Existe-t-il un “vrai” vous ?

Newsletter #20

Qu’est-ce qui vous définit ? Et comment vous percevez-vous ? Comment les autres vous perçoivent-ils ? Dans cette présentation, Julian Baggini puise dans la philosophie et les neurosciences pour nous donner une réponse… pas si surprenante que ça.

Cela revient à cette pensée de Thich Nhat Hanh : la fleur est faite uniquement par les éléments non-fleurs : le soleil, l’eau, la terre, la graine, le jardinier, le temps… permettent  – ensemble – à la fleur de se manifester comme fleur.

La fleur ne peut pas être par elle-même.

Manifeste pour une science post-matérialiste

Newsletter #16

Par Mario BEAUREGARD |

La science matérialiste ne serait-elle pas un peu dépassée aujourd’hui ? Un comité de scientifiques, participants au Sommet international sur la science post-matérialiste, la spiritualité et la société, a élaboré un Manifeste arguant pour une ouverture des esprits scientifiques, au delà du matérialisme et vers une meilleure compréhension de l’esprit comme un aspect majeur de la fabrique de l’univers.

Nous sommes un groupe de scientifiques reconnus internationalement et œuvrant dans divers champs d’expertise (biologie, neurosciences, psychologie, médecine, psychiatrie). Nous avons participé à un Sommet international sur la science post-matérialiste, la spiritualité et la société. Ce sommet, qui était co-organisé par Gary E. Schwartz, PhD, et Mario Beauregard, PhD, de l’Université de l’Arizona, ainsi que Lisa Miller, PhD, de l’Université Columbia, a été tenu à Canyon Ranch (Tucson, Arizona, É-U) du 7 au 9 février 2014.

L’objectif de ce sommet était de discuter de l’impact de l’idéologie matérialiste sur la science et de l’influence du paradigme post-matérialiste émergent sur la science, la spiritualité et la société. Nous sommes arrivés aux conclusions suivantes, qui forment notre Manifeste pour une science post- matérialiste. Ce Manifeste a été préparé par Mario Beauregard, PhD (Université de l’Arizona), Gary E. Schwartz, PhD (Université de l’Arizona), et Lisa Miller, PhD (Université Columbia), en collaboration avec Larry Dossey, MD, Alexander Moreira-Almeida, MD, PhD, Marilyn Schlitz, PhD, Rupert Sheldrake, PhD, et Charles Tart, PhD.

1. La vision du monde scientifique moderne repose en grande partie sur des postulats étroitement associés à la physique classique. Le matérialisme—l’idée que la matière est la seule réalité—est l’un de ces postulats. Un autre postulat est le réductionnisme, la notion selon laquelle les choses complexes ne peuvent être comprises qu’en les réduisant à l’interaction de leurs parties ou à des choses plus simples ou fondamentales telles que des particules matérielles.

2. Durant le 19e siècle, ces postulats se changèrent en dogmes et s’unirent pour former un système de croyances qui devint connu sous le nom de « matérialisme scientifique ». Selon ce système de croyances, l’esprit n’est rien de plus que l’activité physique du cerveau, et nos pensées ne peuvent avoir aucun effet sur nos cerveaux et nos corps, sur nos actions et sur le monde physique.

3. L’idéologie scientifique matérialiste devint dominante dans le milieu académique au cours du 20e siècle. Tellement dominante qu’une majorité de scientifiques se mirent à croire que cette idéologie reposait sur des évidences empiriques et qu’elle représentait la seule conception rationnelle possible du monde.

4. Les méthodes scientifiques basées sur la philosophie matérialiste se sont avérées hautement fructueuses car elles ont permis une meilleure compréhension de la nature, ainsi qu’un plus grand contrôle et une liberté accrue par le biais des avancées technologiques.

5. Toutefois, la dominance quasi absolue du matérialisme dans le milieu académique a étouffé les sciences et entravé le développement de l’étude scientifique de l’esprit et de la spiritualité. La foi en cette idéologie, comme cadre explicatif exclusif de la réalité, a amené les scientifiques à négliger la dimension subjective de l’expérience humaine. Cela a conduit à une conception fortement déformée et appauvrie de nous-mêmes et de notre place dans la nature.

6. La science est d’abord et avant tout une méthode non dogmatique et ouverte d’acquisition de connaissances au sujet de la nature. Cette méthode est basée sur l’observation, l’investigation expérimentale et l’explication théorique de phénomènes. La méthode scientifique n’est pas synonyme de matérialisme et ne doit être influencée par aucune croyance, dogme ou idéologie.

7. Vers la fin du 19e siècle, les physiciens découvrirent des phénomènes qui ne pouvaient être expliqués par la physique classique. Cela mena au développement, durant les années 1920 et le début des années 1930, d’une nouvelle branche de la physique appelée mécanique quantique (MQ). La MQ a remis en question les fondations matérielles du monde en montrant que les atomes et les particules subatomiques ne sont pas réellement des objets solides—ils n’existent pas de manière certaine en des endroits et des temps définis. Plus important encore, la MQ a introduit l’esprit dans sa structure conceptuelle de base puisqu’il a été découvert que les particules observées et l’observateur—le physicien et la méthode utilisée pour l’observation—sont liés. Selon l’une des interprétations de la MQ, ce phénomène implique que la conscience de l’observateur est vitale pour l’existence des événements physiques mesurés, et que les événements mentaux peuvent influencer le monde physique. Les résultats d’études récentes supportent cette interprétation. Ces résultats suggèrent que le monde physique n’est pas la composante unique ou primaire de la réalité, et qu’il ne peut être pleinement compris sans faire référence à l’esprit.

8. Des études en psychologie ont montré que l’activité mentale consciente peut affecter causalement le comportement, et que la valeur explicative et prédictive des processus mentaux subjectifs (par exemple : croyances, buts, désirs, attentes) est très élevée. De surcroît, des travaux en psychoneuroimmunologie indiquent que nos pensées et nos émotions peuvent grandement influencer l’activité des systèmes physiologiques (par exemple : immunitaire, endocrinien, cardiovasculaire) connectés au cerveau. Par ailleurs, les études de neuroimagerie de l’autorégulation émotionnelle, de la psychothérapie et de l’effet placebo, démontrent que les événements mentaux affectent significativement l’activité du cerveau.

9. L’étude des soi-disant « phénomènes psi » indique que nous pouvons parfois recevoir de l’information significative sans l’utilisation des sens ordinaires, d’une manière qui transcende les contraintes habituelles d’espace et de temps. De plus, la recherche sur le psi démontre que nous pouvons mentalement influencer à distance des appareils physiques et des organismes vivants (incluant les êtres humains). La recherche sur le psi montre également que l’activité mentale d’individus éloignés peut être corrélée de manière non-locale. En d’autres termes, les corrélations entre l’activité mentale d’individus éloignés ne semblent pas être médiatisées (elles ne sont pas liées à un signal énergétique connu); en outre, ces corrélations n’apparaissent pas se dégrader avec une plus grande distance et elles semblent immédiates (simultanées). Les phénomènes psi sont tellement communs qu’ils ne peuvent plus être vus comme anormaux ou des exceptions aux lois naturelles. Nous devons plutôt considérer ces phénomènes comme un signe que nous avons besoin d’un cadre explicatif plus large, qui ne peut être basé exclusivement sur le matérialisme.

