Accordez-vous une journée « intouchable » par semaine

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Etre injoignable par quelque moyen que ce soit et par qui que ce soit une fois par semaine vous rendra plus créatif et plus productif.

Je déteste les réunions. Elles m’encombrent l’esprit et occupent inconsciemment mes pensées. Je me sers de carnets pour les préparer. En plein milieu de ma journée de travail, je dois me déplacer pour y assister puis retourner à mon bureau. Et à quoi mènent-elles, ces réunions, la plupart du temps ? Je vous le donne en mille : à encore plus de réunions (lire aussi l’article : « Halte à la folie des réunions ! »).

Lorsque j’étais directeur du développement du leadership chez Walmart, une bonne partie de mes journées était consacrée à des réunions. Comme tout le monde ! Quand j’ai démissionné il y a deux ans pour me mettre à mon compte en tant qu’auteur et conférencier, j’ai cru en avoir fini avec les réunions.

Mais je me trompais.

A présent, j’ai des entretiens et des interviews par téléphone ; des déjeuners avec des agents littéraires et des développeurs web ; des conférences téléphoniques à propos de titres d’ouvrage et de programmes de lancement éditoriaux ; des interviews à la radio et des échanges téléphoniques pour me préparer à des rencontres avec les médias. Et chacune de mes conférences est immanquablement précédée d’une réunion avec le client et l’organisateur afin de clarifier les objectifs de mon intervention et la logistique de l’événement.

On ne se débarrasse jamais vraiment des réunions.

Le problème, cependant, c’est que je suis à présent essentiellement jugé sur ma production créative, alors que je n’ai plus le temps pour ça ! Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. Tandis que le monde devient de plus en plus affairé et que nos téléphones ne cessent de sonner, l’attention et la créativité sont des ressources qui se raréfient (lire aussi la chronique : « Vous voulez être créatif, oubliez la productivité »). Et si vous ne prenez pas le temps d’offrir au monde des choses belles et nouvelles, votre valeur s’en trouve rapidement diminuée.

Avant, je faisais partie de ces gens qui, soit « debout aux aurores », soit « adeptes des nuits blanches », enchaînent les heures de travail pendant que les autres dorment. C’est comme ça que j’ai écrit mille billets de blog en mille jours. Sauf que j’ai fini par comprendre qu’on ne peut rouler sur la voie rapide qu’un certain temps avant de partir dans le décor.

Un moyen pratique d’abattre plus de travail sans y passer plus de temps

J’ai changé. Quand je rentre chez moi, je profite du temps passé avec ma femme et mes deux petits garçons. Rien ne m’est ni ne me sera jamais plus précieux qu’eux, et je doute de la sagacité de ceux qui ne consacrent pas suffisamment de temps à ceux qu’ils aiment. J’ai compris que, ce dont j’avais besoin, c’était de trouver un moyen pratique d’abattre plus de travail sans y passer plus de temps. Un besoin urgent, à vrai dire. Pourquoi ? Parce que dès la première année où je me suis mis à mon compte pour écrire, j’ai commencé à voir ma productivité décliner – alors même que je n’étais plus salarié à plein temps. Un constat non seulement démoralisant, mais aussi embarrassant :

« Alors, il avance bien votre prochain livre ?

– Depuis que je ne travaille plus à plein temps vous voulez dire ? Très mal ! »

J’ai fini par trouver une solution qui, à mon avis, m’a permis de sauver ma carrière, mon temps et ma santé mentale. Si vous lisez ces lignes, je suis prêt à parier qu’elle vous sera utile à vous aussi ; j’ai appelé ça « les journées intouchables ».

Durant ces journées, je suis littéralement injoignable par quelque moyen que ce soit et… par qui que ce soit.

Une arme secrète au service de la créativité et de la productivité

Les journées intouchables sont devenues mon arme secrète pour remettre mon travail sur les rails. C’est dans ces moments-là que je suis le plus créatif et le plus satisfait de ce que je produis. A titre d’exemple, un jour ordinaire, où je m’attelle à l’écriture entre deux réunions, j’atteins peut-être 500 mots, alors qu’il m’arrive d’aller jusqu’à 5000 mots au cours d’une journée intouchable. Ces jours-là, je suis donc dix fois plus productif.

Comment est-ce que j’y parviens ?

Je regarde mon agenda seize semaines à l’avance et, chaque semaine, je bloque une journée qui devient INTOUCHABLE. C’est comme ça que j’écris le mot, en majuscules. INTOUCHABLE. Je n’écris rien d’autre de cette façon, si bien que le terme me saute au visage.

Pourquoi seize semaines à l’avance ? Ce qui importe, ce n’est pas tant le nombre de semaines que de réfléchir à ce qui en est à l’origine. Pour moi, c’est la période qui correspond au calendrier prévisionnel de mes conférences et, surtout, c’est juste avant que quoi que ce soit d’autre ne soit planifié. C’est un instant magique dans mon calendrier. Le moment parfait où planter le petit drapeau INTOUCHABLE sur la journée avant que la place soit occupée par autre chose.

Ces jours-là, je m’imagine assis dans un véhicule blindé, protégé de tous côtés par une armure en plastique de cinq centimètres d’épaisseur. Rien ne peut y pénétrer. Rien ne peut en sortir. Les réunions rebondissent sur le pare-brise. De même que les SMS, les alertes et les appels téléphoniques. Mon téléphone est en mode avion et le Wi-Fi est désactivé sur mon ordinateur portable. Rien ne peut me déranger… et rien ne me dérange.

Mais quid des urgences, me direz-vous.

Pour vous la faire courte, il n’y en a jamais. Voici la version longue : quand ma femme m’a demandé comment faire en cas d’urgence, elle n’a pas apprécié le laïus que je lui ai servi à propos de l’époque où nous n’avions pas de téléphones portables et où nous n’étions pas toujours joignables. Nous avons trouvé un compromis : lorsque j’ai commencé à mettre en place ces journées intouchables, je lui ai dit que j’ouvrirai la porte de mon véhicule blindé pendant une heure au déjeuner. Quand je l’ai fait, j’ai été assailli par dix-sept textos, des douzaines d’e-mails soi-disant urgents et un flot continu d’alertes et de nouvelles générées automatiquement – et très exactement zéro urgence de la part de ma femme. Après quelques mois, nous avons arrêté de le faire et, à la place, je lui ai indiqué où me trouver au besoin. Cela l’a tranquillisée de savoir où appeler ou où venir me chercher en dernier recours, au cas où une catastrophe se produirait.

Cela fait maintenant un an que ce système est en place. Rien de tragique n’est jamais arrivé et nous nous sommes tous deux peu à peu habitués à n’avoir aucun contact durant la journée.

Une journée « intouchable » en pratique

Alors à quoi ressemble une journée intouchable vue de près ?

