoua carrément : « Vous n’avez pas idée à quel point mes préjugés concernant les soldats noirs ont été dissipés par la bataille de l’autre jour. La brigade de Noirs s’est remarquablement bien comportée et s’est formidablement battue ; ils n’auraient pas pu mieux faire. » Même les commandants auparavant opposés à sa proclamation « croient désormais, souligna Lincoln, que la Proclamation d’émancipation et l’incorporation de soldats noirs sont le coup le plus dur jamais porté à la rébellion ».

Lincoln avait observé attentivement « cette grande révolution dans l’opinion publique progresser lentement mais sûrement ». Il prêta une oreille attentive et surveilla les changements d’opinion des membres de son cabinet. Il était un lecteur intelligent, relevant dans quelle direction soufflait le vent en lisant les éditoriaux des journaux, en écoutant la teneur des conversations entre les gens du Nord et, plus encore, en portant son attention aux points de vue des soldats. Bien qu’il sût depuis le début que l’opposition serait farouche une fois la proclamation mise en œuvre, il jugea cette opposition trop faible « pour vaincre la cause ». Ce sens affûté du bon moment, écrivit un journaliste, était le secret du leadership talentueux de Lincoln. « Il avance toujours de concert avec des circonstances favorables, n’attendant pas d’être contraint par les événements et ne gâchant pas sa force en s’y frottant prématurément. » Comme Lincoln en personne le fit remarquer : « Avec l’opinion publique, rien ne peut échouer ; sans elle, rien de bon ne peut arriver. »

A une époque où le moral du peuple était au plus bas et où la lassitude de la guerre était généralisée, Lincoln bénéficia d’un puissant second souffle. Là où d’autres voyaient la chute apocalyptique de l’expérience proposée par les Pères fondateurs, il vit la naissance d’une nouvelle liberté.

« Chers concitoyens, nous ne pouvons échapper à l’histoire », dit-il devant les membres du Congrès un mois avant que la Proclamation d’émancipation ne prenne effet. « La cuisante épreuve que nous traversons nous guidera, dans l’honneur ou le déshonneur, jusqu’à la dernière génération… En rendant leur liberté aux esclaves, nous garantissons la liberté à l’homme libre – honorables tant dans ce que nous donnons que dans ce que nous préservons. Nous sauverons noblement ou perdrons misérablement le dernier et plus bel espoir de la Terre. » Dans une convergence brillante de l’homme et de l’époque, le leadership d’Abraham Lincoln imprégna d’un but et d’un sens moral la souffrance prolongée de la guerre de Sécession.


© Piotr Lesniak

Un article de la Harvard Business Review France du 01/01/2019 par Doris Kearns Googwin

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Doris Kearns Googwin, historienne et récipiendaire du prix Pulitzer, est l’auteure de plusieurs biographies de présidents américains telles que No Ordinary Time, Team of Rivals, The Bully Pulpit et Lyndon Johnson and the American Dream. Son dernier ouvrage est Leadership in Turbulent Times (Simon & Schuster, septembre 2018).    Voir toutes les chroniques

Les secrets de management d’un patron d’exception pour entretenir la confiance

Newsletter #13

Par Challenges.fr le 27.11.2018 à 11h40

Dans le cadre des Entretiens de Valpré, dont Challenges est partenaire, l’entrepreneur Paul Petzl, à la tête d’un des leaders de matériel d’alpinisme, a tenu le 16 novembre 2018 une leçon magistrale sur la confiance et le risque en entreprise. Extraits de son intervention.

Valpré

Fils de spéléologue, Paul Petzl est à la tête d’une petite multinationale spécialisée dans le matériel de sports “extrêmes”.  AFP

Il y a 45 ans, l’histoire est partie de la passion de mon père pour la spéléologie où lorsque vous rentrez dans la grotte, il faut voir et, au premier puits, il faut descendre et, ensuite, remonter. D’où notre développement dans les éclairages mais, aussi, à partir de la corde, dans des outils pour descendre, remonter et s’assurer.

La confiance au coeur du business

Vous l’avez compris, la pérennité de notre entreprise est d’avoir mis la confiance avec ses clients au centre de toutes nos préoccupations; confiance qui se traduit, également, avec les parties prenantes qui sont nos employés et nos partenaires industriels. Une entreprise est un tout et il ne peut pas y avoir de maillon faible dans la relation de confiance. Sans doute, à travers le monde, ce sont 4 à 5 millions de personnes qui sont accrochées à nos produits en permanence; d’où l’importance de fournir des outils sûrs à nos clients.

La confiance, c’est bien ce vers quoi on tend en toutes circonstances chez Petzl. C’est central et, aujourd’hui, notre marque inspire une vraie confiance. Cette confiance s’est construite dans le temps par des situations concrètes et visibles même suite à des incidents ou accidents très médiatisés.

Trois préceptes liés à une “situation de crise”

Voici la première règle que j’ai retenue et apprise: il faut montrer et être transparent pour renforcer la confiance surtout en situation de crise comme nous en avons vécu. Exemple: films de production, tests, contrôles internes, visites d’usines ciblées. Lorsque nous avons eu un accident malheureux il y a 10 ans suite à une erreur en production, nous avons remis en question collectivement nos process et mis en place un principe d’amélioration continue que nous n’avions pas jusqu’alors.

La deuxième leçon que nous avons tirée, c’est qu’une organisation doit toujours être en mouvement, réactive et agile face aux risques principaux de l’entreprise. Avant, nous pensions être bons, nous étions satisfaits et trop confiants; d’où notre perte de conscience de la réalité. Depuis, chaque erreur est devenue une belle opportunité pour progresser collectivement pour, au final, réduire les risques pour nos clients et pour l’entreprise.

 

D’où ma troisième leçon. Il faut des points de mesure de notre réalité. Le risque zéro n’existe pas. Les erreurs sont possibles et pardonnables mais, lorsque celles-ci sont constatées, il faut agir vite, changer et le dire en montrant notre sincérité et la vérité. La confiance peut revenir mais elle peut se perdre définitivement. La communication doit être immédiate, sincère et la plus large possible face aux communautés que l’on sert.

Partage des décisions et amélioration continue

Une dynamique de croissance se nourrit, avant tout, de cette confiance comme notre lien social interne et personnel se nourrit, également, de cette confiance. Au début, Petzl produisait 10 produits par jour. Nous étions deux, mon frère et moi, et nous maîtrisions tout. Aujourd’hui, ce sont 40.000 produits par jour et nous employons près de 1.000 personnes.

D’où la question: comment assurer cette exigence de qualité et, donc, notre dépendance a cette nécessité de la qualité du travail collectif mais, aussi, chez nos partenaires industriels? Quelles solutions concrètes mettons-nous en place pour développer cette confiance que nous déléguons sur l’ensemble de nos collaborateurs et partenaires? Nous avons besoin de l’engagement de nos employés et partenaires. La confiance est centrale car sans confiance, il n’y a pas d’engagement. Par contre, cela nécessite de se mettre d’accord sur les modes de production, sur les points de contrôle, sur les objectifs, sur la manière de manager les hommes.