10. Une activité mentale consciente peut être expérimentée durant un état de mort clinique induit par un arrêt cardiaque (une telle activité mentale consciente est appelée « expérience de mort imminente » [EMI]). Certains expérienceurs ont rapporté des perceptions véridiques (c’est- à–dire, des perceptions dont on peut attester qu’elles ont coïncidé avec la réalité) durant des expériences hors du corps survenues durant un arrêt cardiaque. Les expérienceurs rapportent aussi de profondes expériences spirituelles durant les EMI déclenchées par un tel arrêt. Il est à noter que l’activité électrique du cerveau disparaît après quelques secondes suite à un arrêt cardiaque.

11. Des études en laboratoire dans des conditions contrôlées indiquent que des médiums (individus affirmant qu’ils peuvent communiquer mentalement avec des individus décédés) doués peuvent parfois obtenir de l’information hautement précise au sujet de personnes décédées. Cela s’ajoute aux autres évidences supportant l’idée que l’esprit peut exister séparément du cerveau.

12. Certains scientifiques et philosophes matérialistes refusent de reconnaître ces phénomènes parce qu’ils ne s’intègrent pas à leur conception exclusive du monde. Le rejet d’une exploration post-matérialiste de la nature ou le refus de publier de solides travaux de recherche supportant une vision post-matérialiste, sont contraires au véritable esprit d’investigation scientifique, selon lequel toutes les données empiriques doivent être considérées. Les données qui ne sont pas compatibles avec les théories et croyances des scientifiques ne peuvent être rejetées a priori. Un tel rejet appartient au domaine de l’idéologie, pas à celui de la science.

13. Il est important de réaliser que les phénomènes psi, les EMI durant un arrêt cardiaque et les évidences reproductibles provenant des études de médiums doués, n’apparaissent anormaux que lorsqu’ils sont appréhendés à travers les lentilles du matérialisme.

14. Les théories matérialistes échouent à expliquer comment le cerveau pourrait générer l’esprit et elles sont incapables de rendre compte des évidences empiriques discutées dans ce manifeste. Cet échec indique qu’il est maintenant temps de nous libérer des chaînes de la vieille idéologie matérialiste, d’élargir notre conception du monde naturel et d’embrasser un paradigme post-matérialiste.

15. Selon le paradigme post-matérialiste:
a) L’esprit représente un aspect de la réalité tout aussi primordial que le monde physique. L’esprit joue un rôle fondamental dans l’univers, il ne peut être dérivé de la matière et réduit à quelque chose de plus basique.
b) Il existe une interconnexion profonde entre l’esprit et le monde physique.
c) L’esprit (la volonté/l’intention) peut affecter l’état du monde physique et opérer de manière non-locale, c’est- à–dire qu’il n’est pas confiné à des points spécifiques dans l’espace (tels que le cerveau et le corps) et le temps (tel que le présent). Puisque l’esprit peut influencer non-localement le monde physique, les intentions, émotions et désirs d’un expérimentateur peuvent affecter les résultats expérimentaux, même lorsque des approches contrôlées expérimentales (par exemple, en double aveugle) sont utilisées.
d) Les esprits individuels ne sont apparemment pas limités et peuvent s’unir. Cela suggère l’existence d’un Esprit qui englobe tous les esprits individuels.
e) Les EMI survenant durant un arrêt cardiaque suggèrent que le cerveau agit comme un transcepteur de l’activité mentale, c’est- à–dire que l’esprit se manifeste à travers le cerveau mais qu’il n’est pas produit par cet organe. Les EMI survenant durant un arrêt cardiaque, combinées aux évidences provenant des études de médiums doués, suggèrent la survie de la conscience après la mort et l’existence de domaines de réalité qui ne sont pas physiques.
f) Les scientifiques ne devraient pas être effrayés d’étudier la spiritualité et les expériences spirituelles car elles constituent un aspect central de l’existence humaine.

16. La science post-matérialiste ne rejette pas les observations empiriques et la grande valeur des accomplissements scientifiques réalisés jusqu’à présent. Elle cherche plutôt à accroître notre capacité à comprendre les merveilles de la nature et, ce faisant, à nous permettre de redécouvrir que l’esprit est un aspect majeur de la fabrique de l’univers. La science post-matérialiste est inclusive de la matière, qu’elle perçoit comme un constituant fondamental de l’univers.

17. Le paradigme post-matérialiste a de profondes implications. Il change fondamentalement la vision que nous avons de nous-mêmes, nous redonnant dignité et pouvoir en tant qu’êtres humains et en tant que scientifiques. Ce paradigme encourage des valeurs positives telles que la compassion, le respect et la paix. En mettant l’emphase sur la connexion intime entre nous-mêmes et la nature, le paradigme post-matérialiste promeut aussi la conscience environnementale et la préservation de notre biosphère. Ce paradigme nous permet également de redécouvrir ce qui a été oublié pendant 400 ans, à savoir qu’une compréhension transmatérielle vécue peut être la pierre angulaire de la santé et du bien-être. Cela a été enseigné pendant longtemps par les anciennes approches corps-esprit ainsi que par les traditions religieuses et contemplatives.

18. Le passage de la science matérialiste à la science post-matérialiste peut être d’une importance vitale pour l’évolution de la civilisation humaine. Ce passage peut être encore plus crucial que la transition du géocentrisme à l’héliocentrisme.

Nous vous invitons, scientifiques du monde entier, à lire le Manifeste pour une Science Post-Matérialiste et à le signer si vous désirez montrer votre appui.

illustration de Mario Beauregard

Pourquoi l’oubli peut vous sauver la vie

Newsletter #15

Quand on parle de la mémoire humaine, on a toujours l’impression, implicitement, que plus égalerait mieux. Mais voilà que de plus en plus de neurobiologistes affirment le contraire : oublier permet de nous rendre plus efficace ! Deux questions importantes surgissent alors : 1) oublier quoi ? et 2) plus efficace pour quoi ? C’est ce que tente d’expliquer l’article du blogueur scientifique Tom Siegfried publié la semaine dernière sous le titre « Why forgetting may make your mind more efficient ». Oublier, donc. Mais quoi au juste ?

En gros, tous les détails qui ne sont pas essentiels. Siegfried donne l’exemple d’un chien qui vous aurait déjà attaqué dans un parc. Si votre mémoire conserverait les moindres détails au sujet du chien (taille, couleur, longueur du pelage, des pattes, etc.) et du parc (sur le sentier de roche, près d’un banc, sous un grand arbre, etc.) il est possible que vous ne généraliseriez pas à d’autres chiens et à d’autres lieux une peur prudente qui vous évitera sans doute une seconde morsure. Votre humble serviteur qui s’était déjà fait sauter dessus par un chien alors qu’il était à la maternelle sait trop bien que c’est cette généralisation par oubli des détails superflus qui s’effectue en nous et permet, des décennies plus tard, d’entretenir spontanément une certaine prudence envers les chiens. Une prudence des plus adaptatives quand on y pense deux minutes. Si vous n’êtes pas convaincu, changez le chien pour un lion et l’auteur de ces lignes pour une gazelle. Vous comprendrez pourquoi l’évitement d’un point d’eau par la gazelle lorsqu’elle perçoit le moindre signal de félin pourra faire une différence entre la vie (et des descendants ayant hérité de ces mécanismes d’oubli et de généralisation) et la mort (des individus ayant une super mémoire des détails qui ne se sont pas méfié de ces signaux car ils ne correspondaient pas exactement à ceux qu’ils avaient mémorisés…).

