Les virus de pensée (par Robert Dilts)

Newsletter #29
Les virus de la pensée par Robert Dilts
 

De la même manière qu’un virus biologique infecte le corps, un virus de la pensée peut infecter notre cognition et un virus informatique peut infecter un système electronique, ce qui mène dans tous les cas à de profonds dysfonctionnements.

Une des présuppositions fondamentales de la PNL est que “la carte n’est pas le territoire”. En tant qu’humains, nous appréhendons la réalité au travers de nos perceptions qui sont limitées. Par exemple, les chiens entendent des sons que nous ne percevons pas. Les abeilles voient des lumières infra rouges que nous ne voyons pas. Nos perceptions sont limitées, et c’est ce avec quoi nous travaillons dans notre monde. Nous répondons à des cartes mentales construites à partir de nos perceptions sensorielles de la réalité plutôt qu’à la réalité elle-même. Ce sont nos cartes “Neurolinguistiques” de la réalité, et non la réalité elle-même, qui déterminent et donnent un sens à notre comportement. Ceux qui pensaient que la Terre était plate n’ont jamais pensé un seul instant voguer autour d’elle. Ainsi, c’est souvent notre carte du monde plutôt que le monde lui-même qui nous limite ou inversement nous confère du pouvoir.

Les virus de la pensée reposent sur les croyances des autres

Les croyances limitantes naissent à partir des processus d’omissions, de généralisations et de distorsions qui sont intervenues dans un « cadre de problème », « cadre d’échec », ou « cadre d’impossibilité ». Ces croyances deviennent bien plus limitantes et difficiles à changer quand elles sont séparées de l’expérience, des valeurs, des états internes et attentes dont elles sont issues. Dans ces circonstances, la croyance peut être perçue comme une sorte de « vérité » dissociée de la réalité. Ce qui conduit les individus à considérer la croyance comme « le territoire » plutôt que comme une « carte » particulière dont l’objet est de nous aider à naviguer de façon efficace dans notre expérience du territoire. Cette situation peut s’amplifier quand la croyance limitante n’est même pas issue de notre propre expérience, mais quand elle nous est imposée par les autres.

Les cartes des individus sont différentes, en fonction de leur parcours, de leur culture, de leur expérience professionnelle et de leur histoire personnelle. La PNL s’intéresse à la manière des individus de se construire des cartes du monde aussi différentes. Un des défis majeurs de nos vies est de savoir comment coordonner nos cartes avec celle des autres. Par exemple, les individus possèdent différentes croyances concernant les capacités du corps à guérir et à faire ce qu’il « devrait être fait » et « peut être fait » pour se guérir ou guérir les autres.

Les individus possèdent des cartes différentes de ce qu’est la guérison physique et de ce qu’il est possible de faire, et ils mènent leur vie en fonction de ces cartes. Quand ces cartes sont très contraignantes, elles peuvent mener à des conflits de croyances.

Prenons par exemple le cas de ma mère qui, lors de la découverte d’un cancer du sein métastasé, s’est mise en quête de ce qu’elle pourrait faire avec son mental pour faciliter sa propre guérison. Son chirurgien aurait pu lui dire que « tous ces trucs de guérison corps-esprit » étaient « un paquet d’inepties», et allait la rendre folle. Ce type de croyance, en particulier si elle est présentée comme la « juste carte du monde », peut devenir ce que j’appelle un « virus de la pensée ».

Un « virus de la pensée » est une classe particulière de croyances limitantes qui interfèrent avec les efforts des uns et des autres pour guérir ou s’améliorer. Une croyance limitante type est une généralisation issue d’une expérience personnelle. Elle peut donc s’actualiser ou se modifier par le résultat d’une autre expérience. Des données nouvelles ou des contre exemples qui ne collent pas avec la généralisation initiale conduiront la personne à reconsidérer la validité de sa ou ses croyances. Par contre, les virus de la pensée reposent sur les croyances limitantes des autres. Elles ne sont donc pas modifiables ou actualisables par l’expérience. Et dans ce cas il convient d’identifier et de transformer les croyances et présuppositions des autres qui ont permis au virus de la pensée de se créer et de se maintenir. Ces présuppositions et croyances des autres n’apparaissent habituellement pas de façon évidente dans la structure de surface de la croyance.

Dans l’exemple cité plus haut, ma mère travaillait comme infirmière pour un médecin généraliste. Plutôt que de lui dire qu’elle agissait stupidement comme l’avait fait son chirurgien, ce médecin qui l’employait l’a prise à part et lui dit : “Ecoute Pat, si tu tiens vraiment à ta famille, tu ne les laisseras pas sans qu’ils soient préparés.” Bien que moins ouvertement confrontant que ce que lui avait dit son chirurgien, les propos du médecin constituent un virus potentiel de pensée plus puissant que le simple fait de dire: “C’est un paquet d’inepties”. Puisqu’une grande partie de la signification du message repose sur un sous-entendu et n’est pas clairement énoncée, il est plus difficile de reconnaître que : “C’est seulement son opinion”. Vous pouvez alors penser : “Oui, je tiens à ma famille. Non, je ne veux pas les laisser sans qu’ils soient préparés.” Ce qui n’est pas énoncé et ce qui n’est pas dit, c’est que “laisser sa famille” signifie “mourir”. La présupposition de cette phrase est que « vous allez mourir ». Cette phrase impliquait que cette femme devait arrêter ce « non-sens » et se préparer à mourir, sinon cela rendrait la situation plus difficile encore pour sa famille : “Si vous tenez vraiment à votre famille, vous n’essaierez pas de faire mieux que ce que vous dit la médecine, parce que cela les laisserait non préparés”.

Ce qui fait de cet énoncé un virus potentiel de la pensée, c’est que cela implique que la “bonne” façon et la “seule” façon d’être une épouse dévouée et une mère aimante est d’accepter que vous allez mourir et de vous préparer, vous et votre famille, à cette issue inévitable. Cet énoncé suggère que tenter de retrouver la santé alors que la mort est imminente constitue surtout une manière égoïste d’agir, et de ne pas se soucier de sa famille. Cela pourrait apporter de faux espoirs, des pertes financières potentielles et pourrait conduire à de la déception et de la tristesse.

Comment les virus infectent notre pensée

De tels « virus de la pensée » peuvent « infecter » la pensée et le système nerveux autant qu’un virus physique peut infecter le corps et autant qu’un virus informatique peut infecter un système informatique, menant à la confusion et aux dysfonctionnements. De la même façon que la programmation d’un ordinateur ou d’un système complet d’ordinateurs peut être endommagée par un « virus informatique », notre système nerveux est susceptible d’être infecté et altéré par les virus de la pensée.

D’un point de vue biologique, notre code génétique représente le « programme » physique de notre corps. Et un virus est un petit morceau de matériel génétique, donc une partie incomplète d’un « programme ». Ce n’est pas vraiment quelque chose de vivant. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas tuer un virus comme on le fait avec une bactérie. Le virus pénètre dans les cellules de son “hôte” qui, s’il n’est pas immunisé contre ce virus, lui construit une “maison” sans le savoir et l’aide même à se reproduire. Les bactéries sont par contre des cellules vivantes qui peuvent être tuées par des antibiotiques, ces derniers n’étant cependant dans la grande majorité des cas d’aucune utilité sur les virus.

Un « virus informatique », est comme un virus biologique, ce n’est pas un programme entier et complet. Il ne sait pas à quelle partie de l’ordinateur il est rattaché, ni les endroits de mémoire qui lui sont surs et ouverts; il n’a aucune notion concernant « l’écologie » de l’ordinateur.
Le virus n’a donc pas de perception de son identité par rapport au reste de la programmation de l’ordinateur. Sa tâche principale est de se reproduire. Parce qu’il ne reconnaît pas ou ne respecte pas les frontières des autres programmes et données de l’ordinateur, il écrit par-dessus eux sans discrimination, les effaçant et les remplaçant par  lui-même. Cela amène l’ordinateur à dysfonctionner et à faire de sérieuses erreurs.

Un « virus de la pensée » est similaire aux autres types de virus. Ce n’est pas une idée complète et cohérente qui s’intègre et soutient fondamentalement d’une manière saine l’ensemble du système de pensée et de croyances d’une personne. Ce sont des pensées ou des croyances isolées et fragmentées, qui peuvent être sources de confusions et de conflits. Les pensées et les croyances isolées n’ont pas un grand « pouvoir individuel ». Elles ne prennent vie que lorsqu’une personne agit à partir d’elles.

Ma mère a vécu plus de douze ans, donc bien au-delà du délai prédit par son médecin, avant tout parce qu’elle n’a pas adopté certaines prédictions médicales. Le médecin pour lequel elle travaillait lui disait qu’avec de la chance, elle pouvait vivre au mieux deux ans, donc une question de mois et de semaines. Elle a suivi le traitement médical, elle a cessé de travailler pour ce médecin et a vécu de nombreuses années sans aucuns symptômes. Quelques années après avoir cessé de travailler pour lui, ce médecin est lui même devenu gravement malade. Croyant que sa mort était imminente et inévitable, il voulait se suicider. Il pensait même entraîner sa femme avec lui avec ou sans son consentement, car il ne voulait pas la laisser “non préparée”.

Un virus de la pensée peut mener à la mort aussi rapidement que le virus du VIH lorsqu’il n’est pas traité. Il peut tuer son hôte aussi facilement qu’il peut nuire aux personnes infectées par l’hôte. Pensez au nombre de personnes disparues du fait de virus de la pensée et des “nettoyages ethniques” et guerres saintes qui en ont découlées. A la toxicité biologique du virus, se rajoute la toxicité cognitive du virus (ce qui est dit de la dangerosité du Sida).

Pour revenir au cas de ma mère atteinte de cancer, d’un point de vue de la PNL le médecin n’était certainement pas le problème. Le véritable problème était la croyance ou le « virus » de la pensée qui l’avait contaminé. Le fait qu’il ait voulu renoncer à sa propre vie peut être perçu comme un acte ultime d’intégrité. C’est la croyance médicale sur le pronostic de la maladie qui peut être critiquée, mais pas la personne.

S’immuniser contre les virus de la pensée

Si on peut reconnaître et neutraliser un virus, on ne peut pas le tuer, de même qu’il est impossible de “tuer” une idée, une croyance car elles ne sont pas vivantes à proprement parler. Et tuer une personne ayant agi sous l’influence d’une idée ou d’une croyance ne fait pas disparaître cette croyance ou idée, des centaines d’années de guerre et de persécution religieuse en font foi. La thérapie chimique antivirale (1) agit avec le même principe guerrier fondamental : elle détruit les cellules infectées mais ne guérit pas le corps ou ne le protège pas contre les virus, et elle inflige malheureusement un nombre important de « dommages collatéraux » sur les autre cellules saines du corps.

Les croyances limitantes et les virus de la pensée doivent être abordées de la même manière que le fait le corps avec des virus physiques ou un ordinateur avec un virus informatique ; dans les deux cas, il convient de reconnaitre le virus et de s’en immuniser pour ne lui donner aucune place dans notre système.

Les virus n’affectent pas seulement les gens ou les ordinateurs considérés comme « faibles », « stupides » ou «méchants». L’hôte des virus électroniques ou biologiques est dupé car le virus semble initialement pouvoir s’intégrer dans la cellule ou être inoffensif. Notre code génétique est en quelque sorte un programme biologique. Il fonctionne un peu comme : «S’il y a un A et un B, alors exécute C » ou «Si quelque chose a une structure telle que «AAA-BACADAEAF » «alors cette structure lui appartient». Une des fonctions de notre système immunitaire est de vérifier les codes des différentes parties du corps ainsi que de tout ce qui y entre afin de s’assurer qu’ils sont sains et qu’ils font bien partie de notre système vivant. S’ils ne font pas partie de notre système, ils sont rejetés ou recyclés. Le corps et le système immunitaire se font duper par un virus, comme le virus du VIH, parce que sa structure est semblable à celle de nos cellules. En fait, les humains et les chimpanzés sont les seules créatures à manifester des effets nocifs en présence du virus du VIH, puisqu’ils sont les seuls à avoir une structure génétique assez proche de celle du virus du VIH pour en être infectés.

Pour mieux comprendre, imaginons que le code génétique d’une personne ait le schéma suivant :
« AAABACADAEAF », et qu’un virus ait un schéma : « AAABAOAPEAF » qui semble assez similaire au code génétique de l’individu. Si les seules cinq premières lettres des deux schémas sont similaires, le code du virus sera alors admis à l’intérieur du corps. Les défenses du corps peuvent être également dupées par un virus, lorsque ce dernier entre dans le corps enveloppé d’une protéine inoffensive (un peu comme un cheval de Troie). Le système immunitaire ne perçoit pas le stratagème. Cela se rapproche en quelque sorte, de l’affirmation du docteur qui disait : « Si vous tenez vraiment à votre famille, vous ne les laisserez pas sans qu’ils soient préparés ». À première vue, il n’y a rien de bien malsain dans cette affirmation. En fait, cela semble même transmettre des valeurs positives : « Tenir vraiment, être préparé».
Ce qui rend une telle croyance potentiellement mortelle est le contexte dans lequel l’affirmation est faite et ce qui est présupposé dans l’affirmation, et ces présuppositions sont bien plus dangereuses que ce qui est exprimé.

Il est important de se rappeler qu’un virus, qu’il soit biologique, électronique ou mental, n’a pas d’intelligence ou d’intention qui lui soit propre. Un virus biologique n’est nocif que si le corps l’admet en lui et s’il le confond avec lui-même. Les infections virales ne sont ni mécaniques ni inévitables. Nous avons tous fait l’expérience d’être exposé à une personne enrhumée ou grippée, sans avoir été infecté parce que notre système immunitaire a su s’opposer à la diffusion des virus en cause. Chez une personne vaccinée contre un virus, son système immunitaire a appris à reconnaître le virus, puis à le recycler ou l’éliminer. Le système immunitaire n’apprend pas à tuer le virus (parce qu’il est impossible de le tuer). (Il est vrai que des « cellules T tueuses» de notre système immunitaire peuvent détruire des cellules et tissus infectés par le virus. Mais, comme pour une chimiothérapie, cela concerne bien plus le symptôme que la cause. Dans une immunisation complète, les cellules ne sont pas en premier infectées par le virus).

