Sondage : La santé psychologique des salariés français largement atteinte après plusieurs semaines de confinement

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  • 44% des salariés sont en situation de détresse psychologique (=> 66% ne le sont pas !)
  • ¼ présente un risque de dépression nécessitant un traitement,
  • ¼ d’entre eux déclarent que leur motivation professionnelle s’est dégradée
  • 79% des salariés plébiscitent le soutien de leurs collègues et 70% celui de leur N+1

Une étude réalisée par OpinionWay pour Empreinte Humaine, cabinet spécialisé dans les risques psychosociaux, alerte sur la nécessité de prendre en compte la santé mentale des collaborateurs pendant le confinement. La qualité de la reprise en dépend.

Étude sur les effets psychologiques du confinement sur les salariés

Quelles sont les conditions de confinement des salariés ? Que pensent-ils des mesures mises en place par leur entreprise ? Se sentent-ils soutenus ? Quel est l’état de leur bien-être ou de leur détresse psychologique ? Que peuvent faire les entreprises pour accompagner efficacement leurs salariés ? Font-elles ce qu’il faut pour protéger la santé psychologique de leurs salariés ? Autant d’indicateurs que le baromètre permettra de surveiller en plusieurs vagues (toutes les semaines) jusqu’au déconfinement.

Le constat est sans appel. Après quelques semaines de confinement et de télétravail, le bien-être psychologique des salariés s’est largement dégradé en perdant 10 points par rapport à 2016 (Enquête Eurofound 2016), 44% des salariés sont en situation de détresse psychologique et ¼ présente un risque de dépression nécessitant un accompagnement. Revue de détail et analyse.

« Via nos lignes d’écoute psychologique et webinaires, nos équipes ont constaté une augmentation de la détresse psychologique que nous avons voulu évaluer avec cette étude. Ces résultats sont très préoccupants et montrent l’urgence d’agir. Nous en appelons à une véritable prise de conscience des pouvoirs publics et des entreprises. La crise sanitaire a pris de court toute la société, les entreprises y compris. Mais elle n’exonère pas de notre responsabilité en tant qu’employeur en matière de protection de la santé de leurs salariés. Après les gestes barrières, il convient de mettre en place des actions pour la sécurité psychologique », déclarent Christophe NGuyen, psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine, et Jean-Pierre Brun, co-fondateur d’Empreinte Humaine et expert conseil.

Les salariés français très atteints par le confinement

44% des salariés présentent de la détresse psychologique (27% modérée et 18% élevée) et ¼ des salariés est en risque de dépression nécessitant un accompagnement. « La détresse psychologique modérée est l’antichambre de la détresse élevée. Il faut absolument surveiller l’évolution de ces taux », commente Jean-Pierre Brun.

Charge mentale alourdie et cumul des rôles obligent, les femmes sont plus impactées par le confinement puisqu’elles sont 22% à être en détresse élevée contre 14% pour les hommes.

Enfin les managers sont particulièrement exposés, puisque 20% d’entre eux vivent une détresse psychologique élevée. « Les managers sont un pivot central dans l’entreprise. Il faut prendre soin d’eux mais surtout leur donner les outils pour prendre soin de leurs collaborateurs », poursuit Christophe NGuyen.

Les conditions de travail ont un impact majeur sur la santé psychologique des salariés

Seulement 45% d’entre eux peuvent s’isoler toute la journée pour travailler. 60% travaillent dans leur salon, 1/4 des salariés évoquent travailler plutôt dans une pièce fermée mais initialement n’étant pas dédiée à y travailler (chambre, salle de jeux, etc.). Etre confiné dans un logement de moins de 40 m2 est un facteur de risque important puisque 24,6% de ces personnes sont dans une détresse psychologique élevée. « Le télétravail n’est pas en soi un facteur de risque, ce sont les conditions dans lesquelles il s’effectue qui présentent des facteurs aggravants pour les salariés », précise Jean-Pierre BRUN.

Enfin, contrairement à une idée reçue, les personnes confinées en couple (20%) ou avec un enfant (22%) vivent une détresse élevée plus importante que les autres (rappel : 18%). La question de l’équilibre des vies en situation de confinement est devenu un facteur de risque.

Le chômage partiel ou total des actifs : un facteur anxiogène

Le chômage apparait bien entendu comme un facteur de risque puisque 1/5 des répondants au chômage technique partiel présentent une détresse psychologique élevée. Cette proportion monte à ¼ pour les salariés au chômage technique total.

La performance ressentie et la motivation des salariés régressent

Une vigilance s’impose sur le suivi de la motivation professionnelle qui s’est détériorée pour 1/4 des salariés (26%) depuis le début du confinement. Cette détérioration est de plus grande ampleur chez les femmes (30%), les salariés d’IDF (31%), et pour les salariés confinés avec un ou plusieurs autres proches (32%). Enfin, les personnes présentant une détresse élevée considèrent que leur performance s’est dégradée de 50%.

« La santé psychologique, mais aussi la performance déclarée et la motivation se dégradent avec la durée du confinement. La question de du lien entre performance et bien-être est encore plus d’actualité dans ce contexte. Nous allons réaliser d’autres sondages dans les prochaines semaines pour suivre les évolutions », commente Christophe Nguyen.

Les efforts des entreprises salués par les salariés…

7 salariés sur 10 considèrent que l’entreprise fait son maximum pour aider les salariés et 8/10 ont confiance envers leurs collègues pour les accompagner. Lorsqu’on les interroge dans le détail, sur le soutien qu’ils estiment recevoir des différents acteurs de l’entreprise, les salariés plébiscitent principalement celui de leurs collègues (79%), puis de leur N+1 (70%). Viennent ensuite la direction de l’entreprise (67%), la DRH (59%). Enfin 22,6% d’entre eux disent que leur entreprise n’a mis aucune mesure en place. Et à peine 15,6% des répondants disent que leur entreprise affiche les mesures sanitaires de base du gouvernement.

« Même si le COVID19 est exogène, l’entreprise a des moyens de protection psychologique. La durée du confinement est en lui-même un facteur de stress, il reste un mois au moins, les actions doivent se mettre en œuvre dès maintenant », souligne Jean-Pierre Brun.

…Mais elles n’en font pas assez en matière de sécurité psychologique

Les salariés sont aujourd’hui partagés quant à l’investissement de leur entreprise dans la santé psychologique et la prévention des risques psycho-sociaux de ses employés. Ainsi, seulement 1/3 d’entre eux sont d’accord pour dire qu’ils sont bien informés sur ces risques, que leur direction montre son engagement dans ce domaine et le considère aussi important que la productivité, ou encore que la prévention du stress implique tous les niveaux hiérarchiques de leur organisation.

Les personnes vivent moins de détresse psychologique élevée si elles se sentent soutenues par leur direction (16% vs 21%), la DRH (16% vs 20%), leurs collègues (16% vs 25%) ou confiance envers leur direction (17 vs 21%) et manager (15,5 vs 25%). Ces marques de soutien sont une puissante protection de la détresse psychologique. Toutefois, elles ne sont pas suffisantes pour réduire totalement la détresse psychologique.

« Il est temps de dépasser les uniques numéros verts sans logique de prévention de fond ou les apéros virtuels qui ne sont pas suffisants au regard des enjeux de santé publique et de mettre en place de vrais programmes de santé psychologique des salariés et des managers impliquant en premier lieu l’engagement des comités de direction. La situation est inédite pour tout le monde, des solutions sont possibles, les principes de précaution doivent s’appliquer. La grande majorité des entreprises font preuve de soutien. Sur le plan des risques psychosociaux, il est urgent de développer une culture de sécurité psychologique. À l’heure où les entreprises se projettent dans le déconfinement, cette étape doit prendre en compte l’état psychologique des personnes pour réussir », conclut Christophe NGuyen.

Méthodologie de l’étude : Le Baromètre « Impact de la crise sanitaire sur la santé psychologique des salariés » Opinion Way pour Empreinte Humaine, a été réalisé en ligne. Les interviews ont été faites du 31 mars au 8 avril 2020 auprès d’un échantillon de 2003 salariés représentatif et constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de secteurs d’activités, de nature d’employeur et de taille d’entreprises. La mesure de la détresse psychologique se base sur un indicateur validé scientifiquement traduit en 25 langues dans des centaines de publications scientifiques. Il est un indicateur précoce d’atteinte à la santé mentale qui évalue la dépression et l’anxiété. Il s’agit d’un indicateur qui identifie, dans une population, les personnes qui sont plus à risque d’ être atteintes de troubles mentaux sérieux.