Cela nous amène naturellement à répondre à la deuxième question : plus efficace pour quoi ? Pour prédire le meilleur comportement à adopter dans telle ou telle situation, tout simplement. Le neurobiologiste français Alain Berthoz disait déjà, il y a de nombreuses années :

« La mémoire du passé n’est pas faite pour se souvenir du passé, elle est faite pour prévenir le futur. La mémoire est un instrument de prédiction. »

Et j’ai parlé ici à plusieurs reprises, dont une juste avant les Fêtes, de toute cette mouvance en neurosciences où l’on considère le cerveau d’abord et avant tout comme une machine à faire constamment des prédictions. Pour le dire comme la neuroscientifique Maria Wimber dans l’article de Siegfried, le problème qui surgit lorsque l’on accumule les détails est celui de « l’overfitting » qui est l’inverse d’un bon modèle assez général pour être capable de s’accommoder de nombreuses situations similaires.

Tranquillement donc, différentes pièces du puzzle commencent à s’assembler pour laisser entrevoir une conception du cerveau qui s’éloigne des mauvaises métaphores informatiques et s’enracine dans une perspective évolutive qui met l’accent sur l’importance de l’action. Oublier les détails pour mieux généraliser et donc mieux agir permet, à long terme et en moyenne (pour employer une précision chère à Friston et Cie), de maintenir son organisme à l’intérieur des limites physiologiques de la viabilité, bref de ne pas crever prématurément !

Un petit bémol en terminant à propos du schéma de l’article de Siegfried visant à illustrer comment les engrammes mnésiques se forment et peuvent disparaître. Je préfère de loin l’illustration d’un article de Rodrigo Quian Quiroga où l’on évoque fort bien ce à quoi pourrait ressembler une assemblée de neurones sélectionnées formant l’engramme d’un souvenir de Luke Skywalker. Ou encore, la première illustration de l’article de 2015 de Sheena A. Josselyn et Paul W. Frankland, Finding the engram (et dont une partie illustre ce billet), les deux neurobiologistes dont l’article de revue de 2018, Memory Allocation: Mechanisms and Function, est cité comme référence par Siegfried.

Un article de Bruno Dubuc paru sur site génial le Blogue du cerveau à tous les niveaux (http://www.blog-lecerveau.org/) le Mardi, 22 janvier 2019

La neuroplasticité expliquée en 2 minutes : un bel espoir d’évolution pour tous !

Newsletter #14

Notre cerveau n’est pas figé. Il se nourrit de toutes nos expériences et peut donc évoluer en fonction de ce que nous faisons, pensons, « ritualisons »,…

Nous avons donc le potentiel de changer pour augmenter nos performances et notre bien-être grâce à la neuroplasticité !

Fantastique espoir et grande source de confiance en soi que voilà, surtout si vous souffrez de croyances limitantes.

Source : ADOZEN et Infloressence

Attention : dépasser la dose prescrite en 2019 peut causer de sérieux « effets secondaires positifs »…

Blog

Par Eric Mellet, le 7 janvier 2019 |

N’AYONS PAS PEUR DES « MAUX »… LIRE CE BILLET EN CE MOIS DE JANVIER 2019 PEUT PEUT-ÊTRE VOUS SAUVER LA VIE !

En tous cas, et c’est bien sûr ce que je vous souhaite, vous la rendre plus heureuse !

C’est donc à haute DOSE…. (Dopamine, Ocytocyne, Sérotonine, Endorphine) que je vous prescris le protocole suivant…

Le mouvement de la Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable que constituent les nombreuses avancées en matière de Neurosciences. Celles-ci désignent l’étude scientifique du système nerveux et permettent de comprendre le fonctionnement cérébral à l’origine de nos pensées, émotions et comportements. Alors bien sûr, et comme s’accordent à le dire tous les chercheurs en la matière, nous n’en sommes qu’aux balbutiements de notre compréhension de l’affolante complexité que renferme approximativement les 100 milliards de neurones du cerveau de base de n’importe lequel de nos congénères.

La Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable des Neurosciences

La Psychologie Positive bénéficie de l’apport inestimable des Neurosciences

Ainsi, que cela nous plaise ou non, nous avons bien tous le même « équipement cérébral » initial ! En ces temps d’invectives et d’intolérance assez bien partagées, cela donne bien sûr à réfléchir sur nos tendances à laisser notre égo alimenter un narcissisme galopant qui veut que l’autre (avec ou sans gilet), soit souvent plus stupide que nous… Cela étant dit, et c’est la première bonne nouvelle de l’année, nous pouvons guérir !  J’en veux pour preuve que sous la direction de Jean-François Marmion, un collectif de gens très sérieux (Antonio Damasio, Boris Cyrulnik, Daniel Kahneman et bien d’autres) l’affirme haut et fort dans l’ouvrage Psychologie de la Connerie : « un monde sans connards est possible ! »… je rajouterai en m’associant à ce grand projet pour 2019 :  « et chacun de nous peut y contribuer à son niveau ! »

Plus sérieusement, au-delà des conclusions hâtives et simplistes de certains magazines grand public, il est indispensable de s’intéresser aux découvertes en matière de neurosciences pour qui veut travailler à son épanouissement, voire même à s’épanouir au travail ! Vivre des émotions positives plus souvent et de façon plus intense est un bon marqueur de ce que le psychologue Ed Diener définit par la notion de  bien-être subjectif *, définition scientifique plus appropriée que la notion plus vague et relative de Bonheur.  Attention cependant, il n’est en aucun cas ici de renoncer aux bénéfices qu’il y a à vivre parfois des « émotions désagréables » (tristesse, colère, frustration…). Effectivement ce sont aussi des expériences de vie plus douloureuses qui lorsqu’elles sont bien intégrées nous rendent plus empathiques à l’égard des autres, résilients face aux épreuves de la vie et confiants dans notre capacité à relever les défis qui s’offrent à nous tant sur le plan personnel que professionnel.

LA CHIMIE DU CERVEAU POUR LES NULS

Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ».

Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ».

Nos émotions (agréables et désagréables) sont :

– à la fois le fruit et le résultat de l’activation de substances chimiques (hormones)

– produites par l’organisme (endogènes)

– stimulées (moins qu’on le pense) par notre capital génétique et (plus qu’on le pense) par nos comportements (activités physiques, sommeil, addictions…) et nos habitudes alimentaires.

– essentielles à l’équilibre de notre système hormonal, donc de notre santé physique et mentale.

Ainsi, face à chaque situation du quotidien, notre cerveau opère des réglages et active la sécrétion de diverses hormones. Mieux connaître et comprendre les comportements ou situations favorables à la sécrétion des hormones du bien-être permet de les stimuler en adoptant des attitudes propices à l’activation d’émotions dites « positives ». Si le fonctionnement hormonal est bien sûr d’une incroyable complexité, quatre hormones semblent jouer un rôle majeur dans notre ressenti de bien-être tant dans la sphère personnelle que professionnelle.

A LA RECHERCHE DE LA « BONNE DOSE » POUR SOI…

Dopamine (Joie et Action)

*Hormone du plaisir

Comment stimuler la dopamine ?
Comment stimuler la dopamine ?

Définition

La dopamine est un neurotransmetteur, une molécule biochimique qui permet la communication au sein du système nerveux. Elle influe directement sur le comportement en provoquant la sensation de plaisir par l’activation du système de récompense / renforcement.

Fonctions

  • favorise la sensation de plaisir et de relaxation
  • donne de l’énergie pour agir et faire face aux difficultés
  • régule la mémoire, la concentration, l’apprentissage, la prise de décisions, la motivation, la curiosité, l’attention et la créativité.