Selon moi, elle se compose de deux éléments principaux. Il y a d’une part le travail créatif profond. Quand vous entrez dans cette zone, le flux qui vous porte vous permet de faire avancer le gros projet sur lequel vous travaillez étape par étape. A côté de cela, vous avez les grenades ; de petites décharges d’énergie que vous pouvez utiliser pour remettre votre pompe créative en route si jamais elle tombe en panne. Ces moments improductifs et frustrants arrivent à tout le monde, et il importe moins d’essayer de les éviter que de disposer d’un arsenal mental pour y remédier. De quoi se compose le mien ? Aller à la salle de sport pour une séance d’entraînement. Picorer des amandes. Me lever de mon siège et faire le tour du pâté de maisons en courant ou aller me promener dans la nature. Après tout, comme l’a exposé le philosophe Henry David Thoreau : « Je crois qu’il y a un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction. » Ernest Hemingway, quant à lui, a écrit : « Je flânais le long des quais après mon travail, ou quand j’essayais de trouver une idée. Il était plus facile de réfléchir en marchant ou en faisant quelque chose ou en voyant les gens faire quelque chose qui était de leur ressort. » Quoi d’autre ? Méditer pendant dix minutes. Ou changer de lieu de travail. Ou encore, mon remède miracle : désactiver le mode avion pendant dix minutes (en ne réactivant pas les e-mails ni les textos) et laisser des messages téléphoniques à mes parents et mes amis proches pour leur dire que je les aime. Cela fonctionne à tous les coups et me permet de me remettre rapidement à travailler parce que, pour être honnête, plus personne ne répond au téléphone.

Mais que se passe-t-il en cas d’accrochage avec ma voiture blindée ? Par exemple, lorsque l’on me propose une conférence incroyable ou que quelqu’un de beaucoup plus important que moi n’est disponible pour une rencontre que ce jour-là ? Drapeau rouge : ma journée intouchable est menacée. Que faire ?

J’applique une règle simple. Les journées intouchables ne peuvent être annulées mais peuvent glisser d’une journée à une autre entre les bornes que constituent les week-ends. Mais elles ne peuvent être repoussées à une autre semaine. Elles comptent plus que tout pour moi, et si elles doivent être déplacées d’un mercredi à un jeudi ou un vendredi, cela me convient, même si je dois décaler quatre réunions pour ce faire. La beauté de cette approche, c’est qu’une fois le drapeau « Journée intouchable » planté dans mon agenda, votre esprit enregistre son caractère indélébile. Les résultats sont immédiats : dès ce dispositif mis en place, vous vous sentirez profondément revigoré d’un point de vue créatif.

Avant que je ne le mette en place, je faisais du surplace : j’écrivais des articles, je donnais des conférences, mais il me manquait quelque chose. Quand j’ai mis en œuvre le système des jours intouchables en 2017, quelque chose de magique s’est produit. J’ai rédigé une étude de 50 000 mots, j’ai écrit et commencé à donner une conférence d’une heure, j’ai rédigé des propositions pour mes trois prochains ouvrages et j’ai planifié de A à Z et commencé à enregistrer une nouvelle émission en podcast – tout en continuant à voyager et à donner plus de conférences que jamais.

Après une année de mise en pratique de ce système, est-ce que je persiste à programmer une journée intouchable chaque semaine ?

La réponse est non.

A présent, j’en programme deux.

Un article de Neil Pasricha paru le 15/05/2018 sur le site de la Harvard Business Review France

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Tao : la voie du bon sens

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Privilégier l’être au paraître, écouter sa nature profonde, s’accorder à l’univers… L’enseignement de Lao Tseu n’a jamais été si moderne. Quelques principes simples pour vivre sereinement.

Tao… trois lettres pour dire l’axe central de l’univers, « d’où tout part et où tout revient ». Trois lettres pour une philosophie orientale qui va bien à notre époque. Certains d’entre nous la pratiquent peut-être sans le savoir, car cette doctrine ancestrale donne des clés pour vivre dans l’énergie, la prospérité et l’authentique. Moins connue que le bouddhisme, souvent confondue avec le zen, le tao nous indique « ce qui marche » pour favoriser la vie. « Il émousse ce qui tranche, démêle les nœuds, discerne dans la lumière, assemble ce qui, poussière, se disperse », écrivait son fondateur Lao Tseu. Le sinologue Cyrille Javary est plus direct : « Tao veut dire “voie”, mais on pourrait presque le traduire par “machin”, explique-t-il. Avec lui, les Chinois ont inventé le pragmatisme souriant. » Voici huit principes du tao. A utiliser sans modération.

Rechercher l’essence, fuir l’apparence

« Celui qui ne perd pas sa racine peut durer », Lao Tseu

Les taoïstes ont recherché la véritable nature des choses, une démarche qui invite à aller au-delà des apparences. Ainsi, en plein mois de novembre, les Chinois voient déjà le printemps. Ils savent qu’il faut retourner la terre pour préparer les futures floraisons. Le tao privilégie l’être au paraître. « Un taoïste aujourd’hui recherche la simplicité en tout. Aux meubles alambiqués, il préfère la beauté d’un bois brut, explique Gérard Edde, auteur du Chemin du tao(La Table ronde). Aux vêtements synthétiques, la pureté du coton. »

Savoir que l’on est relié au monde et que les rythmes du monde sont en soi…

« Grand est le ciel, grande est la Terre, grand, l’être » « Tao Te King », 25

Le tao offre la vision d’un monde holistique, car il part de l’existence d’un flux d’énergie commun, le « ch’i », qui baigne aussi bien le soleil, les planètes que chaque être humain. « Tout homme, parce qu’il se sait en interaction avec toute chose vivante, se sent donc à sa place dans l’univers », explique Galya Ortega, spécialiste du massage taoïste. Cette conscience du ch’i est à la base de nombreuses techniques aujourd’hui très prisées : le feng shui, qui cherche à harmoniser le ch’i d’une habitation avec l’énergie des personnes qui y vivent, ou l’acupuncture, qui travaille sur les points énergétiques du corps afin d’accorder le « climat intérieur » de chaque individu avec la saison qui arrive, et prévenir ainsi les maladies.

En toute chose, reconnaître la danse du yin et du yang

« Le yin est ce qui a envie de devenir yang, et le yang, ce qui a envie de devenir yin », Cyrille Javary

Vivre le tao, c’est avoir conscience de ces deux énergies contraires, nées du vide primordial et qui se relaient sans cesse : le yang – qui correspond à la dureté, la masculinité, l’action, l’être, la lumière – succède au yin, qui incarne le féminin, la douceur, la passivité, les ténèbres, le non-être, la nuit. Dans toute situation, l’une de ces forces succédera à l’autre. Aussi, pour trouver l’harmonie, on recherchera sans cesse le point d’équilibre entre les deux. En cuisine, on élaborera des menus qui associent aliments yin (sucre, fruits, légumes verts, etc.) et yang (viande, œufs, fruits de mer, etc.). Dans la vie quotidienne, on alternera des temps de repos (yin) et d’action (yang), de retour à soi (yin) et d’extériorisation (yang). « Et le tao nous rappelle que se retirer, attitude très yin, peut aussi être une stratégie puissante, car c’est ce qui permet de restaurer l’énergie yang », affirme Cyrille Javary. Parfois donc, reculer, c’est progresser.