Voir le communiqué de presse du 20 avril 2020 ici

Rester calme au temps du Covid-19

Newsletter #28

Comment résister à la “surcharge informationnelle” ?

Lorsqu’une maladie virale rencontre une technologie virale, les effets de la « surcharge informationnelle » peuvent nous paralyser. Comment rester concentrés sur notre vie quotidienne et notre travail ? En nous réappropriant notre réalité immédiate.

Ces jours-ci, je commence mes journées par le décompte macabre des décès à travers le monde, que je découvre en avalant une tasse de café. Le reste de la matinée s’écoule dans un brouillard de messages WhatsApp et de notifications des sites d’info. Ce que j’ai appris aujourd’hui ? Les infections aux États-Unis sont désormais plus nombreuses qu’en Chine. Pendant ce temps, à Hollywood, Courtney Cox regarde Friends pour passer le temps pendant son confinement. Oh non, un de mes acteurs préférés est malade ! Aïe… Le prince Charles a été testé positif, lui aussi ? Je ne suis pas expert en médecine, mais si le futur roi d’Angleterre succombe, autant dire qu’on est tous f… – attendez, une minute, quelqu’un vient de m’envoyer une vidéo : une Galloise a obligé son mari et sa mère âgée à porter des strings en guise de masques de protection ! Mince, déjà midi et je n’ai écrit qu’un paragraphe de l’article sur lequel j’étais censé bosser ! Allez, un dernier coup d’œil aux infos… Hein, quoi, Boris Johnson ?!

Surcharge informationnelle

Le confinement était censé me protéger des distractions superflues et me permettre de m’adonner à mes passions ou des projets personnels. Mais en fermant mes portes et mes fenêtres alors que l’écran de mon ordinateur reste ouvert, on dirait que j’ai créé un effet d’aspiration : les titres d’articles et les flashes info m’attirent encore plus qu’avant. Dès le réveil, et jusque tard dans la nuit, mon téléphone s’illumine constamment pour m’abreuver d’informations ou de vidéos, sans parler du flux hystérique de vannes et d’émojis de mes proches et de mes amis, sur les fils de discussions où nous nous apportons un réconfort mutuel.

“Le coronavirus ne menace pas seulement nos corps, il contamine aussi nos esprits”

Comment tout cela m’affecte-t-il ? En premier lieu, cela me détourne de mon travail. Mais les conséquences de ce déluge d’informations peuvent être plus insidieuses. Je me sens sur les nerfs. Comme si j’étais coincé dans un sous-marin et que je scrutais compulsivement le radar tandis que l’ennemi se rapproche. Anxiety UK fait état d’une hausse considérable des appels à l’aide, de même que les services de télémédecine Betterhelp et Talkspace aux États-Unis : le coronavirus ne menace pas seulement nos corps, il contamine aussi nos esprits.

Vivre à l’âge viral

Certes, la peur n’est pas mauvaise en soi : elle est sans doute nécessaire pour nous empêcher de propager la maladie. C’est ce que le philosophe Hans Jonas appelle « l’heuristique de la peur » : « Nous savons seulement ce qui est en jeu, dès lors que nous savons que cela est en jeu » – ici, notre vie elle-même, qui passe avant tout le reste, même notre équilibre mental. Peut-être fallait-il que nous paniquions un peu afin de prendre les mesures nécessaires pour endiguer l’épidémie. Mais maintenant que vous travaillez de chez vous et que vous chantez Stayin’ Alive en vous lavant les mains dix fois par jour (le refrain dure dix-sept secondes, si vous respectez le tempo), tout en vérifiant régulièrement que vos voisins âgés ne manquent de rien… que faire de plus ?

“Notre technologie de l’information est aussi virale que la maladie dont elle se repaît : forme et contenu sont parfaitement en phase, avec pour conséquence possible un effet de paralysie”

Il n’y a rien d’« heuristique » dans les pensées qui nous assaillent jour et nuit et nous empêchent de nous concentrer sur notre travail ; pas plus que le suivi en temps réel des cas positifs ne nous aide à appréhender la situation. Au contraire, cet amas de données finit par créer un grand flou mental. Pire encore, il risque d’induire un stress considérable. Lorsque Reuteurs a demandé au neuropsychologue David Lewis d’enquêter sur les effets de la « surcharge informationnelle » auprès de 1 300 managers, celui-ci a découvert qu’un tiers d’entre eux souffrait de divers symptômes mentaux et physiques, dont des palpitations et un épuisement général. Or c’était en 1996 – avant l’avènement de Facebook, Twitter, Instagram et WhatsApp. On s’imagine sans trop de peine comment le « syndrôme de fatigue informationnelle » a évolué entretemps, et quel impact peut avoir l’épreuve que nous vivons actuellement.

Notre technologie de l’information est aussi virale que la maladie dont elle se repaît. L’une menace nos corps physiques, l’autre notre capacité à penser. Forme et contenu sont désormais parfaitement en phase, avec pour conséquence possible un effet paralysant. Pendant l’Occupation, on pouvait jardiner sans avoir constamment à l’esprit les horreurs de la guerre ; mais ce genre de quiétisme est étranger à la plupart des gens, aujourd’hui.  L’invitation de Voltaire à « cultiver son jardin » tombe dans l’oreille d’un sourd. Ou plutôt, elle est en compétition avec des centaines de térabytes d’autres options online. Alors, comment s’en sortir ?

La « dichotomie du contrôle »

Ces dernières semaines, nombre d’articles ont fait appel aux stoïciens, et pour une bonne raison. Cette école philosophique a émergé en une autre époque tumultueuse, l’horizon culturel des Grecs ayant explosé suite aux conquêtes d’Alexandre, les exposant eux aussi à une sorte de « surcharge informationnelle ». Elle se prolongea plus tard à Rome, exposée par l’esclave Épictète, cruellement traité par son maître, par Sénèque, lequel affrontait la tyrannie de Néron, et influença enfin Marc-Aurèle, dont l’Empire était attaqué de toutes parts. Que disaient-ils donc ?

Nous devons d’abord apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas, explique Épictète dans le premier chapitre de ses Entretiens, et ensuite nous concentrer sur ce que nous pouvons contrôler. « Et toutes ces choses dont nous nous embarrassons, sont un poids qui nous entraîne au fond. Aussi, qu’il y ait impossibilité de mettre à la voile, et nous nous asseyons impatients, regardant continuellement quel est le vent qui souffle. »

“Il serait sage d’admettre que je n’ai aucun contrôle sur les choses que j’ai lues aujourd’hui, et que mon domaine de compétence se restreint à la surface de mon appartement”

Cela pourrait nous servir de ligne directrice pour assimiler l’actualité. Une partie des informations qui me parviennent m’aidera peut-être à me préparer à l’avenir, ou m’incitera à secourir d’autres gens, en donnant de l’argent à une association par exemple. Mais il serait sage d’admettre que je n’ai aucun contrôle sur la plupart des choses que j’ai lues aujourd’hui, et que mon domaine de compétence se restreint principalement à la surface de mon appartement. La vitesse à laquelle tourne le ventilateur, la façon dont l’air vient caresser mon front, la musique que je choisis d’écouter… En me réappropriant ces petites choses, je m’aperçois qu’elle ont un étrange pouvoir réparateur.

Au lieu d’engloutir un toast en regardant des experts spéculer sur les conséquences économiques de la pandémie, je peux choisir d’éteindre mon ordinateur et concentrer mon attention sur ma tartine : la griller pour qu’elle soit parfaitement à mon goût, affiner le ratio beurre/confiture, la découper en petites bouchées plus faciles à manger… Je peux aussi éteindre mon téléphone pour me couper du bruit extérieur. Fermer les yeux, inspirer profondément.