Chez Petzl, il n’y a plus d’incitation individuelle sur la qualité, la productivité mais un partage collectif de 15% de notre résultat net. Nous avons limité les niveaux hiérarchiques à quatre et mis en place des modes de production où les problèmes se résolvent collectivement au plus proche de ceux qui subissent les dysfonctionnements. Nous transformons, progressivement, une hiérarchie sachante en une hiérarchie servante auprès des collaboratrices et collaborateurs afin de les faire grandir.

Nous travaillons, de plus en plus, en équipe projet autour de l’amélioration continue mais, sincèrement, nous sommes encore loin de ce que nous voulons atteindre. Après quelques règles de fonctionnement collectif que j’ai intégrées par nécessité et de par ma responsabilité dans notre entreprise, j’ai réfléchi sur comment, à titre personnel, je construis la confiance en moi en tant qu’individu.

La nécessité d’avoir un guide

En alpinisme, en escalade, quand on s’attaque à de grandes falaises, il faut avoir de la confiance en soi pour vaincre ses peurs tel que le vide, les difficultés à surmonter, se tromper d’itinéraire y compris d’avoir suffisamment de résistance et d’expérience pour sortir en haut de la voie. Pour ma part, je prends toujours un guide car lui sait ce que je ne sais pas. Je lui fais confiance. Je m’en remets à lui mais je vérifie toujours qu’il est un bon guide.

Il aura à pallier toutes mes incertitudes et inquiétudes. Ainsi, je pars plus tranquille. Je choisis toujours un guide qui me permettra de progresser en apprenant ce que je ne sais pas ou ce que je n’imagine pas au niveau des risques. J’attends de lui qu’il s’adapte à moi en fonction de mon niveau physique et psychique du moment. Je retrouve toujours la question centrale de la confiance en l’autre comme je le vis dans l’entreprise.

Sept idées clés pour renforcer la confiance

Au risque de me répéter, j’ai listé les idées clés qui renforce la confiance:

1. La confiance est un choix et se construit dans le temps;

2. La confiance se construit sur la rationalité et la réalité;

3. La confiance naît de la franchise en conjuguant honnêteté et sincérité. En parlant vrai, on gagne, alors, du temps, de l’intérêt et de la considération;

4. La confiance, c’est, avant tout, convaincre, expliquer, apaiser et permettre à l’autre de mieux comprendre les données rationnelles d’un problème. Cela lui donnera confiance en moi;

5. La confiance, c’est accepter de rendre compte de nos actions, de nos erreurs;

6. La confiance reste une obligation d’être à la hauteur de la confiance que l’on me fait;

7. A l’opposé de la confiance, c’est la méfiance et celle-ci est le terrain de toute crise à venir.

En conclusion, mon choix personnel est de toujours prendre le risque avec discernement de la confiance en l’autre et, comme le disent souvent les Suisses, je prends souvent le risque d’être déçu en mal ou d’être déçu en bien.

Extraits de l’intervention de Paul Petzl, dirigeant de Petzl, lors des Entretiens de Valpré, dont Challenges est partenaire.

Cessons de faire le procès du management !

Newsletter #12

Les managers sont souvent tenus pour responsables des dysfonctionnements des organisations. A tort.

Un article de la HBR France par Béatrice RoussetPhilippe Silberzahn

Le procès du management est ouvert depuis longtemps déjà mais le genre littéraire ne s’épuise pas, comme en témoigne le succès du livre de Nicolas Bouzou et Julia de Funes, « La comédie (in)humaine : comment les entreprises font fuir les meilleurs« . Avant eux, il y a sept ans, celui du sociologue François Dupuy « Lost in management » avait connu le même succès en peignant un portrait au vitriol des errements de la vie en entreprise. La critique du management s’est même constituée en un genre à part entière au sein du monde universitaire avec des experts qui y consacrent leur travail.

Les critiques n’ont évidemment pas toujours tort dans leurs propos, et leur succès s’explique aussi parce qu’ils font souvent mouche. Chacun peut témoigner d’une expérience absurde vécue dans une grande organisation ou d’un ami qui a quitté son travail à force de frustration et de dépit. Si tout le monde est d’accord là-dessus, quel est donc l’intérêt de nous le rappeler sans cesse ? Ce dont nous avons besoin, c’est plutôt de comprendre pourquoi depuis vingt ans rien ne change.

Or nous en sommes loin. Il y a au moins deux raisons à cela. La première est que ces critiques sont souvent superficielles. Elles s’arrêtent aux symptômes sans en chercher les causes et donc quand elles prétendent offrir des solutions, celles-ci sont triviales : moins de réunions, moins de Powerpoint, plus d’autonomie, plus de collaboration… Cela fait quarante ans que les auteurs en management recommandent cela, or rien ne change. La question n’est pas de décrier le nombre de réunions inutiles, mais plutôt de savoir ce qui les cause. Sans cela, des solutions telles qu’interdire les réunion l’après-midi seront sans effet. On ne soigne pas le malade en refroidissant le thermomètre. Toute personne ayant travaillé ne serait-ce que quelques jours dans une organisation sait que si l’on interdit les réunions l’après-midi, celles-ci seront organisées le matin. Au final, on aura simplement réarrangé les chaises sur le pont du Titanic.

Ni des salauds, ni des imbéciles

La seconde raison est liée à la posture même des critiques. Multiplier les anecdotes et ironiser sur tel ou tel comportement observé amuse la galerie mais présente une vision caricaturale de la vie en organisation et n’apporte rien au débat, voire empêche de faire émerger des solutions. On finit toujours par stigmatiser les managers dont le comportement est jugé aberrant ou stupide, voire pervers.  Disons-le clairement : cela fait trente ans que nous travaillons avec de grandes organisations et l’immense majorité des managers avec lesquels nous travaillons ne sont ni des salauds, ni des imbéciles. Ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils vivent. Si réduire le nombre de réunions était la solution, ils l’auraient adoptée depuis longtemps. D’ailleurs la plupart ont essayé de le faire sans succès. N’oublions pas non plus que beaucoup de ces grandes organisations dont on moque les managers et leurs pratiques ont créé des choses extraordinaires et sont la raison de notre incroyable richesse aujourd’hui. Leurs managers sont-ils si mauvais que cela ? Soyons sérieux. Le management mérite mieux que quelques jugements superficiels à l’emporte-pièce complétés par des propositions de solutions triviales ou naïves. Le ridicule apparent du comportement des managers n’est en fait souvent qu’une réaction rationnelle à un environnement complexe dont ils ont perdu la maîtrise. Là est le vrai problème, et la question est donc de savoir comment ils peuvent la regagner.

Il y a quarante ans, le sociologue Saul Alinsky écrivait « Rules for radicals ». Ce livre est la bible des radicaux et il est aujourd’hui encore très lu. L’auteur écrit avec un seul objectif : fournir un ensemble de règles pratiques pour éviter que son camp politique (la gauche) ne se réfugie dans la rhétorique stérile et ne devienne par là-même incapable de véritablement changer la société. Les règles qu’il propose font selon lui la différence entre un radical rhétorique et un radical réaliste, c’est à dire entre quelqu’un qui se complaît dans la critique stérile et quelqu’un qui agit concrètement pour changer les choses. C’est exactement ce dont a besoin le management.