Un «antivirus» informatique ne détruit pas des parties de l’ordinateur. Il reconnaît plutôt le programme viral de l’ordinateur et l’efface simplement de la mémoire de l’ordinateur ou du disque. Les programmes de protection virale se contentent le plus souvent de rejeter simplement le disque « infecté» lorsqu’un virus est découvert, de sorte que l’ordinateur ne puisse courir de risque.

De la même façon, en s’immunisant contre un virus, le système immunitaire du corps devient mieux « éduqué » à reconnaître et classer les virus. De même qu’un enfant qui apprend à lire devient plus habile à reconnaître les arrangements de lettres, le système immunitaire devient plus performant à reconnaître et à classifier clairement les différents modèles du code génétique des virus. Il vérifie le programme du virus avec plus d’attention.
Si les programmes de vaccination mondiale ont réussi à éradiquer la variole de la surface de la Terre, cette réussite n’est pas due à l’élimination du virus. Il reste présent dans la nature. Nous avons simplement appris à notre système immunitaire à reconnaître le virus. Après avoir reçu le vaccin contre ce virus, votre corps est en mesure de réaliser : «Oh, ce virus ne m’appartient pas ». Il est bon de rappeler que la vaccination ne tue pas les virus, mais aide le système immunitaire à distinguer ce qui est étranger au corps et ce qui ne l’est pas. Ce qui lui appartient et ce qui ne lui appartient pas.

De même, le fait de sélectionner un fichier atteint par un virus sur le disque de l’ordinateur et de le jeter dans la poubelle où il est effacé, est une mesure efficace et définitive mais qui n’a pas la violence d’un programme qui chercherait à « combattre » ou « tuer » le virus. La fonction de l’anti virus est de protéger l’ordinateur de manière de plus en plus efficace. Ce qui se produit au fur et à mesure qu’on remplace les vieilles versions des programmes lorsqu’elles deviennent désuètes.

Reconnaître un virus de la pensée nécessite beaucoup de sagesse

Les virus de la pensée peuvent contaminer l’ensemble de nos structures cognitives et s’opposer à des processus de guérison. Par exemple ma mère a souffert, à un certain stade de son rétablissement de douleurs costales et vertébrales dues à des métastases osseuses. Je lui ai demandé de visualiser les parties de son corps qui lui faisaient mal. Quelque part dans son dos, elle a vu quelque chose qui ressemblait à un enchevêtrement « d’écrans rouillés». Suivant une procédure typique de PNL, je lui ai demandé d’explorer les intentions positives de la « partie » d’elle-même représentée par cette image.

Je ne recommande bien sûr pas l’identification et l’effacement de toutes les pensées limitantes. La première chose à faire est de prendre vraiment le temps d’explorer la communication ou l’intention positive du symptôme. Vouloir se débarrasser de ses symptômes et d’en souhaiter la disparition ne fait que renforcer la situation car cela ne permet pas d’écouter ou de comprendre le symptôme et la situation qui l’a créé. La fonction du symptôme est de nous signaler la présence des virus de la pensée ou croyances limitantes qui occupent notre espace mental et qui peuvent s’opposer à la guérison. Il faut une bonne dose de sagesse pour reconnaître et distinguer un virus de la pensée.

Guérir d’un « virus de pensée » implique un approfondissement et un enrichissement de nos cartes mentales afin de disposer de plus de choix et de perspectives d’actions. La sagesse, l’éthique et l’écologie ne viennent pas du fait d’avoir les justes cartes du monde, parce que les êtres humains ne seraient pas en mesure d’en concevoir une. Le but est plutôt de créer la carte la plus complète possible, celle qui respecte la nature et l’écologie de l’organisme vivant ainsi que le monde dans lequel on vit. Lorsqu’un modèle du monde s’enrichit et s’élargit, la perception de l’identité et de la mission de son propriétaire s’enrichit et s’élargit de la même façon. Le système immunitaire est en quelque sorte le mécanisme par lequel le corps clarifie et maintient l’intégrité de son identité physique. Le processus de l’immunisation implique essentiellement que le système immunitaire en sache davantage sur ce qui fait partie de l’être physique et ce qui n’en fait pas partie. De la même façon, l’immunisation d’un virus de la pensée implique la clarification, la congruence et l’alignement du système de croyances sur l’identité et la mission psychologique et spirituelle de l’individu.

En conclusion, nous devons apprendre à faire face à des croyances limitantes et à des virus de la pensée d’une manière qui s’apparente bien à une immunisation qu’à une thérapie chimique. Les nombreuses présuppositions et techniques PNL, peuvent en quelque sorte être considérées comme une sorte de « vaccination » pour aider les individus à immuniser leurs systèmes de croyances contre certains « virus de la pensée ». Appliquer ces principes et ces techniques représente bien plus un processus à long terme, comme celui d’un jardinier prenant soin de son jardin, que quelque chose à faire uniquement en temps de crise.

Source : Robert Dilts et Judith DeLozier « Encyclopédie de la PNL Systémique et du nouveau code de la PNL », pages 1415-1419

Notes de JL Monsempès 

(1) Le virus est un message génétique protégé par quelques protéines pour ne pas être dénaturé par l’environnement. Ce message génétique a besoin de pénétrer dans une cellule pour y vivre et se répliquer. Comme ce message génétique ne peut exister de manière autonome et qu’il n’est pas réellement vivant, il est donc très difficile à tuer ! Les antiviraux existent pourtant. Ces molécules empêchent une infection virale de se répandre dans les cellules, mais n’éradiquent pas pour autant les virus. Si la thérapie antirétrovirale, avec la PrEP, représente une avancée majeure dans le traitement du Sida, elle n’élimine pas complètement le virus et nécessite la prise quotidienne de lourds traitements. De plus, la thérapie antirétrovirale peut induire de nombreux effets secondaires.

 

Se connaître pour changer notre rapport au monde

Newsletter #27
types de personnalité

Le développement de soi passe souvent par la connaissance de soi avec la découverte et la compréhension des types de personnalité qui caractérisent chaque être humain, au travers de divers modèles (PCM, Ennéagramme, MBTI…etc..). Ces grilles de lecture de la complexité humaine permettent d’établir un inventaire des grandes tendances d’une personne en termes de capacités, motivations et modes de communication. En quelque sorte, un bilan ou « état des lieux » des forces et faiblesses en présence chez une personne à un moment de sa vie.  Un bilan qui ne peut trouver son utilité que s’il sert une perspective de changement, d’accomplissement ou de développement de soi. Ce bilan commence par une compréhension systémique des différents types de personnalité avec lesquels nous cohabitons tout au long de notre vie. Au sein d’une même personne, les types de personnalité sont comme des entités hautement spécialisées ou des experts d’une équipe de travail. Ce bilan se poursuit par une compréhension des interactions au sein des ces divers types de personnalité et de ces dernières avec un système plus large. Selon l’ambiance de ces interactions, la diversité peut être source de chaos ou de grandes réalisations. Enfin, ce bilan va se poursuivre par la recherche du « leader » susceptible de faire collaborer les différents membres,  et faire émerger l’énergie nécessaire à la réalisation d’un but commun. La première partie de cet article propose une vision intégrée et élargie des types de personnalité. La seconde partie recherchera à savoir comment ces différents types de personnalité peuvent s’organiser de façon stratégique et générative, afin de créer ce qui n’existe pas encore et la vie que vous souhaitez.

Nous sommes des êtres multiples et fragmentés

Les outils de connaissance de soi (Process Communication, Ennéagramme,…etc.) reposent sur le modèle des parties. Nous se sommes pas fait que d’un bloc, et, au même titre que nous possédons différents organes et viscères, chacun s’est doté d’un ensemble de « parties », « composantes » que nous appellerons « types de personnalité ».

Le système des parties de la PNL

Pour la programmation neuro-linguistique (PNL), les parties se définissent comme des états de la personne. Un état étant une configuration particulière de l’expérience subjective de cette personne, avec ses croyances, ses valeurs, des émotions et des comportements répétitifs adaptés ou non à la situation, et parfois même un processus d’identification aux caractéristiques clés de la partie « Je suis.. aimable, bosseur, créatif…etc.. »). Chaque partie possède ou a possédé une fonction positive (des valeurs ou une identité de rôle) à une période donnée. Lorsqu’elles sont détachées du contexte dans lesquelles elles ont été créées, les parties oublient parfois ce qu’elles étaient censées faire. D’autres parties continuent à fonctionner quand leur raison d’exister a disparu depuis longtemps, devenant un obstacle au fonctionnement actuel de l’individu.

Une partie s’active dans un contexte donné. En prenant le contrôle, une partie déclenche un comportement stéréotypé, automatique, qui peut être efficace ou limitant en fonction de la situation. Ces réponses comportementales peuvent limiter la personne par un manque de choix. Quand nous nous sentons coincés dans un dilemme, cela signifie que nous activons différentes parties de nous-même, chacune se positionnant selon des critères différents.

Pour Robert Dilts, chaque partie pourrait correspondre, d’un point de vue physiologique, à un ensemble de connexions neurologiques stables qui lui permettrait de fonctionner comme un ensemble de données ayant sa propre cohérence.

Sources et modes d’expression des types de personnalité

Les types de personnalité que nous hébergeons en nous ne représentent donc qu’une « partie » d’un ensemble plus vaste. Si les sources de ces types de personnalité restent discutées, il semble qu’elles se constituent assez tôt dans l’enfance, autour de la recherche de réponses à des besoins psychologiques fondamentaux que sont des besoins de prévisibilité, de compétences, et d’acceptation. Le jeune individu accorde à la satisfaction de ses besoins le pouvoir de se sécuriser, de trouver sa place et réaliser ce qu’il souhaite dans le monde. Ces besoins fondamentaux vont par la suite se subdiviser en différentes catégories. Un type de personnalité est donc une construction du cerveau en réaction aux circonstances du moment.

Les expériences de satisfactions des besoins se déroulant de façon plus ou moins satisfaisantes, elle vont donner lieu à des croyances (et plus tard des valeurs) qui peuvent être facilitantes ou limitantes. Chaque type de personnalité est une composante (ou sous-système) d’un système plus vaste qui est celui de la personne complète avec ses propres buts, au-delà des buts propres de chaque partie. Un type de personnalité fait partie de nous, mais n’est certainement pas nous.

La réalité duelle de l’Ego et de l’Ame

« L’ego dit: Quand tout sera en place, je trouverai la paix. L’âme dit : Trouve la paix, et tout se mettra en place ».

Pour Robert Dilts, nous sommes un assemblage de deux dynamiques complémentaires : celles de l’ego et de l’âme.  L’ego ne fait ici pas référence à Freud, comme l’âme ne fait pas référence à la religion.

Un ego séparé et isolé, en quête de satisfaction de besoins psychologiques

L’ego est synonyme de «petit moi» ou du «je». C’est la représentation que l’on a de soi-même, comme un tout séparé du système dans lequel nous vivons. L’ego est notre interface avec le monde, il nous permet d’interagir avec ce dernier. Les relations humaines s’effectuent par « ego » interposés. Dans l’ego, je me pense et me ressens comme un individu séparé, isolé et unique. Il est donc utile d’apprendre à prendre soin de soi et à profiter de ce que la vie peut apporter en termes de performance, statut, richesse.
L’énergie de l’ego vient de la satisfaction de ses besoins psychologiques et ces derniers sont conditionnées par la réalisation d’ambitions personnelles. L’ego attribue à ses réalisations futures le pouvoir de combler ses besoins psychologiques et de lui apporter la sécurité et le bonheur. L’ego a toujours quelque chose qu’il veut ou ne veut pas : plus d’argent, de santé, moins de maladie, plus de reconnaissance, de relation, de fun, d’amour et de relations…etc. En étant dans le désir ou le besoin, il s’attache à un résultat tangible.

L’aspect positif de cette quête permanente de satisfaction des besoins psychologiques, c’est qu’elle s’accompagne du développement de qualités, capacités et points forts spécifiques. L’ego est guidé par la peur, car il considère que si ses besoins ne sont pas ou plus satisfaits, il risque de ne plus exister et disparaître… puisqu’il n’y a plus rien à mettre à la place et qu’il est un système fermé. Les moteurs de l’ego sont donc la survie, la recherche de reconnaissance et l’ambition.  Du fait de leurs orientations sur la satisfaction de leurs besoins psychologiques, les types de personnalités sont fortement liés à l’ego.

Une âme ouverte et connectée, sans attentes du monde extérieur

L’âme est souvent synonyme de  « nature profonde ». L’âme est  la représentation et la conscience que l’on a de soi comme un système ouvert, un tout faisant partie de quelque chose de plus grand que soi, une famille, une communauté, une culture, une religion, la nature, la planète. Avant la construction de son/ses egos, le nourrisson n’a pas encore établi de frontières entre lui, les autres et le monde. Il fait partie intégrante du monde. Il exprime son âme par de l’amour, de l’émerveillement, de la curiosité, du rire, une soif d’apprendre, de la détermination…etc. L’état d’être de l’âme ne dépend pas de la satisfaction de besoins psychologiques particuliers, mais d’une profonde connexion à soi et au monde.

L’âme n’a pas d’attente du monde extérieur et ne s’attache pas à la réalisation d’un résultat tangible. Ce qui l’intéresse est l’expérience immédiate, l’évolution de sa conscience vers la personne qu’elle est réellement et le monde auquel elle appartient. L’âme a conscience de ce qui pourrait être changé dans le monde (Vision) et de sa contribution potentielle à la réalisation de cette vision (Mission). Son niveau de conscience lui donne la possibilité de choisir les talents et ressources présent au sein des différents types de personnalité/egos. Le sens de la vie vient de sa mission personnelle et de sa contribution à ce quelque chose de plus grand que lui. L’âme est en mesure d’inclure et transcender les qualités de l’ego (ou les egos).