Pistes pour la stimuler

  • en général, être attentif à tout ce qui nous fait ressentir de la joie et ce qui nous rend plus intensément « vivant ». Il s’agit bien souvent de choses simples que l’on peut s’offrir (gratuitement) au quotidien : manger sain et équilibré, pratiquer régulièrement un exercice physique, dormir, méditer, caresser son animal de compagnie… On ne parle pas ici bien sûr de ce que procure les plaisirs artificiels (alcool, drogues diverses, sucres…) reconnaissables à leurs effets secondaires qui s’apparentent à une « descente » synonyme de souffrances physiques et psychologiques.
  • sur le plan professionnel, favoriser ce que le chercheur en Psychologie Positive au doux nom de Csíkszentmihályi a définit par ce qu’il nomme la sensation de flow. C’est à dire une tâche suffisamment difficile pour qu’elle mobilise toute notre attention et notre créativité mais en même temps suffisamment accessible pour qu’elle nous motive et satisfasse notre besoin d’atteindre l’objectif final. C’est que ce que les sportifs appellent « être dans la zone »  et c’est ce que l’on ressent lorsque l’on apprend à faire de nouvelles choses avec enthousiasme.

The Dopamine Song 

Ocytocine (Lien Social)

*hormone de l’amour

A deux c'est mieux
A deux c’est mieux

Définition

L’ocytocine est une hormone sécrétée par l’hypophyse, elle est à l’origine connue pour son rôle dans l’accouchement, l’allaitement, l’attachement mère-enfant. Plus récemment, la recherche a mis à jour son rôle majeur dans le lien social.

Fonctions

  • joue un rôle clé dans l’établissement et l’entretien de relations sociales positives
  • nourrit les sentiments d’intimité, de confiance et de loyauté qui facilitent en retour les interactions sociales et lescomportements de type altruiste
  • réduit la pression artérielle et le niveau de cortisol générée entre autre par le stress

Pistes pour la stimuler

  • si recevoir des compliments, des encouragements, et de façon générale du soutien des autres tant par leurs mots que par leurs gestes à notre égard augmente l’estime et la confiance en soi, cela marche aussi dans l’autre sens… Ainsi, écouter,«re-connaître » l’autre et  
    « apprécier » sa singularité et sa différence sont aussi bénéfiques pour notre ressenti de connexion et de bien-être
  • dans l’environnement professionnel, comme de nombreuses études en attestent, la capacité à exprimer et recevoir des feedbacks positifs de ses collègues, constitue la première ressource dans la résolution de problème et le premier facteur de satisfaction au travail. Plus largement la notion de soutien social est un élément central d’une culture d’entreprise saine qui cherche à allier épanouissement et performance optimale de ses collaborateurs
  • c’est également bien sûr l’une des premières qualités d’un Leader Positif avec son équipe au quotidien…et surtout dans les moments difficiles lorsqu’il s’agit plus que jamais de rassurer et d’encourager…

The Ocytocine Song

Sérotonine (régulateur de l’humeur et la confiance)

*Hormone du bonheur

Bonjour et Bienvenu

Définition

La sérotonine est un neurotransmetteur intervenant notamment dans la régulation de l’humeur, du sommeil, de l’appétit et de la température du corps. C’est sur elle qu’agissent la plupart des antidépresseurs.

Fonctions

  • suscite des sentiments de sérénité, d’optimisme et de bonheur
  • favorise la sensation de plénitude et de contentement
  • limite l’agressivité et développe l’empathie

 Pistes pour la stimuler

  • comme 95% de la sérotonine est produite dans l’intestin, autant dire que l’alimentation est essentielle (voir notamment ,vitamines B6 et B12). En outre, il s’agit de faire ce qui nous fait du bien (dormir, se relaxer, méditer, se promener en forêt, se faire masser…) et de sortir de la routine quotidienne (nouvelles activités, projets, voyages…)
  • sur le plan professionnel, si trouver du sens et du plaisir à son travail est essentiel, il est fortement recommandé par les temps qui courent de repérer les situations et les personnes (je sais j’en ai rencontré :)) qui suscitent le mauvais stress en diffusant le lent poison du sentiment d’inadéquation, d’impuissance et d’isolement. Pour ces derniers d’ailleurs (et valable pour chacun d’entre nous comme symptôme d’auto-diagnostic), un bon marqueur de la « connerie » selon Edgar Morin est qu’elle « unit erreur, bêtise et assurance. »

The Serotonine Song (complètement d’actualité :))

Endorphine (source de bonheur et/ou antidouleur)

*Hormone de l’euphorie

Quels sont les bons moyens de stimuler l'endorphine ?

Quels sont les bons moyens de stimuler l’endorphine ?

Définition

Opiacé naturel sécrété par le cerveau, elle a une capacité analgésique en agissant comme une substance morphinique naturelle.

Fonctions

  • provoque une sensation de calme et bien-être
  • réduit le stress et l’anxiété
  • aide à « passer au travers » de la douleur ou de l’inconfort.
  • limite les effets néfastes d’un niveau de stress trop prolongé.

Pistes pour la stimuler

  • pratiquer le sport et fournir un effort physique intense est bien connu pour favoriser la sécrétion d’endorphines mais on peut aussi se contenter d’un bon fou rire ou de regarder une bonne comédie.
  • au travail, surmonter le stress d’un entretien crucial sur le plan individuel ou relever un vrai défi sur le plan collectif avant d’en savourer et fêter le succès favorise bien les montées d’endorphine. Ah oui et puis on peut aussi rire au travail…si si c’est possible !

The Endorphine Song

Alors en ce début d’année ou plus que jamais les “vendeurs de peurs” sont aussi nombreux que les “bons docteurs” se font rares, j’ai décidé d’opter pour l’auto médication et de m’en refaire une “bonne” dose…

Et vous, quelle est votre potion miracle ?

*Le concept de bien-être subjectif, mis en avant par le psychologue Ed Diener et ses collègues (1997), désigne une vie heureuse. Il inclut deux composantes affectives qui constitue le bien-être émotionnel (un niveau élevé d’affects positifs et un niveau faible d’affects négatifs) et une composante cognitive : la satisfaction par rapport à sa vie.

Un article de Eric Mellet publié le 7 janvier 2019 sur son blog : https://mellet-consulting.com/blog/

Les effets concrets et troublants des discours haineux sur le cerveau

Newsletter #12

Un article de Bruno Dubuc paru sur site génial le Blogue du cerveau à tous les niveaux (http://www.blog-lecerveau.org/)

À la veille des élections de mi-mandat aux États-Unis, on peut se poser plusieurs questions, dont les deux suivantes. D’abord comment se fait-il que Donald Trump, diagnostiqué «narcissique malin» par un psychothérapeute de renom, et donc «dangereusement malade mentalement et incapable d’être président avec ce tempérament», le soit encore deux ans après son élection ? Question difficile qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et que je n’aborderai pas ici pour me concentrer sur la seconde question : dans quelle mesure les propos haineux qu’il distille régulièrement dans ses discours ou dans les médias sociaux ont-ils des effets néfastes sur le cerveau et le comportement des gens ?