Transcender l’individuel comme le collectif

Quelles sont ces règles ? Saul Alinsky observe d’abord que le changement doit commencer dans les têtes. Ce sont donc les modèles mentaux, c’est à dire la manière pour un individu et une organisation de voir leur environnement, qui constituent la base de travail et qu’il va falloir changer. Pour cela, les approches individuelles et psychologiques sont insuffisantes parce qu’elles ne parlent qu’aux individus et laissent de côté la dimension collective. Les approches collectives (tous entrepreneurs !) font l’inverse et ont le même problème. La condition pour agir est de partir d’un point d’entrée qui transcende l’individuel et le collectif et c’est ce que fournit le modèle mental.

Reprenons notre exemple des réunions inutiles. Dans cette grande entreprise du CAC40, le consensus est un modèle mental très fort car il est associé à une bonne gestion du risque. Pour arriver à ce consensus, il faut cependant beaucoup de réunions. Les décisions prennent de plus en plus de temps et l’entreprise a du mal à suivre la concurrence. Tout le monde se plaint en interne. S’emparant du thermomètre, le P-DG ordonne une réduction du nombre de réunions. Mais cette décision est mal reçue car elle empêche la construction d’un consensus. Après quelques semaines de réduction, le nombre de réunions revient à ce qu’il était. En ignorant le modèle mental « consensus », le P-DG a tiré un coup d’épée dans l’eau. Il aurait pu procéder autrement en disant quelque chose comme : « Nous savons que le consensus est important et pour ce faire, nous multiplions les réunions. Mais réfléchissez à d’autres manières de créer un consensus. Réfléchissez aussi à inviter moins de monde : si certains sont déçus de ne pas avoir été conviés, nous en profiterons pour leur partager notre démarche, c’est-à-dire celle d’élargir notre modèle mental du consensus ainsi d’autres pourront suivre notre exemple. » Peu à peu, le nombre de réunions diminuera de lui-même car la croyance profonde en l’importance du consensus aura été nommée et respectée.

Agir toujours mais avec prudence

Les règles que propose Saul Alinsky constituent dès lors des principes d’action pour changer les modèles mentaux. Elles peuvent être résumées de la façon suivante : premièrement, partir de ce qui existe pour agir effectivement en restant ancré dans la réalité de l’organisation et de ses collaborateurs, plutôt que de s’en moquer et de viser un idéal (le consensus est important pour nous). Deuxièmement, viser des victoires limitées pour créer une masse critique sans prendre de risque inutile (continuez les réunions mais avec moins de monde). C’est une règle d’anti-héroïsme : agir toujours mais avec prudence. Troisièmement, déterminer son action avec les autres car le changement est un mouvement social : il passe par la création d’une dynamique collective (réfléchissez à comment on pourrait…). Quatrièmement, tirer parti des surprises car celles-ci éclairent les modèles mentaux et offrent des ouvertures pour les challenger (une décision prise dans l’urgence où le consensus s’est construit rapidement). Cinquièmement, créer un contexte favorable pour que les principes puissent être appliqués par tous ; c’est le rôle du leader (je ferai en sorte moi-même de créer un consensus de manière plus légère).

La capacité à rendre visibles et explicites les modèles mentaux, c’est à dire à prendre conscience et à nommer les mécanismes organisationnels qui donnent naissance aux situations rencontrées (trop de réunions, décisions absurdes, absence d’innovation, etc.) est indissociable des principes d’action eux-mêmes. En résumé, dire c’est faire et faire, c’est dire.

La base d’un nouveau management

De manière étonnante, les règles de Saul Alinsky sont exactement les mêmes que les principes de l’effectuation, la logique des entrepreneurs mise en lumière par la chercheuse Saras Sarasvathy. Les entrepreneurs sont en effet des radicaux comme les autres, mais ils exercent leur action radicale sur des marchés, et non dans le domaine politique. Ces principes, simples et universels, permettent aux radicaux politiques de transformer la société et aux radicaux entrepreneurs de transformer les marchés. Ils peuvent donc également permettre aux radicaux réalistes de transformer leur organisation. Ils ne servent pas seulement au P-DG, mais peuvent être appliqués par tous. Au-delà, par la posture qu’ils induisent, ils constituent la base d’un nouveau management dont ont besoin les organisations pour faire face aux ruptures du monde actuel.

Il est donc temps que les radicaux réalistes, ceux qui subsistent au sein des grandes organisations et qui ne partagent pas l’idéologie à la mode selon laquelle celles-ci ont vocation à disparaître, adoptent ces principes et commencent à faire bouger leur organisation. Ce faisant, ils laisseront aux radicaux rhétoriques la posture protestataire et aux amuseurs la galerie, et ils le feront sans regret.

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Avant de prendre une décision, vérifiez que la décision contraire n’est pas la meilleure

Newsletter #12

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La richesse de la contradiction permet de prendre du recul et de tester la solidité comme les limites de sa pensée.

Toute décision est censée être l’aboutissement d’une réflexion solitaire ou collective, de débats faisant intervenir de nombreux collaborateurs et conseillers, d’études et d’analyses faisant appel à des spécialistes ou à des experts, en général à tous ceux qui ont l’expérience, la compétence, les moyens et les méthodes pour servir une décision efficace. Or les décisions les plus importantes ne présentent, dans l’absolu, aucune garantie, car elles dépendent essentiellement de la compréhension par les décisionnaires des critères qui les influencent, de leurs conséquences à court et à long terme, des réactions internes et externes qu’elles vont susciter et d’une multitude d’éléments périphériques qui échappent à l’analyse de ceux qui proposent, conseillent ou décident.

Il serait fastidieux d’illustrer ce constat en dressant une liste qui se voudrait exhaustive des décisions stratégiques catastrophiques qui ont mis en grande difficulté des sociétés leaders sur leur marché, poussées en quelques années à réorienter ou à cesser leur activité (lire aussi la chronique : « Comment éviter qu’une erreur de décision ne mette en péril l’entreprise »). Mentionnons seulement trois exemples, certes connus, mais éclairants d’un point de vue historique :
– IBM, en sous-estimant l’intérêt du PC à la fin des années 1970, a laissé le marché de la micro-informatique se développer hors de son contrôle. Cette regrettable décision s’est doublée d’une décision plus grave encore, celle de demander à Microsoft de fournir le système d’exploitation de son PC ; ce qui a fait la fortune de Bill Gates et a plongé IBM dans une période de grands troubles (lire aussi l’article : « Les clés pour opérer un virage stratégique selon Virginia « Ginni » Rometty, P-DG d’IBM »).
– Dans les années 1980, Kodak a retardé – pour des raisons commerciales de court terme – son passage à la photographie numérique, technologie que la société avait pourtant mise au point. Une incroyable erreur qui a entraîné la faillite de l’entreprise.
– Nokia a perdu sa position de leader mondial dans la téléphonie mobile en voulant, pour faire face au lancement de l’iPhone d’Apple, en 2007, conserver et adapter son système d’exploitation Symbian au lieu de choisir la réponse immédiate la plus évidente, Android, déjà disponible sur le marché et fort d’un écosystème ouvert.