Niveau de processus L’ego comme un tout séparé L’âme comme un tout intégré
  Dépendant de besoins psychologiques Indépendante de besoins psychologiques
Esprit Tourné vers la réalisation d’ambitions (statut, performances pour soi) Tourné vers la vision de ce qu’on souhaite voir dans le monde (pour les autres)
Identité Identité de rôle avec des tâches prescrites Mission et contribution au monde
Croyances et valeurs Permissions et autorisations Motivation et inspirations
Capacités Stratégies et intelligence intellectuelle Energie et intelligence émotionnelle
Comportements Réactions avec recherche de réponses appropriées à l’environnement Proaction et prises d’initiatives
Environnement Recherche de sécurité face aux dangers Ouvertures aux options et opportunités

Les différences entre ego et âme. Adapté d’après Robert Dilts

Pour des courants spirituels tels que le Bouddhisme, l’ego constitue la représentation fausse, constituée de souvenirs et d’expériences, qu’un individu se fait de lui-même. Cette représentation masquerait la vraie nature de l’homme (âme). Les personnes enfermées dans la confusion entre l’ego et leur vraie nature seraient privées d’une vraie liberté et resteraient enchaînées à des schémas de souffrance (égocentrisme, orgueil, vanité, amour-propre, « perception erronée du monde »). Dans cette conception il devient important de se libérer de l’emprise de son ego, ou même « dissoudre l’ego » par diverses méthodes, afin de connaître l’éveil spirituel.

Dans une vision plus occidentale, des relations harmonieuses peuvent exister entre les deux aspects d’une réalité duelle, l’âme et l’ego, car ces deux forces peuvent très bien coexister de façon harmonieuse, équilibrées et alignées. L’ego cherche à profiter de la vie et de ce qu’elle peut apporter comme source de satisfaction (statuts, argent, réalisations matérielles…pour soi), ce qui est bien légitime. Mais la seule réalisation des ambitions de l’ego, sans prendre en compte la fonction de l’âme, peut générer un sentiment de durable de manque avec la recherche de compensations à ce manque (travail, alcool, drogue, TV, réseaux sociaux…etc.) et l’apparition de nombreux problèmes de santé. Par son niveau d’ouverture au monde, l’âme est consciente de ce qui pourrait s’améliorer dans le monde et de la contribution qu’elle pourrait y apporter. Mais sans la collaboration des ressources et talents de l’ego, elle reste figée dans le rêve, l’inaction et la passivité.

Einstein disait « Un être humain fait partie d’un tout qu’on appelle univers, mais l’être humain est une partie limitée dans le temps et l’espace, et cette limitation crée une distorsion dans notre conscience, ce qui fait que nous vivons comme séparés du reste ».

Cette illusion de la séparation nous amène à ressentir de l’affection de façon sélective, pour  soi ou quelques proches. Einstein nous invite à nous libérer de cette prison de la séparation, pour élargir notre cercle d’affection et compassion à l’ensemble de la nature et l’humanité toute entière.

Pour Robert Dilts, les facteurs clés de joie et réussite durable sont d’une part l’alignement de ces deux niveaux de pensée, l’ego et l’âme, et d’autre part l’équilibre entre les deux aspects d’une réalité duelle que nous vivons.

L’alignement de l’âme et l’ego signifie mettre les talents et réalisations de l’ego au service du niveau de conscience élargie de l’âme, c’est-à-dire au service de quelque chose de bien plus grand que soi. Si la richesse peut être source de plaisirs éphémères, mais probablement pas de bonheur durable. Par contre la richesse permet de faciliter grandement les réalisations qui contribuent aux améliorations sociales, sociétales et environnementales du monde.  Les plus grandes sources de joie viennent du sentiment de pouvoir donner et contribuer à un monde meilleur, et du sentiment de gratitude des cadeaux que la vie nous apporte. Don et gratitude présupposent l’existence d’une dynamique ouverte et connectée au monde qui nous entoure. L’intelligence intellectuelle et émotionnelle, la passion, et la générativité émergent  naturellement quand ces deux forces sont alignées. L’équilibre entre ego et âme signifie satisfaire en même temps nos ambitions personnelles et une contribution à l’amélioration du monde. La capacité à porter tout cela simultanément est la caractéristique des génies.

EGO AME

L’équilibre entre âme et ego signifie l’absence d’exclusion. Exclure des aspects de l’âme ou l’ego conduit à des problèmes tout à fait prévisibles. L’exclusion des besoins de repos de son corps, ou des besoins de reconnaissance de son mental, prépare le terrain du burnout. L’exclusion des attentes de sa famille favorise un divorce. L’exclusion des besoins de la nature, peut entraîner sa destruction. L’invitation est d’agir localement avec son ego/type de personnalité pour satisfaire ses propres besoins et de penser globalement avec son âme aux conséquences de nos modes de vie.

L’auto-organisation et la spécialisation des types de personnalité

L’auto-organisation des types de personnalité

Au sein de l’enveloppe psychique d’une personne, chaque type de personnalité constitue un sous système structuré et autonome, c’est-à-dire auto-organisé pour satisfaire ses propres besoins psychologiques, pour réaliser des buts qui lui sont spécifiques. Contrairement au monde mécanique, le monde du vivant (végétal ou animal) est auto-organisé dans le sens ou le système contient ses propres finalités. Vous n’avez pas à dire à une plante ou un animal ce qu’il a à faire. Chaque type de personnalité est aussi un système auto-organisé puisqu’il a sa manière bien particulière de donner du sens à son existence, par exemple par les tentatives de réponses à la question existentielle. Dans sa formulation « Suis-je…? la question existentielle est une question identitaire. « Suis-je conforme à un cahier des charges prescrit par le monde extérieur (environnements, comportements, capacités, croyances et valeurs), pour être la personne que je crois vouloir être pour trouver ma place dans le monde ? ». Les environnements (humains et matériels) recherchés par chaque type de personnalité, les comportements exprimés, les stratégies mentales (points forts et capacités) développées, les croyances et valeurs qui autorisent et motivent les capacités et comportements, toutes ces composantes de l’expérience subjective sont orientés vers les tentatives de réponses aux questions existentielles.

Types de personnalité Question existentielle (Modèle de la Process Communication)
Empathique Suis-je assez aimable ?
Travaillomane Suis-je assez compétent ?
Persévérant Suis-je digne de confiance ?
Rêveur Suis-je voulu ? ou Ai-je ma place ?
Rebelle Suis-je acceptable avec ma différence ?
Promoteur Suis-je vivant ?

Les modes de communication internes et externes des types de personnalité

Au sein de l’enveloppe psychique d’une personne, les types de personnalité interagissent constamment de façon dynamique, pour s’allier et coopérer, s’ignorer ou se combattre. Les relations peuvent se reconfigurer sans cesse en fonction des situations et dans des combinaisons à deux ou trois. Un type de personnalité peut vouloir prendre le pouvoir et mener sa vie propre en occupant tout l’espace mental disponible, parfois en excluant ou bannissant un ou plusieurs autres types de personnalité. Il peut établir des relations fonctionnelles avec certains types de personnalité et très dysfonctionnelles avec d’autres.

Ces notions de communication internes entre types de personnalité vont déterminer la nature des relations qui vont s’établir avec le monde externe. Rappelons que nos egos/types de personnalités sont nos moyens d’établir des relations avec le monde. Les types de personnalité acceptés et valorisés chez une personne sauront rentrer en résonnance avec les mêmes types de personnalité chez d’autres personnes. Inversement, ce que je n’aime pas chez l’autre me parle des mauvaises relations avec ce même aspect chez moi. Ce qui est détesté en l’autre évoque probablement un type de personnalité peu valorisé voire exclu en soi. Plus les relations sont harmonieuses entre les différents types de personnalité au sein d’une même personne, plus elles seront harmonieuses avec les mêmes types de personnalité présents chez les autres. Faire la paix avec les autres nécessite de faire la paix en soi. Et nous verrons comment faire un peu plus loin. Pour citer Richard Moss « La distance entre nous-même et les autres est la même que la distance entre nous-même et nous-même. »

Comment expliquer qu’à l’intérieur de soi les types de personnalité établissent des relations harmonieuses, conflictuelles, ou même d’exclusion ?. Cela s’explique probablement par le fait que chaque type de personnalité cherche à se développer, à exprimer son talent, son plein potentiel en tant qu’entité séparée (ni connecté aux autres types de personnalité, ni au potentiel d’intégration de l’âme) et par la seule satisfaction de besoins psychologiques qui seront parfois perçus comme divergents ou incompatibles entre eux. Comme si les intérêts de l’un rentraient en conflit avec les intérêts de l’autre. Les conflits entre parties naissent quand, dans un même cadre de temps et de lieu, les deux parties veulent satisfaire des besoins différents voire opposés en polarité. Comment peut-on en même temps satisfaire des besoins de relation et de solitude ?. Comment en même temps satisfaire des besoins de liberté en transgressant les règles, et des besoins de normalisation en fixant des règles ? Au delà des incompréhensions, les conflits internes peuvent parfois paralyser l’ensemble du système.

La spécialisation extrême des types de personnalité

Comme la satisfaction des besoins physiologiques (boire, manger, dormir….etc..) conditionne notre état physique, la satisfaction des besoins psychologiques conditionne notre équilibre psychologique. Et, dans les deux cas, la non satisfaction des besoins est préjudiciable à notre survie et à notre développement.  Le besoin peut être parfois interdit ou réprimé par un autre type de personnalité, ce qui peut avoir des conséquences parfois lourdes en terme de santé. Le besoin peut être contrôlé et partiellement inhibé. Vous pouvez facilement imaginer ce qui va se passer pour une personne assoiffée ou affamée. Elle est prête à manger ou boire n’importe quoi, voire des nourritures avariés ou des boissons toxiques ou polluées. Il en est de même des types de personnalité. Pour satisfaire sans restriction ses besoins psychologiques, un type de personnalité va mettre en œuvre des comportements dont la répétition va donner naissance à des savoirs faire ou expertises hautement spécialisés. Un type de personnalité dont les besoins psychologiques sont réprimés ou censurés, va montrer des signes de stress et des comportements négatifs. Si cette carence s’installe dans la durée, elle peut être source de  problèmes de santé physiques et mentaux.

Chaque type de personnalité porte en lui, en fonction du degré de satisfaction de ses besoins psychologique, un potentiel de compétences et talents spécifiques, comme un potentiel de comportements négatifs dont la reproduction mène à des situations d’échecs. Chaque type de personnalité est en mesure d’exprimer son côté brillant et lumineux comme son côté sombre et « obscur de la force ». Le potentiel de compétence de chaque type de personnalité illustre le présupposé de la PNL selon lequel « nous avons en nous toutes les ressources dont nous avons besoin pour réaliser nos objectifs ».

 Types de personnalité            Points forts 
 Empathique   Chaleureux, sensible, compatissant
 Travaillomane                Logique, responsable, organisé
 Persévérant  Engagé, observant, consciencieux
 Rêveur  Immaginatif, réfléchi, calme
 Rebelle  Créatif, ludique, spontané
 Promoteur  Chrmeur, convaincant, adaptable

Les points forts des types de personnalité selon le modèle de la Process Communication

L’ensemble des ressources disponibles représente le potentiel d’adaptation d’une personne au cours de sa vie. Une personne qui aurait développé les talents de l’ensemble des types de personnalité au sein de soi serait presque 100 % adaptable. Maintenant, nous savons aussi que du fait des relations établies entre types de personnalité au sein d’une même personne, certains types de personnalité seront plus ou moins développés ou musclés que d’autres. Cette diversité peut donner naissance à des réalisations tout à fait exceptionnelles ou à des situations chaotiques ou destructives. La différence qui fait la différence tient au leadership de soi et la capacité à intégrer et porter en même temps des forces différentes voire contradictoires.

Les conditions qui perturbent une homéostasie interne

Dans un environnement stable, un équilibre peut s’établir au sein des relations entre les types de personnalité. Après tout, un environnement relationnel stable ne sollicite qu’un éventail restreint de compétences donc de types de personnalités. Si certains types sont très sollicités, d’autres restent en sommeil ou même sont exclus ou refoulés. Même s’il n’est pas équitable, cet équilibre fonctionne. Ce fragile équilibre interne est chamboulé par les modifications de l’environnement, que ce soit de façon volontaire ou non. La personne peut être confrontée à des situations difficiles pour lesquelles elle croie ne pas avoir de ressources. C’est par exemple le cas de changements subis tels que des ruptures de toutes sortes (maladies, divorces, licenciements, changements géographiques). Ou bien c’est le cas de changements souhaités, la personne se sentant appelée à changer volontairement certains aspects de sa vie (métiers, relation, territoire…etc). Dans ces circonstances, les schémas habituels de fonctionnement des types de personnalité les plus souvent sollicités ne sont plus opérants et pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie, l’individu doit nécessairement développer de nouvelles ressources ou compétences.

Quand un type de personnalité dominant (la base selon le modèle Process communication) s’avère incapable de répondre de façon appropriée aux changements de situations, il va y répondre de façon négative en exprimant des stratégies comportementales de stress ou parfois de survie (Fight, Fly, Freeze, Fold). Il en résulte pour la personne, une situation de stress aiguë et de souffrance. Un état de souffrance qui peut être considéré comme un manque de connexion aux ressources internes des autres types de personnalité, ou un manque de connexion aux ressources externes proposées par l’âme. Si cet état de souffrance se prolonge, un autre type de personnalité peut prendre le relais, en général celui qui occupe la deuxième place en termes d’importance ou d’énergie. C’est ce qu’on appelle un changement de phase dans le modèle de la Process Communication.