On sait encore bien peu de choses sur cet organe d’une complexité vertigineuse qu’est le cerveau humain. Mais les sciences cognitives, qui tentent d’établir des ponts entre différentes disciplines comme les neurosciences et la psychologie sociale, permettent aujourd’hui d’apporter des éléments de réponse à ce genre de question. Et le verdict est plutôt sans appel : loin de n’être que de simples effets de rhétorique pour gagner des votes, les propos haineux d’une personne en position de pouvoir amènent les gens à s’éloigner de leur humanité. Et ce, non seulement en pensée, mais aussi en parole et en actes comme on l’a encore vu lors de la tuerie de masse à Pittsburgh récemment.

« S’éloigner de son humanité », du point de vue des sciences cognitives, cela correspond à des phénomènes comme une diminution de l’empathie naturelle que nous avons spontanément pour les autres êtres humains. Ou l’émergence d’un sentiment de peur ou même de dégoût envers l’Autre, celui qui ne fait pas partie de mon groupe en termes de religion, d’orientation sexuelle, d’origine ethnique, etc. Autrement dit, les propos haineux martelés dans la sphère publique par des personnes d’influence vont exacerber la distinction ressentie entre le Nous et le Eux. Au point que les « Eux » ne sont parfois même plus reconnus comme des êtres humains. Trump n’est-il pas allé jusqu’à parler explicitement des personnes migrantes sans statut en termes d’animaux ?

Or il se trouve qu’aussi mystérieux soit-il, certains réseaux cérébraux contribuent de façon assez systématiques à des comportements ou à des émotions. Et l’on commence à connaître ces structures cérébrales interconnectées et à savoir quels effets subjectifs son activité plus ou moins grande va avoir sur un individu. Dans le cas qui nous intéresse ici, voici quelques études succinctement résumées montrant des effets négatifs bien concrets générés par de simples paroles haineuses.

Dans un article intitulé “Exposure to hate speech increases prejudice through desensitization” publié il y a un an, Wiktor Soral et ses collègues ont montré que l’exposition fréquente à des discours haineux amène une désensibilisation à cette forme de violence verbale. Ce phénomène entraîne un plus grand détachement par rapport au sort des personnes incriminées se traduisant par plus de préjudices envers les individus de ces autres groupes.

Par ailleurs, cela va faire près de vingt ans que l’on sait que des paroles menaçantes produisent le même effet chez l’humain que la présence d’une menace réelle comme un animal féroce devant soi. L’amygdale cérébrale s’active alors fortement, favorisant la réponse au stress de l’organisme et rendant tout raisonnement plus difficile. Ce type de réaction d’alerte phylogénétiquement très ancien (car ayant été fort utile pour sauver notre peau devant des prédateurs) existe toujours chez l’humain et son univers symbolique partagé par le langage. Par conséquent, s’il est rare de nos jours de croiser un ours dans nos villes, il l’est beaucoup moins d’entendre un discours haineux dans une « radio-poubelles ». Mais les conséquences physiologiques et cognitives sont encore exactement les mêmes pour nous : on arrête de penser et on se met sur la défensive.

L’équipe de Susan Fiske a pour sa part publié en 2011 l’article « Us versus Them: Social Identity Shapes Neural Responses to Intergroup Competition and Harm” démontrant que les discours nous faisant percevoir l’Autre comme une menace à notre mode de vie (« ils vont prendre nos jobs », « ils sont jaloux de notre liberté », etc.) favorisent la colère et incitent à la violence. Les revers subis par les autres en viennent alors à être perçus comme autant de plaisirs. C’est en tout cas ce qui arrive quand les fans d’équipes de baseball rivales aux États-Unis sont mis dans des scans d’IRMf alors qu’ils regardent les équipes ennemies s’affronter. Le succès de l’équipe rivale, qui évoque des sentiments négatifs chez le fan de l’autre équipe, active au même moment son cortex cingulaire antérieur et son insula, souvent associés respectivement à un signal d’erreur et à la sensation de dégoût. Au contraire, les succès de l’équipe favorite (ou les déboires de l’équipe adverse) activaient davantage le striatum ventral associé à la sensation subjective de plaisir. Cette dernière situation était également corrélée avec le goût d’en découdre avec les fans de l’équipe rivale tel que rapporté par les sujets dans cette situation. La bêtise souvent dangereuse des « holligans » n’est pas loin…

Enfin, une dernière étude, publiée elle aussi en 2011 par Susan Fiske et Lasana Harris, s’est intéressée à notre capacité de nous mettre à la place d’un autre et ainsi de le reconnaître comme un être humain digne de ce nom. Or lorsqu’on déshumanise certains groupes sociaux par des discours haineux répétés, les gens perdent leur empathie naturelle envers les individus de ce groupe. Par exemple, les sujets de cette étude avaient de la difficulté à ressentir les émotions ou les pensées d’individus dépendants de drogue ou sans abris. Et l’imagerie cérébrale confirmait que le réseau cérébral normalement actif dans la cognition sociale et l’empathie était beaucoup moins activé dans ces situations. Et où observaient-ils de l’activité à la place ? Dans l’insula, associée comme on l’a dit au sentiment de dégoût.

Imaginez maintenant des cerveaux quotidiennement exposés à ce genre de discours et les comportements qui peuvent résulter de cette perception déshumanisée des autres… Comme le disait le psychiatre Richard Friedman à la fin de son article récent « Neuroscience of Hate Speech » : «Now imagine what would happen if President Trump actually issued a call to arms to his supporters. Scared? You should be.»

Pensée magique, quête de sens et méthode scientifique

Newsletter #5
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Un article de Claude Touzet.

La pensée magique est une étape normale du développement de l’enfant (entre 2 et 6 ans) où il croit découvrir que ce qu’il pense peut agir directement sur le monde. Cela peut être traumatisant s’il croit être la cause d’événements négatifs comme une maladie ou un accident. Le traumatisme va persister aussi longtemps que sa croyance dans ses capacités. Il faudra qu’il découvre – ou qu’on lui explique – la différence entre le normal et le paranormal pour qu’il dépasse le stade de la pensée magique.

Pourquoi tous les enfants passent-ils par ce stade préopératoire ? Nous sommes une espèce intelligente parce que notre cerveau est en permanence à la recherche de liens entre des éléments jusqu’alors considérés comme indépendants. Cette quête de sens implique de détecter les coïncidences, qui seront ensuite validées (ou non) comme étant des liens avérés. Les premiers liens découverts sont les plus évidents, puis au fur et à mesure de notre apprentissage de la vie, nous découvrons des relations plus complexes. Parmi les premiers éléments glanés nous trouvons : « je lâche un objet alors il tombe », « j’ouvre la porte et les objets sont encore là » (ils n’ont pas bougé), « le feu passe au rouge et les voitures s’arrêtent ».

Admettons qu’un jour, un enfant pense « celui-là je ne l’aime pas » et que juste après on lui dise que cette personne vient de se casser la jambe. Son cerveau étant construit pour détecter les coïncidences, la détection aura lieu et cet enfant croit maintenant que lorsqu’il pense du mal d’une personne, celle-ci va se casser la jambe. Généralisant à partir de ce fait, il croit que ce qu’il pense change le monde… Évidemment, cela ne dure pas. Le monde ne se pliant pas à sa volonté, de nombreuses non-coïncidences vont l’obliger à admettre qu’il est en fait impuissant. Cela peut être très rassurant, mais aussi déprimant (comment expliquer et/ou changer le monde alors ?).