A chaque fois, il aurait suffi que ces sociétés prennent la décision exactement opposée à celle qu’elles ont prises pour conserver leur leadership et s’ouvrir à une nouvelle croissance sur un marché d’avenir. Et, à chaque fois, l’expérience, les meilleures compétences, les meilleurs ingénieurs et les plus gros moyens financiers se trouvaient du côté de ceux qui ont fait ces mauvais choix.

Conservatisme et myopie

Dans la majorité des cas, le raison est le même : ces décisions ont été prises par conservatisme, par réflexe de prolongation de l’existant, mais surtout à cause de l’aveuglement des leaders qui ont pensé que l’avenir s’inscrirait dans la continuité du passé et qu’en cas d’erreur, les liquidités dont ils disposaient leur permettraient de réagir en procédant aux évolutions et aux adaptations nécessaires, en rachetant des technologies ou des sociétés pouvant leur permettre de se remettre rapidement à niveau. L’histoire de beaucoup de ces grandes entreprises montre qu’elles ne rattrapent jamais vraiment le retard pris lorsque les innovations concurrentes sont des innovations de rupture, et lorsque des investisseurs donnent aux challengers les moyens d’accélérer leur décollage et de creuser l’écart, tant technologique qu’en termes d’image.

Dans son ouvrage « L’effet loyauté », Frederick Reichheld affirme que l’espérance de vie des grandes entreprises est d’une quarantaine d’année, même si certaines survivent à leurs erreurs en réduisant ou en redéfinissant leurs activités. A cause d’une vision à court terme ou par conservatisme, les décisionnaires à la tête des grandes entreprises peuvent rater le tournant technologique ou commercial qui déterminera le leadership d’un secteur d’activité pour les années à venir.

Cette forme de myopie des dirigeants des grands groupes atteint également le management intermédiaire pour des décisions moins importantes qui, cumulées, impactent le développement de ces groupes sur le long terme. Pourquoi, avec autant d’expérience, de compétences, de méthodes et de moyens, beaucoup de ces grandes sociétés prennent, dans certaines circonstances, des décisions exactement opposées à celles qu’il faudrait prendre ? Nous proposons quelques pistes de réflexion, dont certaines ne sont que le pendant négatif des qualités supposées de ces sociétés.

Culture d’entreprise et souplesse neuronale

Une entreprise, et en particulier une entreprise leader, doit à la fois inventer l’avenir et s’adapter aux événements qui influencent ou perturbent son parcours. Ces événements ne peuvent pas être considérés seulement comme des faits externes qui s’imposent à elles, ils sont aussi des réalités indissociables d’une perception construite collectivement à travers une culture d’entreprise qui permet, dans la majorité des cas, d’agir avec cohérence et en synergie, à travers des comportements et des réflexes façonnés au cours du temps.

Cette base consensuelle et cette vision partagée permettent certes de « cimenter » les processus décisionnels de l’entreprise, mais se révèlent aussi être un handicap dans les périodes de mutation ou de crise, lorsque l’entreprise doit trouver, face à des mouvements plus ou moins prévisibles, des réponses adaptées pour garder ses positions et reprendre l’initiative. D’autant que la caractéristique souvent sous-estimée de ces périodes de crise est que celles-ci évoluent lentement en début de phase puis s’accélèrent pour, parfois, aller bien au-delà de tous les scénarios négatifs prévisibles.

Dans ces cas-là, les cultures d’entreprise trop structurantes (lire aussi l’article : « La culture n’explique pas tout »), les processus de décisions trop collectifs et les chaînes hiérarchiques trop formelles poussent à un certain conservatisme qui limite le champ des décisions. Pour réagir, les dirigeants doivent donc retrouver de la souplesse « neuronale » afin de favoriser l’émergence de décisions innovantes. Dans les domaines clés, l’élaboration de scénarios opposés ou la mise en concurrence de groupes travaillant sur un même sujet avec des objectifs différents est un moyen d’ouvrir le champ des décisions possibles.

Leadership, crise et tempo

Dans ces périodes d’incertitude se révèle ou apparaît une catégorie à part, celle des leaders. Ces femmes et ces hommes occupent souvent un poste à la tête de l’entreprise ou se trouvent, en temps de crise, dans des fonctions clés qui leur donnent une position privilégiée. Les véritables leaders s’épanouissent dans le management de crise : ils ont le souci d’anticiper systématiquement les événements et sont plus tournés vers les solutions innovantes et dérangeantes que vers celles qui plaisent au plus grand nombre. Les véritables leaders ne recherchent pas le consensus car, pour eux, penser au-delà des habitudes est un réflexe, et penser exactement le contraire de ce que la majorité envisage une attitude dialectique de départ permettant de faire progresser les débats ou de convaincre.

Mais le rôle du leader ne s’arrête pas là. Son objectif ultime est de faire appliquer la décision prise dans le bon tempo (lire aussi la chronique : « Etre un bon leader, une question de tempo »). Le tempo ne s’invente pas, ne se décide pas. Il ne peut en général être impulsé que par celui qui est à la tête de la société, détenteur d’une autorité et d’une crédibilité fondées sur une réelle intuition du futur, sur l’obsession de maintenir la position de leader, de saisir les nouvelles opportunités et sur la volonté de renforcer les avantages concurrentiels de son entreprise. Le tempo, c’est coller au rythme du futur par anticipation.

Une chose et son contraire

En raison des mécanismes de l’attention sélective, le cerveau humain a des difficultés à traiter simultanément deux pensées. C’est pourquoi penser une chose et son contraire n’est possible que de manière consécutive. Comme l’enseigne la philosophie chinoise ancestrale, la pensée progresse en mobilisant le jeu interactif et successif des idées opposées, en générant des contradictions bien plus riches que l’affirmation d’idées monolithiques. Cela signifie que la contradiction, au cœur des forces de la nature, peut également être un jeu naturel – bien qu’à stimuler – pour notre cerveau.

Toute pensée extérieure contradictoire est en effet un bon moyen de tester la solidité de sa propre pensée et d’en évaluer les limites. Comme au jeu de go, les décideurs doivent agir en faisant des choix dans un environnement en mouvement, dans le cadre de forces contraires, d’actions et de réactions, de risques et d’opportunités qui nécessitent une compréhension de la dynamique créée par la décision.

En période de crise, vérifier systématiquement si les décisions exactement opposées à celles que l’on envisage de prendre ne sont pas meilleures est un réflexe de sagesse qui peut permettre de décider avec plus de recul. Un tel réflexe aurait pu être utile à IBM, Kodak, Nokia et des milliers d’autres…

Le travail d’une vie : un entretien avec Deepak Chopra

Newsletter #11

Une version de cet article de Alison Beard a été publié dans le numéro de Mai-Juin 2018 (p.160) of Harvard Business Review.