« Manifeste de la pause Kit Kat »

Bien sûr, le stoïcisme n’est pas la seule philosophie qui propose des techniques pour éliminer de l’esprit les pensées parasites. L’idée de « pleine conscience », tirée des traditions orientales comme le bouddhisme, pourrait se révéler tout aussi utile – de même que les pratiques qui lui sont associées, comme la méditation ou les exercices de respiration. Mais je pense que nous pouvons tous trouver nos propres moyens de nous déconnecter.

Je me suis donc forgé un « manifeste de la pause Kit Kat », comme dans la vieille publicité de cette friandise. Le principe ? Au moins une fois par jour, j’éteins tous mes appareils pendant une demi-heure minimum pour me concentrer sur mon environnement immédiat. J’ai aussi décidé de dédier un temps précis, chaque jour, aux dernières informations sur l’épidémie.

La propagation rapide du Covid-19 remet une fois de plus à l’honneur le diagnostic de Pascal, qui estimait que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (Pensées, 1670) – comme le prouve notre agitation présente en temps de confinement, où nous tournons en rond entre quatre murs. Peut-être est-il temps de le lire comme un défi. Et si, comme moi, vous êtes forcé de rester enfermé chez vous jusqu’à une date indéfinie, vous feriez sans doute aussi bien de tenter de le relever.

Un article de Jack Fereday publié le 3/4/2020 par Philonomist

Photo © Ani Kolleshi / Unsplash
Traduit de l’anglais par Maxime Berrée
 

Astronautes, sous-mariniers, navigateurs… sept conseils des experts du confinement

Newsletter #28

Astronautes, sous-mariniers, scientifiques en Antarctique, navigateurs en solitaire… Certains s’enferment loin du monde pendant des semaines ou des mois, usant de stratégies pour vivre au mieux une situation qu’ils ont choisie. Des tactiques qu’ils partagent avec les plus de deux milliards de Terriens contraints au confinement.

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L’astronaute Thomas Pesquet a vécu dans la Station spatiale internationale (ISS) de novembre 2016 à juin 2017. (SIPA)

Être coincé chez soi durant des jours peut être difficile. Confinés à domicile afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, les Français – comme un tiers de l’humanité – n’ont plus la possibilité d’aller rendre visite à leurs amis ou de sortir se divertir.

Cette situation exceptionnelle, qui peut être source d’anxiété, certains professionnels la vivent au quotidien. Astronautes, sous-mariniers ou encore navigateur en solitaire, ils sont nombreux ces derniers jours à partager leurs stratégies pour vivre au mieux cet isolement. Florilège.

1 – Ne pas compter les jours

Pour l’astronaute américain Scott Kelly, le principal c’est de « ne pas avoir trop d’attentes », « parce que nous ne savons pas quand ça va finir », explique-t-il depuis Houston, au Texas, où il n’est « pas encore » confiné.

« Quand j’étais dans la Station spatiale international (ISS), c’était pour un an […] j’ai fait l’effort de penser que désormais je vivais là, que je faisais partie de cet environnement, que c’était mon nouveau chez-moi ». Et il suggère de s’en inspirer en faisant « comme si » on allait vivre dans l’espace pendant un an.

Première navigatrice à avoir accompli un tour du monde en solitaire en compétition, Isabelle Autissier confirme qu’il vaut mieux « ne pas se projeter ». « Si on imagine un timing, on est déçu », explique-t-elle. C’est comme pour une course au large : « quand on est en mer, la première des choses, c’est de ne pas compter les jours. Il ne faut pas se dire je vais arriver dans 3 mois, 1 mois, ou 10 minutes ».

2 – Se sentir investi d’une mission

Pour l’astronaute français Thomas Pesquet, qui a passé plusieurs mois dans l’espace à bord de l’ISS, c’est le sentiment de servir à quelque chose, d’avoir « une mission » qui aide à surmonter le confinement. « Aujourd’hui, notre mission à tous est de faire en sorte que le virus ne se propage pas », a-t-il rappelé dans l’émission Quotidien.

Un avis que partage Vincent Larnaudie-Eiffel, ancien commandant du sous-marin nucléaire lanceur d’engin le Téméraire. Comme les sous-mariniers, « confinés dans nos appartements, on partage une mission qui est de protéger les autres, de nous protéger, de protéger les personnels médicaux et de réussir la traversée de cette épreuve », encourage-t-il.

3 – S’imposer une routine

Horaires des repas, horaires de lever et de coucher… Retrouver un rythme est primordial dans cette période où nos repères habituels sont bousculés. « Je dois avoir un programme, je dois me lever à une heure régulière, me coucher à une heure régulière, m’occuper de mon travail si je peux le faire à distance », suggère Scott Kelly.

« Le temps n’a pas la même durée, la veille ressemble au lendemain donc il est important de jalonner, de donner du rythme à nos journées », conseille également Vincent Lanaurdie. Pour supporter cette promiscuité, il suggère que « chacun ait son coin à lui ». « Sur un sous-marin c’est un lit exigu. Dans un appartement exigu, c’est la même chose »

Pour ceux qui ne sont pas concernés par le télétravail, c’est le bon moment pour s’occuper des tâches que l’on remet d’habitude au lendemain. Thomas Pesquet, par exemple, « va trier toutes les photos » restantes de sa mission dans l’espace et « les publier plus régulièrement sur les réseaux sociaux ».

4 – Prendre l’air et essayer de nouvelles activités

Les sorties à l’extérieur sont restreintes en temps de confinement. Mais au moins elles ne nécessitent pas de combinaisons spatiales ni « des jours de préparation », compare l’astronaute Scott Kelly.

Prendre l’air et « faire l’expérience de la nature », comme l’odeur de la forêt, le vert des feuilles, les chants des oiseaux, la chaleur du soleil », est crucial. Et si vous n’avez pas de jardin, « ouvrez les fenêtres et passez la tête dehors », suggère-t-il.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance des loisirs. Si Thomas Pesquet a ressorti ses maquettes de l’ISS, Scott Kelly prévoit d’apprendre la guitare. Il faut « choisir une ou deux activités où l’on crée, où l’on apprend quelque chose, ou les deux », confirme Cyprien Verseux, scientifique qui a passé neuf mois sur la base Concordia en Antarctique.

Se dépenser est aussi nécessaire au quotidien, ajoute-t-il : « faire du sport, musculation, corde à sauter, yoga, zumba… même avec peu de place et d’équipement, des solutions existent, quelle que soit votre condition physique ».

Pour s’aérer l’esprit, on peut « profiter de ce moment pour essayer de nouvelles choses, la lecture, écouter de la musique différente, écrire un journal, faire des photos, peindre ou dessiner… », conseille Isabelle Autissier. « Même des choses auxquelles ils n’ont pas spontanément pensé : il faut se creuser la tête »

5 – Parler chaque jour à quelqu’un

« Assurez-vous de parler chaque jour à quelqu’un de vive voix », insiste Cyprien Verseux. Un avis partagé par Frank de Winne, premier européen à avoir été commandant de l’ISS en 2009. « Les moyens de communication actuels sont un grand avantage, il faut faire l’effort de les utiliser ».

Chaque jour le Belge appelle sa mère de 86 ans, confinée dans un appartement d’une résidence de personne âgée. « En vidéo, pour qu’elle puisse me voir », précise-t-il. Une recommandation également suivie par l’astronaute américain Scott Kelly. « L’isolement nuit non seulement à notre santé mentale, mais aussi à notre santé physique, en particulier à notre système immunitaire », rappelle-t-il.

6 – Gérer les conflits

Si l’on est confiné avec une ou plusieurs autres personnes, apprendre à bien communiquer est la clef, explique l’astronaute américaine Anne McClain. « Exprimez-vous clairement. Ecoutez activement. Reconnaissez vos torts. Ne craignez pas les conflits. Identifiez-les et travaillez pour les résoudre », énumère-t-elle.

« Si quelque chose vous embête, parlez-en, sans agressivité. Parce que si vous étouffez vos émotions, ça va empirer », renchérit Scott Kelly. Evidemment, le maintien de cette bonne entente au sein de son foyer nécessite au préalable de suivre les conseils précédents : garder une bonne hygiène de vie, varier ses activités, veiller à bien dormir.

7 – Ne pas culpabiliser

Quelles que soient les stratégies, « il est normal d’avoir des baisses de moral et de productivité. Ce n’est pas un signe de faiblesse », rassure enfin l’astrobiologiste Cyprien Verseux. « N’ajoutez pas la culpabilité à vos difficultés ».