Les adultes et la pensée magique

Dans les lignes qui précèdent, nous avons laissé un enfant démoralisé par son incapacité à changer le monde par la pensée, mais de nombreux adultes croient fermement qu’ils le peuvent. Ce que nous appelons la foi (des croyants) est bien la définition d’une pensée magique. Selon eux, leurs intentions, prières et autres pensées ont une action sur le monde puisqu’elles touchent leur Créateur. Tous les adultes adeptes de la pensée magique n’adhèrent pas forcément à une religion. Les barreurs de feu, par exemple, sont persuadés de limiter au maximum les effets d’une brûlure avec une simple pensée ou prière. Ils existent depuis toujours, en France (plus de 6 000) et dans le monde entier. Pourquoi une telle omniprésence ? Une explication possible est qu’ils disposent d’un vrai pouvoir… Mais qu’en dit la science ?

Illustration d’une sensation douloureuse par Descartes. René Descartes, Traité de l’homme/Wikipédia

Par définition, la science et ses serviteurs les chercheurs s’intéressent à tous les faits inexpliqués. Les phénomènes non expliqués dans le domaine de la pensée magique sont regroupés sous le nom de « phénomènes para-normaux » (ou PSI). Des milliers d’études ont pointé l’existence de faits qui entrent dans cette catégorie. L’une des études parmi les plus récentes et les plus connues a été publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology en 2011, et confirmée en 2015. De quoi s’agissait-il ? Daryl Bem, professeur émérite à Cornell University a refait neuf expériences classiques de psychologie expérimentale – en inversant la causalité – et a obtenu des résultats probants. Par exemple, les sujets doivent deviner si une image va apparaître à droite ou à gauche de l’écran. Ils indiquent leur choix, puis un tirage aléatoire a lieu qui détermine où va apparaître la photo. Normalement, c’est du hasard (50 %), mais pour une catégorie de sujets – déterminée à l’avance – les probabilités de réussite sont de 56 % ! Mais, puisque les phénomènes PSI sont avérés, comment les expliquer ?

Il faut étudier le paranormal !

Pensée magique. Sydney Harris, _What’s So Funny About Science ?_ (1977).

Une publication scientifique est ainsi faite qu’elle doit permettre à d’autres chercheurs de refaire la même expérience afin de retrouver le même résultat. C’est cette reproductibilité des faits qui fait office de « preuve scientifique ». Qu’en est-il de faits qui ne seraient pas reproductibles par n’importe quelle équipe ? S’il fallait « croire » pour obtenir un certain résultat et qu’à défaut de croire on en obtienne un autre ? De tels faits existent, notamment ceux rapportés par D. Bem. Dans ce cas, la science d’aujourd’hui, avec sa méthodologie, n’a rien à dire : ce n’est pas de son ressort.

The ConversationPlutôt que de nier toute efficacité à la pensée magique, il faudrait en faire un sujet d’étude autorisé et financé. Quelques chercheurs se sont lancés et proposent des théories, pas très bien vues de la science « mainstream », qui prennent en compte l’expérimentateur (celui-ci n’est plus en dehors de l’expérience) : la théorie de la double causalité, qui entend faire le lien entre science et spiritualité, les ondes scalaires, ou encore les ondes d’échelle.

Claude Touzet, Maître de Conférences en Sciences Cognitives, Aix Marseille Université, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Dans la Bibliothèque : Les intelligences “naturelles” au service de la transformation managériale

Newsletter #2

Nous parlons beaucoup des innovations spectaculaires réalisées dans le domaine de l’intelligence artificielle et de leurs implications. A contrario, il me semble que les entreprises n’ont pas suffisamment connaissance des découvertes stupéfiantes qui sont réalisées depuis quelques années dans le domaine des intelligences qu’on pourrait qualifier de “naturelles” : cerveau, corps, coeur…

Quelle que soit votre place dans votre organisation, je vous recommande 3 livres passionnants à lire sur le sujet :

La vérité sur ce qui nous motive de Daniel Pink, chez Clés des Champs – Flammarion

Votre cerveau au bureau, le mode d’emploi efficace de David Rock chez Dunod

Neurosciences et management, Le pouvoir de changer de Bernadette Lecerf-Thomas chez  Eyrolles

Neurosciences : la nouvelle théorie de la conscience est empreinte de spiritualité

Newsletter #1

Un article de Bobby Azarian, Docteur en neurosciences et créateur du blog Science Is Sexy, paru le 1er octobre 2016 dans HufftingtonPost.com 

SCIENCE – Il semblerait que nous entrions dans une période inédite de l’histoire de l’Homme et de la science: une époque où mesures empiriques et raisonnements déductifs peuvent nous fournir des informations d’ordre spirituel.

BOBBY AZARIAN

“La science n’est pas seulement compatible avec la spiritualité. C’est une source profonde de spiritualité.” Carl Sagan

SCIENCE – Il semblerait que nous entrions dans une période inédite de l’histoire de l’Homme et de la science: une époque où mesures empiriques et raisonnements déductifs peuvent nous fournir des informations d’ordre spirituel. La récente théorie de l’information intégrée (TII), développée par les neuroscientifiques Giulio Tononi et Christof Koch, décrit la manière de mesurer expérimentalement le degré de conscience d’un système.

À ce titre, elle pourrait potentiellement répondre à des questions qui paraissaient autrefois insolubles. Par exemple: “Qui, de la chauve-souris ou du scarabée, est le plus conscient?” De plus, cette théorie suppose que tout système capable de traiter et d’intégrer des informations, qu’il soit organique ou inorganique, observe le monde avec un certain degré de subjectivité. Les plantes, les smartphones, internet et même les protons en sont de multiples exemples. Le résultat, c’est un cosmos composé de matière consciente. Mais avant d’appréhender toute la bizarrerie de cette idée, parlons un peu de la manière dont nous en sommes arrivés là.

Déclin et chute de la mystique

Tandis qu’une partie de plus en plus vaste du monde naturel se trouve décrite de manière objective et empirique, on assiste au déclin de plus en plus rapide des croyances en l’existence de tout ce qui va à l’encontre des explications scientifiques actuelles. La majorité des diplômés de l’enseignement supérieur n’acceptent plus les explications surnaturelles ou magiques que les livres sacrés donnent à des processus physiques. Pas plus qu’ils ne croient en l’existence réelle, après la mort, de royaumes mystiques offrant bonheur ou punition éternels aux “âmes” des justes ou des méchants.

Tout cela s’explique par la capacité remarquable de la science moderne à expliquer des phénomènes qu’on croyait auparavant inexplicables. Aujourd’hui, la science a décrit à peu près tout ce qui peut l’être. Nous comprenons la naissance des trous noirs, et leur place dans la géométrie de l’espace-temps. Nous savons comment peuvent évoluer de nouvelles espèces vivantes, et les règles statistiques qui gouvernent ces processus. Nous appréhendons même assez bien le moment exact où l’univers a commencé à exister, et avec lui l’ensemble du monde réel! Mais aucun scientifique sérieux et bien informé ne vous dira qu’en l’état actuel, nous comprenons complètement ce que chacun d’entre nous connaît le mieux: notre propre conscience.