S’accorder aux cycles

« Les quatre saisons changent et se transforment continuellement l’une en l’autre. C’est ainsi qu’elles peuvent accomplir la durée du temps » « Yi King », hexagramme 32

Toute chose vivante est soumise à des cycles de destruction et de régénération. Les événements n’échappent pas à cette loi de la mutation : chaque aventure de la vie a ses propres temps d’action et d’immobilisation. La thérapeute américaine Diane Dreher, auteur de The Tao of Womanhood (Quill, New York) affirme que « la sagesse, c’est de savoir reconnaître la fin d’un cycle, de ne pas se battre contre l’incontournable et de savoir quand bouger ». Dans la journée, par exemple, à quelle heure nous sentons-nous au top de notre énergie ? A quel moment décline-t-elle ? Selon Diane Dreher, nous sommes plongés dans la confusion quand nous avons négligé de repérer à quel moment de son cycle en est telle ou telle relation affective ou situation professionnelle qui nous pose problème. Le tao peut alors se faire réconfortant puisqu’il nous chuchote à l’oreille : « Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps. »

Résoudre les oppositions

« Sous la pluie, voir le soleil brillant. Dans les flammes, boire à la source fraîche », Anonyme

Pour nous cartésiens, qui pensons en termes de bien ou mal, noir ou blanc, le tao permet de délier les conflits cornéliens qui nous emprisonnent. « Le un se divise toujours en deux » : toute situation se déliera à un moment en une situation yin et une situation yang, rien dans la vie n’est univoque. Le tao nous propose donc de pratiquer la double vision. William Martin, auteur d’un bréviaire taoïste à l’usage des parents d’aujourd’hui (Parents’s Tao Te King – Marlowe and Company, New York), invite à prendre en compte cette dialectique des antagonismes dans l’éducation d’un enfant : « Si vous voulez que vos enfants soient généreux, vous devez d’abord les autoriser à être égoïstes. Si vous voulez qu’ils soient disciplinés, vous devez d’abord les laisser être spontanés. […] Une qualité ne peut être pleinement apprise sans la pleine compréhension de son opposé. »

S’asseoir et oublier

« Le sage rejette toute influence et demeure centré » « Tao Te King », 12

L’un des écrivains taoïstes les plus créatifs, Doctor Barefoot, se définit comme un « guerrier spirituel » (Guerrier urbain, manuel de survie spirituelle – J’ai lu). Individualiste, il méprise la politique car il sait que le travail intérieur prime sur tout et que pour agir en accord avec le tao, il faut d’abord être à l’écoute de sa nature profonde. « N’oubliez jamais : tout ce que vous voyez à la télévision, tout ce que vous lisez sur le Net, dans la presse ou dans les livres, tout ce que vous entendez à la radio, tout (y compris mon guide) est la pensée d’un autre. » Pour lui comme pour les ermites du VIe siècle avant J-C, la sagesse vient de l’intuition intérieure. Pour contacter celle-ci, une seule voie : entrer dans le silence intérieur et méditer. « C’est la “voie de l’eau”, explique Gérard Edde. On ne médite pas pour gagner plus de sagesse ou de sérénité mais, au contraire, on s’assoit pour perdre chaque jour quelque chose : une idée erronée, un mauvais comportement, une émotion conflictuelle… et ainsi rejoindre l’unité primordiale. »

Vivre l’acte sexuel comme un puissant échange énergétique

« Pendant l’amour, l’homme prend le yin qui lui manque et la femme, le yang dont elle a besoin », Gérard Edde

Aujourd’hui, le « tao sexuel » apparaît comme une invitation à l’extase perpétuelle. En réalité, si les ermites du VIe siècle avant J-C ont mis au point ces techniques sophistiquées d’union sexuelle – qu’ils pratiquaient avec des prostituées et suivant un calendrier très précis –, c’était avant tout pour purifier leur énergie vitale. Rien de romantique donc, dans cette pratique qui, comme le qi gong ou la méditation, a pour but essentiel de favoriser l’union avec le tao : « La maîtrise et la rigueur nécessaires aux amants étaient liées à leur manque de passion amoureuse », analyse Gérard Edde. L’acte sexuel est vécu comme un puissant moment d’échange énergétique, ayant à ce titre des répercussions sur toute la vie : « Lorsque votre énergie sexuelle circule librement dans tout le corps (et pas seulement dans les parties génitales), vous vous sentez plus élevé spirituellement et davantage connecté à vos impulsions », déclare Doctor Barefoot.

Apprendre à « nourrir la vie »

« Les hommes d’autrefois respiraient profondément jusqu’aux talons », Tchouang Tseu

Les premiers taoïstes, qui affirmaient leur désir d’atteindre l’immortalité, ont mis au point des centaines de techniques de régénération interne. Ces pratiques millénaires n’ont pas bougé d’un pouce. Vivre dans le tao, à notre époque, revient encore à prendre conscience de l’énergie vitale qui est en soi et à la faire fructifier grâce à ces techniques raffinées : taï-chi, qi gong (les « gymnastiques de santé »), massages taoïstes, médecine chinoise préventive, acupuncture, respiration énergétique, etc. Aujourd’hui, les cours permettant de s’initier fourmillent. Mais n’oublions pas le défi essentiel sur lequel elles ont été conçues : chacun doit savoir se régénérer, et devenir ainsi de plus en plus autonome. A chacun son tao, donc.

Confucius remis en question

Le taoïsme est un courant philosophique né dans le sud de la Chine au VIe siècle avant J-C. La doctrine de Confucius avait alors le monopole en matière de pensée. Concernant aussi bien les mœurs que la politique, cet ordre établi du « bien pensant » fut remis en question par Lao Tseu (Vieille Oreille longue). Ancien conseiller de la cour royale, celui-ci refusa de cautionner plus longtemps le pouvoir impérial qu’il jugeait décadent, quitta la société et entreprit un voyage au cours duquel il écrivit le “Tao Te King” (“Le Livre de la voie et de la vertu”). Ce texte fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un chapitres. Les deux autres pères du taoïsme sont Tchouang Tseu et Lie Yukou.

Un article de Pascale Senk du 7 Février 2019 sur Psychologies.com

Comment pratiquer la pleine conscience durant votre journée de travail

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L’objectif ? Etre plus efficace en écartant tout ce qui encombre votre esprit et réduit votre concentration.