Pour relativiser et « remettre les choses en perspectives », rien de tel que de tenir un journal, recommande Scott Kelly. « La Nasa étudie les effets de l’isolement sur les humains depuis des décennies, et une découverte surprenante qu’ils ont faite est l’importance de tenir un journal ». Plutôt que de décrire sa journée, le professionnel de l’isolement suggère de « décrire ce que vous vivez à travers vos cinq sens ». Une fois le confinement terminé, cela vous permettra aussi de garder un souvenir de « cette période unique dans l’histoire ».

Reprendre le travail après un burn-out, un long cheminement émotionnel

Newsletter #21
Retourner sur un lieu de travail qui suscite le dégoût ne se fait pas du jour au lendemain. Dean Drobot/Shutterstock

Le burn-out est donc étroitement lié à un processus émotionnel, ce qui implique d’analyser le cheminement vers le retour à la vie professionnelle au prisme de ces émotions. Dès qu’il survient se met en effet en place un dispositif, inconscient ou non, de protection – psychologique et psychique – par rapport à un lieu de travail considéré comme toxique.

L’adaptation au management du modèle théorique de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross sur le processus de deuil est à ce sujet particulièrement éclairant. Si l’on reprend ce modèle par analogie, la période de burn-out correspond aux sept premières étapes.

La courbe du deuil. Le mot du coach

Des étapes identiques à celles du deuil

La première étape, c’est le choc. On arrive à un état physique où, quasiment, le corps ne fonctionne plus, ne répond plus. La personne vit un trop-plein vis-à-vis de son travail, une situation ressentie comme très violente.

Vient ensuite la deuxième étape, celle du déni. C’est une caractéristique des gens victimes de burn-out : les signaux qui indiquent le surmenage ne sont pas entendus, on ne veut pas voir que cela ne va pas malgré l’épuisement caractérisé. C’est là que la personne s’effondre – et ne peut plus faire grand-chose à ce stade, impuissante et dépourvue du moindre contrôle sur les évènements.

Une phase plus ou moins longue de repos est alors nécessaire, au cours de laquelle apparaît – troisième étape – la colère. La colère est une émotion de réparation face à un préjudice, une frustration ou une injustice. On prend ici conscience du fond jusqu’auquel on est descendu, on est en colère contre tout – son travail, son employeur, l’organisation –, on a le sentiment qu’on n’a pas été respecté.

On a également une part de colère contre soi-même, sur laquelle il est fondamental de travailler, d’où l’importance d’un accompagnement et d’un travail psychologique. C’est une étape particulièrement difficile car elle implique un retour sur soi, en l’extériorisant, en mettant des mots dessus. Elle s’accompagne d’une autre émotion, la peur, aux multiples visages en fonction de l’histoire de la personne.

La plupart du temps, les gens reviennent trop tôt au travail – souvent à l’étape de colère ou de la dépression. Il est pourtant crucial d’aller au bout du processus. Autrement, il est impossible de reprendre le travail, la colère, la peur et/ou la tristesse empêchant par exemple tout relationnel satisfaisant, notamment avec ses collègues.

Un travail sur soi avant de reprendre le travail

Reprendre le travail implique donc de ne pas revenir trop vite, d’avoir fait cette traversée, pris un vrai recul et fait un travail sur soi pour comprendre ce qui nous est arrivé. C’est ce qui permet d’aborder les étapes suivantes, si l’on poursuit le parallèle avec la courbe du deuil, de l’acception à la sérénité qui permet d’envisager de nouveaux projets.

L’accompagnement peut faciliter l’indispensable travail sur soi à réaliser avant le retour à la vie professionnelle. Photographee.eu/Shutterstock

Les facteurs de risques du burn-out sont, au niveau organisationnel, la surcharge de travail, la pression temporelle, le faible contrôle sur le travail, les faibles récompenses, le manque d’équité, les conflits de valeur, les demandes contradictoires et le manque de clarté dans les objectifs et les moyens.

Pour aborder la reprise du travail de façon la plus sereine possible, il faut au moins s’être interrogé sur tous ces facteurs et les avoir fait résonner dans sa propre expérience. Par exemple : comment puis-je gérer autrement ma charge de travail ? Ou alors, ai-je besoin de signes de reconnaissance explicites ? Que puis-je faire pour en recevoir ?

Après un burn-out, les choses ne pourront plus jamais être comme avant. Le traumatisme aura créé des changements psychologiques profonds chez la personne. Dans la grande majorité des cas, l’individu observe une forme de distanciation (mécanisme de protection et de mise à distance des émotions) avec le travail, mais aussi dans ses relations avec les autres au travail.

Elle a souvent pu prendre la mesure de ce qui est vraiment important : être vivant et avoir la santé. Elle sait faire ce qui est utile pour elle en termes d’énergie, pour retrouver la joie. Si la joie n’est pas là, c’est que l’on n’est pas au bon endroit.

Il faut ainsi avoir une idée précise de qu’on va mettre en place pour changer sa manière de faire au travail. Quelle est ma part de responsabilité dans ce qui m’est arrivé ? Qu’est-ce que je peux changer ? Par exemple : l’hyperconnexion, via notamment les e-mails ou le travail le week-end. Il faut être capable de mettre des garde-fous pour juguler le stress et l’hyperactivité.

Le burn-out trouve souvent ses origines dans une forme d’addiction au travail, qu’il faut savoir questionner. Il est également essentiel de sortir du triangle dramatique de victime-sauveur-bourreau mis en évidence par Karpman.

Ne plus endosser un statut de victime, au contraire être positif. Ne plus se croire sauveur et prendre conscience qu’on n’est pas irremplaçable – et donc qu’on peut travailler moins. Et ne plus être son propre bourreau, en n’écoutant pas les signaux de fatigue par exemple, en n’étant pas assez bienveillant avec soi-même.

Si le travail sur soi est fondamental, il ne peut résoudre à lui seul l’ensemble des problématiques liées aux interactions humaines. Il faut bien avoir conscience qu’à son retour au travail, les collègues ne vont pas forcément comprendre ce que l’on a vécu. Peut-être d’ailleurs que seules les personnes ayant vécu cette situation peuvent vraiment la comprendre.

Il est donc d’autant plus nécessaire de mettre en place des protections, car l’organisation ne le fera pas forcément. Et se résoudre, dans les cas extrêmes, à changer de travail. Ce changement, s’il est vécu en conscience, pourra alors permettre une réelle renaissance.

Un article de Catherine Pourquier, Professeur de Conduite du Changement, Burgundy School of Business, paru dans La Conversation le 7 mai 2019

Accordez-vous une journée « intouchable » par semaine

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Etre injoignable par quelque moyen que ce soit et par qui que ce soit une fois par semaine vous rendra plus créatif et plus productif.

Je déteste les réunions. Elles m’encombrent l’esprit et occupent inconsciemment mes pensées. Je me sers de carnets pour les préparer. En plein milieu de ma journée de travail, je dois me déplacer pour y assister puis retourner à mon bureau. Et à quoi mènent-elles, ces réunions, la plupart du temps ? Je vous le donne en mille : à encore plus de réunions (lire aussi l’article : « Halte à la folie des réunions ! »).

Lorsque j’étais directeur du développement du leadership chez Walmart, une bonne partie de mes journées était consacrée à des réunions. Comme tout le monde ! Quand j’ai démissionné il y a deux ans pour me mettre à mon compte en tant qu’auteur et conférencier, j’ai cru en avoir fini avec les réunions.

Mais je me trompais.

A présent, j’ai des entretiens et des interviews par téléphone ; des déjeuners avec des agents littéraires et des développeurs web ; des conférences téléphoniques à propos de titres d’ouvrage et de programmes de lancement éditoriaux ; des interviews à la radio et des échanges téléphoniques pour me préparer à des rencontres avec les médias. Et chacune de mes conférences est immanquablement précédée d’une réunion avec le client et l’organisateur afin de clarifier les objectifs de mon intervention et la logistique de l’événement.

On ne se débarrasse jamais vraiment des réunions.