Cette mutation interne est comme le passage d’un modèle du monde à un autre : elle modifie notre façon de percevoir le monde, fait émerger de nouveaux besoins psychologiques, développe de nouvelles compétences et entraîne parfois chez la personne une réorganisation de sa vie personnelle ou professionnelle. Le type de personnalité dominant est comme amené à partager son pouvoir. Les changements (changements de phase) au sein de la dynamique interne de l’individu ne sont pas synonymes de réussite en termes d’adaptations aux nouvelles conditions de vie. Tout va dépendre de l’aptitude du type de personnalité de phase à proposer des ressources pertinentes dans la situation nouvelle. Ce n’est pas toujours le cas, et bien souvent les ressources qui seraient en mesure de changer radicalement la situation sont entre les mains du type de personnalité qui a été marginalisé voire exclu du système interne.

Le mauvais usage des types de personnalité

L’humain est un être multiple et le modèle des parties, quand il est illustré par les types de personnalité, donne un bon exemple de cette multiplicité.  La création de catégories concernant le mode de fonctionnement de l’humain permet de comprendre la complexité humaine, d’agir dessus mais aussi parfois de la réduire de façon excessive. Ces catégories créées par les types de personnalité sont des cartes mentales du fonctionnement humain, et comme nous le savons, les problèmes commencent quand nous confondons la carte et le territoire.  Et certaines personnes vont facilement s’identifier à ce qu’ils pensent être. La carte des types de personnalité est comme une radiographie du corps humain. Une personne ne peut se réduire à sa radiographie. La radio donne une vue statique du corps. Les différentes parties  du squelette sont visibles et mesurables, ce qui n’est pas le cas des parties molles  (muscles et viscères). Par contre ce qui anime la personne dans sa vie, ce qui donne une direction à la vie de la personne, au-delà de ses différentes composantes, reste totalement invisible car n’appartient à aucune catégorie. Hors ce n’est pas parce que ce n’est pas visible de l’extérieur que cela n’existe pas. De quoi parlons nous exactement ?.  Nous parlons de ce que nous sommes au-delà des types de personnalité. Dans cette recherche du soi, les types de personnalité peuvent capter toute l’attention de la personne et nous détourner de ce que nous sommes au-delà des types de personnalité. Tout bilan, test, inventaire concernant les types de personnalité ne méritent pas le pouvoir qu’on leur attribue de nous dire qui nous sommes vraiment. Car nous ne sommes ni un type de personnalité, ni un assemblage de types de personnalité.

En tant qu’humain, nous sommes avant tout une conscience des forces qui nous animent et du monde dans lequel nous évoluons :

a) Une conscience des types de personnalité/egos que nous hébergeons en nous, auxquels nous nous identifions bien souvent (le « Je suis… » est suivi d’un qualificatif), qui sont sources de compétences pour interagir avec le monde, et dans lesquels nous nous réfugions pour satisfaire des besoins psychologiques fondamentaux et auxquels nous attribuons le pouvoir d’assurer notre survie. La peur de la non satisfaction des besoins psychologiques focalise l’attention et réduit grandement le champ de perception et l’accès à des ressources. Un type de personnalité séparé et isolé du système plus grand auquel il appartient est guidé par la peur de la non satisfaction de ses besoins psychologiques. Et cette peur est la source de nombreuses souffrances. Robert Dilts décrit l’état de stress et de manque par un état CRASH qui signifie Contractions, Réactivité, Analyses paralysantes, Séparation, Hostilité.

D’un point de vue physiologique, les comportements de stress des types de personnalité correspondent à une activation du système sympathique adrénergique. Plus ce système est activé, plus la personne va s’identifier à un type de personnalité, se séparant et s’isolant ainsi des ressources dont elle a besoin pour sortir de son stress.

b) Une conscience d’une force en nous indépendante des types de personnalité. Une présence dont l’énergie et la survie ne dépend pas de la satisfaction de besoins psychologiques particuliers. Dépourvue de peur et de sensations de manque, l’âme est notre source infinie de calme, de joie et de sérénité. Robert Dilts décrit un état COACH qui signifie Centrage dans le corps, Ouverture à ce qui se passe en nous et autour de nous, Attention consciente et alerte, Connexion, Hospitalité et accueil de tout ce qui peut émerger en nous et autour de nous.

Ces caractéristiques autorisent un niveau de conscience et de perception bien plus large. Une conscience des interactions entre le corps et l’esprit et entre ce corps/esprit et un « champ » de ressources infini dans le monde qui nous entoure. L’expérience méditative de bien être de cet état COACH nous rappelle que nous pouvons vivre notre vie, sans être prisonnier de nos types de personnalité. Activé le plus souvent possible, cet état de ressource permet d’interagir avec le monde en faisant appel aux aspects positifs des types de personnalité. L’âme peut se définir par un « Je suis » qui n’a pas besoin d’objet du verbe pour exister. Les ressources sont accessibles de façon inconditionnelle. Pour le poète Rumi, l’âme est une « Maison d’hôte » toujours prête à accueillir, rassurer, ressourcer et guérir les parties de nous qui ont été exclues ou exilées.

D’un point de vue physiologique, l’état de centrage, d’ouverture, d’attention alerte, de connexion et d’accueil de l’âme, correspond à une activation du système nerveux parasympathique ou cholinergique.

COACH CRASH

Un juste équilibre entre les forces de l’âme et de l’ego, ou entre celles du système nerveux parasympathique (cholinergique) et sympathique (adrénergique) est donné par l’exemple d’une personne dont le « jeu intérieur » serait extrêmement détendu et le « jeu extérieur » très tendu vers la réalisation d’une performance. C’est typiquement la « zone d’excellence » des athlètes de haut niveau dont Usain Bolt a été un magnifique exemple.  Si vous voulez être un athlète des affaires en tirant le meilleur bénéfice des multiples talents et ressources de vos types de personnalité, vous avez un entraînement quotidien à réaliser. Sachez créer en vous une « maison d’hôte » ou un état COACH qui permettra à vos talents de donner le meilleur d’eux-mêmes. Sachez créer en vous un espace de détente et d’ouverture qui vous permettra à la fois de réaliser vos ambitions et de contribuer à l’amélioration du monde auquel vous voulez appartenir.

 

Un article de Jean Luc Monsempès paru sur le site de l’Institut Repère

Commentaires : ce texte représente un point de vue et en aucun cas le reflet d’un travail scientifique.

Références

Comment leur dire. Gérard Collignon InterEdition
Entrepreneur de la nouvelle génération. Robert Dilts

Le leadership conscient

Newsletter #17
Par Jean luc Monsempès, à partir d’extraits du livre de Robert Dilts « Conscious Leadership and Resilience, Orchestrating Innovation and Fitness for the Future.”  Success Factor Modeling Volume III – 

Si le management est souvent associé à l’idée de “faire faire les choses par les autres », le leadership consiste à “donner envie aux autres de faire des choses”. Le management correspond généralement à des buts d’amélioration de la productivité, d’organisation, d’efficacité et d’optimisation dans des contextes de stabilité ; “Le “leadership” s’avère nécessaire pour continuer à aller de l’avant dans des périodes d’incertitude, de turbulence, de transformation sociale et de changement. Le leadership conscient consiste à s’assurer que les individus (y compris vous-même) sont prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes, à relever les défis, à surmonter les obstacles et à atteindre les objectifs critiques. Quand un changement d’état d’esprit qui “inclut et transcende” nos connaissances et notre conscience antérieures est ajouté aux compétences de leadership, il élève ce dernier à un nouveau niveau que l’on peut appeler le “leadership conscient”. Le leadership conscient est intimement relié aux capacités d’innovation et de résilience.

Leadership et leadership conscient

Pour “aller” quelque part, nous avons besoin au minimum de deux choses : (1) une direction et (2) de l’énergie. Sans direction, nous errons sans but. Sans énergie, nous sommes pris au piège de l’inertie ou de la paralysie. Pour aller quelque part plus aisément, il est également utile d’avoir un véhicule pour nous transporter et, si possible, un chemin à suivre. Dans le cas de l’entrepreneuriat, le véhicule est l’entreprise. Le chemin est le plan, la stratégie ou le “storyboard”. Dans de nombreux cas, il est nécessaire de continuer à la fois à créer le véhicule et à découvrir le chemin après que le voyage ait déjà commencé.

Les capacités liées au leadership

Dans son livre Visionary Leadership Skills (1996), Robert Dilts souligne que, dans son sens le plus large, le leadership peut être considéré comme la capacité d’une personne à impliquer d’autres personnes dans une démarche visant l’atteinte d’un but, dans un système ou un environnement plus vaste. Un leader donne l’exemple et influence les collaborateurs en vue d’atteindre un but dans le contexte d’un système plus vaste. De ce point de vue, le leadership peut se résumer à la capacité à :  a) Exprimer une vision ; b) Influencer les autres pour obtenir des résultats ; c) Encourager la coopération au sein de l’équipe ; d) Etre un exemple.

Ainsi, l’essence même du leadership est d’apporter une direction et de l’énergie, c’est-à-dire d’exprimer une vision et de motiver les personnes. Les visions de l’avenir guident et orientent notre vie et notre travail, en nous inspirant et en nous donnant l’élan nécessaire pour grandir et changer. Les visions partagées par un certain nombre de personnes constituent les fondations d’un travail d’équipe efficace et d’une entreprise ; les visions qui arrivent à être partagées par une multitude de personnes constituent le terreau de l’organisation, de la communauté, de la culture et finalement des progrès de la civilisation.

Leadership conscient et le développement durable

Un leadership conscient implique la construction d’une entreprise durable, en guidant les personnes à partir d’un état de présence centrée, en accédant à de multiples intelligences et en vivant ses valeurs les plus élevées au service d’un but plus vaste, et au bénéfice de toutes les parties prenantes en présence.

Le développement durable est l’un des défis majeurs de tout entrepreneur et leader d’organisations. Le développement durable se définit comme un “développement qui vise à produire une croissance économique durable, tout en assurant la capacité des générations futures à faire de même, en n’excédant pas la capacité de la nature à se régénérer”. En d’autres termes, il s’agit de “permettre un développement qui réponde aux besoins d’aujourd’hui sans porter préjudice à la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins “.

Le développement durable repose sur le principe d’une bonne intendance et responsabilité dans l’utilisation et la gestion des ressources, ainsi que la réalisation d’un équilibre entre la croissance économique, les développements technologiques, et les considérations environnementales. Le succès du développement durable est une préoccupation majeure des entrepreneurs de la prochaine génération et les “zentrepreneurs” (voir SFM Vol. I, pp. 66-73).

Le développement vraiment durable ne se limite pas à la simple survie, il implique aussi la capacité à s’épanouir en tant qu’individu, en tant qu’équipe ou organisation. La survie signifie “continuer à vivre ou à exister en dépit d’un accident ou d’une épreuve” ou “réussir à continuer à vivre dans des circonstances difficiles”. Le mode survie implique une lutte pour maintenir le statu quo, mais nous ne sommes pas nécessairement en croissance ou prêts à le faire. Prospérer signifie “grandir ou se développer” de façon correcte ou vigoureuse ; ou s’épanouir. Ainsi, pour prospérer, nous devons nous adapter de façon dynamique à notre environnement en utilisant les ressources avec sagesse et en nous préparant à l’avenir.

Pour passer d’un mode de survie à un mode dans lequel nous prospérons, les cartes mentales de qui nous sommes et de ce qui est possible pour nous dans le monde doivent s’élargir et nous devons percevoir les anciennes limites d’une toute nouvelle façon. Ce qui exige de sortir de notre ancienne carte mentale et de sortir des sentiers battus, d’apprendre au niveau de ce que l’anthropologue Gregory Bateson appelait l’apprentissage de niveau IV – la création de quelque chose de “complètement nouveau”. Un tel état génératif qui “inclut et transcende” nos connaissances et notre conscience antérieures, et qui constitue un élément clé de notre capacité à faire preuve de résilience et à rester en forme pour l’avenir. L’intégration de ce changement d’état d’esprit quand il est ajouté aux compétences de leadership, élève le leadership à un nouveau niveau que l’on peut appeler le “leadership conscient”.

Comme nous l’avons vu plus haut, les compétences de base du leadership consistent à exprimer une vision, à influencer les autres pour obtenir des résultats, à encourager la coopération en équipe et à donner l’exemple.  Les leaders conscients renforcent ces compétences par leurs qualités d’être suivantes : a) Authenticité ; b) Intelligence émotionnelle ; c) Intentionnalité ; d) Responsabilité.  Le leadership conscient  nécessite la mise en œuvre de nombreuses pratiques telles que :

  1. La formulation et la communication d’une vision significative et inclusive pour toutes les parties prenantes.
  2. La focalisation sur une finalité plus vaste.
  3. L’influence par l’inspiration.
  4. L’équilibre entre l’intérêt personnel et le bien commun, en soi et chez les autres.
  5. Le respect et l’intégration de perspectives multiples.
  6. La conduite par l’exemple (donner l’exemple).
  7. La pratique d’un leadership de soi conscient et une réflexion sur les leçons tirées de l’expérience.

Ce qui caractérise les leaders conscients (état d’esprit, compétences et actions menées) est très complémentaire des  caractéristiques clés des entrepreneurs de la nouvelle génération.  Si tous les entrepreneurs qui réussissent sont aussi des leaders efficaces, tous les leaders compétents ne sont pas nécessairement des entrepreneurs. Le leadership est donc un ensemble d’aptitudes distinctes, mais qui se chevauchent et se complètent par rapport aux caractéristiques des entrepreneurs de la nouvelle génération.

Une modélisation du leadership conscient

Le processus de Modélisation des Facteurs de Succès (SFM ou Success Factor Modeling) a pour but de discerner les caractéristiques et les capacités clés partagées par des entrepreneurs, leaders, et de les traduire en modèles,  outils et compétences spécifiques utilisables par d’autres pour augmenter considérablement leurs chances de réussir.

Avec le SFM, on cherche à créer une carte instrumentale – une carte qui s’appuie sur une variété d’exercices, de formats et d’outils permettant aux gens d’appliquer les facteurs modélisés afin d’atteindre des résultats clés dans le contexte choisi.  Le modèle de base du SFM est le suivant : notre état d’esprit – qui est constitué de notre état intérieur, de notre attitude et de nos processus de pensée – détermine nos actions et ce que nous faisons (comportements externes) et le type de mesures adoptées dans une situation donnée. Ces actions, à leur tour, créent des résultats dans le monde extérieur qui nous entoure.