Vous ne connaissez sans doute que trop bien ce sentiment : vous arrivez au bureau avec un planning précis pour la journée puis, comme s’il ne s’était écoulé qu’un instant, vous vous retrouvez sur le chemin du retour. Neuf ou dix heures ont passé, mais vous n’avez accompli que quelques-unes de vos priorités. Et très probablement, vous n’arrivez même pas à vous souvenir avec précision de ce que vous avez fait au cours de la journée. Si cela vous semble familier, ne vous inquiétez pas : vous n’êtes pas seul dans ce cas. Des études montrent que les individus passent près de 47% de leurs heures de veille à penser à autre chose qu’à ce qu’ils font. Autrement dit, un grand nombre d’entre nous fonctionne en pilotage automatique.

Ajoutez à cela que nous sommes entrés dans ce que d’aucuns appellent l’« économie de l’attention ». Dans l’économie de l’attention (nouvelle branche des sciences économiques et de gestion qui traite l’attention comme une ressource rare, NDLR), la capacité à rester concentré est toute aussi importante que les compétences techniques et managériales. Et parce que les leaders doivent être capables d’assimiler et de synthétiser un flot croissant d’informations pour prendre de bonnes décisions, ils sont particulièrement concernés par cette tendance émergente.

La bonne nouvelle, c’est que vous pouvez entraîner votre cerveau à mieux se concentrer en intégrant des exercices de pleine conscience dans votre journée. Sur la base de l’expérience que nous avons menée avec des milliers de dirigeants dans plus de 250 entreprises, voici quelques lignes directrices pour devenir un leader plus concentré et plus attentif.

Une réaction instinctive de lutte ou de fuite

Tout d’abord, commencez bien la journée. Les chercheurs ont constaté que nous libérons la plupart des hormones de stress dans les minutes qui suivent le réveil. Pourquoi ? Parce que la perspective de la journée qui s’annonce déclenche une réaction instinctive de lutte ou de fuite, et libère du cortisol dans notre sang. A la place, essayez ceci : lorsque vous vous réveillez, restez deux minutes dans votre lit en observant simplement votre respiration. Quand des pensées sur la journée surgissent dans votre esprit, laissez-les filer et revenez à votre respiration.

Ensuite, lorsque vous arrivez à votre travail, avant de vous plonger dans votre activité, prenez dix minutes dans les transports ou à votre bureau pour stimuler votre cerveau grâce à ce bref exercice de pleine conscience : fermez les yeux, détendez-vous et tenez-vous droit. Concentrez-vous entièrement sur votre respiration. Maintenez simplement une attention continue sur votre respiration : inspirez, expirez ; inspirez, expirez. Pour mieux vous concentrer sur votre respiration, comptez silencieusement à chaque expiration. Si vous sentez que votre esprit est distrait, ramenez votre attention sur votre souffle. Le plus important : accordez-vous la permission de profiter de ces quelques minutes. Pendant le reste de la journée, différentes personnes et des urgences diverses lutteront entre elles pour obtenir votre attention. Mais durant ces dix minutes, votre attention est toute à vous.

Focalisation et lucidité

Une fois que vous avez terminé cet exercice et que vous êtes prêt à vous mettre au travail, la pleine conscience peut vous aider à améliorer votre efficacité. Deux aptitudes définissent un esprit conscient : la focalisation et la lucidité. La focalisation est la capacité à se concentrer sur ce que vous faites dans le moment présent, tandis que la lucidité est la capacité à identifier et à écarter tout ce qui peut s’apparenter à des distractions inutiles. Sachez que la pleine conscience n’est pas simplement une pratique sédentaire ; il s’agit de développer un esprit clair et aiguisé. Et la pleine conscience en action est une excellente alternative à la pratique illusoire du multitâche. Travailler de façon pleinement consciente signifie appliquer les principes de focalisation et de lucidité à tout ce vous faites dès l’instant où vous entrez dans le bureau. Focalisez-vous sur la tâche à accomplir et chassez les distractions intérieures et extérieures au fur et à mesure qu’elles se présentent. De cette manière, la pleine conscience permet d’accroître l’efficacité, de réduire les erreurs et même de donner libre cours à la créativité.

Pour mieux comprendre le pouvoir de la focalisation et de la lucidité, prenons l’exemple d’un fléau qui nous touche presque tous : l’addiction à l’e-mail. Les e-mails ont une réelle capacité à détourner notre attention et de la rediriger vers des tâches d’une priorité moindre car exécuter rapidement de petites tâches libère de la dopamine, une hormone agréable, dans notre cerveau. Ce phénomène nous rend dépendants des e-mails et compromet notre concentration. Au lieu de cela, appliquez la pleine conscience quand vous ouvrez votre boîte de réception. Focalisez-vous sur ce qui est important et restez lucide sur ce qui n’est rien d’autre que des interférences. Pour mieux commencer la journée, évitez de consulter vos e-mails dès votre réveil. Vous éviterez ainsi un déferlement de distractions et de problèmes à gérer à court terme, à ce moment de la journée qui présente un potentiel considérable de concentration et de créativité.

Apprenez à garder le silence

Alors que la journée commence et avec elle ses inévitables réunions à la chaîne, la pleine conscience peut vous aider à animer des rencontres plus courtes et plus efficaces. Pour ne pas entrer dans une réunion avec l’esprit ailleurs, prenez deux minutes en cours de route pour pratiquer la pleine conscience. Encore mieux, gardez le silence durant les deux premières minutes de la réunion, permettant ainsi à chacun d’arriver physiquement et mentalement. Ensuite, dans la mesure du possible, levez la séance cinq minutes avant l’heure afin de laisser à tous les participants une période de transition « consciente » avant leur prochain rendez-vous.

A mesure que les heures s’écoulent et que votre cerveau donne les premiers signes de fatigue, la pleine conscience peut vous aider à rester vigilant et ne pas prendre les mauvaises décisions. Après le déjeuner, programmez la minuterie de votre téléphone pour qu’il sonne à chaque heure. Cessez toute activité et pratiquez pendant une minute la pleine conscience. Ces pauses délibérées vous éviteront d’avoir recours au pilotage automatique et de tomber dans l’addiction à l’action.

Enfin, lorsque la journée s’achève et que vous regagnez votre domicile, faites appel à la pleine conscience. Pendant au moins dix minutes durant le trajet, éteignez votre téléphone, fermez la radio et concentrez-vous sur vous-même. Evacuez toutes les pensées qui surgissent. Soyez à l’écoute de votre respiration. Vous vous débarrasserez ainsi du stress de la journée de manière à être pleinement présent avec votre famille lorsque vous rentrez chez vous.

La pleine conscience ne consiste pas à vivre au ralenti. Il s’agit d’accroître ses capacités de concentration et sa lucidité au travail comme dans la vie. Il s’agit aussi d’écarter les distractions et de ne pas perdre de vue ses objectifs à la fois personnels et organisationnels. Prenez le contrôle de votre pleine conscience : testez ces conseils pendant deux semaines et voyez ce qu’ils vous apportent.