Le problème, cependant, c’est que je suis à présent essentiellement jugé sur ma production créative, alors que je n’ai plus le temps pour ça ! Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. Tandis que le monde devient de plus en plus affairé et que nos téléphones ne cessent de sonner, l’attention et la créativité sont des ressources qui se raréfient (lire aussi la chronique : « Vous voulez être créatif, oubliez la productivité »). Et si vous ne prenez pas le temps d’offrir au monde des choses belles et nouvelles, votre valeur s’en trouve rapidement diminuée.

Avant, je faisais partie de ces gens qui, soit « debout aux aurores », soit « adeptes des nuits blanches », enchaînent les heures de travail pendant que les autres dorment. C’est comme ça que j’ai écrit mille billets de blog en mille jours. Sauf que j’ai fini par comprendre qu’on ne peut rouler sur la voie rapide qu’un certain temps avant de partir dans le décor.

Un moyen pratique d’abattre plus de travail sans y passer plus de temps

J’ai changé. Quand je rentre chez moi, je profite du temps passé avec ma femme et mes deux petits garçons. Rien ne m’est ni ne me sera jamais plus précieux qu’eux, et je doute de la sagacité de ceux qui ne consacrent pas suffisamment de temps à ceux qu’ils aiment. J’ai compris que, ce dont j’avais besoin, c’était de trouver un moyen pratique d’abattre plus de travail sans y passer plus de temps. Un besoin urgent, à vrai dire. Pourquoi ? Parce que dès la première année où je me suis mis à mon compte pour écrire, j’ai commencé à voir ma productivité décliner – alors même que je n’étais plus salarié à plein temps. Un constat non seulement démoralisant, mais aussi embarrassant :

« Alors, il avance bien votre prochain livre ?

– Depuis que je ne travaille plus à plein temps vous voulez dire ? Très mal ! »

J’ai fini par trouver une solution qui, à mon avis, m’a permis de sauver ma carrière, mon temps et ma santé mentale. Si vous lisez ces lignes, je suis prêt à parier qu’elle vous sera utile à vous aussi ; j’ai appelé ça « les journées intouchables ».

Durant ces journées, je suis littéralement injoignable par quelque moyen que ce soit et… par qui que ce soit.

Une arme secrète au service de la créativité et de la productivité

Les journées intouchables sont devenues mon arme secrète pour remettre mon travail sur les rails. C’est dans ces moments-là que je suis le plus créatif et le plus satisfait de ce que je produis. A titre d’exemple, un jour ordinaire, où je m’attelle à l’écriture entre deux réunions, j’atteins peut-être 500 mots, alors qu’il m’arrive d’aller jusqu’à 5000 mots au cours d’une journée intouchable. Ces jours-là, je suis donc dix fois plus productif.

Comment est-ce que j’y parviens ?

Je regarde mon agenda seize semaines à l’avance et, chaque semaine, je bloque une journée qui devient INTOUCHABLE. C’est comme ça que j’écris le mot, en majuscules. INTOUCHABLE. Je n’écris rien d’autre de cette façon, si bien que le terme me saute au visage.

Pourquoi seize semaines à l’avance ? Ce qui importe, ce n’est pas tant le nombre de semaines que de réfléchir à ce qui en est à l’origine. Pour moi, c’est la période qui correspond au calendrier prévisionnel de mes conférences et, surtout, c’est juste avant que quoi que ce soit d’autre ne soit planifié. C’est un instant magique dans mon calendrier. Le moment parfait où planter le petit drapeau INTOUCHABLE sur la journée avant que la place soit occupée par autre chose.

Ces jours-là, je m’imagine assis dans un véhicule blindé, protégé de tous côtés par une armure en plastique de cinq centimètres d’épaisseur. Rien ne peut y pénétrer. Rien ne peut en sortir. Les réunions rebondissent sur le pare-brise. De même que les SMS, les alertes et les appels téléphoniques. Mon téléphone est en mode avion et le Wi-Fi est désactivé sur mon ordinateur portable. Rien ne peut me déranger… et rien ne me dérange.

Mais quid des urgences, me direz-vous.

Pour vous la faire courte, il n’y en a jamais. Voici la version longue : quand ma femme m’a demandé comment faire en cas d’urgence, elle n’a pas apprécié le laïus que je lui ai servi à propos de l’époque où nous n’avions pas de téléphones portables et où nous n’étions pas toujours joignables. Nous avons trouvé un compromis : lorsque j’ai commencé à mettre en place ces journées intouchables, je lui ai dit que j’ouvrirai la porte de mon véhicule blindé pendant une heure au déjeuner. Quand je l’ai fait, j’ai été assailli par dix-sept textos, des douzaines d’e-mails soi-disant urgents et un flot continu d’alertes et de nouvelles générées automatiquement – et très exactement zéro urgence de la part de ma femme. Après quelques mois, nous avons arrêté de le faire et, à la place, je lui ai indiqué où me trouver au besoin. Cela l’a tranquillisée de savoir où appeler ou où venir me chercher en dernier recours, au cas où une catastrophe se produirait.

Cela fait maintenant un an que ce système est en place. Rien de tragique n’est jamais arrivé et nous nous sommes tous deux peu à peu habitués à n’avoir aucun contact durant la journée.

Une journée « intouchable » en pratique

Alors à quoi ressemble une journée intouchable vue de près ?

Selon moi, elle se compose de deux éléments principaux. Il y a d’une part le travail créatif profond. Quand vous entrez dans cette zone, le flux qui vous porte vous permet de faire avancer le gros projet sur lequel vous travaillez étape par étape. A côté de cela, vous avez les grenades ; de petites décharges d’énergie que vous pouvez utiliser pour remettre votre pompe créative en route si jamais elle tombe en panne. Ces moments improductifs et frustrants arrivent à tout le monde, et il importe moins d’essayer de les éviter que de disposer d’un arsenal mental pour y remédier. De quoi se compose le mien ? Aller à la salle de sport pour une séance d’entraînement. Picorer des amandes. Me lever de mon siège et faire le tour du pâté de maisons en courant ou aller me promener dans la nature. Après tout, comme l’a exposé le philosophe Henry David Thoreau : « Je crois qu’il y a un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction. » Ernest Hemingway, quant à lui, a écrit : « Je flânais le long des quais après mon travail, ou quand j’essayais de trouver une idée. Il était plus facile de réfléchir en marchant ou en faisant quelque chose ou en voyant les gens faire quelque chose qui était de leur ressort. » Quoi d’autre ? Méditer pendant dix minutes. Ou changer de lieu de travail. Ou encore, mon remède miracle : désactiver le mode avion pendant dix minutes (en ne réactivant pas les e-mails ni les textos) et laisser des messages téléphoniques à mes parents et mes amis proches pour leur dire que je les aime. Cela fonctionne à tous les coups et me permet de me remettre rapidement à travailler parce que, pour être honnête, plus personne ne répond au téléphone.

Mais que se passe-t-il en cas d’accrochage avec ma voiture blindée ? Par exemple, lorsque l’on me propose une conférence incroyable ou que quelqu’un de beaucoup plus important que moi n’est disponible pour une rencontre que ce jour-là ? Drapeau rouge : ma journée intouchable est menacée. Que faire ?

J’applique une règle simple. Les journées intouchables ne peuvent être annulées mais peuvent glisser d’une journée à une autre entre les bornes que constituent les week-ends. Mais elles ne peuvent être repoussées à une autre semaine. Elles comptent plus que tout pour moi, et si elles doivent être déplacées d’un mercredi à un jeudi ou un vendredi, cela me convient, même si je dois décaler quatre réunions pour ce faire. La beauté de cette approche, c’est qu’une fois le drapeau « Journée intouchable » planté dans mon agenda, votre esprit enregistre son caractère indélébile. Les résultats sont immédiats : dès ce dispositif mis en place, vous vous sentirez profondément revigoré d’un point de vue créatif.

Avant que je ne le mette en place, je faisais du surplace : j’écrivais des articles, je donnais des conférences, mais il me manquait quelque chose. Quand j’ai mis en œuvre le système des jours intouchables en 2017, quelque chose de magique s’est produit. J’ai rédigé une étude de 50 000 mots, j’ai écrit et commencé à donner une conférence d’une heure, j’ai rédigé des propositions pour mes trois prochains ouvrages et j’ai planifié de A à Z et commencé à enregistrer une nouvelle émission en podcast – tout en continuant à voyager et à donner plus de conférences que jamais.