Une prémisse clé de la modélisation des facteurs de réussite est que l’atteinte des résultats souhaités dans notre environnement exige un état d’esprit approprié afin de produire les actions nécessaires et appropriées.

LeadershipConscient Schema2

Les quatre résultats attendus par les leaders conscients

Dans une entreprise qui réussit, les aptitudes du leader sont focalisées sur l’obtention de quatre résultats organisationnels fondamentaux  :

1 – Obtenir des résultats

Tout leadership efficace est orienté vers l’atteinte d’un résultat et il est évalué sur l’obtention de ce résultat. Le leadership consiste essentiellement à influencer les autres pour atteindre les résultats souhaités, c’est-à-dire à les diriger vers quelque chose.  “Les leaders communiquent avec d’autres leaders par leurs réalisations”. Ainsi, le vrai leadership est moins une question d’autorité acquise par une position hiérarchique ou un statut, que d’une autorisation donnée aux autres à exprimer leurs compétences. Pour obtenir des résultats, il faut de la détermination personnelle, une capacité à habiliter les autres, et une recherche continue d’amélioration.

Pour les entrepreneurs de la nouvelle génération, les résultats à atteindre correspondent aux catégories suivantes : Construire une entreprise qui réussit de façon et durable ; Contribuer à la société et à l’environnement ;  Grandir personnellement et spirituellement ; Soutenir le bien-être émotionnel et physique de soi et des autres ; Partager des visions et des ressources avec une communauté de pairs afin d’ouvrir de nouvelles possibilités.

2 – Promouvoir le changement 

Le changement est une réalité de la vie.  Le changement est à la fois la source et le résultat de toutes les interactions au sein d’un système.  Dans un système dynamique, “la seule constante est le changement”.  Les capacités  à promouvoir et à gérer le changement sont nécessaires à la fois à la survie et à la croissance. Ainsi, la capacité à innover, à s’adapter et à s’ajuster est essentielle à la survie et à la croissance de toute entreprise ou organisation.  Cela nécessite le développement et le renforcement d’une vision et d’un esprit d’entreprise au sein de l’entreprise.  La promotion d’un changement productif exige du leader la capacité à concevoir et à exprimer une vision, la capacité à s’efforcer d’améliorer et de partager les connaissances et les ressources de façon efficace.

3 – Développer les personnes 

Les leaders et les entrepreneurs obtiennent des résultats et créent des changements positifs grâce aux efforts des personnes avec lesquelles ils travaillent.  Les personnes représentent la ressource la plus précieuse de toute entreprise, mais pour obtenir des résultats et gérer les changements de façon constante, ces personnes doivent grandir et se développer.  Le développement des personnes vient de la capacité du leader à les motiver et à les responsabiliser, à les encourager à travailler ensemble en collaboration et à développer leur potentiel individuel par le biais du coaching.

4 – Réaliser les valeurs 

Dans une organisation, les valeurs forment une sorte de cadre non physique qui entoure toutes les interactions des personnes au sein du système.  Les valeurs et les croyances connexes déterminent la façon dont les événements et l’information sont interprétés et acquièrent un sens.  Les valeurs sont donc la clé de la motivation et de la culture d’une organisation humaine.  Les valeurs et les croyances partagées constituent le “ciment” qui unit les membres d’une organisation ou d’une équipe efficace. Ces valeurs et croyances forment “l’ADN ” de l’entreprise. Steve Jobs disait que l’excellence, la facilité d’utilisation et le “design génial ” étaient la “raison d’être” d’Apple.  La réalisation des valeurs est favorisée par la capacité du leader à agir de façon cohérente et à être un exemple de ce qu’il veut obtenir, et à encourager constamment les autres à le faire aussi par le partage et le coaching.

Les quatre actions fondamentales des leaders efficaces

Les résultats attendus dans le jeu extérieur sont atteints grâce à des actions extérieures appropriées. Les actions comportementales les plus fondamentales mises en œuvre par les leaders qui réussissent sont : l’habilitation, le coaching, le partage et l’étirement.

1 – L’habilitation 

Elle consiste à promouvoir l’expression du potentiel individuel (encourager l’autonomie, la prise de responsabilité et l’autorité) afin d’obtenir des performances plus efficaces, individuellement et en coopération avec les autres. L’habilitation (empowerment) implique la capacité à faciliter les conditions qui permettent aux individus de mieux s’exprimer, de reconnaître la valeur de leur travail et de stimuler leur croissance personnelle et professionnelle ainsi que leur estime de soi. L’habilitation est nécessaire pour obtenir des résultats et développer les gens.

« Chacun a une pancarte invisible accrochée à son cou qui dit : “Faites-moi sentir que je suis important. N’oubliez jamais ce message lorsque vous travaillez avec les gens.“Mary Kay Ash – Mary Kay Cosmetics

« Une entreprise est simplement un groupe de personnes. Et en tant que leader, il faut savoir écouter, savoir motiver, savoir louer et rechercher ce qu’il y a de mieux chez les gens. Les gens ne sont pas différents des fleurs. Si vous arrosez les fleurs, elles fleurissent et si vous louez les gens, ils fleurissent. Et c’est là une caractéristique essentielle d’un leader.”Richard Branson – Fondateur du groupe Virgin

2 – Le coaching

Il consiste à aider les gens à développer leurs compétences et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Des coachs efficaces aident les individus  à se fixer des objectifs clairs et les aident à les atteindre en leur offrant conseils et feedbacks et en étant un bon exemple ou un modèle à suivre. L’objectif du coaching est d’aider les gens à développer leur confiance et leurs compétences et à intérioriser et mettre en œuvre pleinement leurs valeurs et leurs capacités. Le coaching est essentiel au développement des personnes et à la réalisation des valeurs.

« Pour créer une équipe performante, nous devons remplacer les activités de management habituelles comme la supervision, la vérification, le suivi et le contrôle par de nouveaux comportements comme le coaching et la communication. » Ray Smith – PDG, Bell-Atlantic

« Chaque personne a tellement de pouvoir à l’intérieur d’elle-même que ce pouvoir a besoin d’être libéré. Parfois, ils ont juste besoin d’un petit coup de pouce, d’une petite direction, d’un peu de soutien, d’un peu de coaching, et les plus grandes choses peuvent arriver“. Pete Carroll – entraîneur-chef de la NFL.

3 – Le partage

Il implique l’échange d’informations et de savoir-faire.  Il repose sur la diffusion des connaissances et la promotion du dialogue entre les personnes. Pour le leader, le partage consiste à définir la vision, les valeurs et les objectifs de l’entreprise et à clarifier les “règles du jeu”.  Le partage fait également appel à la capacité à faire participer les personnes à l’atteinte des objectifs, y compris la participation à des réunions au cours desquelles des idées et informations sont échangées, afin de parvenir à une véritable collaboration et à un véritable consensus en ce qui concerne les objectifs, les résultats et les actions.  Un partage efficace résulte de l’expression d’une vision claire et d’un accès facile à des ressources qui appuient les changements nécessaires pour réaliser cette vision. Le partage est nécessaire à la réalisation des valeurs et à la promotion du changement.

Partagez vos connaissances. C’est un moyen d’atteindre l’immortalité“.  Dalaï Lama XIV

Le partage de l’information, c’est le pouvoir.  Si vous ne partagez pas vos idées, les gens intelligents ne peuvent rien y faire et vous resterez anonyme et impuissant”. Vent Cerf Développeur de DARPA Net, “Chief Internet Evangelist” pour Google, Inc.

4 – L’extension (Stretching) 

Il implique la capacité à remettre en question les habitudes établies, d’innover et de prendre des risques afin de s’améliorer continuellement. L’extension exige aussi la volonté d’essayer de faire plus avec des ressources limitées et d’obtenir des résultats plus rapidement, à moindre coût et de meilleure qualité.  Ainsi, l’extension consiste à “repousser les limites de l’enveloppe”, à inspirer les autres à l’action, à s’efforcer d’en faire plus et à aller au-delà des limites du statu quo et de l’acceptable. Des extensions sont nécessaires à la promotion du changement et l’obtention de résultats.

Quand vous essayez de faire la différence, quand vous essayez de faire quelque chose de différent, il va y avoir ce moment instinctif : “Est-ce que c’est juste ? Est-ce que ce n’est pas juste ?  Si vous n’avez pas de doute, c’est que vous ne poussez pas les limites assez loin”. Tony Fadell – Nest

La passion de l’extension de soi et la capacité à s’y tenir ; même (ou surtout) quand ça ne va pas bien ; est la marque de l’état d’esprit de la croissance”. Carol S. Deck – Auteur de Mindset : la nouvelle psychologie du succès.

Les neuf qualités clés de l’état d’esprit des bons leaders

Si les quatre actions fondamentales de leadership se rapportent à ce que les leaders font de différent pour obtenir des résultats extérieurs, les qualités du leadership se rapportent à ce qui constitue l’état d’esprit du leader et des qualités internes qui y sont associées. Les actions de leadership définissent les comportements extérieurs des leaders ; les qualités de leadership définissent les processus internes et l’état d’esprit qui organise ces actions.

Selon le modèle SFM de leadership de l’AFD, neuf qualités intérieures fondamentales composent l’état d’esprit des leaders qui réussissent.  Rien de surprenant si ces qualités se recoupent dans une certaine mesure avec celles qui constituent l’état d’esprit des entrepreneurs de la nouvelle génération qui réussissent. Il y a cependant un certain nombre d’autres qualités qui sont essentielles et uniques à un leadership conscient et réussi.

Les leaders efficaces mènent à bien les quatre actions suivantes : habilitation, coaching, partage et extension au travers de leur passion, vision, ambition, détermination, ouverture d’esprit, cohérence, motivation et générosité et l’exemplarité.

1 – La passion

Elle consiste à trouver ce à quoi vous tenez profondément et pour lequel vous avez du talent de poursuivre ce but de tout votre cœur. La passion vient d’une totale connexion avec soi-même, avec son identité la plus profonde, et de la découverte de ce qui nous apporte enthousiasme et énergie. Il s’agit de relier ce qui vous tient à cœur à ce que vous faîtes.  À l’instar de son rôle dans l’entrepreneuriat de la nouvelle génération, la passion est à la base de toutes les autres qualités clés du leadership.

Les gens disent qu’il faut avoir beaucoup de passion pour ce que l’on fait et c’est tout à fait vrai.  Et la raison en est que c’est tellement difficile que si vous ne le faites pas, toute autre personne rationnelle abandonnerait. C’est vraiment difficile et il faut le faire sur une longue période de temps.  Donc, si vous ne l’aimez pas (votre activité), si vous ne vous amusez pas à le faire, et si vous ne l’aimez pas vraiment, vous allez abandonner”. Steve Jobs

Sans passion, vous n’avez pas d’énergie.  Sans énergie, vous n’avez rien”. Buffet Warren – Berkshire Hathaway

2 – La vision

Elle consiste à se fixer et rester concentré sur l’ensemble de la situation et les objectifs à long terme. La vision consiste à voir au-delà du présent, à imaginer les possibilités futures et à définir clairement ses ambitions, en adoptant des plans à long terme et une vision holistique. La vision fournit la motivation pour s’étendre et partager au service de la promotion du changement.

Tous les individus qui réussissent, hommes et femmes, sont de grands rêveurs.  Ils imaginent ce que pourrait être leur avenir, idéal à tous points de vue, puis ils travaillent tous les jours à la réalisation de leur vision lointaine, de cet objectif ou de ce but”.  Brian Tracy – La psychologie de la réussite

Les bons chefs d’entreprise créent une vision, articulent la vision, s’approprient passionnément la vision et la mènent sans relâche à son terme”. Jack Welch – Ancien PDG, General Electric

3 – L’ambition

Elle consiste à avoir “un fort désir de faire ou d’accomplir quelque chose”.  L’ambition consiste à orienter ses actions vers l’obtention de résultats particuliers ; à maintenir un haut niveau d’implication vers leur réalisation. L’ambition vient de notre désir inné de croissance et de maîtrise et elle implique l’engagement à travailler concrètement et efficacement, en visant à atteindre un niveau d’excellence.  L’ambition unit les actions d’extension et d’habilitation et les oriente vers l’obtention de résultats.

” Des attentes élevées sont la clé de tout”. Sam Walton – Wal-Mart

“Restez à l’écart des gens qui essaient de déprécier vos ambitions.  Les petites personnes font toujours cela, mais les gens vraiment géniaux vous font sentir que vous aussi, vous pouvez devenir grand”. Mark Twain

4 – La détermination

Elle consiste à être résolu et ferme dans sa mission et son but.  La détermination favorise la volonté de prendre des risques et de tenter de nouvelles solutions.  C’est l’expression d’une implication émotionnelle dans l’atteinte du résultat souhaité, c’est-à-dire l’acte de “d’y mettre son cœur”.  La qualité de la détermination est essentielle à l’extension.

Votre travail va occuper une grande partie de votre vie, et la seule façon d’être vraiment satisfait est de faire ce que vous croyez être un grand travail…. Nous sommes tout simplement enthousiasmés par ce que nous faisons”.  Steve Jobs – Apple Inc.

Les deux choses sur lesquelles nous nous concentrons vraiment chez nous et les autres, semblent simples, mais elles finissent par être très difficiles : le courage et le génie. Le courage, on en parle beaucoup parce que les individus peuvent l’apprendre. Le courage, qui consiste à ne pas abandonner face à l’adversité et à être absolument déterminé à réussir est quelque chose pour lequel vous pouvez vous forcer. Cela peut être très douloureux, mais vous pouvez vous forcer à le faire. L’aspect génie est plus difficile à forcer. Le courage sans le génie ne vous mènera peut-être pas là où vous voulez aller, mais le génie sans le courage ne vous mènera certainement pas là où vous voulez aller. » Marc Andreessen – Andreessen Horowitz

5 – L’ouverture

Elle consiste à communiquer pour partager. L’ouverture vient de la curiosité et de la disponibilité aux nouvelles idées. Elle exige d’avoir foi en l’autre et de développer l’estime et le respect réciproques. L’ouverture est la qualité clé nécessaire au partage.