L’un des derniers grands mystères de la science

Malgré toutes nos avancées depuis l’époque de Descartes, qui avait posé comme principe que la conscience est en réalité une sorte d’esprit immatériel non soumis aux lois physiques, nous ne disposons toujours pas d’une explication scientifique complète et satisfaisante de la connaissance. Nous sommes tout simplement incapables de la quantifier. Et dans ces conditions, comment savoir si les êtres vivants non humains, qui ne peuvent communiquer avec nous, sont également conscients? Les chats sont-ils capables de ressentir et de penser? La plupart des gens diront probablement que oui. Mais alors, qu’en est-il d’une coccinelle? Et si c’est le cas, comment savoir quels êtres vivants ont une plus grande conscience que les autres? Les animaux dotés d’une mémoire très développée et d’un comportement d’une impressionnante intelligence, comme les dauphins ou les corbeaux, ont-ils une perception du monde unifiée et consciente, et donc semblable à la nôtre? Il est quasiment impossible de répondre à ces questions si l’on ne peut mesurer la conscience. Fort heureusement, une théorie neuroscientifique de plus en plus partagée compte justement s’y atteler.

La nouvelle arme secrète: la théorie de l’information intégrée

La théorie de l’information intégrée, sujet assez brûlant dans les neurosciences actuelles, affirme fournir une manière précise de mesurer la conscience et d’exprimer ce phénomène en termes purement mathématiques. Cette théorie, développée par Giulio Tononi, psychiatre et neuroscientifique, s’est attiré les faveurs de scientifiques renommés dont Christof Koch, directeur des études neuroscientifiques de l’Institut Allen, qui défend à présent cette idée, au même titre que Tononi. Le fait d’armes le plus connu de Koch est sans doute d’avoir propulsé les recherches sur la conscience au premier rang de la neuroscience, grâce à sa longue collaboration avec feu Francis Crick, codécouvreur de la structure de l’ADN. À présent, Tononi et Koch se consacrent à cette théorie, épaulés par un nombre croissant de scientifiques, dont certains sont issus d’autres domaines que la neuroscience. Comme Max Tegmark, physicien de renom et auteur à succès, qui a rejoint les rangs de ceux qui pensent avoir découvert comment l’un des plus grands secrets de la science peut être ramené à des nombres. Ou, plus exactement, ramené à des informations exprimées en bits.

Nous savons donc, à présent, que d’éminents scientifiques considèrent qu’il s’agit d’une théorie très importante. Mais comment, exactement, la TII s’efforce-t-elle de quantifier une chose aussi mal définie et apparemment difficile à appréhender que la conscience?

La TII en deux mots

Comme un ordinateur, le cerveau enregistre et traite des informations. Mais c’est la manière dont celles-ci sont partagées dans l’ensemble des réseaux cérébraux qui génère une expérience consciente aussi riche et aussi puissante. Considérons l’observation d’un coucher de soleil. Grâce aux avancées de l’imagerie cérébrale, la neuroscience moderne nous apprend que cet événement implique un certain nombre de régions distinctes, dont chacune traite séparément des informations sur différents aspects de l’événement. Une région du cortex visuel (connue sous le nom de “V2”) traite la forme et la couleur des rayons jaunes et orange sur les nuages. Des aires auditives dans le lobe temporal reçoivent des informations sur le bruit du vent qui souffle autour de vous tandis que vous fixez l’horizon. Ce vent qui souffle contre votre peau génère également dans le cortex somatosensoriel des ensembles de signaux électriques qui vous donnent une sensation de caresse. Des tas de choses différentes se passent dans des endroits très éloignés les uns des autres.

Et pourtant, nous percevons tout cela comme une même expérience consciente et unifiée.

Selon la TII, cette expérience unifiée repose sur la capacité du cerveau à fusionner (ou intégrer) en un tout cet afflux d’informations sensorielles. Pour mesurer le degré de cette intégration, Tononi a fait appel aux principes mathématiques formulés par l’ingénieur américain Claude Shannon – qui avait développé vers le milieu du XXe siècle une théorie scientifique de l’information destinée à décrire la transmission de données – et les a appliqués au cerveau. Pour la TII, ces mesures d’informations permettent de calculer un nombre exact correspondant au degré d’information intégrée existant à un instant T dans le cerveau. Tononi a choisi d’appeler cette unité métrique “Phi” (ou Φ), ce qui sert d’indice de conscience. Plus le Phi est élevé, plus le système est conscient. Peu importe qu’il s’agisse du système nerveux d’un enfant, d’un chat ou même d’une coccinelle.

Alors, problème résolu?

Tout ça paraît tout simple, non? C’est ce que la science a toujours cherché à comprendre: décrire les choses objectivement, et dépouiller de tout mystère des phénomènes naturels dont nous n’avons qu’une compréhension très floue. Cela permettra-t-il de démystifier la conscience, sujet sur lequel les philosophes se sont affrontés pendant des siècles? Tout cela répond indéniablement à des questions très importantes, mais quand on pousse le raisonnement jusqu’au bout, tout devient franchement bizarre… et aussi, il faut bien le dire, assez bluffant. Mais avant d’arriver aux conclusions bizarres, commençons par les questions du même type, que les sciences physiques modernes ont globalement ignorées et qui peuvent, au premier coup d’œil, sembler assez banales.

Des questions difficiles

Comment le traitement physique d’une information peut-il créer une expérience intérieure subjective?

Comment la matière peut-elle avoir un point de vue subjectif?

Comment de simples signaux électriques peuvent-ils produire des sensations qualitatives et une connaissance des choses?

Et, surtout, pourquoi l’information devrait-elle impliquer un “ressenti”?

Ces questions sont quasiment synonymes, et définissent ce que les philosophes ont surnommé le “problème difficile de la conscience”, un concept adopté par de nombreux neuroscientifiques. Inversement, le “problème facile” (bien que celui-ci soit, lui aussi, extrêmement complexe) est de découvrir tous les mécanismes quantitatifs et cognitifs qui entourent la conscience, ce qui est tout à fait différent de la simple description d’une expérience. La science ne s’était jusqu’ici consacrée qu’à la résolution des questions liées au “problème facile de la conscience”. Certains croient toujours que les questions qui touchent aux expériences subjectives ne peuvent recevoir de réponse quantitative, et ne s’appliquent donc qu’à la philosophie. D’autres gèrent cette situation en refusant carrément d’admettre l’existence de la conscience! Cependant, la réalité de la conscience parle de soi, et la nier reviendrait à nier sa propre existence. Le côté unique de la TII, c’est qu’elle reconnaît la conscience comme un phénomène réel, descriptible de manière objective et mathématique.

La TII répond-elle vraiment au “problème difficile de la conscience”, c’est-à-dire à la manière dont le domaine physique engendre une expérience subjective?

En deux mots: pas vraiment.

Le cerveau enregistre et traite des informations. Comment et pourquoi celles-ci prennent les caractéristiques d’un “ressenti”? Cela reste un mystère. La TII nous dit comment mesurer le degré de conscience, mais pas comment différents types d’informations sont liés à différentes sensations subjectives, allant de la brûlure d’une flamme à l’orgasme. Comme l’a déclaré le philosophe Ned Block, il se pourrait que le Phi soit lié à la conscience, sans jouer un rôle quelconque.

Comment les partisans de la TII expliquent-ils la subjectivité?

Christof Koch vous répondrait: la conscience est une propriété fondamentale de l’univers. Là où il y a des informations intégrées, il y a une expérience. La théorie considère son existence comme avérée, et n’est donc pas obligée d’en expliquer le mécanisme. C’est un fait naturel: l’information a un aspect interne, en plus de son côté externe composé de bits.