A l’âge de 45 ans, Deepak Chopra a mis un terme à une éminente carrière de médecin et de dirigeant hospitalier à Boston pour lancer, en Californie, son propre centre, consacré à la médecine intégrative. Auteur de 86 ouvrages et orateur aguerri, il conseille aussi organisations et particuliers.

HBR : Quelle leçon clé aimeriez-vous que les leaders tirent de votre travail ?

DEEPAK Chopra : Je leur donne l’opportunité de réfléchir à des questions importantes : qui suis-je ? Quelle est ma raison d’être ? Qu’est-ce qui me rend heureux ? Quel héritage vais-je laisser ? Qui sont mes héros, mes mentors, mes modèles dans l’histoire, la mythologie, la religion, le monde des affaires ? Quelles sont mes forces ? Quel usage est-ce que j’en fais ? Qui en bénéficie ? Pourquoi est-ce que je choisis cette ligne de conduite ? Qu’est-ce que je cherche à en tirer ? Qu’est-ce qui me motive ? Le but est d’arriver à une réflexion profonde au terme de laquelle ces leaders traceront leur propre voie. Pourquoi est-ce que je veux être un leader ? Comment m’y prendre pour que les autres adhèrent à ma vision ? L’idée est qu’ils œuvrent dans le but de prendre en main leur bien-être personnel (social, émotionnel, physique, financier, professionnel) et celui des autres. Je leur apprends à exploiter leur créativité, qu’ils soient des artistes ou des scientifiques (l’intention, la collecte d’informations, l’analyse, l’incubation, la vision, l’intuition), et à être au service des personnes qu’ils influencent. Ce sont les fondamentaux. S’ils sont réceptifs, je les mène ensuite vers des pratiques méditatives afin qu’ils puisent dans leur conscience supérieure. Je leur apprends à éviter la rancœur ou les griefs, l’hostilité, la peur, la culpabilité ou la honte ; à aller au-delà de l’esprit à un niveau de conscience plus profond ; je leur enseigne la pyramide des besoins et la façon d’y répondre ; je les initie à une vision supérieure. Au fil des années, en rencontrant et en coachant des leaders, y compris des chefs d’Etat, j’en ai entendu beaucoup dire « J’ai eu de la chance » ou bien « J’étais au bon endroit au bon moment » ou encore « J’ai bénéficié d’une certaine synchronicité des événements ». S’ils sont croyants, ils emploient des mots comme « Dieu » ou « grâce ». Mais je pense que la réussite, c’est l’opportunité mêlée à la préparation, ce qui se produit uniquement lorsque vous êtes conscient. Donc je leur apprends à l’être.

Comment décidez-vous des clients que vous allez accompagner ?

En ce moment, je préfère animer un atelier plutôt que de conseiller un particulier. Je trouve que chacun en tire davantage, parce que les participants partagent leur expérience et leurs connaissances. Je suis sur le point d’organiser une retraite de ce genre en Israël.

Comment vous y prenez-vous pour que des dirigeants de haut vol se livrent ?

La plupart des personnes qui viennent à moi ont choisi d’être là, donc elles sont déjà dans cet état d’esprit. Bien sûr, tout le monde veut voir qui d’autre est sur la liste, pour être certains qu’ils ont tous le même statut. Mais dès qu’ils aperçoivent des noms importants, cela ne les dérange plus de partager leur expérience.

Et comment les persuadez-vous d’adopter les pratiques dont vous faites la promotion dans leur vie quotidienne ?

Il y a cinq choses à faire : dormir, manger équilibré, faire de l’exercice, s’adonner à une activité contemplative et avoir des émotions et des manières de communiquer saines et non violentes. Une fois qu’ils l’ont fait, ils se sentent si bien, si heureux et débordants d’énergie que ça devient addictif. Lorsque les gens me disent qu’ils n’ont pas le temps de mettre cela en pratique ne serait-ce qu’une fois par jour, je leur dis de le faire deux fois par jour, parce que si vous ne trouvez pas le temps de prendre soin de vous, vous êtes dans une situation délicate. J’ai une vie très remplie aussi, mais elle est structurée : il y a un temps pour les relations, un temps pour manger en pleine conscience, un temps pour la technologie, un temps pour la méditation, un temps pour dormir. Cela me permet d’accomplir bien plus de choses.

Vous étiez un médecin et un cadre de santé renommé avant d’ouvrir votre centre. Qu’est-ce qui vous a poussé à passer de la médecine traditionnelle à la médecine intégrative ?

Plusieurs choses. J’ai été formé en neuroendocrinologie (ou chimie du cerveau) et cela m’a permis d’observer la connexion entre ce qui se passe dans notre tête et dans notre corps. Aujourd’hui, tout le monde parle de sérotonine, d’ocytocine et de dopamine (les molécules liées à l’émotion) et on peut les contrôler grâce à des médicaments, mais ce n’était pas le cas à l’époque. En tant que praticien, j’étais aussi conscient que le même médecin pouvait donner des médicaments identiques à deux patients atteints de la même maladie et obtenir des résultats différents. Nous aimons à penser que la médecine est une science exacte, mais elle ne l’est pas ; les réactions biologiques ne sont jamais prévisibles car que les gens n’ont pas seulement un corps mais aussi un esprit. J’ai commencé à utiliser l’expression « corps-esprit », tout comme on parle de « masse-énergie » ou « d’espace-temps », mais cela n’a pas été accepté. Mes collègues pensaient que je perdais les pédales. Si j’étais resté en poste, j’aurais probablement été renvoyé. Et puis, j’étais stressé. J’avais 35 patients au cabinet et 20 à l’hôpital, dont 5 en unité de soins intensifs. Je n’avais pas le temps de dormir. Je fumais des cigarettes. J’étais une sorte d’épave. Un jour, j’ai donc décidé de presque tout abandonner et de partir. Le directeur du Sharp Memorial Hospital, en Californie, m’a demandé d’ouvrir un centre corps-esprit au sein de son groupe hospitalier, ce que j’ai fait. Malheureusement, les médecins n’adhéraient toujours pas à la médecine intégrative que je proposais. J’ai dû mettre fin à ce partenariat, emprunter de l’argent et ouvrir mon propre centre. Et, je ne sais pas trop comment, cela a fonctionné.

Avez-vous déjà regretté de vous être positionné en marge de l’ordre établi ?

Non, car je suis revenu dans le monde de la médecine par la grande porte. J’ai un poste de professeur à la faculté de médecine de l’université de Californie à San Diego. J’ai écrit trois livres, dont le plus récent est «The Healing Self», cosigné avec Rudy Tanzi, professeur à Harvard et vice-président du département de neurologie au Massachusetts General Hospital, et nous continuons à publier des articles qui attirent l’attention de la communauté scientifique.

Que répondez-vous aux critiques qui disent que vous êtes plus un commercial qu’un guérisseur ou un leader spirituel ?