On retrouve souvent chez la plupart des entrepreneurs l’envie de garder leur idée près d’eux et de n’en parler à personne parce qu’elle est si spéciale. C’est presque toujours une erreur. C’est une erreur parce que votre véritable avantage concurrentiel n’est pas d’avoir eu cette idée géniale qui est enfermée dans votre placard, qui peut être pertinente ou pas et pour laquelle vous n’avez aucune idée de ce qu’elle vaut. Votre avantage concurrentiel réel est votre capacité à rassembler de l’intelligence autour de l’idée pour savoir si elle fonctionne ou pas, à constituer la bonne équipe, à faire les bons apprentissages, et surtout à se mettre en mouvement”.  Reid Hoffman – LinkedIn

Une autre qualité des bons leaders et entrepreneurs qui me semble importante est d’avoir l’esprit flexible, ou ouvert d’esprit. Je ne dis pas que vous ne devriez pas avoir une vision pour votre idée ou votre produit, mais vous devez être ouvert aux changements”. Jessica Livingston – Y Combinator.

6 – La cohérence

Elle consiste à être fidèle à ses paroles par ses actions (c.-à-d. “passer de la parole aux actes “). La cohérence consiste à adhérer à ses valeurs et à ses croyances et à agir de façon éthique et cohérente dans le temps. La cohérence est une qualité essentielle pour le coaching et le partage et elle est essentielle à la réalisation des valeurs.

Penser, c’est facile. Agir est difficile. Agir comme on pense est le plus difficile”. Johann Wolfgang Von Goethe

Le leadership, c’est faire ce qui est juste quand personne ne regarde”. George Van Altenburg

Ceux qui ont la chance d’avoir le plus de talent ne sont pas nécessairement plus performants que les autres. Ce sont les gens qui assurent le suivi qui excellent”.  Mary Kay Ash – Mary Kay Cosmetics

7 – La motivation:

Elle consiste à Investir de l’énergie dans l’action. La motivation, c’est le désir d’aller de l’avant, d’être “là” et de s’engager avec passion. Il s’agit de se connecter avec ses valeurs fondamentales et de se consacrer à ce que l’on a choisi de faire. La motivation, lorsqu’elle est mise en pratique par l’habilitation et le coaching, est la qualité essentielle du développement des personnes.

Pour réussir, vous devez avoir votre cœur dans votre entreprise, et votre entreprise dans votre cœur”. Thomas Watson – Fondateur d’IBM

Tu dois travailler dur pour les choses que tu aimes le plus”. Carol S. Deck – Auteur de Mindset : the New Psychology of Success.

Le leadership est l’art d’amener quelqu’un d’autre à faire quelque chose que vous voulez faire parce qu’il ou elle veut le faire”. Dwight Eisenhower

8 – La générosité

Elle consiste à consacrer du temps et un engagement personnel afin de contribuer à la reconnaissance et au développement du potentiel des autres. C’est la qualité de disponibilité aux autres pour leur donner plus de temps ou plus de ressources que ce qui est strictement nécessaire ou attendu.  La générosité est la première qualité requise pour l’habilitation.

Mon but est de vivre ma vie de telle sorte que quand je meurs, quelqu’un puisse dire qu’elle s’en souciait”.  Mary Kay Ash  – Mary Kay Cosmetics

Nous vivons dans un monde interdépendant.  Chaque fois que vous coupez les opportunités de quelqu’un d’autre, vous réduisez vos propres horizons”. Bill Clinton

Vous n’avez pas vécu aujourd’hui tant que vous n’avez pas fait quelque chose pour quelqu’un qui ne pourra jamais vous rembourser”. John Bunyan

9 – L’exemplarité

Elle consiste à fournir un modèle de référence crédible et fiable à suivre.  Le fait d’être un exemple se rapporte à la congruence entre “message” et “messager”, en proposant des suggestions qui démontrent comment tirer les leçons de l’expérience.  Le désir de fournir un bon exemple est le fondement de l’action du coaching.

Si vous savez exactement ce que vous voulez être, vous devez passer autant de temps que possible avec des gens qui le sont déjà”.  Gary Vaynerchuk, Bibliothèque du vin

Dans le leadership, les gens vous regardent et acquièrent de la confiance, en voyant comment vous réagissez.  Si vous avez confiance, ils ont confiance”.  Tom Landry – Entraîneur-chef de la NFL…..

C’est bien mieux de fréquenter des personnes meilleures que vous.  Choisissez des associés dont le comportement est meilleur que le vôtre et vous irez dans cette direction”. Warren Buffet – Berkshire Hathaway.

Commentaires

ConsciousLeadershipAndResilienceConscious Leadership and Resilience est le troisième volume d’une série d’ouvrages sur la Modélisation des facteur de Succès (SFM), une méthodologie développée à l’origine par Robert Dilts et son défunt frère John Dilts (voir SFM Vol. II, pp. 236-246) afin d’identifier, de comprendre et d’appliquer les facteurs critiques de réussite qui motivent et soutiennent des personnes, groupes et organisations exceptionnels.

Le Success Factor Modeling est fondé sur un ensemble de principes et de distinctions qui sont particulièrement bien adaptés à l’analyse et la distinction des schémas cruciaux en matière de pratiques d’entreprises et de compétences comportementales utilisés par des individus, des équipes et des entreprises efficaces pour atteindre les résultats souhaités. Le processus SFM™ sert à établir des distinctions sur les caractéristiques et les capacités clés partagées par des entrepreneurs, des équipes et des chefs d’entreprise, puis à définir des modèles, des outils et des compétences spécifiques qui peuvent être utilisées par d’autres pour augmenter considérablement leurs chances d’avoir un impact et de réussir.

L’objectif du processus SFM est de créer une carte instrumentale – une carte qui s’appuie sur une variété d’exercices, de formats et d’outils permettant aux gens d’appliquer les facteurs modélisés afin d’atteindre des résultats clés dans le contexte choisi. Pour ce faire, SFM applique le modèle de base suivant :

  • Notre état d’esprit – qui est constitué de notre état intérieur, de notre attitude et de nos processus de pensée – produit des actions comportementales extérieures.
  • Les actions. Notre état d’esprit détermine ce que nous faisons, les comportements et le les mesures spécifiques que nous prenons dans une situation donnée.
  • Les résultats. Les actions menées créent à leur tour des résultats dans le monde extérieur.

Une prémisse clé de la modélisation des facteurs de réussite est que l’atteinte des résultats souhaités dans notre environnement exige un état d’esprit approprié afin de produire les actions nécessaires et appropriées.

Un article issu du site de l’excellent Institut Repère

Dans le leadership, quelle est la différence qui fait la différence ?

Newsletter #5

Nous sommes tous concernés par le leadership dès lors que nous dirigeons nos vies dans une certaine direction et que nous influençons notre environnement.

Le leadership conscient consiste à cultiver un état de présence centré, d’accéder aux multiples intelligences disponibles, de s’aligner sur ses valeurs les plus élevées et de servir un but plus large que ses seuls intérêts.

Le voyage du héros par S. Gilligan et R. Dilts

Blog

Stephen Gilligan et Robert Dilts

La marque distinctive des personnes efficaces et qui réussissent est un sens profond de leur raison d’être et de leur intention. Sans ce sens profond, il est facile de se perdre dans les drames infinis du quotidien, d’être entraîné par les nombreuses forces qui tentent de vous utiliser d’une manière ou d’une autre. En sachant percevoir un appel interne et en s’y alignant, il est possible de diriger le cours de sa vie de façon significative. L’un des meilleurs modèles de ce chemin de vie est le «Voyage du héros», décrit pour la première fois par le spécialiste des mythes Joseph Campbell (1949) dans son livre Le héros aux mille visages.

Campbell a analysé les histoires de héros historiques et mythiques, de tous âges, cultures, religions et genres. Campbell a noté que dans de nombreuses cultures et quelles que soient les époques, existait une structure profonde commune – c’est-à-dire un mythe de base – à propos d’une personne qui a vécu une vie extraordinaire et apporté de nouveaux cadeaux et transformations à la fois à lui-même et sa communauté.

Le chemin du Voyage du Héros suit généralement trois étapes : (1) la vie dans le jardin, (2) l’exil dans le désert, et (3) le retour au jardin avec de nouveaux cadeaux. Ainsi la personne commence par la «transe» du consensus ou la «boîte identitaire» du courant général de pensée de sa communauté ; Puis elle est poussée en dehors de la «boîte» de la réalité ordinaire, ce qui l’oblige à abandonner les anciennes cartes et à se forger de nouvelles ressources et de nouvelles compréhensions. Ce voyage héroïque consiste à franchir le seuil d’un nouveau territoire en dehors de sa zone de confort, à trouver des gardiens (ressources) appropriés, à faire face aux «démons» ou aux «ombres» intérieures (c’est-à-dire les problèmes majeurs) et les transformer. Après avoir parcouru avec succès les difficultés et  tribulations de ces seuils et épreuves, la personne «re-née », revient dans sa communauté en tant que personne différente, avec de nombreuses contributions à apporter.

Les exemples de Voyages du Héros célèbres sont nombreux – des guérisseurs comme Jésus ou Milton Erickson, des acteurs du changement social comme Gandhi ou Martin Luther King, des artistes comme Bob Dylan ou Picasso, des inventeurs et des scientifiques comme Thomas Edison ou Carl Jung. Chacun de ces individus a traversé de longues épreuves pour se transformer en un être humain doté de contributions extraordinaires à apporter à leur communauté.

Et de nombreuses personnes moins connues s’aventurent aussi dans le voyage du héros  – celles qui se déplacent dans des chemins de transformation en tant que parents, enfants, citoyens et travailleurs. Le voyage peut être initié par des relations ratées, des maladies physiques, des défis de carrière, des événements imprévus ou des traumatismes significatifs. Quoi qu’il en soit, le mythe du Voyage du Héros apporte un moyen de considérer ces crises comme les portes d’un profond voyage de transformation et de changement positif. Le voyage du héros constitue un magnifique guide pour tous ceux qui veulent vivre une vie riche de profondes significations et contributions ; Une vie imprégnée de bonheur, de sentiment d’utilité, de santé et de guérison pour soi et sa communauté.

Pour réaliser son Voyage du Héros, une personne a besoin de cartes, d’outils et de ressources.  Dans cet article, nous souhaitons analyser brièvement comment le voyage du héros peut être parcouru. Nous commencerons par un aperçu de ce que nous appelons le Soi Génératif, un modèle qui permet de développer et maintenir un niveau de conscience extraordinaire dont nous avons besoin pour relever des défis extraordinaires. Puis nous examinerons quels sont les principaux défis du voyage du héros et proposerons les moyens d’y faire face avec succès. Enfin, nous aborderons brièvement la pertinence du voyage du héros dans l’époque actuelle.

Le Soi Génératif

La question concernant l’identité, “Qui êtes-vous et à quel monde plus large appartenez-vous?”  est au cœur de chacun d’entre nous (voir Gilligan, 1987, 1997, 2004; Dilts, 1987, 1990, 1996, 2000, 2003). Nous considérons l’identité en tant que développement multi niveaux d’une série de cycles de «mort et renaissance». Certaines expériences sont considérées comme «ordinaires» car on peut les parcourir en restant  dans une identité bien définie ; Vous n’avez pas à quitter votre cadre de référence actuel. Les réponses à ces expériences sont « ordinaires », par exemple celles de stratégies apprises et des attentes de réussites raisonnables. D’autres expériences sont «extra-ordinaires», car elles vous déplacent en dehors de la «boîte» de votre moi «ordinaire» et elles nécessitent donc des réponses « extra-ordinaires », c’est-à-dire des compréhensions qui viennent de l’expérience et des réponses qui sont au-delà de ce que vous avez fait jusqu’à présent. Dans le voyage du héros, il est particulièrement important de savoir distinguer ces deux niveaux de conscience.

Le Soi Génératif est un processus développé à partir du concept de la Relation à Soi (Self-Relation, Gilligan, 1997, 2003, 2005). La Relation à Soi souligne que la réponse relationnelle apportée aux expériences détermine sa forme, sa valeur et ses résultats. Autrement dit, les expériences n’existent pas indépendamment de l’expérimentateur. L’expérience est construite instant après instant par une personne ou des personnes. Les Relations à Soi étudient comment une personne peut se rapprocher de manière optimale d’une expérience donnée de façon à ce que des résultats positifs puissent être obtenus. En outre, le concept de Relation à Soi montre comment les expériences négatives sont le reflet de relations inadaptées qui peuvent être changées pour produire des résultats positifs. Ce travail repose néanmoins sur l’héritage de Milton Erickson, qui était célèbre pour sa capacité à accepter et à transformer les comportements les plus difficiles.

A partir de la modélisation des stratégies génératives d’Erickson, la Relation à Soi distingue trois formes d’intelligences : (1) l’intelligence somatique (en tant qu’intelligence incarnée et localisée), (2) L’intelligence du champ relationnel (en tant qu’intelligence collective et non localisée), et (3) l’intelligence cognitive comme une sorte de pont entre les deux premiers mondes. Pour la Relation à Soi, chaque forme d’intelligence possède deux niveaux : (a) un niveau de base impliqué dans des opérations correctives, et (b) un niveau génératif qui apparaît lorsque les trois intelligences sont harmonisées et alignées. Le Soi Génératif constitue une sorte de méta-champ subtil qui porte en lui toutes les opérations de base avec conscience et habileté, tout en y ajoutant d’autres fonctionnalités qui transforment de façon significative sa forme et sa fonction. Dans la Relation à Soi on suggère que, si les niveaux de base sont suffisants pour les fonctions ordinaires d’adaptation, les niveaux génératifs sont nécessaires pour aborder et transformer les états de conscience extraordinaires qui se produisent, intentionnellement ou non, au cours du voyage du héros. Ainsi, si les individus veulent affronter avec succès leurs grands défis, ils doivent être capables de développer un Soi Génératif. Les paragraphes suivants proposent quelques façons d’y arriver.