Après une année de mise en pratique de ce système, est-ce que je persiste à programmer une journée intouchable chaque semaine ?

La réponse est non.

A présent, j’en programme deux.

Un article de Neil Pasricha paru le 15/05/2018 sur le site de la Harvard Business Review France

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Tao : la voie du bon sens

Newsletter #24

Privilégier l’être au paraître, écouter sa nature profonde, s’accorder à l’univers… L’enseignement de Lao Tseu n’a jamais été si moderne. Quelques principes simples pour vivre sereinement.

Tao… trois lettres pour dire l’axe central de l’univers, « d’où tout part et où tout revient ». Trois lettres pour une philosophie orientale qui va bien à notre époque. Certains d’entre nous la pratiquent peut-être sans le savoir, car cette doctrine ancestrale donne des clés pour vivre dans l’énergie, la prospérité et l’authentique. Moins connue que le bouddhisme, souvent confondue avec le zen, le tao nous indique « ce qui marche » pour favoriser la vie. « Il émousse ce qui tranche, démêle les nœuds, discerne dans la lumière, assemble ce qui, poussière, se disperse », écrivait son fondateur Lao Tseu. Le sinologue Cyrille Javary est plus direct : « Tao veut dire “voie”, mais on pourrait presque le traduire par “machin”, explique-t-il. Avec lui, les Chinois ont inventé le pragmatisme souriant. » Voici huit principes du tao. A utiliser sans modération.

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Rechercher l’essence, fuir l’apparence

« Celui qui ne perd pas sa racine peut durer », Lao Tseu

Les taoïstes ont recherché la véritable nature des choses, une démarche qui invite à aller au-delà des apparences. Ainsi, en plein mois de novembre, les Chinois voient déjà le printemps. Ils savent qu’il faut retourner la terre pour préparer les futures floraisons. Le tao privilégie l’être au paraître. « Un taoïste aujourd’hui recherche la simplicité en tout. Aux meubles alambiqués, il préfère la beauté d’un bois brut, explique Gérard Edde, auteur du Chemin du tao(La Table ronde). Aux vêtements synthétiques, la pureté du coton. »

Savoir que l’on est relié au monde et que les rythmes du monde sont en soi…

« Grand est le ciel, grande est la Terre, grand, l’être » « Tao Te King », 25

Le tao offre la vision d’un monde holistique, car il part de l’existence d’un flux d’énergie commun, le « ch’i », qui baigne aussi bien le soleil, les planètes que chaque être humain. « Tout homme, parce qu’il se sait en interaction avec toute chose vivante, se sent donc à sa place dans l’univers », explique Galya Ortega, spécialiste du massage taoïste. Cette conscience du ch’i est à la base de nombreuses techniques aujourd’hui très prisées : le feng shui, qui cherche à harmoniser le ch’i d’une habitation avec l’énergie des personnes qui y vivent, ou l’acupuncture, qui travaille sur les points énergétiques du corps afin d’accorder le « climat intérieur » de chaque individu avec la saison qui arrive, et prévenir ainsi les maladies.

En toute chose, reconnaître la danse du yin et du yang

« Le yin est ce qui a envie de devenir yang, et le yang, ce qui a envie de devenir yin », Cyrille Javary

Vivre le tao, c’est avoir conscience de ces deux énergies contraires, nées du vide primordial et qui se relaient sans cesse : le yang – qui correspond à la dureté, la masculinité, l’action, l’être, la lumière – succède au yin, qui incarne le féminin, la douceur, la passivité, les ténèbres, le non-être, la nuit. Dans toute situation, l’une de ces forces succédera à l’autre. Aussi, pour trouver l’harmonie, on recherchera sans cesse le point d’équilibre entre les deux. En cuisine, on élaborera des menus qui associent aliments yin (sucre, fruits, légumes verts, etc.) et yang (viande, œufs, fruits de mer, etc.). Dans la vie quotidienne, on alternera des temps de repos (yin) et d’action (yang), de retour à soi (yin) et d’extériorisation (yang). « Et le tao nous rappelle que se retirer, attitude très yin, peut aussi être une stratégie puissante, car c’est ce qui permet de restaurer l’énergie yang », affirme Cyrille Javary. Parfois donc, reculer, c’est progresser.

S’accorder aux cycles

« Les quatre saisons changent et se transforment continuellement l’une en l’autre. C’est ainsi qu’elles peuvent accomplir la durée du temps » « Yi King », hexagramme 32

Toute chose vivante est soumise à des cycles de destruction et de régénération. Les événements n’échappent pas à cette loi de la mutation : chaque aventure de la vie a ses propres temps d’action et d’immobilisation. La thérapeute américaine Diane Dreher, auteur de The Tao of Womanhood (Quill, New York) affirme que « la sagesse, c’est de savoir reconnaître la fin d’un cycle, de ne pas se battre contre l’incontournable et de savoir quand bouger ». Dans la journée, par exemple, à quelle heure nous sentons-nous au top de notre énergie ? A quel moment décline-t-elle ? Selon Diane Dreher, nous sommes plongés dans la confusion quand nous avons négligé de repérer à quel moment de son cycle en est telle ou telle relation affective ou situation professionnelle qui nous pose problème. Le tao peut alors se faire réconfortant puisqu’il nous chuchote à l’oreille : « Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps. »

Résoudre les oppositions

« Sous la pluie, voir le soleil brillant. Dans les flammes, boire à la source fraîche », Anonyme

Pour nous cartésiens, qui pensons en termes de bien ou mal, noir ou blanc, le tao permet de délier les conflits cornéliens qui nous emprisonnent. « Le un se divise toujours en deux » : toute situation se déliera à un moment en une situation yin et une situation yang, rien dans la vie n’est univoque. Le tao nous propose donc de pratiquer la double vision. William Martin, auteur d’un bréviaire taoïste à l’usage des parents d’aujourd’hui (Parents’s Tao Te King – Marlowe and Company, New York), invite à prendre en compte cette dialectique des antagonismes dans l’éducation d’un enfant : « Si vous voulez que vos enfants soient généreux, vous devez d’abord les autoriser à être égoïstes. Si vous voulez qu’ils soient disciplinés, vous devez d’abord les laisser être spontanés. […] Une qualité ne peut être pleinement apprise sans la pleine compréhension de son opposé. »

S’asseoir et oublier

« Le sage rejette toute influence et demeure centré » « Tao Te King », 12

L’un des écrivains taoïstes les plus créatifs, Doctor Barefoot, se définit comme un « guerrier spirituel » (Guerrier urbain, manuel de survie spirituelle – J’ai lu). Individualiste, il méprise la politique car il sait que le travail intérieur prime sur tout et que pour agir en accord avec le tao, il faut d’abord être à l’écoute de sa nature profonde. « N’oubliez jamais : tout ce que vous voyez à la télévision, tout ce que vous lisez sur le Net, dans la presse ou dans les livres, tout ce que vous entendez à la radio, tout (y compris mon guide) est la pensée d’un autre. » Pour lui comme pour les ermites du VIe siècle avant J-C, la sagesse vient de l’intuition intérieure. Pour contacter celle-ci, une seule voie : entrer dans le silence intérieur et méditer. « C’est la “voie de l’eau”, explique Gérard Edde. On ne médite pas pour gagner plus de sagesse ou de sérénité mais, au contraire, on s’assoit pour perdre chaque jour quelque chose : une idée erronée, un mauvais comportement, une émotion conflictuelle… et ainsi rejoindre l’unité primordiale. »

Vivre l’acte sexuel comme un puissant échange énergétique

« Pendant l’amour, l’homme prend le yin qui lui manque et la femme, le yang dont elle a besoin », Gérard Edde

Aujourd’hui, le « tao sexuel » apparaît comme une invitation à l’extase perpétuelle. En réalité, si les ermites du VIe siècle avant J-C ont mis au point ces techniques sophistiquées d’union sexuelle – qu’ils pratiquaient avec des prostituées et suivant un calendrier très précis –, c’était avant tout pour purifier leur énergie vitale. Rien de romantique donc, dans cette pratique qui, comme le qi gong ou la méditation, a pour but essentiel de favoriser l’union avec le tao : « La maîtrise et la rigueur nécessaires aux amants étaient liées à leur manque de passion amoureuse », analyse Gérard Edde. L’acte sexuel est vécu comme un puissant moment d’échange énergétique, ayant à ce titre des répercussions sur toute la vie : « Lorsque votre énergie sexuelle circule librement dans tout le corps (et pas seulement dans les parties génitales), vous vous sentez plus élevé spirituellement et davantage connecté à vos impulsions », déclare Doctor Barefoot.