Article de Jacqueline Carter et Rasmus Hougaard paru le 7/3/2018 sur le site de la Harvard Business Review France

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Longevity, Kung Fu & Time Travel

Newsletter #15
By Shi Deru (a.k.a. Shawn Xiangyang Liu).

Un article de Hakim Mamoni

A few years ago, I gained the motivation to train everyday after being taught to time travel by a Kung Fu master in China. Today, it‘s your turn…

Between 2006 and 2013, I was fortunate to live in the province of Sichuan, deep in the heart of mainland China. When my wife and I landed in Chengdu airport, on a cold winter day in March 2006, neither of us spoke Mandarin and we knew relatively little about the local culture. How we ended up in the city of Chengdu is a story for some other time, but upon our arrival we found ourselves instantly surrounded by 10+ million Chinese people, most of whom spoke little to no English. At first, the culture shock was intense, even though we had spent the previous year in South East Asia. Looking back, I realise that this was a small price to pay for the unique opportunities we encountered. What I learned there during those years helped me tremendously in many ways. One important lesson was how to regain and keep control over my own health.

Longevity

Chinese culture is an ancient one and an important part of it focuses on health and longevity. In every city, you find apothecaries packed with pots and jars filled with dried herbs, roots, mushrooms, insects and other wonders. In every neighbourhood, you can see elders taking care of their grandkids, or playing mah-jong, or doing all kinds of physical activities. In the early hours, you can see them practicing Tai Chi in public parks. In the afternoon, you can see them exercising in public “gyms”. In the evening, you can see them dancing in public squares. To my surprise, I never saw a mobility scooter or a Zimmer frame. Most Chinese elders can move around without mechanical assistance. In many ways, they are far healthier than their western counterparts. Most of them are mobile, flexible and some keep strong. One of their longevity secret begins with the knowledge of Qi.

Qi better known as ‘Prana’ in Hinduism or ‘Life Force’ in the West, is the central underlying principle in both Chinese traditional medicine and Chinese martial arts. It is described as a vital energy whose flow must be balanced for good health and longevity. Qi Gong, the practice of cultivating and balancing Qi, consists of gentle flowing movements and breathing exercises.

Prior to going to China, I was aware of Qi. My Judo teacher had introduced it to me from the age of 7. This idea has been forever popular across Asia, from India to Japan. But, it’s while I lived in China that, for the first time, I could see with my own eyes the stark difference in health between a population who had cultivated their Qi throughout their lives and one who had not. On one hand, most Chinese elders continue to use their ancient knowledge of Qi to keep themselves healthy. On the other hand, very few people in the West are aware of it and consequently most of them loose their flexibility and mobility much earlier in life.

Kung Fu

 

Whilst living in Chengdu, I had the immense honour to learn more about Qi from a true Kung Fu master, Shifu Li Quan. To this day, I have not met anyone as passionate and as dedicated to martial arts as he is. For many years, he travelled across China to perfect his skills. Over the last decades, he has taught Kung Fu to soldiers, police officers, bodyguards and civilians. Since 2008, his school in Chengdu, Kung Fu Family, welcomes students from all around the world. Our paths crossed only briefly but I will forever be grateful for all he has taught me.

One of the first things I learned for Shifu Li Quan was the meaning of the word Kung Fu ( Chinese: 功夫; Pinyin: gōngfu). To my surprise, he revealed that it simply means ‘practice’. It also means time, effort, achievement, skill, art and workmanship but most importantly, it means practice. Not just in respect to martial arts, but in respect to any acquired skill. Kung Fu applies to calligraphy, painting, playing music, or even cooking. Practice. Practice. Practice. Everyday you must practice!

One day after training, Li Quan told us a story that has stayed with me ever since. He told us of a man he had met during his travels across China. That man began learning Kung Fu much later in life than most, in his early fifties. But his dedication to training was as strong as that of younger students. And for years, he trained every day. When Li Quan met him, the man was in his seventies and after twenty years of daily practice, he had become a Kung Fu master. And even in what would be considered old age, he was healthy, agile, fast, and strong.

Those of you who have read the book ‘Outliers’ by Macolm Gladwell will be familiar with the 10,000 hours rule: it takes on average 10,000 hours of practice for anyone to master a skill. If you train for one hour every day, it will take just over 27 years. If you train for three hours every day, it will take just over nine years to become a master. Well in my opinion, Malcom Gladwell simply rediscovered in 2008 something Chinese people have known and used for thousands of years.

Time Travel

Now, let me show you how time-travel can help you stay motivated to get out of your comfort zone every day and exercise. Use this technique next time you’re sitting at work or at home and you’re struggling to get up and go for a walk, a run, a swim, or whatever exercise you may have in mind. But, before I begin, I invite you to first see for yourself what I witnessed first hand in public “gyms” found all across China. Please have a look at the brief video below (3min33sec) uploaded by Youtube User The Strenth Project. I would really like for you to understand what your future could look like…

Let’s begin. First, we are going to leap forward in time. To your 75th birthday, to be precise. Please close your eyes and project yourself into the future you desire. You saw in the above video what is achievable. What do you wish for? How healthy would you like to be on that birthday? Would you like to be able to walk, run, jump and play in the park with your kids and grandkids? Close your eyes and for the next few seconds, simply imagine just how mobile, flexible, agile and strong you would like to be on your birthday…

Now pause there for a second and ask yourself this simple question: If the day before your 75th, you were capable of doing all that you wished for because you were practicing doing it, how likely would your wish be granted the next day?

Most likely. Wouldn’t you agree?

Next, we are going to start moving back in time. But not too fast at first. Let’s roll back to the day before your 75th. Pause there for a second and ask yourself the same question: If the previous day, you were practicing all that you wished for, how likely would your wish be granted on the day before your 75th? Most likely too.

Now you get the gist, roll back time always asking the same question. Day by day at first, then weeks, then months and finally years. Don’t roll back all the way to today though. We don’t want you to experience one of those awful time-travelling paradoxes.

Roll back to exactly one year from now and stop there. Ask yourself this question: One year from today, considering how regularly you currently exercise, how likely will you be as mobile, flexible, agile, and strong as you wished to be for your 75th?

Most likely? If so, that’s great. You must be training regularly already. If not, it’s never too late. You know what to do: practice, practice, practice. Everyday remember the true life story of the fifty year old Chinese man who became a Kung Fu master in his seventies.

A Secret Hidden In Plain Sight

Qi is the key to time travel and longevity. All across Asia, many eastern elders know and embody that secret. Exercising is akin to sending Qi life force to your future self. Once you begin to do it regularly, you build up your ability to send vital energy further and further into your future. Exercising regularly will make your future self faster, stronger, healthier, more mobile and more agile. It will help you live longer.