L’intelligence somatique et le principe du centrage

L’intelligence somatique peut être considérée comme le rez-de-chaussée ou la plate-forme du Soi Génératif. Dans son niveau de base, l’intelligence somatique fonctionne avec les instincts mammifères de recherche de nourriture, de sexe, de territoire et de hiérarchie. Elle porte une histoire émotionnelle qui guide ses comportements. En situation de stress, elle fait appel à des réponses de lutte/fuite/sidération. Elle est particulièrement liée au système limbique et à son orientation mammifère du lien relationnel (voir Lewis, Amini et Lannon, 2000); Ainsi, elle sait se relier aux autres pour établir de subtiles résonances. Elle réalise tout cela le plus souvent sans conscience de soi, c’est-à-dire qu’elle répond à une situation de manière instinctive ou conditionnée (apprise).

Des états de conscience extraordinaires exigent cependant bien plus. Prenons des  exemples de ces situations : un être cher qui décède ; la volonté de vouloir faire une différence dans le monde, mais sans savoir comment ; un stress extrême au travail ; un divorce ; un voyage dans un environnement dangereux  avec le ressenti d’une exceptionnelle vulnérabilité. Dans ces situations, votre intelligence somatique a besoin de capacités supplémentaires. Elle doit être en mesure de faire face à la confusion, aux ressentis des situations de défis et aux émotions intenses, à être capable de tolérer des émotions contradictoires, à passer à des états de détente, à se détendre tout en restant vigilant, à se conformer à une sagesse intuitive et non rationnelle,  et à adopter des réponses créatives. Dans ces situations, un niveau génératif d’intelligence somatique est nécessaire.

Une manière habituelle de s’installer dans ce niveau avancé d’intelligence somatique est celle de l’art du centrage. Le centrage consiste à unifier l’esprit et le corps, afin de calmer et de focaliser l’esprit, de détendre et d’harmoniser le corps et de l’aligner sur les énergies du champ relationnel. Le centrage est une forme d’attention équilibrée, qui consiste à trouver le point d’équilibre dans lequel les qualités complémentaires sont simultanément présentes, par exemple, intérieure /extérieure, détente/focalisation, intentionnalité/sans effort. Lorsque cela se produit, une simple «conscience au-delà des contraires» peut apparaître. C’est un champ de conscience qui s’étend au-delà du corps, au champ de l’environnement dans lequel le corps intervient.

Une méthode simple de centrage consiste à trouver un endroit calme pour s’asseoir et s’installer. Puis à suivre un cycle de  4 étapes : (1) percevoir une bonne posture, (2) détendre les muscles, (3) porter son attention sur le plexus solaire, et (4) s’imaginer en train de respirer ses pensées sous forme de liquide se déplaçant dans le corps, puis dans le monde entier. La répétition de ces 4 étapes (avec les yeux ouverts ou fermés) peut aider une personne à développer la perception d’une conscience calme et alerte. On peut alors se souvenir d’une expérience de grand bien-être, par exemple dans la nature, avec un être cher, ou avec soi-même. Au fur et à mesure que vous respirez le souvenir du bien-être dans votre corps, notez  la localisation corporelle du ressenti central de l’expérience. La plupart des personnes le ressentent dans leur ventre, ou le plexus solaire, ou dans la zone cardiaque. Ce sont différents “centres” auxquels il est possible de se connecter. De nombreuses personnes trouvent utile de placer leur main doucement sur la localisation perçue du centre, ce qui leur permet de mieux l’intégrer.

Le processus de centrage présente de nombreux avantages.
Tout d’abord, il favorise une prise de conscience à la fois calme et alerte. Le dialogue interne diminue et l’harmonisation somatique augmente, ce qui permet une réactivité plus efficace.
Puis, le centrage peut stabiliser l’attention lors de conditions de stress. Par exemple, quand une personne agressive vous parle de façon intimidante. Le centrage permet alors de porter votre «attention première» (voir Gilligan, 1997) à votre centre de manière enracinée et décontractée, plutôt que de bloquer cette attention sur la personne qui vous stresse, un souvenir, ou une image interne. Vous pouvez alors ouvrir et étendre votre conscience au-delà du facteur stressant, de façon à expérimenter un sentiment d’ouverture spacieuce qui s’étend au-delà du problème.
Enfin, le centrage permet une expérience d’unité et non dualiste. Les divisions habituelles “ou/ou”, esprit versus corps, soi versus autre, bien versus mal se dissolvent dans une perception plus intégrée de «ce qui est». Cela permet à la conscience de s’aligner sur l’énergie de la force vitale: le «ki» de l’aïkido, le «chi» du tai-chi, le sentiment de «la zone», la grâce de «l’esprit», etc. Cela ne signifie pas une réduction de la capacité cognitive de différenciation ; Il y a plutôt une reconnexion aux fondations plus profonde de l’intelligence naturelle, une reconnexion qui favorise l’expérience de «flux» focalisé (voir Csikszentmihalyi, 1990) et d’un fonctionnement intégré. Le contrôle est remplacé par la coopération, la domination par l’utilisation d’une ressource,  et les situations de clashs par l’harmonisation. Cela peut se faire même dans des conditions stressantes et d’oppositions, comme le démontre  de façon fiable l’art martial de l’aïkido.

Nous insistons sur le fait que l’accès à l’intelligence somatique générative est possible chaque fois que l’expérience s’éloigne des paramètres identitaire habituels. Cela peut concerner tout autant des expériences de bien-être ou de mal-être, par exemple un traumatisme. Dans les deux cas, la perturbation d’un état habituel d’identité active l’Intelligence Somatique Générative et ses centres, amplifiant ainsi les processus archétypaux non rationnels/émotionnels. Si une personne est déconnectée de son intelligence somatique, les expériences qui en résultent peuvent être vécues comme effrayantes, écrasantes et confusionnantes. Ce sont les réactions de contrôle de ces expériences inconfortables qui créent les symptômes. A l’inverse, une personne centrée est en mesure d’accueillir et de travailler avec les expériences émergentes de manière à transformer l’identité.

L’esprit cognitif et le principe du parrainage

L’Esprit Cognitif constitue le second type d’intelligence humaine. Dans un développement sain, le Soi Cognitif “transcende puis inclue” (voir Wilber, 1995; Pearce, 2002) le Soi Somatique ; Dans un développement malsain, le Soi Cognitif se déconnecte et s’oppose au Soi Somatique.

Comme pour l’intelligence somatique, on peut distinguer deux niveaux d’intelligence cognitive. Le niveau de base implique les processus utilisés pour naviguer dans le monde social/psychologique : ce sont les plans, stratégies, règles, cadres, schémas, rôles sociaux, etc. Cette intelligence cognitive porte également les règles communes de la vie sociale et les valeurs déterminées d’une identité individuelle. D’une manière générale, l’intelligence cognitive est responsable de l’adaptation sociale, du contrôle de l’environnement, du développement de l’intérêt individuel et de la maintenance du soi identitaire. Elle  fonctionne généralement en adoptant un point de vue fixe, une certaine intention (consciemment ou inconsciemment), puis en agissant pour réaliser ces intentions. De toute évidence, cette intelligence cognitive constitue un aspect crucial d’un fonctionnement sain, et elle requiert une attention et une pratique continue. Comme on dit en Californie, « ne partez pas de chez vous sans elle » !

Si ce niveau de base est généralement suffisant dans des circonstances ordinaires, il ne sera pas en mesure de relever le défi des expériences extraordinaires. Le niveau de base de l’intelligence cognitive a des difficultés à penser “en dehors de la boîte”. Il se « verrouille/bloque » dans un point de vue spécifique et a du mal à s’autoriser la création d’un chaos créatif, des points de vue multiples, des points de vue contradictoires ou des conflits. Il ne peut pas adopter facilement les expériences de “mort et renaissance”. Imaginons par exemple que chez votre fille adolescente, tous ses comportements de “jeunes filles douces” soient remplacés par le hip-hop, un intérêt intense pour les garçons et un besoin de plus grande liberté. Où que vous soyez dans des environnements multiculturels, où s’expriment des opinions contradictoires sur la religion, la liberté et l’éthique. Ou que vous ayez tenté de vous débarrasser d’une expérience ou d’un comportement indésirable, et qu’il continue de revenir sous forme de vengeance. Dans de telles situations, un niveau génératif de l’intelligence cognitive est nécessaire pour explorer avec succès ces expériences et leurs défis inhérents.

Le niveau génératif de l’esprit cognitif “Inclue et transcende” le niveau de base, permettant l’émergence de la pensée créative, d’une identité systémique (c’est-à-dire basée sur le champ) et d’une intentionnalité résonnante. Ainsi, le niveau génératif  maintient la rationalité, l’intentionnalité, la planification stratégique et l’action, les significations sociales ; Mais elle se développe au-delà pour inclure quelque chose de plus. Ce niveau avancé de générativité consiste surtout en un processus méta-cognitifs, quelque chose auquel la Relation à Soi se réfère en tant que sponsor ou parrain (voir Gilligan, 1997). Le principe du parrainage représente la pierre angulaire de tout travail de Relations à Soi. Le mot «parrainage» provient du latin «spons», c’est-à-dire «promettre solennellement». Donc, le parrainage est le vœu d’aider une personne (y compris soi-même) à utiliser chaque événement ou expérience pour éveiller ou réveiller la bonté et les dons de soi, le monde et les liens entre les deux. La Relation à Soi suggère que les expériences qui entrent dans la vie d’une personne ne sont pas encore entièrement humaines ; Ces expériences n’ont pas de valeur humaine tant qu’une personne ne les a pas parrainées. C’est le processus créatif de l’art, de la culture, de la thérapie, de la parentalité et du développement de soi : comment recevoir et absorber le fleuve de la vie de manière créative. Ce processus relationnel transforme littéralement une expérience qui semble n’avoir aucune valeur humaine en quelque chose dont la valeur devient évidente.

Il existe de nombreuses façons de pratiquer le parrainage. L’aspect “yin” (réceptif) du parrainage implique de recevoir, de permettre à votre cœur d’être ouvert, de témoigner, de fournir un espace ou un « sanctuaire », d’apaiser, de soutenir doucement, d’être curieux, d’écouter profondément et de voir une présence avec des regards de gentillesse et de compréhension. L’aspect “yang” (actif) implique un engagement sans relâche, une attention féroce, des orientations, une manière  correcte de nommer les choses, une définition des limites et des frontières, une confrontation des limitations du soi,  et l’apport d’expériences parrainées avec d’autres ressources. Avec l’habile combinaison de ces processus de parrainage, une expérience ou un comportement qui semble pour soi ou la communauté dépourvu de toute valeur, peut être transformé : le «ça» devrait être détruit pour être transformé en un «tu» qui peut être écouté, apprécié, et autorisé à se développer en soi et dans communauté.

L’intelligence du champ et le principe de la résonance du champ

A l’intelligence du corps et de l’intellect, s’ajoute un troisième type d’intelligence : celle du champ relationnel qui incorpore la conscience et l’identité. Par exemple, l’environnement physique peut être considéré comme un champ vivant d’intelligence à plusieurs niveaux. Les champs de la famille et de la culture dans lesquels chaque personne intervient. Les champs de l’art, de la science et de la religion qui organisent et alimentent de nombreuses activités. L’histoire collective de la conscience, ce que Jung appelle «inconscient collectif», peut être considérée comme un champ de modèles archétypaux. Bien d’autres «champs» peuvent être distingués : ceux de l’environnement immédiat, de l’histoire personnelle, des milieux sociaux, des états d’humeur, des états physiques, etc. Tous ces contextes donnent forme, contraignent, guident et créent les scripts de la perception localisée et focalisée. Il serait difficile de nier l’énorme influence des champs sur la conscience d’une personne.

A son niveau basique, ces champs fonctionnent principalement comme des contraintes, utiles ou inutiles. Ils forment, limitent et guident le flux et le contenu de la conscience. Au niveau basique, on peut intervenir dans le cadre des limites établies par les créations précédentes. Ce n’est pas une mauvaise chose, bien sûr : cela permet de ne pas réinventer la roue chaque jour et de reproduire des approches qui ont réussi. Mais à leur niveau de base, les intelligences somatiques et cognitives d’une personne s’accordent à l’intelligence du champ de manière définie, de façon à ne recevoir que certains types d’informations.

Mais lorsqu’un ancien schéma ou une identité doivent être transcendés ou transformés, ou si un effort significatif de créativité est souhaité, le niveau génératif de l’intelligence du champ s’impose. Dans de telles situations, une personne doit être capable de détecter et de recevoir l’intelligence du champ de différentes façons. Pour ce faire, la conscience doit rayonner «à travers et au-delà» des champs environnants, en créant un «champ de champs» expérientiel qui est au-delà de tout contenu ou forme particulière. Comme pour les autres champs, ce niveau génératif constitue un méta-champ d’énergie subtile qui “transcende et inclue” tous les champs d’information du niveau de base.

Par exemple, dans l’art martial de l’aïkido, on s’entraîne pour “Ne jamais donner son regard (ou son esprit) à l’adversaire”. C’est-à-dire que vous laissez vos yeux s’adoucir et s’étendre au-delà de l’adversaire, de façon à ne pas être enfermé dans un mode réactif. Cette expérience est simple à tester en se centrant pour établir une conscience détendue et attentive. Puis portez votre attention vers un point focalisé (une personne ou un objet), mais laissez vos yeux s’adoucir et votre perception sensorielle s’ouvrir vers l’extérieur, s’étendre de façon infinie même lorsque vous sentez une connexion avec l’objet perçu. Vous trouverez probablement une façon différente de percevoir l’objet, une façon de permettre à l’objet d’être inclus dans votre expérience, mais sans limiter votre attention. Cela vous permet de mieux percevoir les détails subtils du mouvement d’une personne, tout en vous maintenant ouvert et connecté à un champ plus vaste. En poursuivant cette expérience, vous pouvez commencer à sentir un espace implicite qui est au-delà de ce sur quoi votre attention consciente peut se concentrer ; C’est un exemple d’ouverture au champ génératif. Vous pouvez vous entraîner à le faire tout en interagissant avec une personne, ou en vous concentrant sur un sujet (par exemple, un poème à écrire, un problème à résoudre). En vous concentrant sur ce mode “champ ouvert”, vous ferez  l’agréable découverte d’être «alimenté» de façon créative par des champs d’information au-delà de votre soi localisé.