Apprendre à « nourrir la vie »

« Les hommes d’autrefois respiraient profondément jusqu’aux talons », Tchouang Tseu

Les premiers taoïstes, qui affirmaient leur désir d’atteindre l’immortalité, ont mis au point des centaines de techniques de régénération interne. Ces pratiques millénaires n’ont pas bougé d’un pouce. Vivre dans le tao, à notre époque, revient encore à prendre conscience de l’énergie vitale qui est en soi et à la faire fructifier grâce à ces techniques raffinées : taï-chi, qi gong (les « gymnastiques de santé »), massages taoïstes, médecine chinoise préventive, acupuncture, respiration énergétique, etc. Aujourd’hui, les cours permettant de s’initier fourmillent. Mais n’oublions pas le défi essentiel sur lequel elles ont été conçues : chacun doit savoir se régénérer, et devenir ainsi de plus en plus autonome. A chacun son tao, donc.

Confucius remis en question

Le taoïsme est un courant philosophique né dans le sud de la Chine au VIe siècle avant J-C. La doctrine de Confucius avait alors le monopole en matière de pensée. Concernant aussi bien les mœurs que la politique, cet ordre établi du « bien pensant » fut remis en question par Lao Tseu (Vieille Oreille longue). Ancien conseiller de la cour royale, celui-ci refusa de cautionner plus longtemps le pouvoir impérial qu’il jugeait décadent, quitta la société et entreprit un voyage au cours duquel il écrivit le “Tao Te King” (“Le Livre de la voie et de la vertu”). Ce texte fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un chapitres. Les deux autres pères du taoïsme sont Tchouang Tseu et Lie Yukou.

Un article de Pascale Senk du 7 Février 2019 sur Psychologies.com

Comment pratiquer la pleine conscience durant votre journée de travail

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L’objectif ? Etre plus efficace en écartant tout ce qui encombre votre esprit et réduit votre concentration.

Vous ne connaissez sans doute que trop bien ce sentiment : vous arrivez au bureau avec un planning précis pour la journée puis, comme s’il ne s’était écoulé qu’un instant, vous vous retrouvez sur le chemin du retour. Neuf ou dix heures ont passé, mais vous n’avez accompli que quelques-unes de vos priorités. Et très probablement, vous n’arrivez même pas à vous souvenir avec précision de ce que vous avez fait au cours de la journée. Si cela vous semble familier, ne vous inquiétez pas : vous n’êtes pas seul dans ce cas. Des études montrent que les individus passent près de 47% de leurs heures de veille à penser à autre chose qu’à ce qu’ils font. Autrement dit, un grand nombre d’entre nous fonctionne en pilotage automatique.

Ajoutez à cela que nous sommes entrés dans ce que d’aucuns appellent l’« économie de l’attention ». Dans l’économie de l’attention (nouvelle branche des sciences économiques et de gestion qui traite l’attention comme une ressource rare, NDLR), la capacité à rester concentré est toute aussi importante que les compétences techniques et managériales. Et parce que les leaders doivent être capables d’assimiler et de synthétiser un flot croissant d’informations pour prendre de bonnes décisions, ils sont particulièrement concernés par cette tendance émergente.

La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez entraîner votre cerveau à mieux se concentrer en intégrant des exercices de pleine conscience dans votre journée. Sur la base de l’expérience que nous avons menée avec des milliers de dirigeants dans plus de 250 entreprises, voici quelques lignes directrices pour devenir un leader plus concentré et plus attentif.

Une réaction instinctive de lutte ou de fuite

Tout d’abord, commencez bien la journée. Les chercheurs ont constaté que nous libérons la plupart des hormones de stress dans les minutes qui suivent le réveil. Pourquoi ? Parce que la perspective de la journée qui s’annonce déclenche une réaction instinctive de lutte ou de fuite, et libère du cortisol dans notre sang. A la place, essayez ceci : lorsque vous vous réveillez, restez deux minutes dans votre lit en observant simplement votre respiration. Quand des pensées sur la journée surgissent dans votre esprit, laissez-les filer et revenez à votre respiration.

Ensuite, lorsque vous arrivez à votre travail, avant de vous plonger dans votre activité, prenez dix minutes dans les transports ou à votre bureau pour stimuler votre cerveau grâce à ce bref exercice de pleine conscience : fermez les yeux, détendez-vous et tenez-vous droit. Concentrez-vous entièrement sur votre respiration. Maintenez simplement une attention continue sur votre respiration : inspirez, expirez ; inspirez, expirez. Pour mieux vous concentrer sur votre respiration, comptez silencieusement à chaque expiration. Si vous sentez que votre esprit est distrait, ramenez votre attention sur votre souffle. Le plus important : accordez-vous la permission de profiter de ces quelques minutes. Pendant le reste de la journée, différentes personnes et des urgences diverses lutteront entre elles pour obtenir votre attention. Mais durant ces dix minutes, votre attention est toute à vous.

Focalisation et lucidité

Une fois que vous avez terminé cet exercice et que vous êtes prêt à vous mettre au travail, la pleine conscience peut vous aider à améliorer votre efficacité. Deux aptitudes définissent un esprit conscient : la focalisation et la lucidité. La focalisation est la capacité à se concentrer sur ce que vous faites dans le moment présent, tandis que la lucidité est la capacité à identifier et à écarter tout ce qui peut s’apparenter à des distractions inutiles. Sachez que la pleine conscience n’est pas simplement une pratique sédentaire ; il s’agit de développer un esprit clair et aiguisé. Et la pleine conscience en action est une excellente alternative à la pratique illusoire du multitâche. Travailler de façon pleinement consciente signifie appliquer les principes de focalisation et de lucidité à tout ce vous faites dès l’instant où vous entrez dans le bureau. Focalisez-vous sur la tâche à accomplir et chassez les distractions intérieures et extérieures au fur et à mesure qu’elles se présentent. De cette manière, la pleine conscience permet d’accroître l’efficacité, de réduire les erreurs et même de donner libre cours à la créativité.

Pour mieux comprendre le pouvoir de la focalisation et de la lucidité, prenons l’exemple d’un fléau qui nous touche presque tous : l’addiction à l’e-mail. Les e-mails ont une réelle capacité à détourner notre attention et de la rediriger vers des tâches d’une priorité moindre car exécuter rapidement de petites tâches libère de la dopamine, une hormone agréable, dans notre cerveau. Ce phénomène nous rend dépendants des e-mails et compromet notre concentration. Au lieu de cela, appliquez la pleine conscience quand vous ouvrez votre boîte de réception. Focalisez-vous sur ce qui est important et restez lucide sur ce qui n’est rien d’autre que des interférences. Pour mieux commencer la journée, évitez de consulter vos e-mails dès votre réveil. Vous éviterez ainsi un déferlement de distractions et de problèmes à gérer à court terme, à ce moment de la journée qui présente un potentiel considérable de concentration et de créativité.

Apprenez à garder le silence

Alors que la journée commence et avec elle ses inévitables réunions à la chaîne, la pleine conscience peut vous aider à animer des rencontres plus courtes et plus efficaces. Pour ne pas entrer dans une réunion avec l’esprit ailleurs, prenez deux minutes en cours de route pour pratiquer la pleine conscience. Encore mieux, gardez le silence durant les deux premières minutes de la réunion, permettant ainsi à chacun d’arriver physiquement et mentalement. Ensuite, dans la mesure du possible, levez la séance cinq minutes avant l’heure afin de laisser à tous les participants une période de transition « consciente » avant leur prochain rendez-vous.

A mesure que les heures s’écoulent et que votre cerveau donne les premiers signes de fatigue, la pleine conscience peut vous aider à rester vigilant et ne pas prendre les mauvaises décisions. Après le déjeuner, programmez la minuterie de votre téléphone pour qu’il sonne à chaque heure. Cessez toute activité et pratiquez pendant une minute la pleine conscience. Ces pauses délibérées vous éviteront d’avoir recours au pilotage automatique et de tomber dans l’addiction à l’action.