Au début, je m’offusquais et j’étais sur la défensive. Il suffisait que je dise la moindre chose pour que les gens me traitent de « charlatan », d’« imposteur », d’« escroc », de « profiteur ». Mais je recevais aussi beaucoup de commentaires positifs et flatteurs. Je me suis rendu compte que, quoi que vous disiez ou fassiez, vous aurez droit à ces deux types de réaction. Si vous êtes convaincu que ce que vous faites est pertinent, persévérez, soyez acharné. Et, aujourd’hui, mon travail est reconnu. Je suis invité par tout un tas d’organisations pour donner des conférences et, dans les hôpitaux, je rencontre beaucoup de jeunes médecins et d’étudiants en médecine qui se montrent réceptifs. Vous savez, les taux de dépression, de burn-out, d’alcoolisme et de suicide sont plus élevés chez les professionnels de santé que dans n’importe quelle autre profession, ils pourraient s’avérer être nos plus gros clients.

Le secteur du développement personnel foisonne. Qu’est-ce qui, selon vous, permet à votre personne et à votre message de faire ainsi écho chez les gens ?

Eh bien, j’ai d’importantes références. Je suis spécialiste de médecine interne certifié et j’ai l’autorisation d’exercer à la fois dans le Massachusetts et en Californie. Je suis professeur en faculté de médecine. J’ai échangé avec le National Institutes of Health (NIH) et, même si j’ai de nombreux détracteurs, je suis désormais entouré de nombreuses personnes que je pourrais considérer comme des alliés d’opinion. La plupart des hôpitaux pratiquent la médecine intégrative aujourd’hui, et notre centre accueille des étudiants et des internes ainsi qu’un cabinet médical composé de médecins extrêmement qualifiés.

Je me suis également intéressé à la sagesse ancestrale, en particulier de l’Est – pas uniquement à la guérison physique et émotionnelle, mais aussi à la compréhension de la conscience – et c’est aussi devenu un large mouvement. A part ça, peut-être que mon accent indien y est pour quelque chose ? Je ne sais pas. Je suis d’accord que le secteur du développement personnel forme un ensemble hétéroclite. Il y a des sages et des génies, mais aussi des illuminés et des personnes sans la moindre formation qui ont vécu des expériences personnelles et ont décidé d’en faire des livres ou des conférences. Malgré cela, peu importe à quel point on pense qu’une personne est crédible, il y a des gens pour la suivre. Donc qui suis-je pour juger ? Pour chaque initiative, on trouvera des gens qui s’expriment avec leur propre niveau de conscience et d’autres, partageant le même niveau de conscience, qui y sont sensibles.

Vous avez dit que vous ne recherchiez pas la célébrité, mais vous l’avez visiblement bien acceptée. Comment faites-vous pour être à l’aise sous le feu des projecteurs ?

Ma femme et mes enfants ne me prennent toujours pas au sérieux, et on a besoin de personnes comme ça dans la vie, pour ne pas être dupe de sa propre célébrité. Je suis toujours surpris d’être à l’origine d’une telle agitation.

Comment vous préparez-vous pour vos apparitions importantes ?

Je ne me prépare pas. J’ai créé environ 50 conférences au fil des années. Elles sont différentes selon que je me rende à l’église, que je m’adresse à des millennials ou que je me trouve dans un hôpital. J’ai donc les grandes lignes mais, plus que tout, je ressens l’humeur de mon public et j’y réponds.

Vous ne semblez pas être moins occupé aujourd’hui que lorsque vous étiez médecin à Boston, comment gérez-vous votre emploi du temps, le stress et le travail que cela représente d’être Deepak Chopra ?

Dans mon centre en Californie, qui est à but lucratif et affilié à l’université de Californie à San Diego dans un but pédagogique uniquement, nous employons 120 personnes, dont une équipe dirigeante de 12 femmes et un corps de médecins, d’oncologues, de neurologues et d’autres spécialistes, ainsi que des étudiants en médecine et des internes qui nous rejoignent dans le cadre d’une option de leur cursus. Cela me prend environ 25% de mon temps. Le reste du temps, soit je m’occupe de ma fondation à but non-lucratif qui finance des recherches sur la médecine corps-esprit dans diverses institutions, soit je travaille sur mes propres interventions, mes ateliers ou mes livres. Ce sont trois compartiments différents. J’ai un bureau exécutif composé de trois personnes qui gèrent mon emploi du temps. Je donne un coup de collier lorsque je voyage dans le monde entier et me rends sur chaque continent. De même lorsque j’enseigne au centre ou que j’écris. Mais je m’assure de bien dormir, de méditer et d’aller à mon cours de yoga quotidien, je ne suis donc pas du tout stressé dans ma vie actuelle.

Propos recueillis par Alison Beard


Alison Beard is a senior editor at Harvard Business Review.

Dans la Bibliothèque : les 7 Habitudes… de Stephen Covey (2/2)

Newsletter #9

Ce post fait suite à celui publié au mois de mai dernier.

Je suis certain que tout au long de ce mois vous avez pratiqué assidûment la 7ème habitude de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent, à savoir… pratiquer les 3 premières qui sont : être proactif, cultiver son intention et ses valeurs, se focaliser sur l’important/non urgent.

Je vous propose aujourd’hui de (re)découvrir les habitudes 4, 5 et 6.

Je rappelle que les 7 habitudes proposées par S. Covey ne sont en aucun cas des techniques pour développer son leadership. Il s’agit de pratiques, et donc de discipline.

La 4ème habitude consiste à penser gagnant-gagnant : choisir systématiquement les solutions qui avantagent les autres autant que soi-même, chercher les solutions satisfaisant toutes les parties afin de bâtir des relations solides sur le long terme, et enfin pratiquer le tout ou rien : mieux vaut se retirer du jeu que de mal jouer !

La 5ème habitude ? Comprendre avant d’être compris... se placer en conscience externe, réduire son dialogue intérieur, faire taire la petite voix du mental qui veut avoir raison et se faire entendre. Finalement, accepter de se laisser influencer reste le seul vrai moyen de pouvoir influencer ! Comprendre exige que l’on respecte son interlocuteur et se faire comprendre requiert du courage !

La 6ème habitude : profiter des synergies ! La combinaison des possibilités donne un résultat supérieur à la somme arithmétique de ces possibilités, autrement dit : 1+1 = 3. C’est pourquoi la notion de réseau est tellement importante ! En profitant des synergies, nous faisons des économies d’énergie, et aussi nous progressons, nous apprenons, nous nous développons.

Plus vous pensez gagnant/gagnant (habitude 4), plus vous cherchez d’abord à comprendre (habitude 5) et plus vous trouvez des solutions synergétiques (habitude 6). Vous êtes alors passé de l’INDÉPENDANCE  à l’INTERDÉPENDANCE.

 

Dans la Bibliothèque : les 7 Habitudes… de Stephen Covey (1/2)

Newsletter #8

Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent de Stephen Covey est aujourd’hui un classique de la littérature sur le leadership, que je définis comme la pratique de l’influence au service d’une intention plus large que celle de ses seuls intérêts.

Dans ce sens, les 7 habitudes proposées par S. Covey ne sont en aucun cas des techniques pour développer son leadership. Il s’agit de pratiques, et donc de discipline.