Répondre aux défis du voyage du héros

Doté des ressources du Soi Génératif, une personne est prête à affronter les dures difficultés du voyage du héros. Pour Campbell, le voyage du héros comporte les tâches fondamentales suivantes :

1 – Entendre un appel qui se rapporte à notre identité, à notre vie ou à notre mission. Ces appels peuvent se présenter sous plusieurs formes et représentent fréquemment des points de transition dans nos vies. Devenir parent, changer d’emploi, se remettre d’une maladie grave, produire un travail créatif, entrer dans une nouvelle étape de la vie, etc., tous ces exemples représentent différents types d’appel. Ces appels apparaissent généralement à la suite de changement de circonstances de vie et sont généralement assez douloureux (sinon il n’y aurait pas besoin d’être le «héros» d’un voyage). Ces appels impliquent généralement une expansion ou une évolution de nos identités. Par exemple, une femme d’affaires qui a très bien réussi commence à vivre des états dépressifs alors qu’elle s’approche de la cinquantaine ; Ces «symptômes» s’avèrent être un appel à élargir sa vie bien au-delà des modestes réalisations et avec une connexion plus profonde avec sa famille et la nature.

Il est évident que les appels proviennent des différents champs qui nous entourent et qu’ils possèdent souvent un profond aspect archétypal. Pour pouvoir recevoir clairement un appel et être guidé par lui, il est essentiel de développer des compétences à percevoir le champ et à s’ouvrir au champ génératif. La femme d’affaires citée plus haut a fait de nouvelles réussites et trouvé de grandes satisfactions à écouter davantage ses collègues et salariés.

2 – Accepter l’appel nous amène à nous confronter à une limite actuelle ou à un seuil concernant nos capacités actuelles ou notre carte du monde. Nous pouvons faire le choix d’accepter ou de tenter d’ignorer l’appel. Le refus de l’appel conduit fréquemment à la constitution ou à l’intensification des problèmes ou symptômes, ce qui précipite ainsi la survenue de crises que nous ne pouvons alors plus ignorer. Une femme qui par exemple a été élevée avec des modèles familiaux très masculins qui valorisaient la force, va vivre de nombreuses années de maladies physiques jusqu’à ce qu’un cancer du sein s’avère être pour elle un “réveil”, une invitation à revendiquer et répondre à son appel d’une tradition de sagesse féminine.

S’engager à répondre à un appel implique de pouvoir le recevoir dans son centre et de maintenir un ressenti de connexion à soi-même et au champ plus grand qui nous entoure. Dans ce sens, un appel est considéré comme distinct de l’identité liée à l’ego ; C’est une énergie que vous ressentez  sous forme de picotements ou de brûlures dans votre ventre ou votre cœur, une ligne de conduite pour vous guider à chaque instant, une source de  feedback pour vous faire savoir si vous êtes “sur le chemin” ou si vous en vous éloignez.

3 – Franchir le seuil nous propulse dans le «territoire» d’une nouvelle vie, au-delà de notre zone de confort actuelle. Ce nouveau territoire nous impose de grandir et d’évoluer, nous contraint à trouver un soutien et des conseils. Pour Campbell, ce seuil constitue généralement un «point de non-retour», ce qui signifie qu’une fois traversé, nous ne pouvons pas revenir sur la façon dont les choses se déroulaient auparavant. Nous devons avancer dans l’inconnu. Ces seuils sont souvent constitués de “doubles contraintes” qui suggèrent que, quel que soit le choix que nous faisons, l’ancien statu quo ne peut pas être maintenu. Par exemple, la stratégie de vie «d’indépendance» d’une personne s’accompagne d’une profonde solitude ; Cependant, la peur (et la compréhension fort limitée de ce que c’est “d’être indépendante “) de perdre cette indépendance semblait tout aussi inacceptable. Un tremblement au seuil de cette double contrainte a conduit à un nouveau chemin d’autonomie/connexion.

Si le passage du seuil nécessite un centrage et une ouverture au champ, il requiert également un parrainage ; Un parrainage à la fois de notre potentiel à être un héros et un parrainage des peurs et hésitations qui surviennent en faisant face au seuil.

4 – Trouver des gardiens, des mentors ou des parrains/sponsors est quelque chose qui apparaît naturellement quand on a eu le courage de franchir un seuil. Comme le dit le proverbe, «Lorsque l’élève est prêt, l’enseignant apparaît». «Les gardiens» sont les relations clés qui nous apportent du soutien dans l’acquisition de compétences, qui croient en nous et qui restent focalisés sur nos objectifs. Bien que le voyage du héros soit un voyage très personnel, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons faire seul. Nous devons être ouverts et prêts à recevoir un soutien. Un individu peut par exemple identifier ceux qui ont parcouru avec succès un voyage du héros similaire et se connecter à ces modèles de différentes manières.

Trouver des gardiens exige également de rester centré et ouvert au champ. Le territoire au-delà du seuil étant nouveau pour nous, nous ne pouvons pas nécessairement savoir à l’avance du type de soutien dont nous aurons besoin, ou qui seront ces gardiens. Parfois, les gardiens viendront d’endroits surprenants. Ainsi, nous devons rester ouverts et disponibles pour recevoir des conseils et du soutien à chaque étape de notre voyage.

5 – Affronter une difficulté (ou «démon») résulte naturellement du franchissement du seuil. Un démon est généralement quelque chose qui semble s’opposer, nous tenter, ou de nous nier en tant qu’héros. Il peut s’agir d’une autre personne ou d’un groupe; Une dépendance ou une souffrance émotionnelle ; Un événement traumatique ou une sévère difficulté. Les démons ne sont cependant pas nécessairement diaboliques ou mauvais ; Ils représentent seulement un type d’énergie, celle que nous devons apprendre à contenir, accepter et rediriger. Les démons reflètent souvent l’une de nos peurs intérieure et de nos ombres. C’est ici que nous avons à confronter les « parrainages négatifs », à savoir des messages qui viennent de nous ou de personnes importantes à nos yeux, et qui s’expriment ainsi : «  Tu ne devrais pas être là » « Tu ne mérites pas d’exister » « Tu es incapable » « Tu ne seras jamais assez bon » « Tu n’es pas le bienvenu », etc. Faire face aux démons sollicite clairement toutes les ressources du Soi Génératif : centrage, parrainage, et connexion au champ génératif. La difficulté habituelle est d’établir avec cet « autre négatif » (Gilligan, 1977) une relation qui puisse le transformer en solution ou en ressource.

6 – Le développement de nouvelles ressources est nécessaire pour faire face à l’incertitude et à la transformation du « démon ». Un voyage du héros est en fin de compte un chemin d’apprentissage et d’évolution. Les ressources qui vont nous aider à franchir le seuil de nouveaux territoires et à transformer le « démon » sont représentées par des croyances, capacités, compétences comportementales, ainsi que par les outils que nous pouvons activer pour gérer la complexité, l’incertitude et les résistances. C’est dans cette voie que nous devons grandir pour développer notre flexibilité et les compétences nécessaires pour traverser avec succès de nouveaux territoires (internes et externes) et surmonter les obstacles qui surgissent en cours de route.

Les ressources nécessaires pour mener à bien le voyage d’un héros incluent une conscience accrue de soi, la capacité à accéder, intégrer et équilibrer les «énergies archétypales» clées  de la férocité, la tendresse et l’espièglerie  qui conduisent au final à une évolution de notre conscience. Cette évolution implique une expansion de nous-même d’une manière qui inclue et transcende toutes les dimensions précédentes de notre être.

7 – Réaliser la tâche pour laquelle nous avons été appelé. Trouver le moyen de réaliser l’appel consiste en fin de compte en la création d’une nouvelle carte du monde qui intègre la croissance et les découvertes apportées par le voyage.

8 – Revenir chez soi, en tant que personne transformée, et partager avec les autres la connaissance et l’expérience acquises au cours du voyage. Tant que nous n’avons pas amené notre nouvelle identité dans le monde, le voyage n’est pas complet. Cette nouvelle identité doit être vue et reconnue d’une manière ou d’une autre, et constituer un cadeau à offrir à la communauté.

Cartographier votre voyage du héros

Si la description des étapes du voyage du héros selon Campbell débute par « entendre et accepter un appel», nos expériences de la vie réelle nous appellent souvent au voyage du héros en nous présentant en premier une difficulté. Les nombreux héros qui ont par exemple émergé à la suite des attentats terroristes du 11 septembre, ont été propulsés dans leur voyage par une confrontation directe avec le «démon». Ils devaient faire face à leur seuil et reconnaître leur appel pendant la crise qu’ils affrontaient.

C’est ce qui se passe souvent dans nos propres vies. C’est une situation de crise qui fait apparaître l’appel. Affronter toutes sortes de crises est certainement une sorte de voyage du héros en soi. Pour vous aider à explorer et à vous préparer à certaines difficultés de votre propre voyage du héros, vous pouvez réfléchir aux questions suivantes :

1 – Quel est le «démon» (difficulté) que vous rencontrez actuellement ? Quelle est une situation dans laquelle vous vous ressentez plus comme une «victime» que comme un «héros»? Une façon simple d’apporter une réponse est d’utiliser la déclaration suivante : «Si seulement X n’existait pas, ma vie serait géniale.» «X » est le « dragon » que le « héros » doit transformer. [Encore une fois, ce sera généralement une situation dans laquelle vous rencontrez un message de négation de soi ou de «parrainage négatif», soit un message de vous-même en réponse à un défi externe, soit à partir d’un autre relation significative].

2 – Quel est votre “seuil” ? Quel est ce territoire inconnu, au-delà de votre zone de confort, et dans lequel la crise vous oblige à entrer, ou dans lequel vous devez entrer pour faire face à la crise ? Par exemple, le patron d’une entreprise difficile à diriger avait développé un alcoolisme qui impactait son job. Un travail intérieur a mis à jour la croyance qu’il devait toujours être dans le faire, et que s’il s’arrêtait de faire, il “disparaîtrait” littéralement. (Une croyance non rationnelle, bien que semblant idiote à l’esprit conscient, peut être très contraignante à un niveau inconscient). Son seuil consistait à apprendre à être dans le monde sans avoir à tout faire de façon compulsive.

3 – Compte tenu du démon auquel vous êtes confronté et du seuil que vous devez traverser, quel est «l’appel à l’action» ou à quoi êtes-vous appelé à «faire ou devenir»? (Il est souvent utile de répondre à cette question sous la forme d’un symbole ou d’une métaphore ; par exemple :”Je suis appelé à devenir un aigle/guerrier/magicien, etc.”)

4 – Quelles sont les ressources que vous possédez déjà et que vous devez développer de manière plus complète pour faire face au défi, franchir votre seuil et réaliser votre appel ?

5 – Qui sont (ou seront) vos “gardiens” pour les ressources dont vous avez besoin ? Une fois vos gardiens identifiés, imaginez où ils seraient physiquement situés autour de vous pour vous soutenir au mieux. Un à un, mettez-vous à la place de chaque gardien, et regardez-vous à travers leurs yeux (deuxième position). Quel message ou conseil recevez-vous de chaque gardien ? Revenez à votre propre perspective (premier position) et recevez les messages.

En résumé

Ce que nous présentons dans cet article ne constitue qu’un schéma général d’un profond et fascinant modèle pour permettre d’aller vers un profond état de bonheur,  de santé, de guérison et le sentiment d’être utile au monde. Dans son livre « Of Water and Spirit », Malidoma Some, évoque sa vie dans un village d’Afrique de l’Ouest où il a grandi. Dans sa culture, on suppose que chaque nouveau-né traverse le monde spirituel et arrive dans ce monde pour apporter un cadeau à la communauté. L’auteur décrit un rituel du village dans lequel chaque nouveau-né est amené aux aînés, qui prennent plusieurs jours pour communiquer avec l’esprit nouvellement arrivé. La question fondamentale que les anciens demandent au nouveau-né est : «Pourquoi êtes-vous venu ici ?» Ils supposent que chaque personne est venue avec une mission spéciale et que sa vie devrait être organisée autour de l’honneur de la réalisation de cette mission.  A partir de la réponse reçue, les aînés cherchent à soutenir le développement de l’enfant afin que sa mission puisse être réalisée.

De la même façon, le chemin mythologique du voyage du héros cherche à honorer les  profondes valeurs et l’appel à la vie de chacun. Ce voyage postule que chaque difficulté, crise ou revers auxquelles une personne fait face constitue à la fois une opportunité et un feedback sur la nature de l’appel plus profond de cette personne. Ce voyage reconnaît également la nécessité de trouver les ressources, à la fois interne et collectives, qui aideront l’individu à réaliser son voyage. C’est cette profonde appréciation de la dignité et de la valeur de la vie de chacun qui nous attire dans ce mythe. Nous l’avons trouvé exceptionnellement utile dans les contextes de coaching et d’accompagnement des individus et des groupes dans la découverte d’une existence enrichissante et utile. Les quelques notes et suggestions de cet article proviennent des ateliers que nous avons co-dirigés et représentent le cadre d’un livre sur lequel nous travaillons. (Le Voyage du Héros publié en français chez InterEditions)  Nous espérons que vous trouverez ces notes aussi utiles qu’elles l’ont été pour nous, pour créer un monde qui fonctionne pour tous.

Stephen Gilligan et Robert Dilts, 3 juillet 2017, traduction de Jean Luc Monsempès