Enfin, lorsque la journée s’achève et que vous regagnez votre domicile, faites appel à la pleine conscience. Pendant au moins dix minutes durant le trajet, éteignez votre téléphone, fermez la radio et concentrez-vous sur vous-même. Evacuez toutes les pensées qui surgissent. Soyez à l’écoute de votre respiration. Vous vous débarrasserez ainsi du stress de la journée de manière à être pleinement présent avec votre famille lorsque vous rentrez chez vous.

La pleine conscience ne consiste pas à vivre au ralenti. Il s’agit d’accroître ses capacités de concentration et sa lucidité au travail comme dans la vie. Il s’agit aussi d’écarter les distractions et de ne pas perdre de vue ses objectifs à la fois personnels et organisationnels. Prenez le contrôle de votre pleine conscience : testez ces conseils pendant deux semaines et voyez ce qu’ils vous apportent.

Article de Jacqueline Carter et Rasmus Hougaard paru le 7/3/2018 sur le site de la Harvard Business Review France

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Longevity, Kung Fu & Time Travel

Newsletter #15
By Shi Deru (a.k.a. Shawn Xiangyang Liu).

Un article de Hakim Mamoni

A few years ago, I gained the motivation to train everyday after being taught to time travel by a Kung Fu master in China. Today, it‘s your turn…

Between 2006 and 2013, I was fortunate to live in the province of Sichuan, deep in the heart of mainland China. When my wife and I landed in Chengdu airport, on a cold winter day in March 2006, neither of us spoke Mandarin and we knew relatively little about the local culture. How we ended up in the city of Chengdu is a story for some other time, but upon our arrival we found ourselves instantly surrounded by 10+ million Chinese people, most of whom spoke little to no English. At first, the culture shock was intense, even though we had spent the previous year in South East Asia. Looking back, I realise that this was a small price to pay for the unique opportunities we encountered. What I learned there during those years helped me tremendously in many ways. One important lesson was how to regain and keep control over my own health.

Longevity

Chinese culture is an ancient one and an important part of it focuses on health and longevity. In every city, you find apothecaries packed with pots and jars filled with dried herbs, roots, mushrooms, insects and other wonders. In every neighbourhood, you can see elders taking care of their grandkids, or playing mah-jong, or doing all kinds of physical activities. In the early hours, you can see them practicing Tai Chi in public parks. In the afternoon, you can see them exercising in public “gyms”. In the evening, you can see them dancing in public squares. To my surprise, I never saw a mobility scooter or a Zimmer frame. Most Chinese elders can move around without mechanical assistance. In many ways, they are far healthier than their western counterparts. Most of them are mobile, flexible and some keep strong. One of their longevity secret begins with the knowledge of Qi.

Qi better known as ‘Prana’ in Hinduism or ‘Life Force’ in the West, is the central underlying principle in both Chinese traditional medicine and Chinese martial arts. It is described as a vital energy whose flow must be balanced for good health and longevity. Qi Gong, the practice of cultivating and balancing Qi, consists of gentle flowing movements and breathing exercises.

Prior to going to China, I was aware of Qi. My Judo teacher had introduced it to me from the age of 7. This idea has been forever popular across Asia, from India to Japan. But, it’s while I lived in China that, for the first time, I could see with my own eyes the stark difference in health between a population who had cultivated their Qi throughout their lives and one who had not. On one hand, most Chinese elders continue to use their ancient knowledge of Qi to keep themselves healthy. On the other hand, very few people in the West are aware of it and consequently most of them loose their flexibility and mobility much earlier in life.

Kung Fu

 

Whilst living in Chengdu, I had the immense honour to learn more about Qi from a true Kung Fu master, Shifu Li Quan. To this day, I have not met anyone as passionate and as dedicated to martial arts as he is. For many years, he travelled across China to perfect his skills. Over the last decades, he has taught Kung Fu to soldiers, police officers, bodyguards and civilians. Since 2008, his school in Chengdu, Kung Fu Family, welcomes students from all around the world. Our paths crossed only briefly but I will forever be grateful for all he has taught me.

One of the first things I learned for Shifu Li Quan was the meaning of the word Kung Fu ( Chinese: 功夫; Pinyin: gōngfu). To my surprise, he revealed that it simply means ‘practice’. It also means time, effort, achievement, skill, art and workmanship but most importantly, it means practice. Not just in respect to martial arts, but in respect to any acquired skill. Kung Fu applies to calligraphy, painting, playing music, or even cooking. Practice. Practice. Practice. Everyday you must practice!

One day after training, Li Quan told us a story that has stayed with me ever since. He told us of a man he had met during his travels across China. That man began learning Kung Fu much later in life than most, in his early fifties. But his dedication to training was as strong as that of younger students. And for years, he trained every day. When Li Quan met him, the man was in his seventies and after twenty years of daily practice, he had become a Kung Fu master. And even in what would be considered old age, he was healthy, agile, fast, and strong.

Those of you who have read the book ‘Outliers’ by Macolm Gladwell will be familiar with the 10,000 hours rule: it takes on average 10,000 hours of practice for anyone to master a skill. If you train for one hour every day, it will take just over 27 years. If you train for three hours every day, it will take just over nine years to become a master. Well in my opinion, Malcom Gladwell simply rediscovered in 2008 something Chinese people have known and used for thousands of years.

Time Travel

Now, let me show you how time-travel can help you stay motivated to get out of your comfort zone every day and exercise. Use this technique next time you’re sitting at work or at home and you’re struggling to get up and go for a walk, a run, a swim, or whatever exercise you may have in mind. But, before I begin, I invite you to first see for yourself what I witnessed first hand in public “gyms” found all across China. Please have a look at the brief video below (3min33sec) uploaded by Youtube User The Strenth Project. I would really like for you to understand what your future could look like…

Let’s begin. First, we are going to leap forward in time. To your 75th birthday, to be precise. Please close your eyes and project yourself into the future you desire. You saw in the above video what is achievable. What do you wish for? How healthy would you like to be on that birthday? Would you like to be able to walk, run, jump and play in the park with your kids and grandkids? Close your eyes and for the next few seconds, simply imagine just how mobile, flexible, agile and strong you would like to be on your birthday…

Now pause there for a second and ask yourself this simple question: If the day before your 75th, you were capable of doing all that you wished for because you were practicing doing it, how likely would your wish be granted the next day?

Most likely. Wouldn’t you agree?

Next, we are going to start moving back in time. But not too fast at first. Let’s roll back to the day before your 75th. Pause there for a second and ask yourself the same question: If the previous day, you were practicing all that you wished for, how likely would your wish be granted on the day before your 75th? Most likely too.

Now you get the gist, roll back time always asking the same question. Day by day at first, then weeks, then months and finally years. Don’t roll back all the way to today though. We don’t want you to experience one of those awful time-travelling paradoxes.

Roll back to exactly one year from now and stop there. Ask yourself this question: One year from today, considering how regularly you currently exercise, how likely will you be as mobile, flexible, agile, and strong as you wished to be for your 75th?

Most likely? If so, that’s great. You must be training regularly already. If not, it’s never too late. You know what to do: practice, practice, practice. Everyday remember the true life story of the fifty year old Chinese man who became a Kung Fu master in his seventies.

A Secret Hidden In Plain Sight

Qi is the key to time travel and longevity. All across Asia, many eastern elders know and embody that secret. Exercising is akin to sending Qi life force to your future self. Once you begin to do it regularly, you build up your ability to send vital energy further and further into your future. Exercising regularly will make your future self faster, stronger, healthier, more mobile and more agile. It will help you live longer.

And for anyone who has been thinking about exercising more regularly, I strongly recommend to begin with 10 minutes of Qi Gong every morning. It’s easy and anyone can do it. Check out the video below.

This is one of the path to longevity. One that has been practiced every day by millions of people for thousands of years. If you are interested in becoming one of the lucky super agers, I invite to consider entering the Optimum Health Challenge.

Live Long & Prosper. 🙂

Un article de Hakim Mamoni , SuiviFounder @ Optimizing Health, Fellow @ Anthemis Jan 29