And for anyone who has been thinking about exercising more regularly, I strongly recommend to begin with 10 minutes of Qi Gong every morning. It’s easy and anyone can do it. Check out the video below.

This is one of the path to longevity. One that has been practiced every day by millions of people for thousands of years. If you are interested in becoming one of the lucky super agers, I invite to consider entering the Optimum Health Challenge.

Live Long & Prosper. 🙂

Un article de Hakim Mamoni , SuiviFounder @ Optimizing Health, Fellow @ Anthemis Jan 29

Comment lutter contre la fatigue mentale au quotidien

Newsletter #5

En réalité, votre salut ne dépend que d’une chose, votre capacité à mieux gérer votre attention.

Un article de HBR FRANCE par Tessa Melkonian

Avez-vous souvent l’impression que vos journées filent sans que vous parveniez à lever la tête du guidon ? Que votre « disque dur » est saturé ? Si la réponse est oui, il est fort probable que votre situation professionnelle mobilise à outrance votre capacité d’attention. Cette surconsommation d’attention au quotidien s’accompagne vite d’un sentiment de perte de maîtrise sur sa charge, ainsi que d’une forte fatigue mentale. Les managers sont de plus en plus nombreux à en souffrir (lire aussi l’article : « Statut élevé, stress élevé »). Quelles en sont les raisons ? Et comment y faire face ?

Notre réserve d’attention est limitée

Deux raisons expliquent cette situation. En premier lieu, le nombre et la complexité des missions managériales traditionnelles ne cessent de croître. Le reporting se multiplie, à la fois en nombre et en complexité d’estimation, ou par l’augmentation du nombre de collaborateurs induit par l’aplanissement des structures. S’ajoutent à cela de nouvelles dimensions d’actions inconnues jusqu’alors, comme la gestion d’équipes virtuelles ou l’incorporation progressive des machines dans le travail via l’intelligence artificielle.

Cette profonde mutation de l’environnement confronte les managers à la nécessité de s’adapter toujours plus rapidement. Or, pour s’adapter et innover, il faut de la ressource attentionnelle. Si le manager parvient à préserver de l’attention disponible une fois toutes les tâches habituelles effectuées, il maximise sa capacité d’adaptation. Dans le monde militaire, on parle souvent de « cerveau disponible » pour décrire cette ressource attentionnelle résiduelle essentielle pour s’adapter si besoin à l’imprévu. Tout y est mis en œuvre pour la maintenir. Dans l’entreprise en revanche, cette notion d’attention ou de « cerveau disponible » reste encore peu développée au niveau managérial.

Choisir ses cibles

La notion d’attention a été introduite en management il y a une vingtaine d’années. Elle permet d’expliquer les décisions stratégiques et la capacité d’adaptation des firmes grâce à la notion d’agenda stratégique. Si cette approche très stimulante a donné lieu à de nombreux travaux en stratégie, elle reste encore peu exploitée au niveau managérial. Pourtant, le parallèle est pertinent pour les managers qui cherchent à regagner un sentiment de maîtrise sur leurs actions et à réduire leur fatigue mentale. Comme au niveau de l’entreprise, l’objectif pour le manager est de se bâtir un agenda stratégique afin d’orienter son attention managériale sur les sujets clés et de préserver suffisamment de ressource cognitive pour s’adapter.

Le manager doit apprendre à orienter son attention sur les cibles importantes dans le contexte existant et à abandonner celles qui sont devenues obsolètes. Les modèles organisationnels et managériaux ont connu de profondes mutations ces dernières années. Il est donc logique que les cibles attentionnelles des managers aient également à évoluer. « Nettoyer » régulièrement leurs cibles d’attention permet aux managers de vérifier leur pertinence. Prenons l’exemple des théories de la motivation basées sur la connaissance fine des besoins collaborateurs, comme celle de Maslow (1943). Parfaitement adapté à une organisation pyramidale où un manager encadrait en moyenne cinq personnes dans une relation de proximité stable dans le temps, ce modèle l’est-il encore aujourd’hui ? La plupart des managers gèrent des équipes larges, souvent éclatées sur plusieurs territoires (français, européen et/ou mondial). Ils encadrent un nombre croissant de salariés en télétravail. Dans un tel contexte, le manager peut avoir des difficultés à personnaliser finement son management. Il a tout intérêt à concentrer son attention sur les processus de motivation les plus transversaux, c’est à dire ceux qui qui impactent le collectif dans son ensemble, comme la justice et l’exemplarité.

Quand tout devient urgent et important

Les recherches ont montré qu’une activité mentale soutenue visant la résolution de problèmes complexes épuise les ressources en glucose du sang et entraîne une forte fatigue. Pour l’éviter, le manager doit intégrer une approche centrée sur son énergie et non plus seulement sur son temps disponible. Les matrices urgent/important, bien connues, ne suffisent plus quand la plupart des tâches sont devenues urgentes et importantes. Deux pistes sont particulièrement intéressantes à intégrer :

1- développer au maximum les routines

Grâce à la mise en place de traitements automatiques des tâches, le manager économise des ressources cognitives et diminue sa fatigue. Pour préserver le « cerveau disponible » de leurs forces spéciales, les militaires travaillent la notion de « drill » qui renvoie à cette routine (technique d’entraînement militaire qui permet, via la répétition d’exercices physiques, de rendre des soldats aptes à exécuter sans surcharge mentale ni erreurs, des manœuvres collectives en situation de stress extrême). Au niveau managérial, automatiser au maximum le traitement de ses emails en choisissant de ne les traiter que deux fois par jour à heure fixe est un bon exemple (« Manage your energy not your time », de Tony Schwartz et Catherine Mc Carthy, Harvard Business Review). Cette simple décision réduit le sentiment d’être dérangé en permanence et la fragmentation de son attention. Le manager gagne ainsi en sentiment de maîtrise et en efficacité. Contenir les moments de gestion des mails dans des horaires fixes permet également de libérer des moments d’attention pour les sujets stratégiques.

2- instaurer des plages de récupération quotidiennes

L’idée ici est d’insérer dans son agenda des phases de récupération à des moments stratégiques. Les études ont montré qu’au-delà de 90 minutes, l’attention décroît dramatiquement, entraînant une perte d’efficacité substantielle. Insérer des pauses de quelques minutes toutes les 90 minutes, associées à un peu de mouvement, permet de recharger les batteries de manière très efficace. Le plus difficile reste de les sanctuariser dans son agenda stratégique. C’est au manager qu’il appartient d’être vigilant en se préservant des moments de récupération quotidiens face aux multiples sollicitations qui lui parviennent en permanence.

Au début, cet exercice de gestion stratégique de son attention, nouveau pour le manager, représente une charge mentale en soi. Mais les gains associés à la mise en place d’un tel pilotage stratégique sont majeurs. Ils permettent aux managers de s’assurer qu’ils disposent bien (dans le temps) de suffisamment de ressource cognitive pour s’adapter efficacement sans s’épuiser.