La 1ère habitude – donc la 1ère pratique – consiste à cultiver la pro-action. Se basant sur l’expérience de Victor Frankl, Stephen Covey nous invite à prendre conscience que, sous stress, il existe un espace entre le stimulus – le signal électrique – que nous recevons et notre réponse à ce stimulus – notre réaction. Dans cet espace, qui est une fenêtre très étroite, se nichent notre libre-arbitre, notre liberté et donc… notre responsabilité. La réponse à un stimulus est généralement de 0,3 seconde. Si nous ajoutons ne serait-ce que 0,2 seconde avant la ré-action, alors nous sommes pro-actifs.

La 2ème habitude est celle d’avoir une intention, peut-être même de découvrir sa vocation – le dharma des bouddhistes. De cette intention naissent les directions à prendre, et les valeurs qui sont les siennes et qui méritent d’être révélées et développées. Sans intention claire et sans appui sur ses valeurs, le proverbe « Qui sème le vent, récolte la tempête » a toutes les chances de caractériser souvent notre vie.

Donner la priorité aux priorités est la 3ème habitude, autrement dit porter prioritairement son attention sur ce qui est important et non urgent. Voilà une pratique difficile dans ces temps où règne la tyrannie de l’urgence. En entreprise, une justification de son rôle est bien souvent et malheureusement d’être débordé ! Pour se focaliser sur ce qui est important et non urgent, il faut développer son attention sur les relations humaines et sur son intention , et en aucun cas sur le temps ni les méthodes.

Vous voulez connaître les habitudes 4, 5, et 6 ? Pour cela, il vous faudra attendre le prochain numéro de notre Newsletter (ou bien acheter le livre !).

Je peux quand même vous donner  dès à présent la 7ème habitude  : elle consiste à … pratiquer les 6 habitudes. Stephen Covey nous invite à « aiguisez nos facultés jour après jour ». Il n’y a pas de résultats sans actions. Aussi, pour l’instant et d’ici la prochaine Newsletter, entraînez-vous avec les 3 premières habitudes !

Grâce à cette discipline, plus vous vous montrerez proactif (habitude 1), plus vous pourrez créer le monde auquel vous voulez appartenir sur la base de vos valeurs (habitude 2), et mieux vous gérerez votre temps (habitude 3), vous serez ainsi passé de la DÉPENDANCE (au stress, au temps, à l’environnement,…) à l’INDÉPENDANCE.

La sérendipité, un concept-clé pour penser autrement la stratégie

Newsletter #6

Par Lionel Meneghin, Rédacteur en chef de Dirigeant Magazine

Sérendipité, un mot aux origines persanes | ©Getty Images

La notion de sérendipité consacre l’incertitude comme le facteur déterminant de l’action humaine, tout en reconnaissant la capacité de l’intelligence humaine à l’exploiter au mieux. Signe des temps, le mot « sérendipité », importé par les experts en innovation, est de plus en plus prononcé dans l’entreprise.

Comme illustration de cette notion dans l’industrie, on cite volontiers le post-it (découvert en cherchant autre chose), la pénicilline (découverte par erreur), ou encore le micro-onde (découvert en ne cherchant rien). Avec Internet, ce mot vient rendre compte de nos comportements : trouver miraculeusement son bonheur en errant sur la toile et en se perdant dans la profusion et la profondeur des hyperliens qui s’offrent à nous. Et si le « vagabondage » pouvait être créateur ? Si la sérendipité il y a peu de temps encore apparaissait en contradiction frontale avec la notion de performance, elle peut en constituer aujourd’hui une des conditions.

Découvertes inattendues

Le mot est tiré d’un conte persan paru au XVIe siècle Les Trois Princes de Serendip[1]. L’intelligence de ces trois princes, conjuguée au hasard, les conduit à toujours trouver une issue heureuse à leurs aventures. Ils obtiennent ainsi des récompenses pour leurs découvertes qu’ils n’avaient pas recherchées. Forgé par l’homme politique et écrivain anglais Horace Warpole au XVIIIe siècle, le mot « serendipity » vient désigner des découvertes inattendues « dans la poursuite de quelque chose d’autre ». L’exemple le plus célèbre de sérendipité dans l’Histoire, c’est sans doute Christophe Colomb découvrant l’Amérique. Le projet initial, c’est rejoindre Cipango[2] par l’Ouest pour ouvrir nouvelle route vers les Indes permettant de s’affranchir des intermédiaires orientaux. Projet fou, car il est fort probable que si le continent américain n’avait pas existé, l’expédition se serait conclue dramatiquement. Les savants de l’époque s’en étaient d’ailleurs inquiétés. C’est bien la persévérance dans l’erreur de Colomb qui sauva son entreprise. Colomb ignora d’ailleurs l’ampleur de sa découverte, croyant simplement avoir rejoint des îles encore inconnues de l’Est asiatique[3].

Substitution d’un processus ou d’un mécanisme par un autre

En revanche n’est pas sérendipitaire la démarche qui consiste à atteindre l’objectif qu’on s’était fixé par d’autres moyens que ceux initialement prévus. Ainsi, si l’Amérique avait été un continent déjà identifié que Colomb ambitionnait de rejoindre pour la première fois par l’Ouest, alors l’exploit n’aurait pas eu le caractère fortuit induit par la notion même de sérendipité. Il aurait pu être cependant qualifié de vicariant. Avec la notion de vicariance, ce n’est plus la fin qui s’avère ici insoupçonnée et inespérée, mais le moyen pour y parvenir. Comme le vicaire[4] qui remplace le curé, la vicariance est la possibilité de remplacer un processus par un autre, selon la définition qu’en donne son inventeur, le neurophysiologiste Alain Berthoz. Cette capacité créatrice est celle du vivant dans son ensemble : humains, animaux, plantes… Sur le plan neuronal, les processus vicariants sont ceux par lesquels une fonction entravée ou déficiente est suppléée par une autre pour atteindre le même but. Alain Berthoz prend l’exemple du repérage dans l’obscurité. La vue se trouve remplacée par le toucher, l’odeur et l’ouïe, rendant le repérage possible. La vicariance concerne par extension « l’idée de substitution d’un mécanisme, ou d’un processus à un autre pour aboutir au même but »[5].

S’orienter dans un monde contingent

L’écueil serait alors de céder au fatalisme, de s’en remettre au seul destin dans la conduite des affaires. C’est oublié que Christophe Colomb a préparé son voyage pendant huit ans et tous les historiens s’accordent à dire que le Génois était un navigateur d’exception. Certains d’entre eux ont même tenté de démontrer que le succès de son entreprise reposait sur l’emploi de techniques nouvelles en matière de navigation (usage de la caravelle, de la boussole ou encore du gouvernail d’étambot). La chance sourit aux audacieux, dit l’adage. Mais aussi aux « esprits bien préparés », soulignait Louis Pasteur, c’est-à-dire aux talentueux et aux innovateurs. La sérendipité aboutit quand les protagonistes font montre de ces qualités et exercent leur sagacité, cette capacité fine à relier de manière pertinente des faits a priori sans rapports entre eux pour en tirer des conclusions justes. La sagacité se caractérise ainsi comme une faculté qui permet de s’orienter dans un monde contingent. Dans les Derniers Analytiques, Aristote définit d’ailleurs la sagacité (phronèsis[6]) comme « la découverte exacte du terme moyen dans un temps très rapide ». Et de donner un exemple : « c’est, en voyant que la Lune a toujours sa partie brillante tournée vers le Soleil, de comprendre sur-le-champ que la cause de ce phénomène, c’est que la Lune tire sa lumière du Soleil ».

