Astronautes, sous-mariniers, navigateurs… sept conseils des experts du confinement

Astronautes, sous-mariniers, scientifiques en Antarctique, navigateurs en solitaire… Certains s’enferment loin du monde pendant des semaines ou des mois, usant de stratégies pour vivre au mieux une situation qu’ils ont choisie. Des tactiques qu’ils partagent avec les plus de deux milliards de Terriens contraints au confinement.

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L’astronaute Thomas Pesquet a vécu dans la Station spatiale internationale (ISS) de novembre 2016 à juin 2017. (SIPA)

Être coincé chez soi durant des jours peut être difficile. Confinés à domicile afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, les Français – comme un tiers de l’humanité – n’ont plus la possibilité d’aller rendre visite à leurs amis ou de sortir se divertir.

Cette situation exceptionnelle, qui peut être source d’anxiété, certains professionnels la vivent au quotidien. Astronautes, sous-mariniers ou encore navigateur en solitaire, ils sont nombreux ces derniers jours à partager leurs stratégies pour vivre au mieux cet isolement. Florilège.

1 – Ne pas compter les jours

Pour l’astronaute américain Scott Kelly, le principal c’est de « ne pas avoir trop d’attentes », « parce que nous ne savons pas quand ça va finir », explique-t-il depuis Houston, au Texas, où il n’est « pas encore » confiné.

« Quand j’étais dans la Station spatiale international (ISS), c’était pour un an […] j’ai fait l’effort de penser que désormais je vivais là, que je faisais partie de cet environnement, que c’était mon nouveau chez-moi ». Et il suggère de s’en inspirer en faisant « comme si » on allait vivre dans l’espace pendant un an.

Première navigatrice à avoir accompli un tour du monde en solitaire en compétition, Isabelle Autissier confirme qu’il vaut mieux « ne pas se projeter ». « Si on imagine un timing, on est déçu », explique-t-elle. C’est comme pour une course au large : « quand on est en mer, la première des choses, c’est de ne pas compter les jours. Il ne faut pas se dire je vais arriver dans 3 mois, 1 mois, ou 10 minutes ».

2 – Se sentir investi d’une mission

Pour l’astronaute français Thomas Pesquet, qui a passé plusieurs mois dans l’espace à bord de l’ISS, c’est le sentiment de servir à quelque chose, d’avoir « une mission » qui aide à surmonter le confinement. « Aujourd’hui, notre mission à tous est de faire en sorte que le virus ne se propage pas », a-t-il rappelé dans l’émission Quotidien.

Un avis que partage Vincent Larnaudie-Eiffel, ancien commandant du sous-marin nucléaire lanceur d’engin le Téméraire. Comme les sous-mariniers, « confinés dans nos appartements, on partage une mission qui est de protéger les autres, de nous protéger, de protéger les personnels médicaux et de réussir la traversée de cette épreuve », encourage-t-il.

3 – S’imposer une routine

Horaires des repas, horaires de lever et de coucher… Retrouver un rythme est primordial dans cette période où nos repères habituels sont bousculés. « Je dois avoir un programme, je dois me lever à une heure régulière, me coucher à une heure régulière, m’occuper de mon travail si je peux le faire à distance », suggère Scott Kelly.

« Le temps n’a pas la même durée, la veille ressemble au lendemain donc il est important de jalonner, de donner du rythme à nos journées », conseille également Vincent Lanaurdie. Pour supporter cette promiscuité, il suggère que « chacun ait son coin à lui ». « Sur un sous-marin c’est un lit exigu. Dans un appartement exigu, c’est la même chose »

Pour ceux qui ne sont pas concernés par le télétravail, c’est le bon moment pour s’occuper des tâches que l’on remet d’habitude au lendemain. Thomas Pesquet, par exemple, « va trier toutes les photos » restantes de sa mission dans l’espace et « les publier plus régulièrement sur les réseaux sociaux ».

4 – Prendre l’air et essayer de nouvelles activités

Les sorties à l’extérieur sont restreintes en temps de confinement. Mais au moins elles ne nécessitent pas de combinaisons spatiales ni « des jours de préparation », compare l’astronaute Scott Kelly.

Prendre l’air et « faire l’expérience de la nature », comme l’odeur de la forêt, le vert des feuilles, les chants des oiseaux, la chaleur du soleil », est crucial. Et si vous n’avez pas de jardin, « ouvrez les fenêtres et passez la tête dehors », suggère-t-il.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance des loisirs. Si Thomas Pesquet a ressorti ses maquettes de l’ISS, Scott Kelly prévoit d’apprendre la guitare. Il faut « choisir une ou deux activités où l’on crée, où l’on apprend quelque chose, ou les deux », confirme Cyprien Verseux, scientifique qui a passé neuf mois sur la base Concordia en Antarctique.

Se dépenser est aussi nécessaire au quotidien, ajoute-t-il : « faire du sport, musculation, corde à sauter, yoga, zumba… même avec peu de place et d’équipement, des solutions existent, quelle que soit votre condition physique ».

Pour s’aérer l’esprit, on peut « profiter de ce moment pour essayer de nouvelles choses, la lecture, écouter de la musique différente, écrire un journal, faire des photos, peindre ou dessiner… », conseille Isabelle Autissier. « Même des choses auxquelles ils n’ont pas spontanément pensé : il faut se creuser la tête »

5 – Parler chaque jour à quelqu’un

« Assurez-vous de parler chaque jour à quelqu’un de vive voix », insiste Cyprien Verseux. Un avis partagé par Frank de Winne, premier européen à avoir été commandant de l’ISS en 2009. « Les moyens de communication actuels sont un grand avantage, il faut faire l’effort de les utiliser ».

Chaque jour le Belge appelle sa mère de 86 ans, confinée dans un appartement d’une résidence de personne âgée. « En vidéo, pour qu’elle puisse me voir », précise-t-il. Une recommandation également suivie par l’astronaute américain Scott Kelly. « L’isolement nuit non seulement à notre santé mentale, mais aussi à notre santé physique, en particulier à notre système immunitaire », rappelle-t-il.

6 – Gérer les conflits

Si l’on est confiné avec une ou plusieurs autres personnes, apprendre à bien communiquer est la clef, explique l’astronaute américaine Anne McClain. « Exprimez-vous clairement. Ecoutez activement. Reconnaissez vos torts. Ne craignez pas les conflits. Identifiez-les et travaillez pour les résoudre », énumère-t-elle.

« Si quelque chose vous embête, parlez-en, sans agressivité. Parce que si vous étouffez vos émotions, ça va empirer », renchérit Scott Kelly. Evidemment, le maintien de cette bonne entente au sein de son foyer nécessite au préalable de suivre les conseils précédents : garder une bonne hygiène de vie, varier ses activités, veiller à bien dormir.

7 – Ne pas culpabiliser

Quelles que soient les stratégies, « il est normal d’avoir des baisses de moral et de productivité. Ce n’est pas un signe de faiblesse », rassure enfin l’astrobiologiste Cyprien Verseux. « N’ajoutez pas la culpabilité à vos difficultés ».

Pour relativiser et « remettre les choses en perspectives », rien de tel que de tenir un journal, recommande Scott Kelly. « La Nasa étudie les effets de l’isolement sur les humains depuis des décennies, et une découverte surprenante qu’ils ont faite est l’importance de tenir un journal ». Plutôt que de décrire sa journée, le professionnel de l’isolement suggère de « décrire ce que vous vivez à travers vos cinq sens ». Une fois le confinement terminé, cela vous permettra aussi de garder un souvenir de « cette période unique dans l’histoire ».