© Getty Images

Comment réduire le stress au travail ? Ce que nous apprennent les babouins du Kenya….

Newsletter #1
Un article de Muriel Rosset, publié dans ManagementSanté.com le 1er septembre 2017

Qu’est-ce que le stress ?

« Le stress empoisonne l’existence, au sens propre et figuré : il ne rend pas seulement la vie désagréable, il nous rend aussi malade.

Selon le Docteur Herbert Benson, du Mind/Body Medical Institute de l’université Harvard, environ 80 % des consultations médicales seraient liées au stress, d’une manière ou d’une autre. De même que 60 % à 80 % des accidents de travail, selon l’American Institute of Stress. » (Source passeport santé).

Il y a pourtant plusieurs sortes de stress.

L’excellent documentaire « le stress, portrait d’un tueur » me donne l’occasion d’éclairer deux faces physiologiques et psychologiques de ce mal moderne, pour vous inviter à un chemin en trois temps :

  • la survie,
  • la reconfiguration des images sociales liées au pouvoir,
  • la libération de la parole au cœur du travail.

1. Le stress vital : survivre

Le stress est à la base une réaction chimique saine à une situation vitale : manger ou être mangé. Car si les animaux vivent la plupart du temps paisiblement, quand ils ont faim, ils ont besoin d’un coup d’accélérateur pour arriver à leurs fins (et faim !). Le zèbre qui voit un lion courir vers lui doit donc avoir peur pour se sauver, (et le lion être motivé pour le pourchasser).

Leur stress ne va pas heureusement pas durer longtemps :

  • Pour le zèbre,
    • soit il échappe au lion et se repose de sa victoire,
    • soit il meurt.
  • Pour le lion
    • soit il mange le zèbre et se trouve rapidement repu,
    • soit il le manque et trouvera un autre zèbre pour son repas.

Dans tous deux cas, leur stress aura été de courte durée.


2. Le stress social : fuir, renverser la pyramide, ou changer nos représentations mentales ?

a) Fuir ?

Henri Laborit, médecin chirurgien et neurobiologiste, fut le premier à exprimer l’idée que le système nerveux peut être responsable de tous nos actes, et par voie de conséquence du système de domination sociale. Dans sa philosophie de l’action (plutôt « pessimiste » pour ce professeur qui ne croit guère à l’amour (1), tout en se vantant d’avoir « aimé » une centaine de femmes…), trois possibilités nerveuses guident notre vie au-delà  des comportements de survie et reproduction :

  • Je combats et je gagne la partie.
    • Mon stress cesse, et ma place dans l’échelle hiérarchique augmente.
  • Je combats mais j’échoue, ou j’accepte des récompenses extrinsèques.
    • Je vais alors m’inhiber, et développer de l’angoisse et du stress.
  • Je fuis le combat

« L’imaginaire s’apparente ainsi à une contrée d’exil où l’on trouve refuge lorsqu’il est impossible de trouver le bonheur parce que l’action gratifiante en réponse aux pulsions ne peut être satisfaite dans le conformisme socio-culturel. C’est lui qui crée le désir d’un monde qui n’est pas de ce monde.

Y pénétrer, c’est « choisir la meilleure part, celle qui ne sera point enlevée ». Celle où les compétitions hiérarchiques pour l’obtention de la dominance disparaissent, c’est le jardin intérieur que l’on modèle à sa convenance et dans lequel on peut inviter des amis sans leur demander, à l’entrée, de parchemin, de titres ou de passeport.

« Par la fuite, en alternance avec la lutte, l’homme peut ainsi donner du sens à sa vie. Prendre le recul nécessaire pour mieux affronter les obstacles et adopter une vision globale qui renforce et justifie l’action« , analyse Joël de Rosnay en synthèse. (3)

b) A défaut de fuir, faut-il renverser la pyramide sociale ?

Quand on invente des problèmes…

Depuis les années 70, Robert Sapolsky, neuroscientifique professeur à l’université de Stanford, a choisi de se pencher sur une colonie de babouins au Kenya pour étudier les conséquences du stress.

En observant leur comportement social, et en travaillant en laboratoire sur  la base de prélèvements de sang au moment du stress, d’étude de la tension et autres examens cliniques, il a pu remarquer que le comportement des babouins était très similaire à celui des hommes en Occident.

Ainsi, au-delà du temps réduit passé à chercher à se nourrir, cette colonie déployait une énergie phénoménale en compétitions sociales, harcèlements divers, coalitions, bagarres…

Résultat : beaucoup de stress généré par des tensions socio-psychologiques qu’ils ont eux-mêmes inventés.

Quand on nous crée des problèmes…

En 1987, Robert Sapolsky a fait une autre découverte, qui lui vaudra le prestigieux MacArthur Fellowship :   la position sociale d’un babouin détermine son taux d’hormone du stress. Résultat :

  • le taux d’hormone lié au stress est beaucoup moins important chez le mâle dominant que chez le mâle dominé.
  • Les  « subalternes ont une tension artérielle et un rythme cardiaque plus élevés (…) Si vous êtes un babouin stressé et en mauvaise santé, la chimie de votre cerveau ressemble à celle d’un homme dépressif. »

Ce constat a été confirmé  sur une période de 40 années, Michael Marmot – professeur d’épidémiologie à l’UCL à Londres –  a mené une vaste étude auprès de 18 000 fonctionnaires britanniques. Le projet Whitehall a porté sur des personnes ayant leur bureau dans cette rue du centre de Londres, exerçant des métiers stables, sans danger, avec une bonne couverture de santé. Résultat :

  • il y a un lien entre le statut social et le stress
  •  « Plus vous êtes bas dans la hiérarchie, plus le risque de maladie, surtout cardiaque, est grande,« 
  • « Les conditions de vie et de travail sont primordiales pour notre santé,« 
  • « Quand les gens ont plus de contrôle sur ce qu’ils font, qu’ils sont traités de manières plus justes et plus équitables, le taux de stress diminue, et la maladie baisse. »

Peut-on y changer quelque chose ? Quand nos poubelles mènent à la prospérité

Revenons à nos babouins du Kenya.  Il y a 20 ans, Robert Sapolsky a subi un événement à première vue bloquant pour ses recherches, qui s’est en réalité révélé fort utile. En effet, les babouins sont allés piocher de la nourriture dans un camp de touristes, et ont alors mangé de la viande infectée par le bacille de la tuberculose.

Sauf que tous n’en sont pas morts !

Seuls les plus influents disparurent. Pourquoi eux ? Tout simplement parce que les mâles dominants n’avaient pas l’habitude du partage, et s’étaient réservés le repas empoissonné pour eux seuls.

Leur gestion du groupe était avant tout égoïste et intéressée :

Maintenir leur confort et asseoir leur position…

Du jour au lendemain, la colonie de primate s’est donc retrouvée avec des mâles jusque-là dominés. 