Logique effectuale

Cette intelligence pratique s’avère essentielle pour un dirigeant d’entreprise dont le principal défi aujourd’hui est d’affronter l’incertitude et surtout de l’exploiter au mieux. Généralement concentrés sur la recherche continue de performance, l’atteinte des objectifs, le respect de la stratégie, les dirigeants d’entreprises sont confrontés à un environnement caractérisé par la complexité et son corollaire irréductible, l’incertitude. Dans ce brouillard, le décideur doit inventer le futur pour garantir la pérennité de l’entreprise, mais éprouve la difficulté de traduire cette préoccupation en projet pour l’entreprise. La notion de sérendipité permet de se rassurer en rappelant que la réussite ne dépend pas uniquement du but fixé, mais se construit chemin faisant, au gré des aléas… à partir des ressources (matérielles ou/et intellectuelles) dont on dispose. En cela, on peut rapprocher sérendipité et effectuation[7]. La logique dite effectuale correspond à une rationalité inverse au mode causal ou prédictif en recherchant les effets possibles à partir de moyens donnés ; elle repose sur l’existant, c’est-à-dire les compétences-clés de l’entreprise, pour inventer sa route en tirant avantage des surprises.

L’incertitude comme chance

Enfermer l’avenir dans une vision programmatique qui ne tient pas compte des évolutions de l’environnement peut conduire à échec. C’est un poncif que de l’affirmer encore de nos jours. Ce qui est moins évident, c’est de considérer l’incertitude comme une chance, d’accepter de se laisser porter par elle sans pour autant ne s’en remettre qu’à elle. Une chance qui permet de dépasser ce qui est donné pour sortir des sentiers balisés, d’engager des bifurcations et de défricher de nouvelles voies. Ces dernières peuvent prendre la forme de chemins de traverse permettant d’atteindre plus directement l’objectif, ou au contraire de longues sinuosités menant finalement – et parfois miraculeusement – à bon port ; car l’art de la navigation nous enseigne que la traversée la plus sûre ou la plus rapide pour rejoindre l’arrivée n’est pas forcément la trajectoire en ligne droite. En acceptant l’incertitude et en s’appuyant sur la confiance en ses propres ressources, il s’agit parfois d’oublier son objectif pour mieux l’atteindre… lui ou un autre. S’autoriser des sentiers buissonniers au risque de se perdre, mais sans jamais être tout à fait à l’abri de réussir…

[1] Serendip désignait en vieux persan l’île de Ceylan, aujourd’hui Sri Lanka.

[2] Cipango est le nom chinois du Japon rapporté par Marco Polo dans Le Livre des merveilles.

[3] C’est Amerigo Vespucci qui, le premier, affirma avoir découvert un Nouveau Monde, un continent entier.

[4] Du latin « vicarius » (« remplaçant », « substitut »), issu de « vicis » (« changement »).

[5] Alain Berthoz, La vicariance. Le cerveau créateur des mondes possibles, Odile Jacob, 2013, p. 23.

[6] Phronesis (φρόνησις en grec ancien), traduit par « sagacité » en français et par « practical wisdom » (sagesse pratique) en anglais.

[7] La logique effectuale a été mise en évidence par la chercheuse indienne Saras Sarasvathy et popularisée en France par Philippe Silberzahn.

Dans le leadership, quelle est la différence qui fait la différence ?

Newsletter #5

Nous sommes tous concernés par le leadership dès lors que nous dirigeons nos vies dans une certaine direction et que nous influençons notre environnement.

Le leadership conscient consiste à cultiver un état de présence centré, d’accéder aux multiples intelligences disponibles, de s’aligner sur ses valeurs les plus élevées et de servir un but plus large que ses seuls intérêts.

Dans la Bibliothèque : Jack Welch

Newsletter #4

Dans les livres de management qui m’inspirent, ceux de Jack Welch figurent en bonne place.  Parmi d’autres qualités, c’est pour moi la simplicité de son leadership qui lui a permis d’être l’un des dirigeants d’entreprise les plus emblématiques des 20 dernières années du 20ème siècle.

Jack Welch entre chez GE en 1960. Il en gravit les échelons sans jamais occuper une fonction au siège. En 1981, il est nommé Président-Directeur Général, poste qu’il occupera jusqu’en 2001.

Jack Welch consacrait 1/4 de son temps à parcourir son entreprise pour y « raconter l’histoire » : D’où venons nous ? Que faisons nous ensemble ? Quelles sont nos ambitions prioritaires ? Quelle est notre philosophie ? Quelles sont les Valeurs que nous voulons promouvoir et que nous récompensons ? Quelle est notre Vision ? Quels sont les principes d’actions que nous privilégions ? Au nom de quoi, ici, est-on distingué ou au contraire marginalisé ? Que nous réserve l’avenir ? Etc

Pour Welch, « raconter l’histoire », c’est éclairer le chemin, c’est poser l’acte fondateur de son management qui :
– Permet de mettre son équipe en avant
– Donne un cadre de référence et de cohérence aux décisions,
– Éclaircit chaque jour la vision stratégique de l’entreprise
– Facilite l’explication des choix qui peuvent parfois apparaître contradictoires entre eux
– Favorise la compréhension des corrections de trajectoires car en entreprise on sait bien que «  la seule constante… c’est le changement ! »

Voici les 24 leçons de leadership selon Jack Welch :

Misez sur la vitesse
Simplifiez
Fixez des objectifs ambitieux
Stimulez la performance des gens
Eliminez la bureaucratie
Bousculez les traditions
Le changement ne s’arrête jamais
La qualité doit être le maître mot de votre travail
Modifiez vos plans
Prenez les bonnes idées d’où qu’elles viennent
Soyez moins formaliste
Gérez moins
Elaborer une vision
Donnez confiance
Agissez en Leader
Dirigez en communiquant votre énergie aux autres
Affrontez la réalité
Impliquez tout le monde
Voyez le changement comme une opportunité
Privilégiez l’intelligence sur l’autorité
Privilégiez vos Valeurs
Supprimer les frontières
Amusez vous !!!
Enfoncer le clou jour après jour

Je vous invite à lire : Jack welch 24 lecons de leadership par Jeffrey Krames.
Pour aller plus loin, vous pouvez lire : Mes Conseils pour réussir et Ma Vie de Patron.

Les managers, le leadership et Steve Jobs

Newsletter #3

J’ai mis la main sur ce que je crois être une belle pépite du Web : une entrevue de Steve Jobs datant de 1985, c’est-à-dire aux débuts de la commercialisation du premier Macintosh. Son intérêt ? Le trentenaire à la tête d’Apple y parle – tenez-vous bien! – de management et de leadership; et ce, de manière carrément… révolutionnaire. Un article de Olivier Schmouker. Lire la suite…  et Voir la vidéo