La résilience en trois actes : résistance, reset et relance

Nous avons abordé, aujourd’hui, le troisième acte.

Encore sous le choc de la crise sanitaire provoquée par le coronavirus, le monde se remet à peine des méfaits économiques engendrés par celle-ci. Des crises sanitaires, le monde en avait déjà connu plusieurs, à peu près une par siècle, comme celles des grandes pestes, du choléra ou de la grippe espagnole. Elles ont toujours été accompagnées d’une crise économique et sociale remettant en cause les mécanismes du passé. Il est certain qu’il en sera de même cette fois-ci. A chaque fois, trois phases distinctes semblent favoriser la reprise.

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Résistance

D’abord, celle de la « Résistance ». Elle consiste dans l’urgence à faire face à l’adversité en cherchant à réduire les impacts en fonction des ressources immédiatement mobilisables. Après un rapide déni, on prend conscience qu’un choc qui semblait jusqu’alors peu probable nécessite désormais de naviguer à vue. On est dans l’urgence, et l’immédiateté prend le pas sur l’anticipation. Acculées, les entreprises réduisent la voilure pour limiter la casse : certaines mettent leurs employés au chômage partiel, d’autres renégocient leurs contrats, arrêtent les voyages d’affaires, retardent les commandes ou attendent la dernière minute pour payer leurs factures, mais toutes réduisent leur cadence. Elles prennent conscience plus que jamais de la limite de leurs ressources et de leur dépendance fragile mais inéluctable à l’environnement qui les entoure. Rares pourtant sont celles qui se figent. Mues par un instinct de survie, elles cherchent à rebondir et font émerger de la difficulté une nouvelle force créative. Ainsi l’entreprise suisse Steiger, active dans le développement, la production et la vente de machines à tricoter industrielles, a développé dès les premières semaines de crise un programme de tricot capable de fabriquer des masques de protection à l’aide de ses machines industrielles. Les propriétaires de machines Steiger ont pu ainsi télécharger – dans le monde entier – un programme informatique qui leur permettait de produire localement de tel masques. La résistance est ainsi une phase de réponse immédiate à la crise qui apporte des solutions qui n’auraient probablement jamais émergé sans elle. Mais qui reste pour nombre d’entreprises difficile à poursuivre sans soutien.

Reset

L’entreprise se façonne une nouvelle « proposition de valeur » au regard de la crise et de sa force de résistance. Pour les plus solides, on passe à la phase de « reset ». Sans pour autant être sorti de crise, on peut reprendre un temps son souffle. On consolide, on repense la chaîne d’approvisionnement en créant de la redondance et du local, on transite vers des solutions digitales. On observe l’environnement économique et social et on prend conscience des forces qui ont émergé dans l’adversité, dont certaines peuvent être mises au profit d’autrui : capacité d’innovation nouvelle, force collaborative, partage de ressources en sont des exemples. Une solidarité s’installe, un besoin de rassembler, d’être utile. Ainsi l’entreprise de e-commerce QoQa a offert, pendant la crise, sa plateforme à des commerçants suisses. On définit un nouvel horizon, on entrevoit de nouvelles perspectives et on reconstruit un nouveau modèle, lentement mais sûrement. Ce reset ne repart pas de zéro : l’entreprise rebondit grâce son expertise passée, sous l’influence immédiate de son environnement et de sa nouvelle expérience.

Relance

Puis, vient la phase tant attendue de relance, celle qui paraissait si lointaine en phase de résistance. C’est la phase qui va « panser » la crise pour mieux « penser » l’avenir. On prend le temps d’analyser plus finement son modèle d’affaires au regard d’un environnement économique et social qui a drastiquement évolué. Il faut faire preuve d’un maximum de malléabilité cognitive : on s’inspire de l’histoire pour tenter de ne pas reproduire les mêmes erreurs ; les démarches prospectives se multiplient, on imagine des futurs souhaitables et la manière de les rendre possibles ; on débat des fragilités du passé que l’on ne veut plus rencontrer, on conceptualise un monde idéal qui doit émerger. Cette phase nécessitera de mettre en place un processus d’innovation nouveau, qui tiendra compte de tous les changements écologiques, sociétaux et technologiques, car il ne sera plus possible de faire simplement comme avant. Il faut programmer un nouveau « logiciel » de pensée, de management et de production.

Une nouvelle économie émerge. Dans cette nouvelle ère qui s’annonce, où l’interdépendance des acteurs aux flux logistiques et informationnels seront revus, les consommateurs, les entreprises et les institutions étatiques seront plus impliqués et responsables que jamais. On pourra dès lors parler d’économie directe.

Un article de Xavier Comtesse, Mathias Baitan publié le 18/06/20 sur le site de HBR France

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