Et la vie changea brutalement du tout au tout : les mâles devinrent doux avec les femelles, et tous les jeunes adolescents rebelles qui voulaient se montrer agressifs se faisaient rapidement remettre au pas de la gentillesse …

En une génération,

  • le stress disparut,
  • la colonie prospéra.
Muriel ROSSET, Image 5

Est-ce à dire qu’il faille « éliminer » tous nos dirigeants narcissiques ?

Nous pouvons surtout reconfigurer l’image sociale hiérarchique. En effet, les recherches menées depuis toutes ces décennies montrent que

« L’important n’est pas votre rang, mais ce qu’il signifie au sein de la société.« , conclue Robert Sapolsky.

Or les dirigeants narcissiques, à défaut d’être en voie de disparition, commencent à être vus sous leur véritable angle. Ils ne sont surtout plus adaptés à notre monde de demain, comme nous le rappelle Gérald Karsenti, PDG de Hewlett Packard France, dans son ouvrage sur le leader troisième type.

Ces leaders narcissiques savent nous entraîner, mais pour quel véritable objectif et pour combien de temps ? La force d’un vrai leader, c’est de donner plus que de recevoir, d’écouter plus que de parler de lui, de montrer l’exemple pour donner envie d’œuvrer ensemble et de donner le meilleur de soi-même :

« Ce que nous apprennent les babouins, explique Robert Sapolsky c’est ne mordez pas les autres car vous avez passé une mauvaise journée, ne vous vengez pas sur eux, les relations sociales ont beaucoup d’importance. Et une des plus grandes formes de sociabilité est de donner plutôt que recevoir. Tout cela rend le monde meilleur. Et si les babouins en l’espace d’une génération ont été capables de transformer un système social qui paraissait immuable, nous ne pouvons pas rester les bras croisés en disant que les relations humaines ne peuvent pas changer. »


3. Libérer la parole au cœur du travail

Pour éclairer la vision que nous avons de nos dirigeants et les aider à (re)trouver une place de service, vous pouvez lire mon récent article sur le vrai visage des entreprises libérées, et les trois libérations à traverser par leurs dirigeants. , ou mon tryptique et tableau pouvoir-service -responsabilité, sur la question  » de qui suis-je responsable ? »

Vous pouvez aussi et avant tout le commenter, pour libérer la parole : les divers commentaires tant de PDG que de salariés reçus en privé me montrent combien cette parole libérée est une clé nécessaire dans le monde du travail, et dans la vie en général…

Alors à vous la parole !


Notes : 

1 Henri Laborit : Aimer l’autre, cela devrait vouloir dire que l’on admet qu’il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos désirs, à notre propre gratification, accepter qu’il vive conformément à son système de gratification personnelle et non conformément au nôtre. Éloge de la fuite.

2 Henri Laborit (La Nouvelle Grille, Chapitre 7 – conscience, connaissance, imagination –
p.160-161)

3 Laborit : de la cybernétique à la systémique. Source : Cité des Sciences et de l’Industrie  1995 – cite-sciences.fr

Surcharge mentale : l’entrepreneur cumule tous les risques

Blog

Terme destiné à désigner le poids de la responsabilité du foyer pesant sur les femmes, la surcharge mentale est un risque que courrent aussi les entrepreneurs. – Shutterstock.com / pathdoc

Souvent contraint ou tenté de vouloir tout gérer, le chef d’entreprise voit sa charge mentale ultra-sollicitée. Attention au risque de surchauffe !

Cette bande dessinée a eu un succès fulgurant sur le Web. La dessinatrice Emma y décrit la charge mentale des femmes épuisées d’avoir à penser à tout. A force de vouloir tout organiser et planifier à la maison, elles déresponsabilisent leur compagnon renforçant le poids des taches pesant sur elles. Evidemment, on ne peut s’empêcher de transposer cette notion au chef d’entreprise. Commercial, recrutement, relation avec l’administration… dans une TPE ou une PME, l’entrepreneur est souvent confronté à la multiplication des missions. Avec le risque que ces dernières saturent tout l’espace de son cerveau.

emmaclit.com

 

L’entrepreneur, une victime toute désignée

La notion de charge mentale n’est pas nouvelle. Comme l’a exposé la psychologue russe Bljuma Zeigarnik en observant les garçons de café à Vienne, on a tendance à mieux se rappeler les taches inachevées et oublier celles déjà accomplies. C’est « l’effet Zeigarnik ». L’ennui, c’est que l’accumulation des missions non terminées finit souvent par monopoliser l’esprit du dirigeant. Ce dernier pense en permanence à ses dossiers ou travaux en cours, y compris chez lui et le week-end. La capacité mentale ayant des limites, passé un certain niveau, les neurones saturent et brouillent les capacités d’analyse et de prises de décision. Tout le monde n’est pas égal devant la charge la mentale. Mais même les individus les mieux structurés qui savent organiser leur pensée comme des tiroirs ne sont pas à l’abri d’une surchauffe.

L’entrepreneur est une victime toute désignée. Il se sent engagé sur tous les fronts. Il consacre toute son énergie à développer la boite qu’il a parfois fondée et développée tout seul. Quand il a sollicité l’argent de la famille ou embarqué un conjoint dans l’aventure, il a encore plus de pression. Ne pas savoir déléguer accroît encore les risques de dédier tout son cerveau au travail. Comme le mari que met en scène Emma, l’équipe autour de ce dirigeant envahissant a tendance à limiter ses initiatives. Comme elle attend que le boss gère tout, elle se borne à exécuter les consignes.

emmaclit.com

Signaux d’alerte

Au fur et à mesure que l’affaire grandit, le poids des responsabilités s’alourdit sur les épaules de l’entrepreneur sans qu’il soit forcément compétent sur tous les tableaux. La pression devient trop forte. Fatigué mentalement, il commence à faire des erreurs. « Si les difficultés surviennent, il aura tendance à en faire encore plus, explique Jean-Luc Douillard, psychologue, co-initiateur du dispositif Apesa (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance aigüe). Pour tenir le choc, il augmentera les doses de café, prendra des cocktails vitaminés ou des boissons énergisantes, voir des stupéfiants. » Un engrenage malsain qui mène tout droit au burn-out.

Pour le psychologue, il existe plusieurs signaux d’alerte à une charge mentale trop forte. D’abord des troubles du sommeil lorsque l’accumulation des missions non réalisées créent un sentiment d’angoisse. Avec un esprit occupé par les taches dont on ne voit jamais la fin, surviennent également des troubles de l’alimentation et du comportement, comme une irritabilité inhabituelle et surtout une tendance au repli sur soi. Au but d’un moment, le corps finit par lâcher. Un effondrement physique que l’entrepreneur, souvent dans le déni, ne voit jamais venir.

Un article de Bruno ASKENAZI  paru le 24/06/2017 sur le site Les Echos Entrepreneurs