Suivons la logique de cette idée, histoire de voir si elle tient la route. Nous savons que certains états de conscience sont liés à des sensations. Or, ces états ne sont que des états d’information. Par conséquent, l’information est liée à un ressenti. Voilà qui paraît solide. Selon la TII, les mammifères inférieurs tels que les chats possèdent une expérience consciente, tout comme les insectes, même à un niveau minime. Une telle idée semble intuitive. Pourquoi y aurait-il une sorte de frontière magique à partir de laquelle un système nerveux deviendrait spontanément conscient, comme en pressant un bouton? Il est plus probable qu’il existe un continuum de l’expérience. Celui-ci évolue probablement selon un gradient, allant des sensations brutes et très simples des organismes unicellulaires à la connaissance qualitative plus complexe des humains. Mais qu’en est-il des systèmes non biologiques qui intègrent des informations?

C’est là que ça devient bizarre

Ce qu’il y a d’intéressant dans la TII, c’est qu’elle ne suppose pas que toute entité consciente est nécessairement un organisme vivant. Tout système capable d’intégrer des informations, qu’il soit fait de carbone ou bien composé de puces en silicone et de fils métalliques, devrait produire des états de conscience. Comme les processeurs d’informations, les ordinateurs modernes possèdent, dans une certaine mesure, une connaissance, mais vraisemblablement tellement réduite qu’elle pourrait être indétectable par un observateur humain. En fait, selon la TII, votre iPhone a bel et bien des ressentis. Voilà qui devrait satisfaire les chercheurs dans le domaine de l’intelligence artificielle, qui espèrent souvent que leurs créations soient un jour “vivantes”. Dans notre monde régenté par la technologie, la TII révèle que la conscience se trouve à la fois dans nos foyers et dans nos mains.

Même si tout cela pourrait sembler assez étrange, l’idée que des machines peuvent être conscientes n’est peut-être pas complètement inimaginable, au vu de tous les robots dotés de conscience que la science-fiction a instillés dans nos esprits. Peut-on aller plus loin?

Bien sûr.

Si vous êtes très intelligent (ou en train de planer), peut-être avez-vous brièvement songé, d’une manière ou d’une autre, à la question suivante en lisant ce qui précède: les êtres humains ne passent-ils pas leur temps à échanger des informations via un réseau global d’ordinateurs, qui enregistrent et intègrent collectivement des informations de manière complexe? Faisons donc un saut dans l’inconnu.

Internet prend vie

Si nous prenons la TII au sérieux, il nous faut admettre qu’un système comme internet peut posséder des états de conscience semblables à ceux d’un système nerveux biologique, tant que les informations y sont intégrées de façon similaire. Christof Koch lui-même a étudié cette possibilité.

“Réfléchissons à la création la plus vaste et la plus complexe du genre humain: internet. Celui-ci est composé de milliards d’ordinateurs reliés par des fibres optiques et des câbles en cuivre, qui créent des connexions spécifiques grâce à des protocoles de communication ultrarapides. Chacun de ces processus est lui-même composé de quelques milliards de transistors. Internet doit avoir en tout environ 10 puissance 19 transistors, soit l’équivalent du nombre de synapses dans les cerveaux de 10 000 personnes. Par conséquent, en nombre de composants, il dépasse largement n’importe quel cerveau humain. Internet a-t-il une certaine forme de conscience? Il n’y a, aujourd’hui, pas de réponse à cette question. C’est cependant tout à fait concevable.”

Pour le moment, il semble hautement improbable qu’internet possède une connaissance de soi similaire à la nôtre. Nos cerveaux sont façonnés par l’évolution depuis des millions d’années, ce qui a développé et peaufiné leurs capacités à traiter l’information. Néanmoins, l’idée d’une Toile dotée de conscience est certainement envisageable.

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Une conscience collective basée sur l’information

Eh oui. Cette théorie admet la possibilité de l’émergence d’un “superorganisme” abstrait, composé de multiples individus. Beaucoup de questions déconcertantes en découlent. Si le Web devait pour ainsi dire se “réveiller”, montrerait-il des formes apparentes de comportements observables, unifiés et coordonnés? Ou ne serions-nous, sans le savoir, qu’un élément d’un plus vaste système, tout comme un neurone n’a pas connaissance de sa contribution dans la formation d’un état mental? Envisager l’idée d’une entité vivante possédant à peu près toutes les connaissances accumulées par l’humanité n’est pas seulement amusant, mais aussi productif d’un point de vue scientifique.

En théorie, il n’y a quasiment aucune limite à la croissance et à l’évolution d’un système entièrement conscient dans l’espace. Celle-ci ne dépend que du taux de croissance de l’information et de la complexité, qui, comme nous l’avons vu, a tendance à augmenter de manière exponentielle.

Jusqu’à présent, nous avons évoqué des consciences capables de couvrir de grandes distances sans aucune structure physique tangible. Mais qu’en est-il des agencements d’information invisibles à l’œil nu?

Des protons qui ressentent

Selon la TII, tout ce qui est doté d’un Phi non nul possède une expérience subjective, y compris les particules subatomiques. Koch écrit:

“Même la matière la plus simple possède un petit peu de Φ [information intégrée]. Les protons et les neutrons sont composés d’une triade de quarks qu’on n’observe jamais de manière isolée. Ils constituent un système intégré infinitésimal.”

Tout ceci a des conséquences très profondes. Cela signifie notamment que la conscience s’étend dans tout l’espace, comme un gigantesque réseau d’expérience. Bien entendu, le niveau de conscience est plus grand là où l’intégration de l’information est plus importante mais, en substance, “l’esprit” (ou la “psyché”) est partout. La TII est en fait la version moderne d’une très ancienne doctrine philosophique appelée “panpsychisme“. Mais avant de rejeter ce concept simplement en raison de son nom bizarre, il faut savoir que des penseurs de premier plan, tels que Spinoza, Leibniz ou James, sont considérés comme des panpsychistes. L’idée centrale de cette doctrine est que toute matière a un aspect mental, ce qui rend la conscience universelle. Toujours selon Koch:

“L’intégralité du cosmos regorge de conscience. Nous sommes entourés, immergés dans la conscience. Elle est dans l’air que nous respirons, le sol que nous foulons, les bactéries qui colonisent nos intestins, et le cerveau qui nous permet de penser.”

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Une nouvelle forme de spiritualité, dans les limites de la science

Jusqu’à présent, la TII est le meilleur exemple d’une doctrine scientifique se proposant d’offrir une description objective de la conscience. À ce titre, ses idées apparemment radicales méritent notre considération. Réfléchir à des questions que l’on pensait auparavant réservées aux fumeurs de pétards est à présent la tâche des plus brillants esprits scientifiques. La plupart des penseurs rationnels tombent d’accord sur l’absurdité du concept de dieu incarné, qui réprouverait la masturbation et perturberait régulièrement les lois de la physique en réponse à de simples prières. Cette théorie ne cherche pas à défendre une telle idée. Elle ne fait que révéler une harmonie sous-jacente dans la nature, et une présence mentale généralisée, qui ne s’arrête pas aux systèmes biologiques. Les conclusions logiques inévitables et les implications de la TII sont empreintes à la fois d’élégance et de précision. Elle est source d’une spiritualité scientifique d’un genre nouveau, dépeignant une existence pleine de spiritualité que même les matérialistes les plus convaincus et les plus fervents athées peuvent défendre sans complexe.

“La religion de l’avenir sera une religion cosmique. Elle transcendera l’idée d’un Dieu incarné, évitera les dogmes et la théologie. Couvrant à la fois le domaine naturel et spirituel, elle se basera sur un sentiment religieux, né de l’expérience d’une unité significative en toutes choses, naturelles et spirituelles.” – Albert Einstein

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Cet article, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast for Word.